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Accident de travail ou coup de soleil ?


Auteur : BAILLAT Christophe

Style : Scènes de vie




Pierre Bourrillon, embauché chez Clim trois ans après l’obtention d’un Bac électrotechnique, teste une climatisation. Il place les deux roues motrices du véhicule proto sur le banc dynamométrique à l’entrée du tunnel. L’anneau d’essai occupe un espace de 1 000 m3, parsemé d’aubes directrices qui guident l’air propulsé par les pales d’un énorme ventilo mû par un moteur de 300 kW. Cet air va passer à 180 km/h sur des résistances parcourues par un fluide caloporteur : le trichloréthylène, connu des chimistes pour sa dangerosité.

Quand Pierre met la veine de la soufflerie en conformité avec le cahier des charges de l’ingénieur et teste le compresseur, il lui reste quatre heures d’essai à suivre. Son travail consiste à surveiller le déroulement de l’essai sur écran depuis la Salle de supervision. De temps en temps, l’ingénieur de la boucle froid passe le voir. En temps normal il peut aussi compter sur le technicien maintenance mais depuis lundi, ce dernier est du service du matin en remplacement d’un technicien d’exploitation en arrêt maladie.

A 13h 44, quand le message Disjonction pompe TCE circuit batterie apparaît, Pierre en informe Sophiane, intérimaire, tout en sachant que la solution ne viendra pas de lui. Sophiane a quatre mois d’ancienneté. Dans sa spécialité, le chambrage, il faut dix ans de pratique pour obtenir un certain flair en cas de panne. Pierre va donc seul dans la salle des machines où il accède en poussant une porte dont il a les clés et en descendant trois marches au nez abîmé. Il se retrouve au milieu des moteurs, dont le Helmke n° 27418230/6 qui alimente la pompe en panne. Quand il ressort quelques minutes plus tard le visage noirci, Sophiane ne le reconnaît pas et part à sa recherche. C’est un salarié de la société sous-traitante, Sogeclim, qui se porte au secours de Pierre. Il n’arrive pas à joindre l’infirmière déjà en ligne et part la chercher. Il croise l’ingénieur « boucle froid » auquel il demande d’alerter les services généraux. Une fumée noire se dégage de l’armoire électrique n°004.

L’infirmière et le médecin arrivent à 14h 10. Les pompiers sept minutes plus tard. Gilles et Serge des Services Généraux sécurisent l’installation électrique en procédant à la coupure générale et à la consignation de l’armoire n°004. L’infirmière conduit Pierre sous la douche de sécurité.

A 16h 30, le DRH prévient les parents de la victime que Pierre est évacué vers l’hôpital de Versailles. Il a déjà envoyé un mail d’information à tout le site indiquant qu’il gérait seul les relations avec la famille. Il a pris soin de ne pas prévenir la femme de Pierre qui vient d’accoucher.

A 18h 45, après deux heures de soin, les médecins de l’hôpital informent le DRH que le visage, les mains et l’avant-bras gauche cicatriseront tout seuls, mais l’avant-bras droit nécessitera sans doute une greffe.

Le lendemain, le Comité d’Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (Chsct) de Clim tient une réunion extraordinaire. Sophiane explique très bien que Pierre était sous le stress des essais. Il n’avait pas l’assistance du technicien de maintenance et, en parallèle aux essais clim, il devait préparer un autre véhicule pour des essais de consommation qui auraient dû débuter le lendemain de l’accident. Sophiane confirme qu’il n’a pas reconnu Pierre dont le visage était tout noir. Il explique au DRH qu’il n’est pas formé pour intervenir sur le circuit d’essence. Même si je l’avais été, dit-il, je ne vois pas comment j’aurais pu aider Pierre sans prendre du retard sur les essais en cours. Le secrétaire du Chsct note ces propos comme il enregistre scrupuleusement tout ce qui se dit dans un grand cahier à spirales. Le responsable de la soufflerie demande qu’on lui fasse une note écrite pour la reprise du travail et que le nombre de jours d’arrêt de l’installation soit consigné quelque part de façon à ce qu’il en soit tenu compte pour son évaluation de fin d’année.

Quand le groupe se dirige vers les armoires électriques, le DRH demande aux deux techniciens des Services Généraux de les guider. L’arc électrique a provoqué le basculement des disjoncteurs généraux. Le secrétaire du Chsct note qu’un arc électrique s’est formé au niveau du sectionneur à fusibles, lequel était ouvert après l’accident. Le DRH, également directeur de l’établissement et, à ce titre, président du Chsct, tient à ce que soit précisé dans le rapport que l’armoire incriminée était certes ancienne, mais qu’elle était conforme, ainsi que l’établit le dernier contrôle effectué. Plus tard, quand le Chsct a terminé sa visite et se retrouve en salle de réunion, le DRH indique que le remplacement de l’armoire, prévu en 2009 sera budgété un an avant. Il annonce d’une voix lente et posée, presque obséquieuse, que Pierre ne subira pas de greffe. Il dit que sa femme a été choquée mais qu’elle est soulagée. Il annonce qu’il part huit jours en vacances et indique qui joindre dans les différentes unités en cas de besoin. Le secrétaire du Chsct conclut la réunion en disant qu’il est allé voir Pierre à l’hôpital. Il avait le visage bandé. Un médecin lui a expliqué que la brûlure subie par la victime était équivalente à un gros coup de soleil. Le DRH demande de le noter dans le compte-rendu de réunion.





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