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2075, les grille-pains fonctionnent bien


Auteur : Mathioveski

Style : Policier




L’inspecteur reste dubitatif face aux restes de chairs humaines coincées dans le grille-pain.
Quelles pouvaient être les motivations du meurtrier pour pousser le sadisme jusqu’à cette étrange cuisine ? Il rajuste sur son crâne dégarni un feutre ramolli par la pluie, puis sort de cet immeuble bas de gamme du quartier ouest de Néo-Massilia, une banlieue hypertrophiée de l’ancienne cité phocéenne.
La malheureuse victime n’était pas inconnue des services de police de la ville. Elle avait eu l’occasion de se faire remarquer lors de manifestations pour la protection de la faune marine méditerranéenne et contre l’installation d’un système de transport d’électricité. Ce système électrique utilisant des radiations microondes directionnelles pour transporter l’énergie électrique entre un émetteur Maghrébin et un récepteur Européen précisément alignés, est situé en mer pour être le plus éloigné possible des zones d’habitations.
Or des cadavres de dauphins avaient été retrouvés sur la côte présentant de graves brulures. Les écolos n’ont pas tardé à faire le lien.

Un militant écologiste passé au toaster, assassiné, consciencieusement découpé, puis grillé tranche par tranche ! Voilà un fait divers croustillant qui allait ameuter journaux et politiques, dans quelques jours la pression serait à son comble sur le dos de l’inspecteur.
Ce crime doit forcement avoir un rapport avec l’activisme de la victime. Pour approfondir cette piste, il ne lui reste plus qu’à aller fureter dans les archives municipales, à la recherche de tous les articles se rapportant de près où de loin à l’installation de ce système de transmission d'énergie par micro-ondes.
Après avoir potassé quelques heures ses dossiers il découvre que ce système n’est que la partie immergée de l’iceberg. Un iceberg au soleil, un projet pharaonique incluant la production d’électricité solaire au Sahara et son acheminement vers la côte sud de l’Europe.
Cela faisait des décennies que les Républiques Islamiques du Maghreb Unies s’étaient lancées dans la construction de grandes centrales solaires dans le Sahara, en partenariat avec la Chine Populaire. L’une apportait les millions de panneaux de cellules photovoltaïques nécessaires, avec les techniciens indispensables à leurs entretiens, tandis que les RIMU fournissaient l’emplacement et la main d’œuvre peu qualifiée. Un manège bien rodé que l’on avait déjà vu s’appliquer dans d’autres secteurs énergétiques. Le seul hic au manège était l’acheminement de l’électricité vers les lieux de forte consommation, comme l’Europe pour évoquer la plus proche. Jusqu’à récemment les câbles à haute tension avaient le désavantage d’être couteux à installer et de perdre énormément d’énergie lors du transport sur de longue distance, mais la Tang Electricity Corporation, porteuse de ce projet, assurait avoir trouvé la parade grâce aux progrès techniques effectués récemment. C’était elle qui avait installé se système méditerranéen contre lequel manifestait la victime.
Cependant le plus intéressant n’est pas le contenu de ce projet, mais le fait que bien qu’il ait le vent en poupe, il a des concurrents. Notamment un projet soutenu par une compagnie européenne qui lui aussi fait la part belle aux énergies renouvelables, mais résout le problème du transport d’électricité et de ses pertes en réduisant les distances et en utilisant à son maximum les réseaux électriques intelligents. Par ailleurs elle ne désespère pas que les recherches qu’elle mène sur les nanotechnologies et les matériaux supraconducteurs ne débouchent un jour sur de nouveaux câbles plus performants.
Ce projet a même l’avantage sur l’autre de favoriser l’indépendance énergétique européenne.
Vu sous un autre angle cela peut aussi être un point faible.
En tout cas le gigantisme tape à l’œil a eu jusqu’à maintenant la préférence des politiques toujours à la recherche d’un bon coup médiatique.

A moins que le vent tourne. Et si ce pauvre militant écolo avait eu le malheur de souffler un peu trop fort dans les bronches de la Tang Electricity Corporation ?
L’inspecteur s’enveloppe dans son imper beige, puis se faufile dans les rues de Néo-Massilia sous une pluie fine et tenace. Il se dirige vers la « mouette goudronnée » un bar bien connu pour être un repaire de militants, voire même un lieu de meeting occasionnel.
Ses pas résonnent sur les pavés amovibles, qui accentuent son impression de flottement, tout en recyclant l’énergie des passants en électricité pour les lampadaires du coin. Le long du trottoir des files de voiturettes silencieuses défilent entre les façades grises de la nouvelle agglomération. Elles défilent à la queue leu-leu transportant des conducteurs assoupis après une longue journée de labeur, et espérant naïvement que leur doux foyer soit bien la destination programmée.
Sur les murs une nouvelle réclame en 3d fait l’apologie de la dernière peinture photovoltaïque qui permettra, sans aucun doute, de réduire la facture énergétique. Elle oublie seulement de préciser que les nanoparticules qu’elle contient abrasera lentement mais surement les poumons des gentils consommateurs.
Lorsqu’il pénètre dans le bar bondé, où les dreadlocks et les piercings trainent un peu partout, l’inspecteur devient vert en s’apercevant qu’il va être contraint de boire une bière biologique, sans alcool, à moins de se sacrifier en ingurgitant une tisane ou un jus de tomate, histoire de faire couleur locale. Tout en sirotant son étrange breuvage, il laisse courir son ouïe tout au long de la salle et plus particulièrement en direction d’un groupe agité par une vive discussion.
« Nous n’avons pas le choix ! Ou nous laissons la Tang electricity corporation s’installer et imposer son transport d’électricité avec la technique que nous connaissons et les dégâts environnementaux qui en découleront, ou nous soutenons le projet européen… »
« Moi je dis, tous ces gens là, c’est bonnets blancs et blancs bonnets ! Ils rémunèrent tous les mêmes actionnaires avides d’argent facile. »
« Le projet concurrent n’est peut-être pas un idéal, mais il a plusieurs avantages. Le premier est de ne pas lâcher dans la nature un flux de microondes hautement nocives pour la faune comme pour les habitants de la côte.

Le deuxième est son réseau électrique communicant qui permet d’adapter la production d’électricité à la consommation grâce à une centrale de pilotage reliant les citoyens aux centrales solaires, éoliennes ou hydroélectriques. Cette centrale de pilotage permet de réguler la production en fonction des aléas climatiques et des pics de consommation, voir de stocker de l’énergie grâce aux centrales hydroélectriques. Ce nouveau réseau électrique communicant, déjà en place dans d’autres régions depuis 2030, permet aussi de demander aux utilisateurs de baisser leur consommation électrique, comme ils le font avec l’eau en cas de sécheresse, et de surveiller si cela s’applique… »
«Big brother is watching you…»
«Pour le moment il n’est question que de taxer ceux qui ne respecteraient pas les consignes… De toutes façons ils ont prévu, en cas de surconsommations, de faire venir de l’électricité des centrales solaires espagnoles par le biais de câbles hautes tensions sous-marin, utilisant la technique du courant continu.

Le troisième et dernier avantage est qu’ils font la part belle à ce slogan auxquels nous tenons tant : produire localement ce qui est consommé localement. »
« Tu oublies les centrales solaires espagnoles… »
« Cela reste moins loin que le Sahara et leur recours doit rester exceptionnel. De plus les Smart Grids sont le système électrique idéal pour intégrer les petits producteurs d’électricités. Chaque commune ou entreprise pourra revendre son électricité produite à base de solaire, d’éolienne, voir de biogaz ou un autre mode de production, comme ces trottoirs qui recyclent l’énergie des passants. Par ailleurs le même type de projet doit simultanément se construire dans les Flandres en se connectant sur le réseau off shore des éoliennes de Mer du Nord. »

Tout en écoutant cette instructive conversation, l’inspecteur se dit que la Tang Corporation avait effectivement des soucis à se faire, si ces petits militants écolos réussissaient à mobiliser l’opinion publique en faveur du projet concurrent.
Tout en sirotant son succédané de bière, il se mit à discuter avec le barman, un grand costaud dégarni sur le devant, avec une grande tresse de cheveux blonds pendant à l’arrière du crâne.
« Dites-moi vous connaissiez ce type ? » lui demande-t-il en sortant une photo de la victime.
« Bien sur. C’est Damien ! Tout le monde le connaissait ici. C’est vraiment triste ce qui lui est arrivé, j’espère que l’on va trouver les salopards qui lui ont fait ça. Tenez le groupe que vous voyez là-bas dans le coin, c’étaient ses amis. Vous devriez allez les voir ils vous en diront plus… »
L’inspecteur se dirige donc vers le groupe qu’il venait d’écouter, la photo à la main.
« Bonsoir jeunes gens, dites-moi connaissiez-vous cette personne ? »
« Vous êtes de la police ? »
« Cela se voit tant que ça ? »
« C’est écrit sur votre visage. »
« On parle jamais avec les flics ils nous ont trop tapé dessus. De toute façon Damien était une figure locale. »
« Y a pas besoin de sortir de St Cyr pour savoir que c’est la Tang corporation qui est dans le coup. »
Sur ce ils se levèrent et quittèrent la salle.

A ces mots l’inspecteur fait la grimace puis replace la photo dans sa poche. « L’enquête va être longue » pense-t-il tout en regagnant le commissariat.
Arrivé dans le bâtiment il croise René, le médecin légiste. « Ah ! Te voilà toi. Ça fait des heures que je te cherche. T’emmerde plus avec cette affaire, on a trouvé le coupable ! Après analyse les tranches d’écolos grillés ont révélé qu’elles avaient trempé dans une sauce au saké, or il n’existe qu’un seul importateur de cette sauce pour toute la région marseillaise. C’est un restaurateur asiatique, qui donne aussi dans le salon de massage douteux et le tripot clandestin. On vient juste de le boucler, mais de toutes façons nous n’irons pas plus loin. Tout le monde sait très bien qu’il est lié à la Tang Corporation, par conséquent le ministère nous a demandé de stopper net l’enquête pour des raisons diplomatiques. Alors laisse ton rapport là où il est et viens boire un coup… ! »
« Arrêter mon rapport… ! »pense l’inspecteur. « Mais non, au contraire, je vais le finir et l’envoyer au journal local. Ainsi les petits militants auront enfin des arguments saignants à souhait pour faire capoter le projet de la Tang Corporation… »





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