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Le portefeuille


Auteur : BAILLAT Christophe

Style : Scènes de vie




J’en veux pour leur argent, généralement, il faut choisir à la tannerie une peau, disons un quart de vache, quelques outils : ciseau, maillet, emporte-pièces … Les outils bien rangés sont le signe que la tannerie est bien tenue. Ça, c’est important, j’y tiens. Tenez, je travaille au haras, je choisis mes peaux une fois par mois. On négocie, il propose un prix, je fais mes comptes, lui les siens, tope-là. Marché conclu encore une fois. L’argent circule toujours dans le même sens, les pièces n’ont pas le vertige, elles se jettent dans le vide, c’est affreux ! Tout de même, ça a rudement augmenté.

Cette peau là, je la ramène sur moi, habillé comme un pauvret autrefois. Je l’installe sur la table, nettoyée, toujours prête à servir, outils en main, je mesure puis découpe le cuir. Il me faut trancher dans la fleur. D’abord, une pièce large comme la main, haute comme dix doigts. Je la mets de côté. Je recoupe un morceau plus petit, encore un autre, cela dépend du client. En général, avec quatre pièces de cuir, je m’en sors. Quelques coups d’outil, j’ouvre des espaces dans l’épaisseur. Ce n’est pas peine perdue, nous verrons tout à l’heure.
Tenez, voilà mon client, je suis en retard.
– Où j’en suis ? Et bien, j’ai fait le fond, il reste à le garnir. Voyez, tous les bouts sont découpés, prêts à être cousus.
Je m’approche des bobines de fil. Lin, coton – …non, pas fil d’écosse, je ne vous fais pas des chaussettes. J’enduis le fil de cire d’abeille pour qu’il glisse dans le chat de l’aiguille et je fais une couture avec une aiguille dans chaque main. Chaque compartiment doit avoir sa place. Pour la petite monnaie, je couds une pièce supplémentaire. Je ne vous la compte pas, c’est offert par la maison. Les billets demandent moins de soins. Ils ne doivent pas s’envoler, si c’était pour offrir à madame, je pourrais glisser un peu de colle. Si c’est pour vous, ils resteront sagement là jusqu’à ce que vous décidiez de vous en servir. – Monsieur, il suffit, je n’en vois pas, où sont-ils ? – Et bien, l’usage ici veut que l’on paie d’avance, vos billets sont maintenant dans mon tiroir-caisse. – Mais … – Laissez-moi finir, vos cartes, téléphone, crédit, coiffeur sont toutes là. Monsieur a deux coiffeurs, un pour la semaine, l’autre pour les sorties sans doute. Peut-être laissez-vous une pièce ou deux à la shampouineuse ?

De cet objet, il est d’usage de dire qu’on l’a oublié au moment de payer. Autrefois, on le glissait sous sa selle de cheval, au moins il ne tombait pas. Mais quand je vois les jeans troués, évidemment, l’incident est plus fréquent. Ma maison ne s’en porte que mieux, d’ailleurs, je n’ai pas un portefeuille, j’en ai des armoires remplies. Les clients commandent mais n’ont plus le sou pour payer. Mais vous, tout est réglé. N’y voit-on pas plus clair ainsi ?
– Si vous voulez. Dîtes, avant de vous quitter, quel est cet outil au râtelier avec une forme bizarre ?
– Celui qui est biseauté ? Il n’est pas bizarre, il est très pratique, c’est mon meilleur ami, mon plus fidèle compagnon. C’est un emporte-pièce.
Mon client partit en courant de peur qu’après lui avoir pris les billets, je ne le détrousse de sa petite mitraille. Du coup, j’ai encore gagné ma journée, un portefeuille, un.



Texte écrit à l’atelier d’écriture de Montigny-le-Bretonneux animé par Jane Daigne - 2011

Textes d’introduction : Le parti pris des choses de Francis Ponge, descriptions d’objets, choses du quotidien : cageot, cigarette, bougie, huître, pain… vers 1939-1942

Consigne d’écriture : choisir un objet dans son sac ou ses poches pour le décrire, le raconter

Temps d’écriture : 50 minutes






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