Scotty Michele, the bowery's flic



Nouvelle écrite par Carine-Laure DESGUIN dans le style Noires



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- T’as l’air crevé, Scotty chéri, me siffla-t-elle avec tout au fond de sa petite voix aiguë, l’espoir qu’un de ces quatre, j’irais me perdre sous ses draps…
- T’inquiète pas pour moi, ma jolie, ton Scotty Michele, il a des réserves, je lui ai lâché, tout en envoyant des volutes de fumée bleue de l’autre côté du bar, au plus loin que je pouvais…un petit jeu que je m’octroyais comme ça, juste pour voir l’état de mes poumons.
- Ah oui, des réserves, à cause de l’histoire du bateau et de tes racines, c’est ça, Scotty chéri, pas vrai mon mignon…

L’histoire du bateau, une histoire que j’avais racontée dix fois… et je pariais que Dorothy, avec tout le respect que je lui devais, n’aurait pas su la répéter sans confondre les Capone et les Michele…Si ça lui faisait plaisir de croire qu’Al Capone était de mon sang …Je me demandais si moi aussi, je n’aurais pas préféré être le frère ou le cousin des Capone, ça m’aurait bien arrangé, certains jours d’emmerdes. Mais non, les parents de Scarface et les miens étaient venus par le même bateau. Avec le même rêve, le rêve américain. Al et moi, on avait reçu un prénom à l’amerloque, pour jouer au jeu de l’intégration…Le balafré, rongé par la chaude-pisse, il mangeait déjà les pissenlits par la racine et moi, j’étais là, dans ce quartier miteux, le Bowery…Mes vieux imaginaient que c’était bien, avoir un rejeton détective privé. Une fameuse promotion ! Filer des salauds pendant des heures, tout ça pour le compte d’autres salopards.

- On the rock, ma poupée, encore un et je te bercerai ce soir, si tu veux, avec des histoires de bateaux, de familles napolitaines qui glandent dans Brooklyn et de notre prochain voyage vers Hollywood…Toi aussi tu seras sur une affiche avec ce Marlon aux yeux de merlan frit, tu verras ma poupée…

Chez Dorothy’s place. C’est là que j’arrimais chaque soir, histoire de chasser les idées noires. Toutes ces photos de vedettes de cinéma sur les murs, Brando, Grant et toute la clique, ça me remontait le moral. Et puis, bercer Dorothy d’un paquet d’illusions, ça stimulait mes neurones. Chacun son rêve.
Mon bureau était à deux pas de ce bouge des âmes perdues, un deux pièces dans lequel je pieutais, je recevais les clients et tout le tralala. Le Bowery, c’était pas le plus classieux des quartiers de New-York, mais c’était celui qui collait le mieux à mes tunes. Chinatown n’était pas loin. Et Chinatown, c’était une blessure qui saignerait encore. Jusqu’à la vérité.
- Ah oui, Scotty chéri, dit-elle en allongeant le bras pour me lancer mon troisième verre, y’a une bourge assise là-bas, une espèce de chintoke avec de grands airs… elle te cherche… Scotty Michele, elle a demandé, avec des yeux pas contents.

Je continuais de siroter mon whisky on the rocks et de tirer sur mes clopes, tout en tapant un œil sur les gros nichons de Dorothy. Des gonzesses qui venaient s’asseoir dans ce tripot, y’en avaient chaque soir. Dans la glace en face de moi, j’essayais mais en vain de voir la tronche de celle-là, la bourge chintoke. Je ne voyais que tous ces rigolos, ces sniffeurs de coke et de dope. Le juke-box swinguait grave et après mon cinquième verre, les sons se déformaient et les affiches sur les murs se superposaient d’une drôle de façon.
Tous ces paumés m’appelaient the flic. L’autre soir, un type large comme un bulldozer et les cheveux plaqués à la brillantine me proposa, avec un sale accent de Brooklyn, ses services d’indic….Alors, quand il a vu que je n’en avais rien à cirer, il s’est approché de Jimmy, un revendeur, et il lui a proposé des tuyaux, pour la bourse.
- Hé Scotty chéri, l’espèce de sac d’os jaunis s’amène...

Dorothy n’avait pas terminé de débiter sa jalousie qu’une main aux longs doigts de femelle avait envoyé valdinguer mon dernier verre. A ce moment-là, les lèvres pulpeuses de ma gonzesse restèrent coincées en forme d’accent circonflexe…
Une enveloppe grise avait atterri devant mes yeux. Un nom était inscrit dessus. J’ai senti dans mon cou une main anguleuse et sèche. Ma tête a claqué sur le bar. Les étoiles n’étaient pas assez nombreuses et je me suis retourné. Mon souffle s’est coupé d’un coup car là, devant moi, une chinoise très classe me harponnait de son regard mauvais.
- Lis le nom sur l’enveloppe, minable, me lança la chinoise.
Moi je me foutais du nom sur l’enveloppe. Je l’avais reluqué mais ça ne me disait que dalle. Je ne voyais qu’elle. J’étais comme mort. Cette chintoke était le portrait craché de Sully, ma poupée. L’espace d’un éclair, des morceaux de mon histoire avec Sully ont flashé dans ma tête. Une fille qui crevait de faim, une fille qui s’était échappée de Five Points et de cette bande de crapules, les Flyings Dragons. Sully, sa voix douce, ses mains de soie, tous ces caprices qu’elle me passait…Je savais qu’elle avait des antécédents... Je m’en balançais ! On s’aimait ! Et puis un jour, il y aura bientôt un an, je suis rentré dans notre appart. Vide ! Ma Sully, je ne l’ai jamais revue ! C’était le 13 mai 1957.
- Michele, parce que c’est ton nom, pas vrai ? Ouvre cette enveloppe et regarde les photos !
Mes moments vécus avec Sully me revenaient, en rafales.

Alors, la chintoke glissa ses longs doigts dans l’enveloppe et elle en ressortit des photos d’une moribonde au visage lacéré. Mon cœur a cogné. Le cadavre, c’était ma Sully.
Je me suis tapé la tête entre mes mains. J’étais dégrisé. Je pensais que je rêvais et que j’allais entendre Dorothy glousser : viens mon Scotty chéri viens …
- Alors, Michele, on ne dit rien, on pleure ! Un mec qui pleure, c’est possible ?
J’ai essayé de me reprendre et tout ce que j’ai trouvé à dire c’est :
- Ma Sully ne s’appelait pas Cheyenne Wiang !
- Ta Sully s’appelait Cheyenne Wiang ! Son cadavre a été retrouvé le mois dernier. Dans une cave pourrie de la quatorzième. Je veux savoir qui l’a tuée. Et pourquoi. Cheyenne Wiang, c’était ma petite sœur !

Ce soir-là, j’ai su que pour Scotty Michele, la vie avait de nouveau une raison d’être.

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