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La petite fille et les crabes


Auteur : DELAMARE Renaud

Style : Conte




Pour mon Ti Bolomm


Je me souviens quand j’étais petite plusieurs semaines avant Pâques j’allais avec mes frères et sœurs pêcher le crabe de terre dans la mangrove à quelques kilomètres de chez nous. On nous disait de faire attention aux mofwazés qui pouvaient rôder dans ces lieux-là.
On tenait dans nos mains des Zatrap, ratières en bois, afin d’attraper le crabe dans son terrier.
Ensuite on engraissait le crustacé en le nourrissant de piment, de carottes ou de noix de coco. Cette méthode permettait aussi de le nettoyer de l’intérieur.
Une fois, des voleurs avaient dérobé nos prises alors qu’on dormait sur la plage. Ce fut notre voisin, Monsieur Mario, qui nous offra quatre de ses crabes en nous voyant revenir les larmes aux yeux.
Sur le trajet, on chantait et on dansait, un bakoua sur la tête, une comptine créole :

Aliette kontan manman pas là
Pou'y dancé, pinpinling pinling pinling
Aliette kontan manman pas là
Pou'y mété wob a gran kodon

Aliette kontan manman pas là
Pou'y dancé, pinpinling pinling pinling
Aliette kontan manman pas là
Pouy'mété soulié a gran talon

Je m’amusais à faire des pas de danse dans le sable blanc et encore chaud.
Le soleil reflétait ses larges rayons à l’horizon.
Au bord de l’eau, on installait une ratière au-dessus de chaque terrier de crabe dès qu’on apercevait un monticule de vase. On y mettait au fond du piège un piment, pour l’appâter.
On allait passer une nuit blanche car les crabes ne sortaient qu’à la nuit tombée.
En attendant, on rigolait tous ensemble en mangeant des galettes de manioc et on racontait comment nos parents allaient préparer le repas de Pâques.
Trois jours avant Pâques, mon père partait toute la journée avec les voisins pêcher des zabitans, sorte de grosses écrevisses munis de longues pinces et le soir maman faisait les acras de choux, de morue ou bien de crevette.
Ensuite le Vendredi Saint, on se reposait jusqu’à trois heures de l’après-midi. On jeûnait et on priait beaucoup ce jour-là.
La veille de Pâques, le Samedi « Gloria », on avait coutume de tuer un cabri pour le colombo. Les enfants de mes voisins se jetaient à l’eau et revenaient avec des seaux pour arroser leur maison afin d’avoir de la chance toute l’année !
Et le jour de Pâques, pendant deux jours, on partait tous à la plage pour faire la fête et manger le colombo de cabri de maman ou le matoutou de crabes de papa souvent accompagné de riz et de haricots rouges.

C’est pour cette raison que je me retrouvais avec mes frères et sœurs, sur cette plage, chaque année à attendre le crabe et le ramener fièrement à notre famille.
Ainsi je contribuais, du haut de mes 8 ans, un peu à cette magnifique fête familiale et amicale. Là bas dans mon village du Sud de la Martinique.





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