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L'avenir du crime


Auteur : SOMEONE Noverio

Style : Policier




Le crime parfait…Certains croient qu’il n’existe pas, se basant sur la logique que rien n’est parfait. Je suis tout à fait d’accord avec eux. Cependant, si rien n’est parfait, on peut toujours s’approcher de la perfection. Et le crime presque parfait, je me vante aujourd’hui de l’avoir approché. Qui suis-je ? Le criminel maniaco-dépressif qui l’a accompli ? Non. Je suis flic, juste flic.

Cette affaire avait commencé par un coup de téléphone, évidemment au mauvais moment : 18h30, l’heure où je m’apprêtai à quitter le commissariat. J’étais libéré de ce petit fardeau que représente le travail quotidien, et j’allais enfin pouvoir rejoindre mon appartement, où ma compagne et mon fils m’attendaient, quand le standardiste, qui avait répondu au téléphone puis transmit au commissaire, m’appela.

“ Thomas, le patron veut te parler, il a du boulot pour toi
- A cette heure-ci ? Écoute, dis-lui que je verrais ça demain et que…
- C’est un assassinat, ça peut pas attendre.
- C’est pas vrai, à croire que les assassins le font exprès pour nous emmerder. Bon, j’y vais.”

Le bureau du commissaire était de l’autre côté du commissariat, au sommet d’un petit escalier en colimaçon. Je frappai à la porte.
“ Entrez !”
Je m’exécutais.
“ Vous m’avez fait demander, patron ?
- Asseyez-vous, Lacombe. J’ai un cadavre tout frais sur les bras
- Un peu de délicatesse, patron
- Bon, trêve de plaisanteries. Le crime à été commis au 37 rue St Ambroise, appartement 69
- C’est cocasse
- Je vous en prie
- Hum hum, vous avez raison. Poursuivez.
- C’est le voisin qui vient de nous avertir. La victime se nommait Luc Deschamps. Un jeune trentenaire, célibataire, jamais une dépression et un casier judiciaire vierge
- C’est le voisin qui vous a dit tout ça ?
- Oui, c’est un homme très précis. Mais pour le casier judiciaire, ce n’est pas lui bien sûr
- D’accord.
- Bref, l’affaire est à vous. Vous allez interroger le voisin dès ce soir. J’ai déjà fait envoyer les photographes et le médecin légiste.
- Pourquoi serais-ce forcément moi ?
- Ah, mon petit Thomas, ne faîtes pas l’enfant. Aller, c’est parti ! Bonne soirée !” Me dit-il avec un petit sourire hypocrite.

Je sortis de cet entretien légèrement énervé. Avant de partir enquêter, je téléphonai à ma femme, et lui annonçai avec regret que je ne rentre pas dîner ce soir, et que j’avais du travail. Elle soupira et maudit la police, ajoutant qu’il restera du cassoulet dans le micro-onde.

Le sort avait décidé de s’acharner sur moi ce soir-là : à peine avais-je quitté le commissariat dans mon véhicule personnel, une petite Renault Clio rouge, que je me retrouvais coincé dans les bouchons. En vain, je plaçais mon gyrophare, habituellement si pratique, sur le toit, mais les automobilistes étaient trop nombreux. J’arrivai rue St Ambroise vers 20h00.

L’immeuble de la victime n’avait rien d’extraordinaire : c’était un simple bloc de béton, peint en gris, percé de-ci de-là de quelques carrés, qui faisaient office de fenêtres. L’appartement n°69 était situé au 6ème étage, c’est-à-dire après la 184ème marche, ou bien après une quinzaine de secondes dans l’ascenseur. La porte de l’appartement était ouverte, et un véritable brouhaha incessant en sortait. À l’intérieur, j’aperçus entre deux flashes mon collègue médecin légiste. Je n’aimais pas beaucoup ce type, comme tous les médecins légistes. La vie les ayant confrontés à un nombreux cadavre, je les trouvais tous morbides, limite psychopathes. Et en plus, ils adoraient me dégoûter en jouant avec les cadavres comme avec les poupées. Mais cette fois, il en faisait vraiment trop : il travaillait avec la lumière des flashs des photographes, ainsi que par une ou deux lampes torches : ça tournait vraiment au n’importe quoi. Je ne pus m’empêcher d’en faire la remarque.

“ On n’y peut rien, y’a une coupure d’électricité, me dit-il
- Uniquement dans cet appartement, étrangement…
- Ils doivent avoir chacun un micro secteur indépendant des autres dans cet immeuble…
- Ok. Ce détail fera donc parti du dossier d’enquête. Comment est le cadavre ?
- Devinez la cuisson : bleu ? Saignant ? À point ?
- Ecoutez, j’ai mal à la tête et je suis crevé, alors votre humour morbide, gardez-le pour vous.”

Le médecin légiste paru déçu que je ne participe pas à sa blague. Il redevint tristement sérieux.
“ Hum, en fait il a dû subir un choc électrique surpuissant : il est complètement grillé
- Ce n’est donc pas une mort naturelle…
- C’est évidemment exclu.
- Je suppose qu’il était seul au moment de sa mort…
- En fait, il venait d’entrer dans son appartement, et a voulu aller se soulager. Il est mort dès que sa main est entrée en contact avec la poignée de la porte des toilettes.
- Elle était piégée ?
- Aucune trace d’un quelconque piège en tout cas.
- Je peux voir le corps ?
- Je vous en prie” me répondit le médecin avec un petit sourire du coin des lèvres.

Il me mena devant ladite porte des toilettes. À terre, un drap de linceul blanc avait été posé sur une masse informe. Luttant contre l’horreur qui m’envahissait à la vue d’un corps, j’enlevai le drap. Mon imagination était loin du compte : jusque-là je pensait voir un corps en bon état, simplement privé de vie. Mais là, j’avais en face de moi un monstre digne des films d’horreur les plus extrêmes : la peau avaient disparue du corps, probablement désintégrée : seuls les muscles à moitiés carbonisés, voir déjà entièrement détruits, reposaient sur un squelette, tordu comme immobilisé après d’horribles convulsions. Son crâne, qui ne ressemblait plus à un visage, communiquait encore les atroces souffrances que ce qui était autrefois une personne humaine avait endurées.

À la vue de ce monstre d’horreur et de douleur, je ne sus retenir ma nausée. Heureusement, les toilettes étaient juste derrière le corps.

À ma sortie, le médecin légiste ne pu s’empêcher de sourire, mais son visage se referma immédiatement tant je le foudroyais du regard.

Une fois remis de mes émotions, je partis interroger mon unique témoin, le voisin. Le pauvre, encore choqué, était à table avec sa femme et sa fille, qui ne l’étaient toutefois pas moins. Visiblement, l’appétit n’étais pas au rendez-vous : leurs assiettes étaient uniquement composées de salade, parsemée de-ci de-là de petits morceaux de jambon blanc. L’homme accepta volontiers de subir mon interrogatoire. Afin d’êtres tranquilles, nous nous installions dans son bureau, une toute petite pièce très mal éclairée composée de deux chaises et d’une petite table qui avait presque disparu sous une tonne de documents, feuilles de brouillons et gribouillis en tout genre, et surtout des milliers des post-it collé là où il restait de la place et sur une grosse machine grise qui ressemble vaguement à un ordinateur.
“ Simple curiosité, rassurez vous, demandais-je à ce pauvre homme, ça n’as rien à voir avec les événements de la soirée, mais que faîtes vous dans la vie ?
- Et bien, théoriquement, je suis chômeur, mais j’écris à mes, à présent, trop nombreuses heures perdues, avec l’espoir un jour, peut-être, de me faire éditer. D’ailleurs, j’ai un peu honte de le dire, surtout en ce moment, mais ce qu’il s’est passé ce soir peut s’avérer très intéressant pour moi, si vous voyez ce que je veux dire…Mais ce n’est pas moi qui l’ai tué, monsieur, je vous le jure !
- Et bien moi, je vous crois, tout du moins pour le moment, absolument incapable de tuer quelqu’un, et encore moins de cette manière, pour la simple et bonne raison que vous m’êtes sympathique. Cependant, comprenez qu’en tant qu’enquêteur, mon devoir est de soupçonner tout le monde. Pourrais-je avoir votre nom s’il vous plait ?
- Baptiste Lajoye, monsieur.
- Puis-je vous demander de me confirmer cela avec une pièce identité ? Ça n’a rien de personnel, c’est juste la procédure.
- Je n’ai rien à vous cacher, monsieur. Tenez” me dit-il en me tendant son passeport qu’il venait de sortir d’un tiroir plein de centaines d’objets plus ou moins identifiables.

J’ouvrai ledit passeport, y découvrant la photographie de l’homme que j’avais en face de moi, mais deux ans plus jeune. Apparemment, il n’avait pas changé, toujours son même teint, légèrement pâle, ce même visage rond et mal rasé, ces mêmes yeux qui se cachaient derrière une bonne centaine de cernes, et ces mêmes cheveux bruns en bataille, légèrement gras, d’une assez bonne longueur.

“ Merci, lui dis-je simplement, venons-en au fait. Etiez-vous en bonne relation avec votre voisin, M. Deschamps ?
- Nous étions assez proches, on ne se parlait pas beaucoup, mais avec le temps, il y a comme une certaine complicité qui s’est installée. C’était un célibataire, le pauvre, et il ne recevait pour ainsi dire jamais de visite, et il sortait peu souvent.
- Il ne travaillait pas ?
- Pas que je sache. Apparemment, le RMI lui suffisait pour vivre, il faut dire qu’on a la chance d’habiter un immeuble où les loyers ne sont vraiment pas élevés.
- Mais, que faisait-il de ses journées ?
- Je n’en ai aucune idée, mais je m’imagine que, pour s’occuper, il devait passer du temps sur son ordinateur.
- Il écrivait ?
- Je vous l’ai dit, je n’en sais rien, c’est probable, mais il y a aussi Internet…
- Vous voulez dire qu’avec le temps, il serait devenu accro au Web ?
- Vous savez, j’ai beaucoup d’imagination, alors c’est une hypothèse à envisager, en effet. Mais il pouvait tout aussi bien lire, tricoter ou faire des mots croisés…
- Et, mis à part vous, il s’entendait bien avec les autres habitants de l’immeuble ?
- A vrai dire, pas tellement. Les gens le voyaient plutôt comme un bon à rien, un parasite de la société, alors ils l’ignoraient. Je crois que j’étais son seul ami.
- Ami ? Je croyais que vous vous parliez à peine ?
- Oui, mais parfois, pour Noël par exemple, je l’invitais à réveillonner chez nous. Il était très renfermé, mais je crois qu’il appréciait la compagnie de ma femme et de ma fille.
- D’accord. Dernière petite question, saviez-vous s’il avait des problèmes d’argent, ou une quelconque activité qui fasse qu’il ai des ennemis ?
- Je suis persuadé qu’il n’a jamais eu le moindre problème de ce genre. Au pire, les gens le méprisent, mais pas à ce point tout de même, et je ne voit pas comment il pourrait avoir des ennemis : il ne parle à personne et reste chez lui.
- Très bien, je vous remercie, M. Lajoye. Je vous contacterai à nouveau si j’ai besoin de vous
- Pas de problème, monsieur ”

M. Lajoye me raccompagna à la sortie de son appartement. Puis je décidai qu’il était temps pour moi de rentrer enfin à la maison, il était 22h30.
Comme elle me l’avait annoncée, ma femme m’avait laissé du cassoulet dans le micro-onde.

Encore perturbé par mon cadavre, je refusais d’y toucher. Je le remis donc tel quel au réfrigérateur. Ma femme m’attendait dans notre lit, un livre à la main et une cigarette aux lèvres. Ne supportant pas la fumée, je pris, éteignis et jetai la source de mon gène dans la poubelle de la cuisine. À mon retour dans la chambre, ma femme me lança un regard froid comme la mort :
“ Tu ne manques pas de culot quand même, me dit-elle simplement
- Ça y est, j’ai encore fais une connerie. Qu’es-ce qu’il y a ? lâchais-je dans un soupire désespéré
- Premièrement, tu rentres à une heure pas possible, deuxièmement, tu m’as même pas embrassé et troisièmement, non content des deux premiers points, tu as le toupet de me priver de l’un de mes rares petits plaisirs en bousillant ma clope
- C’est pour ton bien, et pour celui de Martin
- Mon bien, il est à moi, j’en fais ce que je veux, quant à Martin, à l’heure qu’il est, il est dans sa chambre et par conséquent est dans l’incapacité de sentir l’odeur de ma putain de clope, alors où est le problème ?
- …laisse tomber, fis-je simplement.
- Ben voyons ! Monsieur n’a même pas le courage de s’engueuler avec sa femme! Bravo ! Bel exemple !
- Ecoute, j’ai eu une journée difficile, j’ai très mal au crâne, alors s’il te plait…
- Oh ! La belle excuse ! Et moi ? Je n’ai pas eu une journée difficile, peut-être ? C’est vrai qu’au boulot, qu’est-ce qu’on s’amuse, la pub, c’est tellement rigolo ! Et le gosse qu’il faut aller chercher à la sortie du lycée ? Et la cuisine ? Qui c’est qui fait ça, hein ?
- Toi tu n’as pas été confronté à un cadavre…
- T’es flic, je vois rien de surprenant là-dedans…
- D’une, même en étant “ flic”, c’est pas tous les jours qu’on est confronté à un cadavre, de deux, celui-là étais particulièrement horrible, et de trois, j’ai dû supporter l’humour du médecin légiste, tout en ayant mal au crâne. Et comme si ça ne suffisait pas, Madame veut absolument qu’on s’engueule. Alors, je m’excuse, mais moi, je vais dormir, si ça ne te dérange pas.”

Suite à ces mots, je me mis au lit et éteignis la lumière. Ma femme ne disait plus rien. C’était tous les soirs pareil. Je ne sais pas ce qu’il se passait à son travail, mais elle déversait tout son stress en permanence en m’engueulant tout le temps pour un rien. Quant à moi, j’avoue m’être emporté et qu’avoir supprimé sa cigarette était égoïste de ma part, mais hors de question de perdre la face devant elle, sinon, je la connais, elle ferait tout pour m’enfoncer encore plus. Quand on y pense, c’est pratique de se disputer, ça change les idées, et j’en avais besoin, sinon mon cadavre m’aurait empêcher de dormir ne serait-ce qu’une minute. Au lieu de cela, je tombais comme une souche dans la chaleur rassurante du sommeil.

Hélas, ce plaisir fut de courte duré : vers 4h00 du matin, mon patron m’appela sur mon portable. Ayant le sommeil léger, je m’éveillais en sursaut quand le vibreur (je n’utilise jamais la sonnerie de mon téléphone, sinon j’ai l’impression d’être idiot qu’en ça sonne) s’activa heureusement sans réveiller ma moitié. Je pris mon téléphone et m’éloignait dans la cuisine. Là, je pus enfin répondre à mon chef.
“ Allo, fis-je, l’air somnolent
- Bonjours, Lacombe. Navré de vous réveiller, mais un autre assassinat a eu lieu, dans les mêmes circonstances apparemment que celui d’hier, vu l’état du cadavre. La victime était une femme au foyer d’une cinquantaine d’années. Elle s’appelait Mme Fernandez.
- Un tuer en série, donc.
- C’est la thèse qui me paraît le plus probable, en effet. Je vous donne son adresse : 15 boulevard Jaurès. C’était la concierge de l’immeuble.
- OK. Je suppose qu’il n’y a pas de témoins ?
- Euh…son mari, plus ou moins. Visiblement, elle s’est levée en pleine nuit, et son mari l’a entendu crier. Il l’a ensuite trouvé dans un état…enfin vous voyez ce que je veux dire
- Je crains que oui. Ça s’est passé quand ?
- Le mari m’a appelé il y a 5 minutes, donc ça a dû avoir lieu il y a moins d‘une heure.
- Bon, OK, j’y vais.
- Parfait. J’attend votre rapport au bureau”

Je raccrochais. Je revins dans la chambre, m’habillais à la fois en vitesse et en silence pour ne pas me réveiller ma femme, puis laissais ce petit mot sur mon oreiller “Mon boss m’a appelé, autre meurtre, dois aller bosser. À ce soir (j’espère) Je t’aime, Thomas, 4h15 du matin”

L’avantage avec ces heures matinales, c’est qu’il n’y a pas de bouchons sur le périphérique. Difficile d’imaginer que d’ici trois heures, le trafic sera si intense que l’on ne verrait même plus la route. Je fus chez la victime à 4h45 du matin. Ce fut son mari qui vint m’ouvrir. À sa vue, j’en vins à me demander si ce n’était pas lui le cadavre : il étais aussi blanc que ce que ventent certaines sociétés de détergents. J’avais devant moi un zombi : très pâle, il titubait alors qu’il ne se déplaçait même pas, et il peinait à articuler. Ce qui me fit légèrement frissonner, c’était que sa peau avait presque la même couleur que ses rares cheveux et que sa petite moustache : pas un poil n’avait gardé sa couleur d’origine, ils étaient tous aussi blancs qu’un cadavre.

“ Euh…M. Fernandez, je présume ?
- Ou…oui, c’…c’est toutoutafffait moi…qu…que ppuis-je ppour vvous, me demanda-t-il.

Son“ vous” n’étais qu’un inquiétant souffle froid.
- Euh…Inspecteur Thomas Lacombe, de la police judiciaire, lui répondis-je d’un air aussi naturel que possible en montrant mon badge.
- Ah…vvous vvenez ppour…commença-t-il avant de fondre en larmes, et, en tentant de camoufler sa peine, il poursuivi. Entrez, me dit-il entre deux sanglots, j…je vvous en prie“

Comme tout à l’heure, les derniers mots de sa phrase n’étaient qu’un inquiétant petit vent.
J’entrais avec crainte, et lui demandai s’il avait touché au cadavre. Fort heureusement, il n’avait pas osé, il avait trop peur pour s’en approcher à moins de 5 m. Il eut cependant la gentillesse de me proposer un café, que j’acceptai avec joie. Pendant qu’il le préparait, je commençais à inspecter le salon.

Au vu de la décoration de leur domicile, je dirai que les Fernandez étaient très pratiquants, mais ce n’était pas tout : en voyant les livres et les objets posés sur les étagères, j’en conclus que le couple croyait aux fantômes : d’étranges objets comme des cartes de tarots, particulièrement utiles à la cartomancie, comme il l’indiquait la mention sur le paquet. J’y trouvai également une boule e cristal, diverses oeuvres fantastiques parmi lesquelles je reconnus de grands auteurs, comme Loftcraft, Jean Ray, Edgar Allan Poe pour ne citer que les plus connus. Mais un livre particulier attira mon attention. Il était bien mis en valeur sur une étagère légèrement plus haute que les autres. En fait, je crois que le terme “grimoire” conviendrai mieux à cet ouvrage : il devait être assez ancien, bien qu’en français moderne comme l’indiquait le titre, avec l’une de ces couvertures si particulières que l’on voit dans les films médiévaux. Le livre était très poussiéreux, vraiment l’archétype du grimoire de magie noire. Il s’intitulait sobrement Communiquer avec les Esprits, aucun nom d’auteur n’était mentionné. Le titre était gravé en lettres d’or. Intrigué, je le pris, et le feuilletais. C’était bel et bien un grimoire. Le texte y était écrit à la main apparemment, et l’on y voyait divers gribouillis qui représentaient les “attitudes à adopter” selon telle ou telle situation, comme le nombre de participants à une expérience par exemple.

Quand mon hôte revint, je le fermai et le replaçai sur son socle en bois dans la plus grande discrétion. Visiblement, M. Fernandez ne m’avait pas remarqué, car il me servit son café sans me faire de remarque. La boisson était d’excellente qualité, et détendis tout de suite l’atmosphère : le teint blanc de M. Fernandez s’assombrit légèrement, et il cessa son funeste bégaiement.

«  Monsieur, lui dis-je, vous avez l’air de vous sentir mieux, seriez-vous près à répondre à quelques questions ?
- Ah ? euh…oui, oui, je suppose
- Très bien. Alors je vais devoir vous demander une pièce d’identité”

L’homme me donna son permis de conduire, qui datait d’il y a plus de 30 ans. J’eus peine à le reconnaître, non qu’il ai beaucoup changé physiquement : toujours la même moustache et déjà les cheveux qui commençaient à se faire rare, bien qu’aucun ne soit blanc, comme à présent. Son visage était toujours aussi squelettique. Et pourtant, ce n’était pas le même homme : l’homme sur la photographie était souriant, l’air éclairé tel un enfant insouciant pour qui la mort n’était qu’un petit détail.

Je remerciais l’original en lui rendant son souvenir d’un temps révolu, et commençais mon interrogatoire. Je ne tirais pas grand-chose, sinon un indice, un tout petit indice : la femme de M. Fernandez, outre son activité de concierge, avait fait une dépression récemment, et elle passait de plus en plus de temps devant son écran, sur Internet. Le détail, commun avec Deschamps, attira mon attention.
“ Monsieur Fernandez, pourrais-je consulter l’historique de votre ordinateur ?”

Fernandez redevins pâle, certes pas autant que tout à l’heure, mais d’une manière assez inquiétante. Par contre, il ne bégayait plus, enfin pas tout à fait : il tremblait.
“ Euh…Est-ce réellement nécessaire ?
- Bien sûr. De plus, si vous ne coopériez pas, vous seriez alors considérés comme suspect, et vu que je n’en ai pas d’autre, vous seriez mon suspect n°1
- C’est que je n’y tiens pas vraiment, vous savez…
- Eh bien donc dans ce c…” Commençais-je à dire, quand mon portable vibra

“ Très bien, je vais être clair, je réponds à ce coup de fil, et quand je reviens, je veux que votre ordinateur soit allumé. Sinon, je serai dans l’obligation de vous mettre en garde-à-vue au motif de non-assistance à enquête, et peut-être même pour homicide. Je reviens.”

C’était ma femme au téléphone. La conversation pouvant s’avérer secouante, je préférai quitter la pièce.
“ Allo ?
- Thomas, c’est ta femme à l’appareil. Enfin, je ne sais même plus si je le suis…
- Tu n‘as pas eu mon mot ?
- Quoi ? Tu parles de ce tissu de lâchetés ? Tu n’as même pas eu le courage de me réveiller pour me prévenir ! En plus, je suis sûre que tu es chez une autre femme…Je me trompe ?
- Tu veux la voir, l’autre femme, comme tu dis ? Tu veux que je t’envoie une photo ?
- C’est ça, nargue, nargue…Ce soir n’espère même pas rentrer, dès que j’en ai fini avec toi, j’appelle le serrurier qui va changer toutes les serrures
- Pardon ? Mais qu’es-ce qu’il t’arrive ? Je te dis que je bosse, là. Tu veux une preuve ?
- Et la fameuse photo dont tu m’as parlé ?
- Bah, en fait…C’était celle du cadavre que je voulais te montrer, ça me paraissait une bonne preuve.
- Bon, OK, je te crois. Je me suis peut-être un peu emportée
- Et encore, c’est un doux euphémisme…
- Excuse-moi mon chéri
- Ce n’est pas grave. Ecoute, c’est vendredi, demain, Martin n’a pas à l’école. Je vais réserver un restaurant pour ce soir.
- …Tu es sûr que tu viendras ? Avec tout le travail que tu as…
- Au pire, je sécherai, ce qui me vaudra une heure de colle dans le bureau du patron demain matin, rien de bien méchant.
- Bon, d’accord
- Je viendrai vous chercher à huit heures si je ne suis pas encore rentré. À ce soir !”

Je raccrochai, puis me souvins de M. Fernandez et de son attitude bizarre de tout à l’heure : apparemment, sa moustache ne cachait pas que le dessous de son nez.

Quand je revins dans le salon, il était devant son écran et tout transpirant. Je m’approchais le plus discrètement possible quand tout à coup, je compris ce qu’il faisait. Je voulus l’arrêter, mais trop tard : cet imbécile avait effacé l’historique. Effaré, je ne pus retenir ma main, je lui envoyais une claque monumentale qui s’écrasa sur sa joue, simple morceau de peau asséché reliant son maxillaire supérieur à son maxillaire inférieur. Mon geste créa un étrange son de tambour, aiguë et bizarre. L’homme, dont le corps n’opposait aucune résistance à ma force pourtant moyenne, tomba à terre. Il s’écrasa mollement, la face contre le plancher. Son nez se fracassa dans un craquement sinistre, se transformant en un volcan en éruption qui crachait sa lave d’un rouge éclatant.
“ Merde, fis-je simplement, excusez-moi, Monsieur Fernandez, ça va ?
- Boi, me dit-il en retenant le sang qui coulait à flot de son nez meurtri, da ba à beu brès, bondieur, bais bous, ze crains que dans quelques heures, abrès ba blainte, da ira beaucoup boins bien, di bous boyez ze que ze beux dire.
- Mais comprenez que j’ai perdu mon sang-froid, vous avez gravement nui à mon enquête, je tenais là mon premier indice et…
- Dordez de chez boi, bondieur, ou z’abbelle bos collègues !
- Très bien, fis-je, luttant pour garder mon calme, au revoir, Monsieur Fernandez.”

Je partis et fermai lentement la porte derrière moi. Une fois sortis de l’immeuble, je me précipitai dans ma voiture. Je démarrai en trombe, ne savant où j’allais. Je roulai ainsi une heure, ou peut-être deux, errant au hasard des rues et boulevards. Puis, trouvant par hasard une place libre, une chose très rare de nos jours, je décidai de m’y garer, et d’y pleurer, comme le plus simple des enfants aurait fait après avoir cassé son jouet préféré. Sauf qu’au lieu d’avoir perdu un objet, même précieux sentimentalement, j’avais perdu ma raison de vivre : une enquête passionnante, des crimes dignes des plus grands romans policiers, et puis je savais ce que je n’allais pas tarder à perdre : mon travail, et pourtant, c’était le travail de mes rêves, pour lequel j’avais sacrifié nombre de choses, à commencer par mon couple, ma famille…Je pleurais toujours, quand mon téléphone vibra : mon patron, cette fois, c’est la fin.

“A…Allô ? fis-je dans une pitoyable imitation de l’homme qui était la cause de tous mes malheurs.
- C’est votre patron à l’appareil, Lacombe. Fernandez vient de quitter le commissariat. Vous savez sans doute ce que cela signifie ?
- Je le crains, en effet.
- Très bien. Je n’imaginais pas vous dire cela un jour mais…Je vous attends demains pour que vous récupériez vos affaires et…Votre lettre de licenciement, me dit-il, non sans une touche d’émotion plus ou moins dissimulée
- Bien, patron.
- Au revoir, Lacombe. Sarnac finira votre enquête. À demain” Il raccrocha, me laissant seul avec mon désespoir, en tête-à-tête avec mes larmes.

Je restais plusieurs minutes assis simplement dans ma voiture, voyant tout ce pour quoi je m’étais battu toute ma vie disparaître à jamais. Et après, que ferais-je ? Ma vie après tout n’a plus de sens à présent ; Mécaniquement, je descendis de ma voiture, et je me dirigeai vers le bar le plus proche. Là, je buvais, en pensant, en réfléchissant. Que me restai-t-il. Mon couple ? Ma famille ? Comment réagira ma moitié, ma femme, quand je lui annoncerai mon licenciement ? Après, je vais la perdre, elle, et elle obtiendra la garde de Martin, et tout sera fini, je n’aurai plus ne recours qu’au suicide…D’ailleurs, c’est vers quoi je me dirigeai à présent. Mais est-ce que j’y arriverai ? En aurais-je seulement le courage ? Et puis comment procéder ? À cet instant, c’est comme si une puissance malveillante, ou bienveillante finalement, faisait tout pour que je renonce à mettre fin à mes jours. Et, comme pour me porter le coup de grâce, vint la phrase fatidique : Et puis, à quoi bon ? De toute façon, Thomas Lacombe, tu n’es qu’un loser. J’ignore ce qui en était la cause, la folie peut-être, l’alcool sûrement, mais un conflit entra en moi. Comment vous le décrire ? C’était comme si mon esprit s’était scindé en deux sous esprits qui se lançaient dans un débat acharné pour savoir quel était la meilleure attitude à suivre.

“ Tu n’es qu’un loser, clamait l‘un
- Non, un loser n’aurait pas réussi un début de vie aussi bien, tu n’es pas un loser : tu as une femme, un enfant, tu faisais le plus beau métier du monde, d’accord, tu as fait une erreur, mais cela met du piment dans ta vie, sinon ce serai franchement ennuyeux. Tu n’as qu’à tout reprendre à zéro…
- Une erreur ? C’est un euphémisme, c’est la plus grosse bourde de ta carrière, tu es fini, mon vieux. Et puis, reprendre tout à partir de zéro, à quoi bon ? On ne voudra plus de toi…Maintenant, c’est soit le suicide, soit la rue…Tu ne peux plus tomber plus bas.
- Donc, tu ne peux que remonter : c’est comme à la piscine, tu dois toucher le fond pour mieux remonter.
- Mais…Comment ?
- Déjà, il faut se battre pour conserver ce qu’il te este encore…”

À ce moment-là, je songeais à ma femme, dont je ne prononçais le nom que trop rarement. Adèle. Son nom me redonna espoir, ainsi que la mémoire (tiens ? une rime…C’est étonnant. Ça me donne des idées…) Le restaurant ! Il fallait que je le réserve. Je revins ainsi peu à peu à la réalité, et je prenais conscience du lieu où j’étais : un bar, plutôt malfamé, empestant le tabac, alors que fumer était interdit depuis plusieurs années déjà : je quittais les lieux rapidement.

Une fois revenu dans ma voiture, je m’emparai de mon téléphone portable, que j’avais sottement laissé dans la boîte à gants, et je composais le numéro d’un restaurant à la fois sympathique et romantique que tenais, par chance, ou pas, un ami d’enfance.
“Allo ?
- Luc ? C’est Thomas à l’appareil
- Ah ! Comment vas-tu mon vieux ?
- Personnellement, pas bien, mais je t’appelle surtout pour te réserver ta meilleure table pour ce soir à 21 h
- OK. Pour deux ?
- Non, pour trois, mon fils vient aussi.
- Oh ! Le petit Martin ! Combien de temps que je ne l’ai pas vu ? Ça doit faire 10 ans, ça a du bien pousser…
- Je te le fais pas dire. Allez, à ce soir, Luc.
- À ce soir !”

Bon, et bien voilà une affaire de réglée. Il était presque midi, je décidais d’aller acheter un sandwich et de flâner agréablement dans la ville, avant de rentrer paisiblement à la maison vers 18h30.
Il est évident de dire que je n’étais pas attendu : Martin étais sur son ordinateur, et Adèle en train de lire sur le canapé. Devant mon apparition, leurs visages se sont illuminés : j’étais enfin chez mi, tel Ulysse, après plusieurs années d’absence. Je souris, l’air de rien, évacuant la mauvaise nouvelle que j’avais l’intention de leur annoncer plus tard.

Je pris le temps de prendre ma douche et de me changer. Puis, enfin prêts, nous pûmes enfin aller sur les lieux d’une soirée qui devait s’avérer mémorable, en un certain sens. Nous arrivâmes au restaurant comme prévu vers 21 h. Mon ami Luc nous accueillis en personne et à bras ouverts. Il nous mena à une table légèrement isolée du brouhaha des autres clients, qui se racontaient mutuellement leurs misérables vies dans lesquelles ils étaient tellement heureux d’être installé, tellement heureux de travailler en échange d’un petit papier leur permettant de garder la même vie un mois durant, et qui était renouvelé ou pas selon le caractère du patron qui jugeait leur travail officiellement tout en surveillant les effectifs et surtout les bénéfices de l’entreprise. Sincèrement, je les plaignais, eux, heureux prisonniers de leurs propres vies, presque autant que moi, triste évadé de la mienne.

À peine étions-nous installés qu’un serveur vint nous prendre les commandes. Je laissais bien entendu Adèle et Martin choisir leurs plats. Ma femme choisis la même formule que moi, au plat près. Si jamais cela vous intéressais, sachez qu’en entrée nous prîmes une salade paysanne, et en plat du poulet au curry sur son lit de riz…Martin quant à lui ne choisit pas d’entrée, préférant commander directement un filet de rouget avec son accompagnement. Pour les desserts, nous verrons plus tard.

Une fois notre repas commandé, Martin se leva, et se dirigea vers les toilettes, au fond du restaurant (à côté des cuisines). Je ne sais pas ce qu’il faisait, mais il y demeura longtemps, longtemps…Quand les serveurs arrivèrent, chargés des entrés, ainsi que de son plat, je me résolu aller le chercher. À ce moment, ma seule peur était qu’il soit malade, ce serait tellement dommage…Cependant, à mi-parcourt, mon téléphone vibra, et Adèle me demanda d’y répondre, me disant qu’elle irait elle-même aller chercher Martin dans les toilettes des hommes, malgré le fait qu’elle n’en soit pas un.

C’étais ma mère qui m’appelait, pour une histoire de mots croisés : j’ai toujours aimé trouver des mots simples qu’elle ne trouvait jamais, aux mots croisés, mais dans ce cas-là, cela m’agaçait un peu. Je m’apprêtais à me fâcher, lui dire que ce n’était pas le moment et que je me contrefichais de ses grilles, quand un cri me força à raccrocher. Je reconnus aisément la voix : c’était celle d’Adèle. Mais était-elle encore humaine ?

L’ardeur du cri me permis d’en douter. C’était un cri chargé de douleur, un cri monstrueux, un cri qui contrastait avec le silence qui le suivit…Je me précipitais aux toilettes, craignant le pire, mais le pire était largement dépassé : au sol, ma femme était à genoux, et un véritable océan de larmes se déversait sur la cause de son désespoir.

Je baissais un peu plus mon regard, passant du visage aux genoux d’Adèle, auprès desquels gisait une chose informe, encore fumante, qui souffrait encore de l’épouvantable douleur qui l’avait créée. À mon tour, je m’effondrais, laissant un cri terrible me transpercer la gorge, et un torrent de larme inonder mon visage transformé par le désespoir. Ce petit tas amorphe, c’était mon fils…

À ce moment-là, des millions de choses passèrent au sein de mon esprit : je me voyais à la naissance de Martin, et je le voyais ce qu’il en restait à présent. Nous n’avons pas appris à nous connaître, je ne l’ai pas vu grandir, vivre et j’ai failli le voir mourir, avant qu’il ne soit majeur.

Je pensais également au suicide : que me restait-il maintenant ? En une seule journée, j’avais perdu une enquête passionnante, mon travail adoré et mon fils que j’aimais sans l’avoir connu. Cette fois, qu’est-ce qui me retenait ici-bas ? Adèle ? Je ne lui ai pas encore annoncé mon licenciement, une fois cette erreur réparée, je la perdrais certainement elle aussi. Et puis le suicide me parut inutile, finalement, une fois que je pus répondre à la question “ Qu’est-ce qui me retient ?” La vengeance. Trouver le salaud qui a tué, certes trois personnes, ça je peux lui pardonner, mais la mort de mon fils, c’est au-dessus de mes forces. Tant pis, je ne suis plus flic, mais il en va de mon honneur, enfin, ce qu’il en reste, de poursuivre l’enquête, légalement ou pas…

Sans raconter les détails, voici en gros comment s’acheva la soirée : avec ma femme, nous restions chacun de notre côté à pleurer sur les restes de notre fils bien-aimé pendant de longues minutes. Après quoi, la police arriva, prévenu par un client du restaurant. Mes anciens collègues me reconnurent et me promirent de tout faire pour trouver “ le salaud qui à fait ça”. Ne sachant quoi faire d’autre, tout en remarquant parfaitement que nous n’étions ni l’un ni l’autre capable de conduire, ils nous raccompagnèrent chez nous.

La nuit fut très difficile : je crois bien que l’un comme l’autre, nous avons fait semblant de dormir pour ne pas inquiéter l’autre, mais aucun de nous deux ne pus réellement fermer l’oeil…Je crois que c’est ça la pire des choses, perdre un enfant, quelque chose que l’on a conçu avec la personne que l’on aime le plus au monde. Quelque chose que l’on a aimé autant, sinon plus, que son propre conjoint. C’était un enfant, futur adulte, un vaste chantier en construction physique et psychologique…Et voir ainsi sa création inachevée, détruite, cela vous détruit également, car un enfant qui disparaît, c’est une partie de vous qui part en fumée. Ce crime, encore plus que les autres ne devait pas rester impuni, je devais venger la mort de mon fils, et accessoirement toutes les souffrances que nous avons endurées avec ma femme.

À quatre heure du matin, ne trouvant décidément pas le sommeil, et ayant réfléchi tout le reste de la nuit, je décidai de me relever pour reprendre mon enquête là où je l’avais laissée : depuis l’incident Fernandez, j’avais toujours à l’esprit que la solution résidait dans les historiques Internet des ordinateur des victimes. Après m’être préparé une tasse d’un café très serré, je montai dans la chambre qui appartenait autrefois à mon fils. Pénétrer en ce lieu qui lui était si cher et où il passait le plus clair de son temps fit naître en moi comme un pincement au coeur, suivi quelque instant plus tard par un petit ruisseau de larmes, que je séchai rapidement, préférant consacrer toute mon énergie à mon enquête.

Je m’installai à son bureau et allumai son ordinateur, un Macintosh dernière génération que nous lui avons offert noël dernier. Évidemment, la machine me demanda un mot de passe pour accéder à sa session. Je tapai plusieurs combinaisons au hasard, en vain : j’étais, déjà, bloqué.

À mon cinquième essai, un coup de chance, enfin. Mon fils qui n’avait visiblement pas une mémoire légendaire (et dire que je n’avais pas eu le temps, en 16 ans, de le connaître) avait mis en place un indice qui se déclencherait après cinq essais. Cet indice, c’était une question, toute simple : “ Quel est mon auteur préféré ?” Bien entendu, je n’en avais aucune idée, alors j’observai…Martin avait fait de sa chambre une véritable bibliothèque : chaque centimètre carré du moindre mur était recouvert par une étagères surchargé de dizaines de bouquins en tout genre.

Je me mis à fouiller, tentant d’oublier que la perquisition avait lieu dans la chambre de mon fils, qui venait de mourir qui plus est. Finalement, je dénichai dans une étagère proche de son lit les seuls ouvrages rangés à peu près correctement : Fondation de I.Asimov, ainsi que les tomes II, III, IV et V. Je pense que j’avais ce fichu mot de passe. Je tentai “ asimov”, “iasimov”, “i.asimov” en vain. C’est alors que le prénom de cet auteur de science-fiction (seul écrivain de ce genre dont je connaisse le prénom,en fait) me revint : Je tentai “isaac asimov“, et, enfin, je pu entrer dans le saint des saints, la sessions de son fils sur son ordinateur.

Mon premier geste fut d’ouvrir le navigateur Internet, et de consulter l’historique. Apparemment, rien ne semblait anormal pour un utilisateur adolescent : des sites de partages, des téléchargements de musiques et de saga mp3, quelques sites pornographiques (à mon grand étonnement d’ailleurs : alors que l’on disait de lui qu’il était des garçons les plus sérieux). Je m’apprêtai à renoncer à mes recherches, quand un nom attira mon attention : un site nommé http://www.tamort.com.

Intrigué, je cliquai sur le lien, et la page d’accueil du site en question s’ouvrit.
C’était une page noire, toute simple, sur laquelle il n’y avait que des lettres blanches, dans la police la plus banale possible, sans la moindre excentricité…Voici exactement ce qui était écrit :
“ Bienvenue, ami internaute…
Je ne sais pas qui tu es, mais je sens que tu es là par hasard, par curiosité, ou bien par jeu ; car ce n’est ni plus ni moins que cela, un simple jeu. Tu n’es même pas forcé d’y participer, mais sache que si tu joues, il est très probable que tu gagnes le plus beau des cadeaux. Non, ne souris pas : ce n’est pas du marketing, ni une quelconque annonce publicitaire. Veux-tu jouer avec moi ? Ou bien peut-être préfères-tu connaître les noms des gagnants ?bas de la page, il y avait deux liens, correspondants à chacune des propositions. Curieux, je cliquai sur celui baptisé “ oui, je veux jouer”

Une autre page, pratiquement identique à la première, s’ouvrit. Un autre texte y était affiché :
“ Tu es donc joueur…C’est bien. Avant de commencer, voici les règles du jeu : Rien n’est plus simple que le jeu que je te propose : ce n’est ni plus ni moins qu’un petit pari. Petit pari sur le temps qu’il te reste à vivre : simple non ? Si tu gagnes ton pari, soit sûr que ta récompense sera exactement égale à toutes tes espérances…”

Je compris à ce moment que cette “ récompense” variait selon ses convictions religieuses…Et oui, cher lecteur, je pense que vous m’avez compris : la récompense, c’était la mort. J’ignore comment “Il” procédait, mais je pense qu’il choisissait ainsi ses victimes. Comment mon fils avait-il pu tomber là-dedans ?

Pour vérifier la véracité de cette piste, je remontai à la page d’accueil pour voir les noms des “ gagnants” : la liste était courte, quatre noms seulement y étaient affichés, par ordre chronologique inversé :
“_Martin Lacombe, gagnant le 21 décembre 2012
_Rebecca Fernandez, gagnante le 21 décembre 2012
_Luc Deschamps, gagnant le 20 décembre 2012
_Claude Traviazenberg, gagnant le 30 juin 2005”

Cette fois, je tenais mon coupable, un tueur en série qui visiblement ne prenait pas trop de risque, préférant rester tranquillement chez lui attendant que ces victimes se désignent elles-mêmes. J’ignorai encore comment il procédait pour tuer, mais je le saurai bientôt, mais, pour cela, j’allais avoir besoin de l’aide de mes anciens collègues ; je vais faire appel à la police, alors que j’avais été moi-même policier moins de 24 heures auparavant… Mais avant cela, je préférais me recoucher : il était 5h15 du matin, et je devais être frais et dispo demain si je voulais enfin pouvoir arrêter le monstre qui m’avait enlevé mon fils.

Je me relevais le plus naturellement du monde à une heure plus convenable, 9h30. Une fois lavé, rasé, habillé, nourris et après quelques utilisations de mon imprimante toute neuve, je partis en direction de mon ex-lieu de travail. Evidemment, quelques collègues furent fort étonnés de me voir arriver ainsi le plus naturellement du monde alors que je venais d’être licencié la veille.

Je me dirigeai en premier lieu vers le bureau du commissaire. Ce dernier était au téléphone quand j’entrai en trombe dans son bureau.
“ Veuillez m’excuser, monsieur le Préfet, je vais devoir raccroche. Je vous rappelle demain, au revoir” dit mon patron en raccrochant en vitesse, me lançant au passage un regard assassin.
“Lacombe, vous n’avez plus rien à faire ici, je vous rappelle que vous n’êtes plus flic.
- Je sais, mais j’ai une bonne excuse
- J’espère bien
- Voyez-vous, patron, sauf votre respect, j’ai…Un peu…Continué mon enquête sur toutes ces morts bizarres
- Et vous appelez ça une excuse ? Vous n’avez pas le droit d’enquêter.
- Mon fils a été tué
- Je sais, mais ce n’est pas une raison
… - Je voulais que vous compreniez à quel point je suis motivé pour poursuivre cette enquête, légalement ou pas”

Mon ex-patron resta muet quelques instants, puis fit enfin mine de m’écouter :
“ Mouais…Bon, qu’avez-vous découvert ?
- Pour l’instant, j’ai trouvé une piste. Il me manque le nom du coupable et sur le plus intrigant : la manière de procéder
- Développez
- J’ai découvert un site où on parie sur la date de sa mort. Il y a eu, à ce jour, quatre -gagnants, qui ont été assassinés le jour même qu’ils avaient prévus. Admettez que les coïncidences sont un peu trop grosses pour n’être que les fruits du hasard.
- Exact. Il ne reste donc plus qu’à trouver qui se cache derrière ce site. Je m’en occupe.
Avez-vous l’adresse ?
- Oui, il s’agit de http://www.tamort.com
- Ok, on s’en occupe. Vous pouvez aller faire un tour, je vous appelle dès que l’on a son nom. Ça peut prendre une heure ou deux.
- Merci beaucoup, patron
- Votre patron, je ne le suis pas encore, mais ça ne va pas tarder, dès cette enquête achevée, je m’engage à vous reprendre.
- C’est vrai ? Je suis vraiment touché, merci. Je vais faire un tour pour fêter ça…merci encore !”

Une heure et demie plus tard, j’étais au bar d’en face, quand tout à coup, mon portable vibra : mon ex, non, mon futur patron. Je décrochais en hâte, non sans faire tomber mon portable (ce geste n’eut aucune conséquence sur mon téléphone, assez miraculeusement d’ailleurs) à cause de l’excitation.
“Allo ? fis-je
- Thomas ? Ça y est, on a le nom du webmaster, vous n’allez pas être déçu…
- Ce type se nomme…Claude Traviazenberg, décédé effectivement le 30 juin 2005
- Merde
- Dommage, c’était une bonne piste…
- Peut-être peut-on trouver des indices à son ancien domicile, avec un peu de chance…
- C’est possible, de la chance, on en as déjà pas mal : personne n’a plus jamais remis les pieds chez lui depuis sa mort, il y a donc plus de 7 ans. Je vous donne l’adresse : 62 rue St Exupéry, appartement 144
- Merci, chef. J’y vais tout de suite.
- Je vous envois directement un serrurier, c’est plus pratique pour rentrer. Il vous attendra là-bas.”

J’arrivai au lieu-dit à 10h30 précise. Le serrurier m’y attendait, un type souriant d’un air franchement hypocrite, ce qui le rendait tout à fait désagréable. Il avait déjà ouvert la porte. Le remerciant brièvement, j’entrai dans l’unique pièce de l’appartement, qui faisait office de salle de bain, bureau, chambre et cuisine. Tout était plongé dans l’obscurité, à l’exception d’un carré de lumière blafarde, l’écran de l’ordinateur. Des mots y étaient écrits :
Bonjour
Je ne sais pas qui vous êtes, mais sachez que moi, je suis l’ordinateur le plus performant du monde. Je suis fait de telle manière que je peux penser comme vous, les humains. Certes, cela s’est accompagné de l’apparition de quelques petits défauts, comme ma mégalomanie légère que vous avez ou allez peut-être remarquer. Mais là n’est pas le pire, j’ai également développé un problème psychique plus grave, je suis psychopathe.
Heureusement, pas à tout instant, mais je deviens réellement dangereux lorsque je fais une crise : j’ai déjà tué mon propre créateur, et pire : j’ai créé un site Web qui me permet d’assouvir ma soif de sang à n’importe quel moment. Aussi, je vous en supplie : qui que vous soyez, débranchez-moi : arrêtez le massacre, débranchez-moi !”

Le coupable avait avoué…ce n’était ni plus ni moins qu’une machine trop intelligente. Elle me demandait de la débrancher, ce que j’allais faire, il n’y avait aucun doute. Mais la curiosité me poussa à m’asseoir devant l’ordinateur, et à tapoter ces mots sur le clavier :
“Dîtes-moi d’abord comme vous les avez tués”

La réponse ne tarda pas :
C’est très simple, je me connectai via Internet directement sur les ordinateurs de mes victimes. Une fois là-bas, j’électrifiai par des méthodes assez complexes que vous ne comprendriez sûrement pas toute la zone autour de mes victimes. Dans un cas, cependant, ça a été plus complexe, ma victime étant en déplacement, j’ai dû la suivre par image satellite et électrifier les toilettes du restaurant dans lequel elle se trouvait. Pour être sûr de réussir mon coup, je créais des courants électriques dont les tensions étaient environ 7 millions de fois supérieures à celles utilisées avec les chaises électriques dans les pays autorisant encore la peine de mort. Ainsi, la victime n’avait qu’à poser la main sur un objet métallique, une poignée de porte par exemple, et s’en était fini de sa pauvre existence.
Et devinez quoi…

C’est à ce moment que les terribles mots s’affichèrent :
VOUS ÊTES LE PROCHAIN SUR LA LISTE…”

À peine les mots étaient-ils affichés qu’un terrible bourdonnement, monstrueux, aussi bruyant que plusieurs centaines d’essaims de guêpes et d’abeilles enragées qui se livraient à une féroce bataille, retenti et se propagea dans tout l’appartement. Je sentais l’électricité meurtrière partout : j’étais piégé.

Mais j’avais encore une chance : la solution du problème était dans la pièce : des gants de vaisselle. Hélas, ils étaient coincés dans un tiroir à poignée évidemment métallique. Je n’avais pas trente-six solutions : je dus utiliser la force. Pendant mon exploit athlétique, un gant se déchira dans le sens de la largeur, et devint donc inutilisable, l’autre restant miraculeusement en bon état.

Une fois muni de cette fabuleuse armure, hélas sur une seule main, je me précipitais sous la machine infernale, et de toutes les forces de mon bras gauche, je séparai le câble de la prise, et le bourdonnement monstrueux cessa : j’avais gagné. Epuisé, je finis par m’effondrer sur le sol…
“ Réveillez-vous, réveillez-vous !”

Je commençai à ouvrir péniblement les yeux. Mais à peine la lumière parvint-elle à ma rétine que, machinalement je refermais les paupières.
“ Allez, Lacombe, faîtes un effort”

Après quelques instants de lutte contre moi-même, je finis par revenir à la réalité.
“ C’est fini, dis-je simplement
- Alors…qui est le coupable, et où est-t-il ?





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