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Départ sans retour


Auteur : Z. BALOGH Arthur

Style : Science-fiction




« — Tu pars réellement ?
— Dans cinq jours. Il nous en faut deux pour effectuer les contrôles.
Il n’avait jamais imaginé que les derniers jours seraient si difficiles. Pourtant sa femme et lui savaient depuis des années qu’il partirait un jour. Ils avaient eu assez de temps pour s’habituer à l’idée. L’entraînement avait débuté depuis dix ans déjà. Auparavant, ils avaient longuement discuté sur l’opportunité d’accepter cette offre unique. Elle était d’accord et même enthousiaste que son homme ait été choisi pour être parmi les premiers à partir pour Andromède. Avec les neuf autres élus, il entre-rait dans l’histoire comme Gagarine, le premier homme de l‘espace.
À l‘époque, dix ans paraissaient si lointains. Difficilement imaginable que le temps grignote sans répit les jours et les semaines, et les mois passèrent inexorablement pour arriver au bout du chemin. Et maintenant, ils étaient là. Les derniers jours. Pour donner l’impression qu’il leur restait beaucoup de temps, ils comptaient les heures. Les cinq jours se transformeraient en heures et au lieu du chiffre cinq, ils disposaient de 120 heures !
Sa femme, si fière et si heureuse il y a dix ans, le regardait maintenant avec ses grands yeux de biche noyés dans les larmes.
Il était triste, effaré et excité. Tout à la fois. Triste parce qu’il quittait tout. Ef-faré, parce qu’il avait peur, car il n’y avait aucune garantie qu’ils resteraient en vie. Excité, parce que l’aventure était unique. Jamais personne n’avait effectué un voyage pareil.
— Et tu ne pourras pas m’écrire ?
À l’avance, il avait redouté cette question. Il n’aurait pas voulu qu’elle la pose, il ne voulait pas en parler. Parce que c’était le plus difficile, l’inacceptable.
— Non, tu sais bien que c’est impossible.
— Mais pourquoi ? Je sais, tu m’en as déjà parlé, mais je ne peux pas le croire !
— La vitesse. Je te l’ai déjà expliqué. Nous voyageons très vite à cause de la distance. Les deux milliards d’années-lumière sont raccourcis à vingt ans. Cette vitesse rend le contact radio impossible. Nous nous éloignons plus vite que les messages des ondes radio. Par conséquent ; aucun contact n’est possible.
— Il n’y aura plus rien entre toi et moi ! Elle susurrait les mots et ses doigts fins encerclaient son visage en immobilisant sa tête.
« Je ne te verrai plus parce que tu auras disparu !
— Non, tu te trompes ! Je serai toujours vivant, mais en voyage.
—Non, vous serez morts parce que vous n’aurez plus aucun contact avec le monde des vivants ! Normalement, si on part en train ou en avion, même pour long-temps, il y a toujours la possibilité de parler de vive voix si c’est nécessaire, ou d’ écrire une lettre, ou d’envoyer une simple carte, ou de donner de ses nouvelles.
Elle caressait son visage comme si elle voulait imprimer en elle le souvenir, le toucher de sa peau.
« C’est la différence entre les deux départs, le voyage ou la mort. Oui, quel-qu’un est absent, mais dans un cas nous savons où il se trouve, nous pouvons avoir de ses nouvelles, mais après son décès il n’y a plus d’informations et nous ne savons pas où il est. Le contact est rompu définitivement.
Il n’avait jamais pensé qu’il disparaitrait pour elle et pour le monde entier ! Irrémédiablement. Ils ne retrouveraient plus jamais la Terre qu’ils quittaient, même si le voyage aller-retour et leur séjour s’accomplissaient avec succès ! Leur présent serait perdu, disparu à jamais.
— Nous n’avons jamais pensé aux conséquences, mais à la gloire, à l’aventure. Je ne voulais pas ça, je ne voulais pas cesser d’exister pour toi…
—Si je pouvais choisir, changer le cours des événements je préférerais que tu sois malade, ou bien moi, pourquoi pas ? Et si l’un de nous disparaissait définitive-ment, l’autre ferait sans aucun doute son deuil en laissant le temps guérir sa blessure, et peut-être referait-il sa vie tout en gardant le souvenir de la perte d’un Être cher. Tandis que maintenant, dans cinq jours, dans 120 heures, nous deviendrons l’un pour l’autre des étrangers tout en restant en vie, en respirant, en rêvant avec nos projets d’avenir, en sachant que c’est uniquement pour nous que l’autre a disparu.
— Nous aurons une double conscience… »

Ses yeux s’ouvraient. Il ressentait encore le rêve comme réel. Le sarcophage ouvert, son regard enregistrait son environnement, le mur d’acier gris au-dessus de sa tête. Il en-tendit suinter l’air par les ouvertures invisibles et s’assit.
Ses compagnons dormaient toujours dans les autres sarcophages encore fermés. Il toucha sa tête comme pour se convaincre qu’il était réellement dans la réalité et que le rêve n’était qu’un rêve. Son regard se fixait sur le carré de l’écran scintillant sur le couvercle opaque du sarcophage et il voyait les chiffres.
« Temps individuel 20 ans. Temps universel – 2.550. 000 ans. »
Il secoua sa tête. Il avait l’impression que la salle tournait autour de lui parce que ce n’était pas croyable. Maintenant il se souvenait. Tout était clair. Son rêve était la réalité. Il y a vingt ans, il parlait avec sa femme et les mots s’étaient fixés pour toujours dans son cerveau. VINGT ANS ! Il avait vieilli de vingt ans pendant qu’il dormait et, en réalité, il avait reculé de plus de deux millions d’années dans le temps ! La Terre était différente, sa femme pas encore née, même l’ancêtre de ses ancêtres l’homo habilis n’existait pas !
Ils étaient là. Sur l’écran central, il voyait scintiller les milliards d’étoiles d’une ga-laxie inconnue. Quelque part vers le centre, la lumière aveuglante cachait un monstrueux trou noir, mais autour d’eux la tête d’épingle des étoiles flamboyantes couvrait le velours noir de l’espace.
Derrière lui, les sarcophages s’ouvraient l’un après l’autre. Ses compagnons reve-naient eux aussi à la vie et regardaient maintenant comme lui le spectacle extraordinaire, que personne d’autre qu’eux n’avait encore vu: Andromède, la galaxie sœur.
En apparence immobile, leur vitesse en inertie était indétectable visuellement à cause des distances. Dans la grande banlieue de la Galaxie, le ciel constellé d’étoiles. Ils étaient arrivés, avaient atteint leur but !
Ils avaient touché une autre Galaxie que la leur, elle était devant eux, et leur propre univers île n’était plus qu’une pâle lumière laiteuse quelque part dans l’immensité. Pour eux, leur propre monde devenait inexistant, irréel. Ils étaient eux-mêmes devenus morts, imaginaires pour ceux qui étaient restés sur place.
Le programme était réalisé. Mais à part eux personne ne le savait. Le message radio n’arriverait que deux millions et demi d’années plus tard, et personne ne comprendrait leur message parce que tout le monde aurait disparu. L’humanité, la Terre, tout serait transfor-mé, même leurs souvenirs auraient cessé d’exister.
Il comprenait maintenant qu’on les avait sacrifiés bêtement, inutilement. Que l’exploit technique extraordinaire, la vitesse subliminaire étaient insuffisants pour voyager dans l’univers. C’était suffisant pour se déplacer entre les étoiles et faire disparaître les dis-tances de quelques années-lumière, mais dérisoire pour un voyage intergalactique.
Penser qu’il existait quelque part une maison, des femmes aimantes, des parents, des enfants, des amis, un monde grouillant de vie à des distances difficilement imaginables, mais que tout serait devenu un passé, un passé déjà inexistant, l’horrifiait. Et il n’y avait rien à faire. Même s’ils s’en retournaient immédiatement, ce qui était impossible parce qu’ils voyageaient toujours, leur vitesse inertielle les avait transformés en une étoile filante pour tout regard humain. Pour une intelligence extraterrestre, ils apparaissaient comme une comète voyageant dans l’infini. En réalité, ils ne pouvaient plus revenir sur leurs pas.
Retourner dans le sarcophage pour attendre que leur vitesse redevienne raisonnable pour changer de direction en allumant leur propre propulsion? Non, c’était impossible, car il ne savait pas combien de temps était nécessaire pour leur ralentissement. Il n’y avait pas de solution. Ils étaient réellement morts pour leur monde et leur monde était mort pour eux.
Ils étaient devenus des héros. Les enfants examinaient déjà leur vie, et leur sacrifice était devenu probablement légendaire. Peut-être. Mais il se pourrait qu’on les avait déjà oubliés, parce que l’événement extraordinaire de leur départ s’était transformé déjà en non-événement, écrasé sous d’autres nouvelles. Le mariage d’un chanteur, le divorce d’une étoile, la folie d’un dictateur se croyant éternel avaient couvert d’une toile d’oubli leur sa-crifice.
Il n’y avait pas de choix.

Avant que les autres réalisent comme lui leur situation, il fallait activer la propulsion pour augmenter leur vitesse. Et, sans le sarcophage, ils seront réellement et immédiatement morts. Ils n’auront plus de souvenirs. Ils continueront leur voyage vers le centre monstrueux d’Andromède pour disparaître à jamais dans le trou noir.
Il jeta un regard sur ses compagnons encore hébétés sortant de leur sarcophage après leur long sommeil avant de pousser le bouton de démarrage.





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