nouvelles persos
nouvelles persos


Partagez cette nouvelle sur Facebook


Conte inachevé


Auteur : Eloïse

Style : Romantique




De gros flocons moelleux tombaient en rangs serrés sans discontinuer depuis l’aube. Peu à peu, le paysage s’était doucement estompé pour laisser place à une vaste étendue d’une cotonneuse blancheur. Un silence ouaté régnait alentour. Seuls les piaillements affamés de quelques moineaux audacieux, bravant le froid et la tourmente pour venir picorer les graines et le saindoux déposés à leur intention sur la margelle du puits, avaient furtivement rompu cette hivernale torpeur.

Malgré le givre qui étoilait les vitres, je n’avais pu me résoudre à fermer les persiennes pour contempler à loisir la féerique métamorphose de la campagne environnante. Les corbeaux querelleurs avaient délaissé les labours peu à peu recouverts d’un épais pardessus neigeux, les arbres dénudés avaient paré leurs branches de délicate hermine et les sapins vigoureux arboraient fièrement leurs imposantes parures lactées. Cet incessant ballet floconneux imprégnait l’atmosphère d’une onde étrange qui ajoutait une touche de mystère au charme coutumier du lieu.

Les crépitements du feu me firent sursauter et je quittais ma base d’observation pour rajouter quelques bûches qui furent rapidement enveloppées de longues flammes dorées dont la joyeuse chorégraphie ranima la grande pièce que la nuit tombante envahissait peu à peu. Pelotonnée au fond de mon fauteuil favori, je me laissais aller à la bienheureuse et tiède quiétude que me procurait cette lumineuse sarabande rythmée par les ronronnements sonores de Simba, notre chat, frileusement roulé en boule devant l’âtre.

Cette ambiance paisible fut soudain rompue par un bruit sourd. Ralph, notre berger allemand, en poste comme de coutume devant la porte d’entrée, avait transformé ses habituels aboiements vigoureux, annonçant un visiteur, en petits gémissements plaintifs. Ne décelant aucun signe de présence, je me décidais à entrouvrir la porte après avoir enclenché la lourde chaîne de sécurité.

Aussi loin que mon regard pouvait porter, je ne vis rien d’autre qu’un tapis immaculé, sans la moindre trace de pas. Ralf avait cessait de se plaindre mais s’impatientait agitant frénétiquement la queue, Symba nous avait rejoint et s’était déjà glissé à l’extérieur. Intriguée, ma curiosité étant la plus forte, j’ouvris donc la porte en grand. Contrairement à son habitude Ralph n’avait pas bondi hors de la maison mais demeurait à l’arrêt. Étonnée, je m’apprêtais à l’encourager à sortir lorsque mes yeux découvrirent la raison de son expectative. Une grande panière en osier était posée le seuil, de petits sursauts l’agitaient faiblement et le couvercle, volontairement tenu entrouvert, laissait échapper des sons ténus.

La première surprise passée, je soulevais précautionneusement le couvercle. Abasourdie, je découvris un bébé emmitouflé de couvertures et de lainages. Seul son visage, éclairé par un lumineux sourire, émergeait de sa couche molletonnée. Ses petits bras, aux mains cachées par d’épaisses mitaines, se tendaient frénétiquement vers moi.

Ralf et Simba, déconcertés par leur découverte, flairaient ce petit animal étrange qui cherchait à leur agripper le museau. Je saisis le précieux bagage et, suivie de près par mes deux compagnons, le déposais délicatement devant la cheminée. Ayant extrait le bambin gazouillant de son berceau de fortune, je commençais à le débarrasser des vêtements confortables, qui l’avaient si bien protégés du froid intense, lorsque j’aperçus un feuillet bleu glissé au pied de la couche. Quelques mots ..... « Aimez Capucine comme je l’aime ! - Églantine ». Les petites tâches humides qui brouillaient l’écriture ronde et enfantine de la courte missive, donnaient toute l’ampleur du désespoir qui avait accompagné cette douloureuse séparation.

Inconsciente du drame qui se jouait autour de sa jeune vie, Capucine babillait joyeusement sous le regard interrogatif et curieux de ses deux nouveaux amis. Cette enfant gracieuse au teint ambré, dotée d’un ravissant minois auréolé de courtes boucles brunes, avait ravi mon cœur dès que ses grands yeux verts avaient rencontré les miens. Je songeais avec tristesse au déchirement que cet abandon avait dû être pour Églantine, je pressentais que seules des circonstances extrêmes avaient pu conduire cette mère à se résoudre à ce geste désespéré.

Mais, l’énigme demeurait ..... comment et par quels moyens Églantine, au milieu de cette tourmente, était-elle parvenue à trouver et à accéder à notre retraite perdue au fin fond de la campagne limousine ? Comment avait-elle réussi à transporter son volumineux colis et à le déposer devant notre porte sans laisser aucune empreinte de son passage dans l’épaisse couche neigeuse qui couvrait le sol gelé.

Des pleurs me ramenèrent soudainement à la réalité. Perdue dans mes pensées j’avais oublié l’essentiel et Capucine me rappelait à sa façon que l’heure du dîner avait sonné. Je la déposais sur sa couche improvisée, ce qui provoqua un redoublement de cris, et me précipitais à la cuisine afin de trouver un moyen de remédier à la situation. Tout en préparant à la hâte un en-cas susceptible de satisfaire le poupon affamé, je téléphonais à Pierre pour lui faire part de ma découverte. J’eus grand peine à l’empêcher de venir, sur-le-champ, contempler cette petite merveille mais je refrénais son élan en lui confiant une longue liste d’achats de toute première nécessité, à faire d’urgence, pour le bien-être de notre mystérieuse visiteuse.

Des rires avaient succédé aux pleurs et j’en compris la raison en découvrant que Ralf, à sa façon, avait trouvé le moyen de consoler le bébé en gratifiant ses mollets potelés de grands coups de langue. Elle m’accueillit par des trilles de gazouillis et son agitation redoubla lorsqu’elle aperçu l’assiette dont le contenu disparu en un temps record entre deux soupirs de satisfaction. Rassasiée, un sourire radieux sur sa petite bouche délicate, elle se pelotonna contre moi et ferma les yeux.

Il n’était pas si lointain le temps où je chantais encore des berceuses pour endormir mes deux jolies poupées, si vite grandi ..... instinctivement les mélodies revenaient en mémoire et je me surpris à fredonner en berçant tendrement dans mes bras mon précieux fardeau.....

Quel tableau charmant ! murmurait une voix douce à mon oreille, le tendre baiser qui suivit me fit ouvrir les yeux et je réalisais que je m’étais assoupie. Je sursautais Mon Dieu et .. mais la suite resta au fond de ma gorge car si Ralf était bien couché à mes pieds et Simba somnolait sur mes genoux, mes bras croisés sur mon coeur ne serraient que du vide..

J’hésitais entre rire et larmes, heureuse que ce drame ne fut que le fruit d’un songe mais infiniment triste cependant que ce bel enfant ne fût qu’une ombre légère venue illuminer une après-midi de solitude hivernale. Pierre me regardait l’air inquiet et interrogateur ne sachant comment interpréter ce réveil agité. J’allais me blottir dans ses bras, et la tête au creux de son épaule je commençais à lui faire le récit mon conte inachevé ........





nouvelles persos lecture aleatoire
lecture aléatoire




Multipanda - Infoquizz - Refina - Solution Piscines - Solutions Banque - Yaca-Sudoku -