Transports mortels



Nouvelle écrite par Renaud DELAMARE dans le style Epouvante



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Comme tous les matins, à 9h15, précisément, je prenais le Transilien à deux étages en partance d’Argenteuil.
Aujourd’hui, mon horoscope sur Chérie FM m’avait dit : « Restez sur vos gardes, amis Gémeaux, une surprise n’arrive jamais seule »

Le ciel était dégagé et l’on pouvait encore apercevoir la lune pâlotte presque translucide.
Pour une fois, je m’étais assis sur un strapontin, dans le sens de la marche et commençais à lire mon Direct Matin. J’allais à mon travail. Je suivais la sempiternelle rengaine « métro-boulot-dodo » !

C’était l’heure de pointe. Beaucoup de banlieusards partaient travailler sur Paris.
Le wagon se remplissait un peu plus à chaque arrêt. Il devenait rapidement un échantillon de la société : une adolescente, grossièrement maquillée, avec son lecteur MP3 enfoncé dans ses oreilles, un vieux couple de retraités tout souriant, un quadragénaire en costard tapotant sur son ordinateur posé sur ses cuisses ou bien une trentenaire cliquant avec un stylo sur son PDA. Ils allaient à leur lycée, à leur bureau de la Défense, ou bien au musée pour ceux qui avaient de la chance d’avoir du temps à perdre.
Nous étions des cadres, des employés, des chômeurs, des Rmistes, des touristes qui se côtoyaient ici, sans chercher à se connaître.

Sans aucune préannonce de la part du conducteur, le train se mit à ralentir entre les stations Colombes et Bois-Colombes.
Nous nous regardâmes interloqués et un peu agacés.

Un autre train était à l’arrêt sur la voie du milieu. Portes ouvertes. Lumières éteintes.
Notre train passa lentement sur sa gauche.
Intrigués et surtout curieux (réaction purement humaine), nous fûmes quelques-uns à essayer de voir à l’intérieur, en collant notre visage sur les vitres.
Vers le wagon du milieu, dans l’obscurité, des ombres bougèrent furtivement.
Je jetai un rapide regard autour de moi. La situation était comique, nous étions plusieurs à avoir le nez déformé sur le Plexiglas.

Un énorme bruit violent nous fit sursauter.

Nous découvrîmes avec horreur un homme, torse nu et le visage en sang, être plaqué violemment sur la grande vitre du wagon que nous dépassions.
Notre train avançant toujours mais très lentement, je devais, pour continuer à voir, me retourner.
La dernière image qui se grava dans ma mémoire fut celle d’un autre homme, complètement défiguré, arracher de ses propres dents un bout de chair de la gorge du pauvre homme dénudé. Le sang écarlate de la victime gicla sur la vitre et un second homme au visage décharné se jeta sur lui et lui arracha la peau de son ventre…
Des hurlements d’effroi s’élevèrent dans notre wagon, certains ne supportant pas cet épouvantable spectacle finirent par s’évanouir.

Ce fut en découvrant les autres wagons que nous comprenions ce qui se passait.
Les cadavres ambulants avaient envahis le train et dévoraient sans pitié tous les voyageurs.
Des cris d’agonisants et de terreurs extrêmes nous glacèrent tous le sang.
Dans notre wagon, nous étions impuissants face à cette scène horrible.
Une sorte d’empathie nous envahit, nous imaginions très bien ce que ces pauvres gens devaient endurer. La douleur atroce d’être éventré, l’étouffement par le sang et surtout l’insoutenable vision de se sentir dévorer vivant.

Tout autour du train à l’arrêt, les cadavres, certains dans un état de décomposition extrême, déambulaient, titubant et vacillant entre les rails.
Plusieurs se prenaient les pieds dans les traverses et finissaient par tomber mais c’était loin d’être drôle car ils se relevaient plus énervés qu’avant.
Ils nous virent, nous, des dizaines de visages livides et décomposés par la peur, et non par la mort !, plaqués contre les grandes vitres de la voiture.
Nous les regardions et eux, ils nous regardaient. Etrange duel de regard.

Ces cadavres sur jambes s’approchèrent en gémissant et bavant monstrueusement.
Des hommes, des femmes, des vieillards et même, horreur, des enfants condamnés dans leur dernier moment de vie par une morsure, une griffure, nous regardaient fixement de leur yeux rendus opaque par la mort.
Leurs démarches étaient nonchalantes, désordonnées et saccadées.
Mon horoscope prenait un tout autre sens ! « Restez sur vos gardes ».
Pour une fois que ce n’était pas des balivernes pour midinettes !

Ils étaient là, contre les vitres, scrutant l’intérieur des voitures. Sur toute la longueur de notre train, quasi à l’arrêt.
En ce moment, j’en avais un, juste à mon niveau, qui semblait lire ce que j’écrivais sur mon calepin.
Apparemment, ça lui plaisait vu qu’il se mit à pousser un son guttural, se rapprochant à un rire. Puis il partit vers l’avant, rejoindre ses semblables.

Je me répétais des milliers de fois, pour me rassurer, que les portes de notre train étaient fermées et bloquées par un système pneumatique. Nous étions donc en sécurité.
Les morts étaient incroyablement patients et calmes. Ils allaient et venaient autour du train, finissant par l’encercler. Ils devaient être une centaine.
Ils semblaient attendre le bon moment pour nous attaquer, tel des fauves épiant une gazelle dans la jungle.

Avec ces vieux murs, hauts de dix mètres, nous étions situés dans une cuvette. Il était, pour quiconque, impossible de s’échapper même en courant, cela aurait été un suicide.

En bas vers les portes, endroit que je surnommais « la fosse aux lions » lors des grèves lorsque le train était bondé de voyageurs, une forte femme craqua et traversa le wagon à toute allure. Elle passa à côté de moi en hurlant, traînant derrière elle une odeur d’urine. La pauvre, elle était morte de peur et n’avait pu retenir sa vessie ! Elle marmonnait, en lâchant des postillons, qu’elle étouffait et ne supportait plus cette attente.
Le conducteur n’avait effectivement toujours pas donné signe de vie depuis l’arrêt du train. Etait-il mort, dévoré par ces charognards ou bien devenu l’un des leurs ?
Puis l’hystérique essaya d’ouvrir les portes, en y mettant tout son poids.
Le Plexiglas des vitres reçut une sacrée onde de choc.
Quelques voyageurs tentèrent de la maîtriser et de la calmer.
Les gens la regardaient se laisser tomber contre la porte et s’effondrer en larmes, la tête entre les genoux.

Je ris tout seul en lisant un autocollant rouge sur l’une des portes du train à l’arrêt : MONTEE INTERDITE.

Mais je ravalai très vite mon rire nerveux en voyant, au loin, en direction de la gare Saint Lazare, une horde de ces monstres cannibales, allant et venant, attendant notre arrivée.
Et nous, nous nous approchions d’eux, tranquillement, nous jetant passivement dans la gueule du loup.

Je regardai ma voisine d’en face, une belle Antillaise aux yeux noisette, que j’avais déjà remarquée depuis un petit moment déjà.
Elle cligna des yeux avec un petit sourire. Je la trouvai très mignonne. Sensation bizarre en de pareilles circonstances. Mes sens semblaient aiguisés comme des couteaux. D’un coup tout me paraissait beau. Je lui souris également, enveloppé dans un nuage de coton. Elle fit le premier pas et nous nous mîmes à discuter dans ce train qui continuait sa lente avancée vers son terminus, avec son cortège de cadavres ambulants.

« Une surprise n’arrive jamais seule » comme disait mon horoscope…

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