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L'orange de Noël


Auteur : POIRIER Suzanne

Style : Vécu




De ma vie je n’en ai vu d’aussi belles.
La couleur, l’odeur, la peau… Un rêve à l’infini. Dans ce rêve, l’irrésistible envie de toucher, caresser, goûter … si c’était une rose, l épine en serait « l’attente ».
Attendre le jour où on va posséder. Jamais las d’admirer, pouvoir enfin tenir précieusement et oser. Oser sans retenue, se laisser glisser dans ce plaisir gourmand, cette saveur de tendresse.
Avoir 8 ans et décompter les jours, sauter de joie chaque matin au réveil en se disant que c’est pour bientôt. Quelle délicieuse manière de commencer la journée !
Bientôt Noël !
Noël à la campagne, dans un fond de village où l’on accède par un chemin de traverse.
Noël-cadeau, Noël-bonheur, Noël-joie des enfants.
Youpi ! C’est dans deux jours !
On y est presque !
Le temps est sec et le soleil franc.
Il n’empêche qu’en ce vingt-trois décembre il fait très froid.
« Alice, va donc chercher une bouteille à la cave ! »
Drapée dans mon rêve, je bondis comme une gazelle et je cours exécuter les ordres.
Plus rien n’est service ni corvée. Tout est bonheur en cette veille de fête.
De retour, quelques minutes plus tard sans la bouteille, je tenais mon nez traumatisé dans mes mains barbouillées de sang. La douleur me brûlait la tête et je pleurais. Maman vit que c’était sérieux et s’empressa de m’allonger par terre pour arrêter les saignements. Les premiers soins donnés, elle prit un air mystérieux et me dit : « Ne bouge pas, je reviens ».
Je n’en crus pas mes yeux lorsqu’elle me donna, affectueusement, la moitié d’une orange, de l’orange de Noël.
Alors là ! C’est vraiment plus qu’il n’en fallait pour guérir un bobo, même un gros.
L’effet fut immédiat. Sur le champ, je me remis debout miraculeusement guérie, je jubilais… J’arrivais en avance à la fête… Mes yeux venaient de se remplir d’étoiles. Ils étaient en forme de cœur. J’allais voir chacun pour montrer « mon privilège ». Je repensais à ce bois sur lequel ma cheville s’était tordue.
Je revis ma chute et mon atterrissage douloureux sur le coin du petit banc. En moi, je souriais me disant que ceci valait bien cela : ce duel larmes-joie était dans un rapport de force inégal. Vive la joie et tant pis pour les larmes ! Excellente journée en somme ! Je savourais mon plaisir au compte-gouttes. J’en eus assez pour aller jusqu’au jour magique.
La coutume, assise sur la tradition et le peu de moyens de mes parents, voulait que le cadeau de Noël à cette époque se résume à une orange. « L’orange de Noël ».
Nous avions l’habitude de nous réveiller tôt et de courir à nos chaussures. Malgré l’absence de surprise, nous allions, joyeuses, chercher notre « cadeau », notre orange. Je n’étais pas la dernière et bousculer ne me faisait pas peur. Il fallait voir cette course au saut du lit ! C’est ainsi que j’arrivais à ma chaussure et à son contenu.
Rien n’en débordait comme à l’accoutumée.
Je pris le papier-soie qui enveloppait le fruit et je découvris la feinte.
Je n’avais pas une orange comme parles Noël passés mais une demi-orange. Normal puisque j’avais eu l’autre moitié deux jours avant.
J’ai été déçue certes, mais j’ai bien compris que c’était ma part. Je n’ai pas de souvenir de colère, de jalousie ou d’injustice.
Après tout, n’avais-je pas commencé la fête avant l’heure ?






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