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Jour de chance


Auteur : LE GALL Sébastian

Style : Drame




Son esprit était en ébullition. Des centaines d’idées, toutes plus folles les unes que les autres, toutes impensables la veille encore, l’avaient submergé au point de l’empêcher de trouver le sommeil. Ce sommeil qui l’avait ainsi fuit toute la nuit, préférant le laisser à sa douce folie.
Que ne lui serait-il pas possible de faire à présent ? Il pourrait tout. D’ailleurs, était-ce un rêve ? Avait-il en fait dormi si profondément qu’il avait cru vivre chaque instant de celui-ci ?
Respiration retenue, l’homme tâta, tout en restant allongé, la poche de son pyjama. Non, il était bien là. Un court et intense soupir de soulagement s’échappa du plus profond de son diaphragme, du plus profond de son être en fait. Ce n’était pas un rêve, et pourtant, c’en était bien un.
Ne tenant plus en place, de toute façon il était réveillé, l’homme se leva. Sept heures quatorze. Il était encore trop tôt. Comment patienter jusque-là ? Il décida qu’un petit déjeuner de roi s’imposait. Enfin, pour le moment il ferait avec ce dont il disposait.
Il prit donc tout ce dont il désirait, ne se refusant rien, laissant de côté son régime qui l’astreignait jusqu’aujourd’hui, et s'installa devant les programmes télé. Regardant régulièrement l'horloge en forme de pomme accrochée à son mur, s'assurant que les aiguilles avancent en temps et en heure, l'homme ne suivait qu'à moitié son écran, zappant machinalement, désintéressé en fait de ce qu'il faisait.
L'heure tant attendue arriva enfin. Proprement vêtu, l'homme se dirigea à grands pas en direction du bar-tabac le plus proche, situé en face de l'église, à deux carrefours de chez lui. Il avait opté pour un départ retardé au dernier moment, et une marche rapide, préférant se faire languir plutôt que d'attendre dans l'impatience devant les portes closes du buraliste.
Il y était presque. L’homme percevait déjà de la vue son objectif. La tension augmenta. Il regarda sa main, pas celle fourrée dans sa poche gauche, fermement accrochée à son morceau de papier, mais la droite, tremblante d'excitation.
Traversant le dernier carrefour qui le séparait de son rêve, ne regardant ni à droite, ni à gauche, anticipant un plaisir à venir, l'homme ne vit pas la fourgonnette surgir de là où lui-même provenait pour tourner et passer sur le passage piéton sur lequel il s'engageait. Le feu était rouge pour les piétons. Mais l'homme ne s'en soucierait plus.
Dans un grand coup de frein additionné d'un grand coup de volant, vaine tentative pour éviter un choc inévitable, l'homme se fit percuter au niveau du bassin, juste devant un SDF assis tristement aux pieds des grilles disposées devant l'Église. Les jambes furent balayées et la tête cogna sur la tempe, durement, sur l'arête formée par le feu du véhicule. Cette tête qui poursuivit son chemin en heurtant enfin, sur l'arrière du crâne, le sol froid de la chaussée.
L'homme gît au sol, inerte. Des râles gutturaux s'échappent de sa gorge, alors que la camionnette poursuit sa route et s'enfuit. Le mendiant s'avance rapidement, regardant autour de lui dans la petite rue maintenant déserte. Il se penche sur l'homme accidenté et lui prend la main, comme pour lui signifier sa présence. "Tiens." Seul mot qu'il peut encore prononcer. Ses dernières forces évanouies, l'homme se détend.
Deux hommes sortent, l'un, de la maison jouxtant le bar-tabac, l'autre, du bar-tabac même, et se précipitent vers le point central de la pièce se jouant sous leurs yeux. Le SDF glisse le morceau de papier transmis par l'homme renversé dans sa poche, se redresse, tel l'accusé pris en flagrant délit, et se recule de quelques pas. Les deux nouveaux arrivants agissent rapidement. L’un pose deux doigts sur la carotide du trépassé, s'assurant ainsi de son trépas, l'autre prend son téléphone et somme les secours d'intervenir au plus vite.
L'affaire étant gérée, le pauvre vagabond cherche à s'en retourner d'où il vient, mais l'homme aux deux doigts sur le malheureux accidenté l'interpelle et lui demande ce qu'il a vu.
"Ba pas grand-chose en fait. y'allait traverser au rouge et une camionnette blanche a tourné et l'a renversé.
- et elle est partie..." Discours simple d'une situation où il n'y avait rien à redire.

Quelques minutes à peine et les secours arrivent. Précipitation inutile pour un évènement terminé. La police s'ensuit. Le SDF est questionné et répète son savoir se résumant à quelques mots. Pas d'immatriculation, pas de visage à mettre sur la personne du conducteur. Le SDF peut se retirer, enfin.
De retour à son poste, il récupère ses maigres affaires dans le but de tirer sa révérence à la foule de gens amassés devant l'horrible spectacle.
Il part, sac sur le dos, main dans la poche. Une fois hors de vue, le vagabond sort enfin ce que l'accidenté lui a donné. Dès l'instant où il avait reçu ce papier, il avait souhaité savoir ce que c'était. Mais il avait agi sans trop réfléchir se disant simplement qu'il pourrait toujours revenir dessus plus tard.
Des écritures minuscules sur le revers plié. Un papier épais. Il le déplie. Un ticket du Loto? Qu’est-ce qu’il en avait à faire ? Pourquoi lui avoir donné cela sauf si... se pouvait-il que ce soit un ticket gagnant. L'accident avait eu lieu devant le tabac non?
Empressement. Trouver un autre tabac, vierge de tout accident. Le pouls s'accélère, les tremblements augmentent. Il se connaît. Ceux-là ne sont pas dus au manque de boisson. Non non! L'homme court un pas sur deux. Cherchant à ne pas attirer l'œil, mais voulant plus que tout savoir ce qui l'attendait.
La route est longue. Près de quinze minutes à déambuler pour rejoindre le bar-tabac le plus proche. Il les connaissait bien. Enfin, il y arrive. L'homme essaie de se persuader que rien ne va changer, que la chance n'est pas pour lui. Celle-ci l'a fui il y a bien longtemps déjà, alors, pourquoi lui reviendrait-elle maintenant?
Il entre dans la petite boutique odorante. Une odeur qu'il ne remarque même plus tant elle le poursuit. Sans un mot, tandis que le buraliste lui dit un "bonjour" formel, il lui tend son cadeau. Le buraliste effectue la comparaison. La bouche s'entrouvre, le regard se pose à nouveau sur lui. Est-ce possible?
"Félicitations, Monsieur. Vous êtes millionnaire. " Tels furent les mots qui lui firent découvrir son nouveau statut. L'ex-SDF a les genoux qui flanchent, il s'accroche au comptoir et s'assoit. Coup du sort incroyable ou récompense finale et moqueuse d'un parcours chaotique et éprouvant? Le Bon Dieu serait-il en train de faire un clin d'œil de là-haut?
Les larmes coulent, l'esprit n'y est plus.





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