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Je l'ai rencontrée sur un banc


Auteur : CURY Canadian

Style : Scènes de vie




J’étais un lycéen de 17 ans. Ce jour là il était 15h et je rentrais chez moi en prenant le chemin habituel. Le temps était beau, frais et dégagé. Le temps parfait. Je marchais le long des épiceries puis j’ai détourné le regard vers l’autre côté de la place, en direction de la fontaine. C’est là que je l’ai vue. Cette fille assise sur un banc, des écouteurs dans les oreilles, en train de contempler les lignes d’un livre ouvert. C’était une scène époustouflante. En fait c’était tout à fait banal mais j’étais soufflé par sa beauté. J’ai stoppé ma marche d’un seul coup. J’ai réfléchi l’espace d’une dizaine de secondes qui me semblaient durer une éternité. Puis je me suis approché d’elle. Elle a retiré l’un de ses écouteurs et m’a souri. Puis je lui ai parlé de choses et d’autres. Ces mots qui sortaient de ma bouche ont enclenché un parcours magnifique.

Je l’ai aimée, elle m’a aimé. On s’est installé ensemble après deux ans de relations. Mes amis me mettaient en garde. Ils me disaient que la vie commune allait détruire notre couple. Ils se sont trompés. Ils se sont trompés à propos des soucis que nous apporteraient un enfant, une maison, le premier jour d’école du gosse, un chien, un petit frère, des vacances à la plage, un déménagement, un mariage, une petite sœur, ses premiers pas, une promotion, un voyage au Machu Pichu, l’entorse du petit frère, le premier amour de la petite sœur, l’adolescence des trois, le départ en fac du premier, du deuxième et l’orientation de la troisième, la routine, la jalousie, la retraite, les enfants des enfants.

Les anniversaires se sont écoulés peu à peu et mon visage s’est vieilli, tout comme le sien. Pourtant elle m’aimait toujours de la façon la plus tendre qu’il soit. On s’est aimé tendrement quelques années de plus et quand on m’a diagnostiqué ma maladie on s’aimait toujours. Le jour de ma disparition, mon dernier regard a croisé le sien et j’y ai vu la même lueur que celle qui m’avait déboussolée sur ce banc cinquante ans auparavant.

Un parcours relativement classique quand on y réfléchit. Mais c’est le mien et en ce point il est unique. C’est le mien et j’en suis fier, j’ai vécu une vie apaisante. Une belle vie. J’ai fini en vieil homme heureux. J’aurai fini en vieil homme heureux. Car j’ai honte mais je dois avouer que cette histoire résulte d’un rêve. Je suis toujours ce même lycéen anonyme qui se serait trouvé une identité s’il n’avait pas poursuivi son chemin, s’il avait osé parler à cette fille sur ce banc. Un proverbe dit que la vie nous offre un flot si important de possibilités qu’essayer d’en déterminer un nombre approchant serait insensé.

Je ne suis pas d’accord. Je pense que l’on se crée soi-même ces possibilités. Et qu’on les refuse en bloc par stupidité, timidité ou n’importe quelle autre raison non-valable qui ne devrait pas décider à notre place. Pourtant ces raisons non-valables font que je ne serai pas ce grand-père dont j’ai rêvé il y a maintenant quelques minutes. Je pourrais encore rebrousser chemin mais cela ne changerait strictement rien car j’entrevois déjà une autre vie en croisant cette fille d’à peu près 20 ans, les mains prises par des sacs de courses et les yeux aussi profonds que ceux de nos futurs enfants.





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