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Le savant fou


Auteur : ADEL Nora

Style : Fantastique




Il essuya avec son mouchoir le visage triangulaire et cireux de sa femme. Elle ne se réveillera pas avant la naissance de son fils. Il ne faut pas perturber l’heureux événement. Il fixa sans émoi les traits réguliers et fins, le nez aux narines pincées, les lèvres pleines et exsangues. Effrayantes, maquillées. Maintenant c’est fini, le cerveau est totalement aseptisé. Elle sera douce comme un agneau, docile comme une esclave. Mais pourquoi la réveiller ? Il n’avait plus besoin d’elle. Il fallait simplement appuyer sur le gros bouton à droite et tout sera terminé. Sans hésitation, il appuya. Toujours inconscient, le corps glissa vers l’issue finale avec un curieux sourire.

Le cadran lumineux accroché au mur indiquait 120 heures 30 minutes et 3 secondes à patienter. Tout se déroulait à l’intérieur de la machine-ventre selon ses vœux. Il avança vers la baie vitrée pour se détendre un peu. Le paysage s’allongeait à l’infini avec la pureté d’avant Eve et Adam. Il constata soulagé que le rat tatoué qui s’acharnait à grignoter le verre blindé depuis des jours ait fini par crever entouré de cadavres d’oiseaux… Tout a commencé le jour où le Commandant Suprême est venu à l’usine pour admirer son premier bébé, la bombe A. Dans sa tête, il voyait déjà un chapelet de médailles en or, une statue en bronze grandeur nature à l’entrée de la capitale et la merveilleuse mélodie des youyous à chacune de ses apparitions. Mais le Commandant Suprême a regardé le résultat d’une décennie de sang et de sueur comme s’il s’agissait d’un cafard avant de croasser :
- Je veux que tu brûles tout de suite ce pétard mouillé ! Je te donne trois mois pas une minute de plus pour me construire la bombe H si tu veux garder ta tête attachée à ton cou.

Il avait eu un mauvais pressentiment en apercevant certaines personnes occuper le premier rang à portée des oreilles sensibles du Commandant Suprême. Comme tout dictateur, ce dernier passait de l’ogre au toutou avec une facilité déconcertante. Tant pis pour les malchanceux comme lui qui ne connaissaient que l’ogre. Pour réaliser le dernier fantasme du Raïs, il lui fallait la formule qu’il ignorait bien sûr, du chlorure de lithium, de l’eau lourde et la bombe A qu’il venait de détruire. Deux mois s’écoulèrent avec une extraordinaire rapidité. Il ne lui restait que quelques semaines à vivre. Cette nuit-là, déprimé par un tableau noir désespérément stérile, il s’enferma dans son laboratoire dans l’espoir de concocter un philtre-poison pour trépasser en douceur. Impossible de fuir autrement. Derrière les portes, les fenêtres, du toit à la cave, des hommes armés le gardaient et le surveillaient en permanence. Curieusement, lui qui passait son temps à fabriquer des instruments de torture, de mort de plus en plus sophistiqués, l’idée de la souffrance lui était inconnue. La vision de sa tête roulant aux pieds d’une foule assoiffée de sang lui donna la tremblote. Le flacon s’échappa de ses mains et alla se briser en mille morceaux sur le carrelage blanc et noir. Il se retourna pour constater, effaré, que tous les cobayes dans les cages avaient cessé de vivre. Heureusement qu’il portait un masque. Tout excité il se précipita sur le téléphone :
- Allo, honorable et très vénéré Commandant Suprême, excusez votre humble serviteur de vous déranger, mais j’ai une heureuse nouvelle à annoncer à votre illustre personne. J’ai découvert un gaz qui détruit toute vie en…
- Ce maudit gaz je te le ferai respirer si tu ne me construis pas fissa la bombe H, ni A ni Z, mais H, H, H, aboya au bout du fil, le Commandant Suprême.

Il eut un étourdissement et pensa à arracher son masque pour en finir. Il se ressaisit en bombant le torse. Il venait de découvrir un gaz précieux. Que pesait une bombe X devant cette arme redoutable ? Rien du tout même comparée à celle à neutrons (si elle existait) qui détruit la vie sans toucher aux édifices, le rêve de tout conquérant. En plus avec ces bonbonnes, c’est l’emboitement vicieux des poupées russes : pour fabriquer la suivante il faut la précédente. Alors que sa bombe à lui on pouvait la mettre dans la poche ni vu ni connu. N’importe quel laborantin avec un minimum de neurones sera capable de la réaliser s’il lui donnait le dosage adéquat. Il suffirait d’une seule capsule du gaz magique et adieu le Commandant Suprême et toute sa smala.
Désormais, maitre du pays, il lui fallait un héritier, un Terminator relooké. Beau comme un dieu grec ayant son intelligence et doué d’une force herculéenne. Avec soin, il avait manipulé les gènes nickels, isolé les cellules les plus fiables et implanté des puces électroniques du cerveau à l’orteil. Quand la lumière rouge passa au bleu avant de virer au vert, il ouvrit l’enveloppe et libéra son fils. Il contempla un long moment le fruit de son sperme et de sa matière grise.

Le bébé souleva les paupières et un frisson glacial secoua le père. Une blancheur anormale recouvrait les yeux. Comment est-ce possible alors qu’il les avait voulus bleus comme le ciel un matin d’été. Comment a-t-il pu faire une telle erreur ? Brusquement le nouveau-né se redressa en babillant avant de murmurer :
- Rassure-toi, père, je ne suis pas aveugle. A ton issu, j’ai trafiqué la couleur de mon iris. Le blanc c’est toutes les couleurs et je veux passer de l’une à l’autre en un battement de cils. Arrête de trembler, je lis dans tes pensées. Ne fait aucune erreur que tu pourras regretter.
Le père resta sans voix plus ébloui que terrorisé. Quel exploit ! Il méritait le prix Nobel s’il y avait quelqu’un de vivant autour de lui pour le lui offrir. A eux deux ils allaient bien remplir l’espace vide et tous les secrets de l’univers perdront leur mystère… Mais comment lire dans ce regard de linceul pour se rassurer ? Et que savait-il au sujet de sa mère ?
- Ne crains rien, je sais tout et je ne t’en veux pas. Je vais te le prouver en te rendant aussi fort que moi. C’est vrai que mère tu l’as fabriquée alors que tu manquais d’expérience.
Le fils se redressa avec l’agilité d’un tigre et se saisit de son père comme d’une marionnette. Il le plongea dans le ventre métallique qu’il venait de quitter et le bombarda avec un rayonnement fluorescent jaillissant de ses mains qui avaient prises des proportions impressionnantes. La chair et les os du père furent broyés dans un bain de métal et de plastique en fusion. Un quelque chose en sortit. Aussitôt les baies vitrées du laboratoire explosèrent et l’air contaminé s’infiltra à l’intérieur sans danger. Dehors, le paysage lunaire semblait les attendre, paisible dans son inhumanité. Satisfaits, les deux robots avançaient l’un derrière l’autre, le fils et la mère.





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