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L'homme qui n'aimait pas les pizzas


Auteur : VIENNE Thierry

Style : Humour




La pizza royale trônait sur la table de ce restaurant italien, un sourire plissait les lèvres d’Alain, la salive regorgeait sur ses papilles. Le couteau et la fourchette bien en mains, il commençait l’attaque de cette pizza bien ronde, bien succulente, à la pâte onctueuse, remplie d’ingrédients. Il crut voir quelque chose bouger sous un morceau de laitue, le déplaça d’un coup de fourchette doucement asséné, et là, horreur, sous ses yeux, dans sa pizza, un homme minuscule, d’une hauteur de trois ou quatre centimètres, apeuré, lui adressa la parole :
« S’il vous plaît, pitié, je suis un habitant de la planète Zirgaz, d’une hauteur infime à côté de votre planète, et je suis là par accident. Nous cherchions un moyen discret pour visiter votre planète, et nos scientifiques ont mis au point un camouflage sur nos soucoupes volantes, copiant un de vos objets terrestres. Hélas, notre atterrissage fut programmé dans des pizzerias où nous avons déjà compté beaucoup de pertes, dues à la similitude de nos engins avec un de vos plats : la pizza !! Vous avez avalé mes douze compagnons de vaisseau, épargnez-moi ! »

Alain était en nage, gesticulant de telle sorte que son réveil se fit au pied du lit, draps et couvertures éparpillés autour, hurlant de toutes ses forces :
« NON !! Encore ce foutu cauchemar, toutes les nuits, j’en ai marre ! Je ne veux plus voir une pizza, même en peinture, encore moins m’en régaler. »

Après chaque crise, Alain tremblait, ruisselait : il lui était impossible d’aligner deux idées, continuant à voir éveillé les membres des extraterrestres craquer, se déchiqueter sous ses dents, et celles d’inconnus dans plusieurs coins du Monde. Il avait un mauvais goût dans la bouche, une envie de vomir les cadavres des êtres avalés par mégarde, pour rectifier cette tuerie involontaire. Il était persuadé que si des petits hommes étaient encore vivants, ils allaient lui ouvrir les entrailles pour sortir de leur prison ! Une insomnie de trois ou quatre heures succédait au terrible cauchemar. Un trimestre entier à sauter des moments de sommeil l’avait habitué à se contenter de peu de temps pour récupérer. Parfois, à son travail de documentaliste au Centre Départemental des Archives, il somnolait pendant la pause de midi. D’autres fois, il se couchait à neuf heures, réveillé vers minuit toujours de la même façon ! Sa vie devenait un épouvantable calvaire sans qu’il puisse se raisonner ou trouver une solution. Cette vie, jusqu’alors dorée de célibataire endurci, coureur de jupons, bon vivant et entouré d’amis, basculait vers le néant. Il devenait si peu intéressant, à la limite de la folie, ressassant sa hantise à ses amis et conquêtes, que tous s’en allaient les uns après les autres, l’évitant comme la peste !!

Un mois plus tard, Séverine arrivait à l’aéroport de Roissy, heureuse de ses six mois passés en Californie. Une fois remise du décalage horaire et du voyage, elle eut envie de revoir ce mec sympa et mignon avec qui elle avait eu une aventure plutôt intéressante, pendant un mois avant de partir en stage. En cherchant dans son carnet d’adresses, elle trouva les coordonnées d’Alain, et son numéro de téléphone qu’elle s’empressa de composer. N’ayant aucune réponse, et devant faire une course dans le XVème arrondissement parisien, elle fit un crochet pour se rendre chez lui. Le spectacle de délabrement physique autant que moral du jeune homme, l’ambiance morose, sale, dans l’obscurité totale de l’appartement, plus l’énorme pincement au cœur qu’elle éprouva devant ce spectacle inattendu, la firent revenir le voir plusieurs fois. Séverine émue par un tel changement, une métamorphose si dépressive, voire suicidaire, décida de s’occuper de lui, de le guérir de ces maux qui le rongeaient autant. Les débuts furent très durs, ne sachant pas la cause de son comportement, puis, lors d’une promenade, le détour d’Alain devant une boutique orienta les recherches de Séverine. Elle lut sur la vitrine : Pizzeria. Les jours suivants, se renseignant auprès de ses anciens amis, elle apprit la raison de sa psychose, cette peur immodérée envers les pizzas !

Petit à petit, elle intégra le mot banni dans des discussions avec son ami, d’abord réticent, tremblant à chaque prononciation du mot, puis devenant plus calme, grâce au sourire de sa charmante infirmière bénévole. En lui prenant la main, elle arrivait à maîtriser son anxiété, et parfois à le faire sourire ! Pour plus de facilités, elle avait élu domicile chez lui, où elle avait pris soin de tout nettoyer dès son arrivée, invitant à nouveau certains anciens amis, et les soirées se passaient dans une belle harmonie, loin des marasmes passés. Alain se prenait de plus en plus à rigoler, sans que les pizzas soient son seul sujet de discussion, bien que son rêve ne change pas. Etait-ce la fatigue ou la guérison qui le laissait passer certaines nuits, bien trop rares, sans cauchemarder ? Il ne savait pas, mais il appréciait ces moments de répit, et son comportement s’améliorait. Forte de cette bénéfique évolution, Séverine mélangea des petits morceaux de pizzas aux aliments, finement dissimulés. Au bout d’un mois de ce stratagème, elle l’avoua à Alain qui descendit réfléchir dans une promenade solitaire de deux heures. Quand il revint, il arborait un sourire angélique, et ses nuits se fondirent en un sommeil sans aucun trouble.

Trois mois plus tard, ils osèrent, main dans la main, se rendre un soir dans une pizzeria, juste prendre un verre au bar, témoins attentifs du va et vient des serveurs, les bras chargés de pizzas. Les odeurs enivraient les narines d’Alain, lui provoquant quelques gouttes de sueur sur le front mais aucun dégoût outrancier. Le cap était franchi vers une complète guérison. Aussi un grand soulagement au cœur, Alain accepta l’invitation de Séverine pour dîner à la pizzeria, un soir de la semaine suivante. Ils s’installèrent cette fois à une table, prirent l’apéritif pour fêter l’événement, rirent de bon cœur et de concert, dévorèrent une salade chacun, puis reçurent les pizzas avec vénération comme l’on respecte à nouveau, plein de dévotion, un dieu oublié. Alain commença la dégustation, le sourire aux lèvres, détendu, appréciant en gourmet chaque bouchée, en devinant les ingrédients. Les assiettes étaient presque vides, Alain découpait son avant-dernier morceau, quand il vit sous la garniture quelque chose dépasser. Il déblaya le terrain et porta sa main à sa gorge, la bouche grande ouverte, en quête de respiration, se leva, les yeux exorbités, et s’écroula, terrassé par une crise cardiaque ! Sous ses yeux maintenant fixes, s’était déroulé le début de son rêve : un soldat vert était allongé dans sa pizza !

Séverine, s’apercevant de la situation, devint folle et ne prononcera plus jamais un mot ! Elle se tenait pour responsable de la mort d’Alain, l’ayant forcé à venir, au péril de sa vie et contre tous ses avertissements. Personne aux alentours ne comprit la situation, sauf peut-être Stéphane, le fils du cuisinier, venu récupérer son petit soldat, tombé lors d’une escarmouche dans les cuisines !!





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