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Gaia


Auteur : FOURNIER Danièle

Style : Merveilleux




Songeuse ? Le regard fixant un point indéterminé, je ne peux dire si elle est triste, pensive, impassible ou énigmatique. Ses yeux verts en amandes, très expressifs laissent deviner une âme lumineuse. Plus je regarde le portrait et plus j’ai l’impression que ses yeux me parlent. Pendant plusieurs minutes, les miens ne peuvent quitter ce tableau dont la jeune femme aux traits délicats est d’une beauté froide, mais qui captive. Ses lèvres fines sont fermées et ne laissent passer aucun sourire. Sa chevelure épaisse, relevée, forme une auréole. Oui, pour moi, c’est ce que je vois au-dessus des sa tête, une auréole ! Qui la protège ? Qui lui donne un air divin ?
Isidora ? Car il s’agit bien d’elle, ne fait-elle pas partie du règne des Antonins ? Mais ses yeux emplis de paroles muettes me chuchotent mentalement : « Voyons, c’était une courtisane, la plus belle qui existât sous la dynastie des Empereurs des Antonins. Elle était très recherchée, courtisée, adulée et a vécu longtemps, protégée, aimée par l’un des Cinq premiers Empereurs, surnommés les Cinq bons Empereurs ».
Je me sens transportée par mon imagination fertile au siècle au cours duquel ces Cinq Empereurs ont gouverné. Ce fut un siècle faste, appelé siècle des Antonins ou siècle d’Or.
J’imagine Isidora drapée dans des robes d’apparat cousues avec des fils d’or et brodées de pierreries. Les bijoux qu’elle porte brillent de mille éclats et rehaussent sa beauté. Son Empereur et Maître est fier de l’avoir à son bras et elle est de toutes les fêtes, de tous les galas. Mais il garde sur elle un œil jaloux, soupçonneux, prêt à demander raison à celui qui serait assez fou pour lever les yeux sur sa belle. Il l’aimait, la respectait, mais c’était sa « chose ». Elle lui appartenait. Plusieurs esclaves étaient à son service et la servaient avec dévotion… Isidora s’ennuyait de cette vie monotone et aurait bien voulu s’enfuir ! Mais où aurait-elle pu aller ? Elle aurait été à la merci de quelque filou qui aurait exploité ses charmes… Alors, elle supportait tristement son mal en patience. En vérité, Isidora vivait dans une prison dorée.
Vraiment ce portrait m’hypnotise ! Son attention paraît n’être que pour moi. Nous ne sommes plus qu’elle et moi dans cette pièce. Qu’à voulu exprimer le peintre ? A-t-elle été heureuse ? Pourquoi ce visage de marbre ? Cache-t-elle un mystère, un secret ? Ah, si elle pouvait parler !
Je suis sûre qu’elle en aurait des confidences à me faire… Peut-être un enfant bâtard qu’on lui a enlevé à la naissance… Qu’est-il devenu se demande-t-elle. A-t-il reçu une bonne éducation, une instruction qui lui permit de se faire une place digne et respectable au sein de la haute société ? Ou bien a-t-il été confié à une famille pauvre qui recevait chaque mois une substantielle somme d’argent pour l’élever ; somme qu’elle gardait pour ses propres enfants…Souvent, elle avait essayé de se renseigner sur ce bébé qu’on lui avait volé, oui, volé, arraché à son amour, à son besoin de le prendre contre elle, de sentir son odeur, de lui chanter des berceuses… Mais un mur de silence s’était levé autour d’elle et il n’y avait que son Maître et la personne qui avait reçu l’ordre d’emmener le nouveau-né qui savaient dans quelle contrée lointaine il vivait à présent… Et vivait-il ? Comment aurait-elle pu en être sûre ! Elle le souhaitait ardemment et chaque soir, avant de s’endormir, une prière montait de ses lèvres pour demander aux Dieux, protection et bénédiction pour cet enfant qu’elle ne connaîtrait jamais !

Combien j’aurais aimé connaître sa vie de courtisane, ses désirs, ses peines, ses illusions perdues, ses espoirs…
Enfermée dans ce tableau, pense-t-elle à des souvenirs enfouis ? Rêve-t-elle d’un avenir qui lui rendrait et sa liberté et son estime ? Et puis, certainement, elle n’a pas oublié ce bébé dont elle n’a jamais su le sexe et qui ne quitte pas ses pensées.
Je laisse encore mon imagination vagabonder. Décidément, parmi tous ces portraits qui m’entourent, il est le seul qui me donne cette sensation de déjà vu. Il m’intrigue, me procure une émotion intense. Peut-être ai-je vécu à cette époque, au siècle des Antonins, rencontré Isidora… Alors ai-je connu les rites et coutumes de ce siècle d’Or et ce visage qui me fixe me fait revivre une de mes vies passées ! Isidora a-t-elle été ma sœur, ma mère, mon époux ou encore mon frère, mon père, ou bien un ami très cher ? Comment un tableau peut-il me faire poser tant de questions ? Je n’ai rien lu de cette époque ou si peu, et voilà que j’éprouve pour cette jeune femme une amitié incompréhensible, une douceur et une complicité…
Je la fixe à nouveau et je suis de plus en plus persuadée qu’elle a beaucoup souffert, une souffrance que le peintre a voulu faire ressortir. C’est du moins mon impression, c’est ce que je ressens. Et je me dis qu’il a réussi à faire parler ce portrait… Oui, Isidora, me parle. Mes idées prennent une autre tournure.
Rendue immortelle par l’artiste, désire-t-elle me faire passer un message ? Imagine-t-elle tout ce qui pourrait changer sur notre bonne vieille mère la Terre ? Et pourtant, elle tourne ! Oui, mais tourne-t-elle de la même façon pour tous ? Savons-nous prendre le temps de regarder autour de nous, d’apprécier ce que la Nature nous offre : sentir avec bonheur le parfum d’une fleur ou d’une épice ; Se laisser caresser par une brise légère ; recevoir une pluie bienfaisante ; écouter le murmure d’un ruisseau ; entendre le chant des oiseaux ou chuchoter les feuilles sur les branches d’un arbre ; sourire à un passant ; déposer un baiser sur le front d’un enfant et lui raconter la vie ; prendre la main d’un malade et rester sans rien dire, juste qu’il sache qu’il n’est pas seul ; admirer le travail incessant des fourmis laborieuses, un coucher de soleil, des nuages ouatés, éparpillés ça et là dans un ciel bleu ; écouter un air de musique qui nous apaise…
Que de mots muets, les yeux d’Isidora me racontent… Elle voudrait me dire de remercier chaque petit bonheur qui s’offre à nous, de pardonner à ceux qui nous ont blessés, de ne se rappeler que des instants heureux du passé et surtout, surtout, de vivre le moment présent, le Ici et Maintenant. Nous sommes tous des étincelles de la lumière divine et nous venons de la même Source…Oui, Isidora aimerait de toutes ses forces que la Terre tourne encore et encore… Pour ce faire, il faudrait que chacun de nous essaie de se connaître d’abord lui-même pour apprendre à s’aimer. Si nous ne nous aimons pas, comment savoir aller vers son prochain, le découvrir, oublier la couleur de sa peau, sa religion et ses rites, l’apprécier avec ses défauts et ses qualités, le respecter et… enfin l’aimer !
Cette jeune femme silencieuse m’interpelle fortement et une étrange télépathie s’instaure entre nous. Sûrement parce que nous avons le même idéal, une envie utopique de changer le monde. Elle me parle de Gaïa, de sa force, son énergie, sa puissance et en même temps, de sa colère envers les humains… Gaïa, déesse de la terre ne comprend pas comment nous avons laissé la terre péricliter : Gaïa sait sa vulnérabilité, la menace qui pèse sur elle ; donc sur nous. Isidora me rappelle que pourtant, elle tourne ! Elle tourne malgré le réchauffement de la planète, de la pollution, de la détérioration rapide de nos écosystèmes, de la haine que les humains déversent sur leurs pays voisins engendrant guerres et racisme… Oui, elle tourne encore. Mais jusqu’à quand ? A nous de faire en sorte qu’elle ne cesse jamais de tourner ! Alors, je crois que les yeux d’Isidora, déjà lumineux, brilleront encore plus et éclaireront d’une lumière très particulière sa physionomie froide en apparence. Son visage prendra vie, un sourire radieux transformera ses traits et son âme rayonnante se reconnaîtra, c’est sûr, telle que je la devine depuis que ma vue s’est posée sur ce tableau.

Gaïa, la Mère de tout ce qui est terrestre, est une compagne et une amie fidèle. Elle a encore pleine de ressource et d’ingéniosité et elle arrivera à ouvrir nos cœurs et nos âmes pour nous amener à réaliser qu’une nouvelle ère se prépare. La Terre en a assez de cette disharmonie et cette souffrance qu’on lui inflige. Gaïa est là pour nous montrer le chemin que nous devons suivre ; elle a préparé la voie qui nous mènera à sauver notre planète… A nous de savoir la suivre. Gaïa est apte à réveiller nos consciences et préparer pour la génération montante une terre nouvelle où il fera bon vivre dans la paix, la joie et l’amour…

Je sais qu’Isidora a voulu me transmettre ce message. Par delà les siècles, elle m’a choisie, moi, sœur de cœur, pour distribuer à travers l’Univers, des milliers d’étoiles lumineuses pour apporter aux humains, sagesse, espoir et détermination. Ce sera grâce à notre volonté, énergie et courage que nous sauverons notre Mère le Terre… Car elle doit poursuivre le déroulement de la vie, retrouver un équilibre perdu… A nous de savoir choisir sagement comment la restructurer et la restaurer…
Jamais je n’aurais cru qu’un seul tableau représentant un portrait du siècle des Antonins eût pu m’éclairer sur ce que nous vivons présentement et ce que nous espérons vivre dans les années à venir. Grâce à lui, des pensées créatrices ont germé dans mon esprit :
Un voile s’est levé. Un voile qui était complètement opaque et qui m’empêchait de voir. Oh ! Pas avec les yeux, mais avec le cœur et l’âme. Ce voile s’est déchiré pour m’apporter la lumière que je croyais vraiment connaître, alors que ce n’était que l’illusion de cette lumière. Pourtant, mon cœur a toujours été plein d’amour que j’aimais à partager avec tout ce qui vit et vibre dans l’Univers… Mais à présent, cette lumière qui est en moi, qui rayonne autour de moi, qui fait battre mon cœur, illumine mon âme, cette Lumière, c’est la vraie, la puissante, celle qui éclaire mon chemin même lorsque des ténèbres veulent m’étouffer, me faire replonger… Elle m’entoure, m’enveloppe ; elle s’élargit, m’inonde de lueurs insondables mais combien lumineuses… Cette lumière apporte en moi la paix que j’ai tant cherchée, augmente la douceur que je ressens… Elle a ouvert un petit point qui n’attendait qu’à grandir, à s’étendre, à se déverser encore plus sur mon prochain, le lointain, l’inconnu, mais vers qui vont mon empathie, mon affection, mon amour.

Alors, merci à ce peintre qui m’a fait découvrir Isidora, m’a fait imaginer une partie de sa vie et surtout m’a fait entrevoir tout ce qui nous reste à faire, nous les habitants de la Terre, la respecter, l’honorer et l’aimer…





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