Règlement de compte à Trafalgar



Nouvelle écrite par Gérard LORIDON dans le style Historique



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Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La Garde Impériale entra dans la fournaise.
(Victor Hugo)



Un après midi de ce mois de Mars 2012, encore frais, mais précédant le printemps, je venais de garer ma voiture sur le dernier parking pour aller promener mon jeune Cocker Payo sur l’île du Gaou, au bout du Brusc, dans la commune de Six Fours les Plages.
Franchissant la passerelle, je m’arrêtais un instant devant la stèle commémorant la réalisation du premier film sous marin tourné en ces lieux, en 1942, par le Cdt Cousteau.
Marchant, je me disais que cet îlot aurait certainement pu connaître d’autres moments chargés d’histoire. Le site ouvert sur la mer s’y prêtait. Lui qui avait vu défiler la flotte de César lors de la bataille de Tauroentum, les chébecs des barbaresques venant prélever leurs lots d’esclaves et piller les maigres récoltes locales. Sans oublier ces guerres napoléoniennes au cours desquelles les vaisseaux anglais chassés de Toulon par un jeune général audacieux, montaient la garde au large afin de nous empêcher d’appareiller vers le large et d’aller conquérir l’Egypte…
Tout ceci venait d’éclore, dans mon esprit curieux et imaginatif, alors que me revenait en mémoire un nom célèbre, à Six fours justement, donné à la route par laquelle j’étais arrivé du cap Nègre, où j’habite, s’agissant de l’avenue du sergent Robert Guillemard.
N’appréciant pas toujours les Anglais, reste d’un atavisme de l’ancien marin que je suis, je connaissais la légende entourant ce marin, avec qui ils avaient eu à en découdre.
Un brin bonapartiste, suite à mes années passées en Corse, j’aurais voulu voir revenir parmi nous ce personnage célèbre, bien que peu connu, de l’épopée impériale. Et surtout lui rendre justice ainsi que la place qui lui est due, si cela néanmoins, se révèle exacte.
Je n’allais cependant pas, plagiant Alfred de Vigny, « ouïr ces héros prophétiques » comme ce fut son cas avec l’olifant du Comte Roland cédant sous le nombre dans les gorges fatales de Roncevaux.
Mais, j’entendais quand même, sur le fond de la légère brise venant du large, les notes du « Rêve passe » ou de « La marche consulaire ».
Aussi cheminant lentement dans les allées aménagées de cet îlot du Gaou, je me mis à penser qu’il était possible de faire revivre sur ces lieux, dans un récit romancé certes, ce mythique et si simple héros français.
Le soir, de retour, devant ma cheminée où brulait un odorant feu de cades…

Juin 1802…Îlot du Gaou, au Brusc.
Ce matin là, Robert Guillemard, dit Bert, rentrait joyeux de sa pêche, satisfait qu’il était des résultats de sa calée.
Sur douze paniers à langoustes, dix étaient remplis de plusieurs de ces nobles crustacés. Aussi, il était pressé de partager sa joie avec sa charmante épouse Ernestine, dite Tine pour tous. Il remontait donc le sentier qui le menait à son cabanon de pêcheur, dans l’îlot du Gaou après avoir amarré sa barque dans la passe d’une vingtaine de mètres qui le sépare de la terre ferme. Sa modeste habitation se situait sur la face nord, protégée ne partie des rafales de mistral et des embruns causés par les vagues qui venaient heurter les falaises au sud.
Devant sa porte coulait une source où plutôt un mince filet d’eu que l’on peut encore voir de nos jours sur la droite de la promenade, au pied d’une touffe de joncs.
Et des langoustes il en prenait. Il les vendait au gens des villages alentour et à des aubergistes de Toulon qui n’hésitait pas à faire le déplacement au vu de la qualité de sa pêche.
Tout aurait donc pu aller au mieux, dans ce monde simple et heureux.
Tine lui avait, dès le mariage, fait naitre une jolie minote qui gazouillait dès le retour de son père, qui lui en était fou.
Mais dans les débuts de ce 19ème siècle le ciel s’obscurcissait un peu plus chaque jour. Toulon, fuyant la terreur, s’était donné aux anglais. Ces derniers, qui avaient finit par quitter la rade sous les bordées d’artillerie d’un jeune général corse qui n’allait pas tarder à mieux se faire connaître.
Les britanniques, gens rancuniers et têtus, n’avaient pas été bien loin cependant.
Leur escadre rôdait, comme une horde de loups affamés, pour empêcher les français de sortir de Toulon. C’est ainsi que les vaisseaux de l’amiral Nelson croisaient, selon le vent, jusque dans la rade des Vignettes, du cap Sicié à la pointe de Porquerolles.
Et, quand un vaisseau français tentait une sortie les pièces d’artillerie de marine tonnaient dans la rade et au large.
On dit qu’une audacieuse frégate française, après avoir tiré quelques coups précis de ses canons, sur un anglais attardé n’avait eu que le temps de rentrer au port. Ce, en laissant la trace de ses vergues, que l’on peut voir encore, dans la falaise de Ste Marguerite, tellement elle avait rasé la terre proche pour échapper à ses adversaires, furieux de voir l’un des leurs sérieusement endommagé.
Bert lui subissait cette occupation maritime. Certains jours, il restait à terre maudissant ces ennemis qui l’empêchaient de caller ses nasses.
Certains des capitaines britanniques achetaient du poisson aux pêcheurs qu’ils croisaient en mer. Les français ne se prêtaient pas tous à ce genre de commerce, dont notre Robert Guillemard. Lui considérait que c’était un acte de trahison ! Il l’avait bien fait sentir à quelques matelots envoyé par l’amiral anglais qui voulait des langoustes sur sa table. Il les avait chassés, leur tenant un vert langage :
- Il n’y a rien pour vous ici, bande de marquamaou ! Retournez dans votre île et laisser nous tranquille chez nous !
Les britishs n’ayant pas d’ordre s’en étaient retournés forts marris. L’officier, aide de camp de Nelson apprenant la chose, l’avait pris très mal, jurant de prendre sa revanche envers ce « Frenchie » peu aimable.
Ce qui advint quelques jours après. Ordre fut donné à une corvette de pousser après les roches de Sicié et de capturer ce pêcheur insultant pour l’empire britannique et la Royal Navy ! On lui ferait connaître les pontons où les marins français prisonniers pourrissaient, la haut, sur les bords de la Tamise.
Pas de chance pour eux, ce jour là Bert était parti caller ses paniers à langouste dans l’ouest après Bandol. Ne voulant pas subir un tel échec, le commandant de la corvette envoya à terre une chaloupe de fusiliers, croyant trouver son gibier dans sa chaumière.
Là, les marins anglais furent très mal reçues par Tine qui alla jusqu’à leur tirer un coup d’escopette a travers les volets de sa demeure.
Ce que voyant la horde soldatesque bouta le feu au toit de la chaumière qui s’écroula sur Ernestine et sa minotte.
Leur mauvais coup fait, cette bande d’assassins rentra tout fiers en sifflant « It’s long way to Tipperary »
Le pauvre Robert ne pu que constater le drame qui venait de le frapper et de pleurer longuement ses êtres cher, après leur avoir donné une sépulture chrétienne.
Il jura aussi de se venger, car il venait d’apprendre la forfaiture des anglais par un berger de ses amis. Ce dernier, s’était caché dans un vallon avec ses cabres, mais avait pu ainsi tout voir. Ce qu’il s’empressa de raconter à son ami Guillemard.
Décidant, par tous les moyens, à faire payer l’anglais, Bert alla s’engager dans la tout nouvelle marine de la république française, qui allait devenir impériale par la suite.
Jeune et robuste il se retrouva gabier, c'est-à-dire l’un de ces audacieux marins qui montaient dans les vergues pour la manœuvre des voiles.
Au cours des batailles il leur était alloué un mousquet pour, devenant tireur d’élite, abattre de préférence, les officiers ennemis.
Robert Guillemard était un excellent chasseur, connaissant toutes les drailles et valats de la forêt de Janas toute proche. Ce que nous appellerions maintenant un fin fusil.
Ce qui explique son empressement se portant volontaire auprès du commandant de son navire, le Redoutable, alors que ce dernier, au matin du 21 Octobre 1805, nommait des tireurs pour la bataille qui allait avoir lieu.
La flotte française venait de sortir de Cadix et s’apprêtait à combattre les anglais au large du Cap Trafalgar.
On sait ce qu’il advint de nos navires mal commandés et la défaite subite ce jour là. L’amiral Nelson, lui par contre, n’allait pas si bien s’en tirer comme nous allons le voir.
Le gabier Guillemard se trouvait en excellente position dans la hune d’artimon, guettant les proies qu’il recherchait depuis le jour du drame où avait péri, lâchement assassinés, sa femme et son enfant. La bataille s’était engagé au milieu des tirs d’artillerie, des manœuvres des navires et de la fumée dégagée par les canons.
Lui attendait calmement, quand son vaisseau, le Redoutable tentant un abordage, il vit soudain au bout de la mire de son mousquet un officier ennemi bardé de décoration. Ce dernier, donnait des ordres sur le pont du vaisseau amiral anglais, le Victory.
La distance était bonne, environ cinquante pieds quand il appuya sur la détente murmurant vengeur :
- Tiens l’Angliche, en souvenir de Tine et de ma minotte, celle là tu l’as bien méritée !
Il était environ 13 H quand l’amiral Horatio Nelson s’écroula en disant à son second :
- Cette fois ci, les « frenchies » m’ont eu.
Il décéda trois heures plus tard, tué par cette balle française.
Il allait ainsi devenir, le héros de l’Angleterre.

Quand à Robert Guillemard, largement oublié sur le moment, il va réapparaitre en 1826 dans un ouvrage intitulé « Mémoires du Sergent Robert Guillemard » écrit par lui-même dit-on.
Il y relate qu’il était fils d’un notaire de Six Fours. Sa vie, après avoir tué Nelson, est emmaillée d’aventures épiques. Il aurait été le témoin de l’assassinat, ou du suicide de l’amiral Villeneuve, le malheureux commandant de la flotte française à Trafalgar.
Décidément les amiraux n’avaient pas beaucoup de chance quand il les approchait.
Il aurait ensuite participé aux batailles napoléoniennes…
Ce livre, bien que prêtant à polémique, eu un grand succès à l’époque, sauf naturellement auprès des anglais, comme on est en droit de l’attendre.
Surtout qu’amateur de rugby, je n’ignore pas qu’ils ne sont fair-play que lorsqu’ils gagnent.
Par contre, il reste à Six Fours une avenue Robert Guillemard. On ne sait pas quelle est la municipalité du début du 20ème siècle qui prit le risque de lui rendre cet hommage.
Mais après tout, suite à ce fait d’arme, même imaginaire, on devait bien cela à ce glorieux ancêtre de notre commune.
Vérité ou légende…
Quand la légende est la plus belle, il vaut mieux la conserver, la vérité attendra…

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