Une route, une nuit



Nouvelle écrite par Danièle FOURNIER dans le style Merveilleux



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Le sentier s’étire, long et tortueux. Ma voiture commence à donner des signes de fatigue et le niveau d’essence baisse de plus en plus. Me serais-je trompée de route ? Mais comment faire pour retrouver la bonne ? Aucune voiture ne me double, d’ailleurs elle n’aurait pas la place ; aucune maison aux alentours… Le temps s’égrène rapidement et lentement à la fois. Constamment, je pose les yeux sur ma montre et l’aiguille des minutes semble avancer au ralenti. Je la porte à mon oreille et son tic-tac me rassure, elle continue de fonctionner. Je devrais moins la consulter sinon je vais l’user et, pour me narguer, elle va finir tout comme la voiture à rendre l’âme. Le temps me paraît interminable et pourtant le soleil commence à disparaître derrière l’horizon. Il ne manquerait plus que la nuit survienne avant que je n’arrive dans un endroit civilisé…

La voiture fait entendre un drôle de bruit, le moteur semble être pris de hoquet, chaque tour de roue me secoue comme un prunier. Je panique sérieusement, mes mains sont moites sur le volant, ma gorge se serre et un étau appuie sur ma poitrine. Ma vue se brouille, des larmes de rage, de peur ? Le stress qui prend le dessus ? Si je m’arrête quelques instants, pourrais-je redémarrer mon Austin ? Vais-je être condamnée à passer la nuit sur cette route perdue ? Comment demander de l’aide ? Bien entendu, mon portable est déchargé et je ne sais même pas si la communication passerait dans ce coin… Encore une fois, j’ai fait preuve de négligence. Mon estomac crie famine. Des crampes me rappellent que je n’ai rien avalé depuis ce matin six heures. Pourquoi me suis-je entêtée à ne pas vouloir m’arrêter dans ce petit relais rencontré sur mon chemin ? Il ne m’inspirait pas confiance, je voulais gagner du temps et, persuadée qu’il ne me restait que quelques kilomètres à parcourir, j’ai laissé filer la voiture. Mais voilà, à ce moment-là, je pensais très sérieusement être sur la bonne route et je ne sais vraiment pas comment je me suis perdue…

D’habitude je suis d’un naturel plutôt courageux, courageux peut-être, mais pas téméraire ! La nuit descend de plus en plus son voile opaque, bientôt l’obscurité m’enveloppera complètement. Quelle idée lumineuse pourrait éclairer et mon chemin et mon cerveau ? Quelle décision prendre ? Les battements de mon cœur s’accélèrent lorsque je n’ai plus à me poser de questions, la voiture définitivement stoppée dans un dernier sursaut…

J’ouvre en tremblant la portière et vais prendre dans le coffre, la lampe électrique et une couverture qui s’y trouvent toujours là, au cas où… Je retourne m’asseoir derrière mon volant qui ne m’est plus d’aucune utilité et m’effondre en larmes, les jambes en coton, claquant des dents malgré la sueur qui perle à mon front. Je tourne le bouton de la radio pour entendre du bruit, une présence, peut-être aurai-je une indication quant à l’endroit où je me trouve. Une musique bruyante me casse les oreilles, je change de station et tombe sur des informations avec leur lot de catastrophes, d’horreur, de misère. Mes sanglots redoublent, je n’ai pas envie de continuer à chercher quelque chose de plus apaisant. J’éteins la radio. Je fouille dans mon sac de voyage comme si miraculeusement j’allais y découvrir la lampe d’Aladin. Des mouchoirs en papier, ceux-là vont m’être utiles, je mouche mon nez et continue à farfouiller dans mes bagages, trois morceaux de sucre, que font-ils là, je les croque avec avidité, manquant de m’étouffer. Qu’ai-je fait de mon thermos ? Ma lampe balaie le contenu du sac et je le retrouve, coincé entre un livre qui ne pourra pas me réconforter vu la noirceur qui m’entoure, et ma trousse de toilette, elle aussi inutile, pas une goutte d’eau pour me rafraîchir… Bien sûr, le thermos est vide ! J’ai bu la dernière tasse de café après avoir dépassé le relais. J’aurais dû m’arrêter pour acheter une bouteille d’eau minérale et une tablette de chocolat. Mais mon impatience m’a mise dans cette situation inextricable. Et c’est à cet instant que j’ai machinalement changé de route croyant prendre un raccourci… Une petite voix me souffle à l’oreille : « Le chemin le plus court n’est pas toujours le meilleur ». Il ne manque plus que Mister Gémini criquet joue au moralisateur !

Je me rappelle avoir mis dans mon sac une ou deux cassettes de relaxation. Tout le contenu est mélangé, un vrai méli-mélo et tout au fond, merci mon Dieu, une cassette. C’est pour moi comme une bouée de sauvetage, j’ai l’impression d’avoir la tête hors de l’eau et de mieux respirer. Je la mets en marche, ferme les yeux pour mieux me détendre et laisse la musique m’emporter. Un bruit de cascades me berce, des chuchotements du vent dans les branches soulagent mon front, les gazouillis des oiseaux me font un concert, et petit à petit mon cœur retrouve son rythme, mes membres se décontractent, ma gorge se dénoue…

J’entrevois une mer d’un bleu limpide, aucune vague, juste de temps en temps quelques légers remous pour ne pas oublier que la mer est en perpétuel mouvement. Je m’enfonce doucement dans un bien-être réparateur, une somnolence m’envahit et ma peur s’envole. Je flotte légère, laissant ruisseler l’eau dans tout mon corps, entraînant avec elle, toutes les opacités, toutes les complexités. C’est une sensation étrange, insolite que je n’avais jamais encore ressentie. Au fur et à mesure que la musique se déroule, tout se mêle, les sons, les parfums, les visions. Je suis emportée dans un tourbillon de plénitude, de sérénité. La cassette s’arrête et se rembobine toute seule. J’ai toujours les yeux fermés et je la laisse repartir pour un tour. Elle me protège, me préserve de cette nuit qui est devenue une amie. La lune au disque d’argent, déesse de la nuit veille sur le Terre et berce mes rêves. Pas un bruit au-dehors. La couverture enveloppe tout mon corps et, recroquevillée dans l’attitude du fœtus, je remonte le temps, juste avant la vie, lorsque j’étais bien au chaud et en sécurité dans le cocon maternel. Peu m’importe le temps qui s’écoule, le jour finira bien par se lever, un jour nouveau.

Ce moment présent, je le savoure comme si demain ne devait jamais arriver ! Hier est déjà du passé et me rappelle que le bonheur peut faire de l’avenir un lumineux chemin d’espoir. Demain, avec des yeux nouveaux, avec au cœur une chaude lumière, je sais que forcément, je retrouverai mon chemin, celui que je n’aurais jamais dû quitter… Les vapeurs de l’aube s’évaporent petit à petit. La Terre respire. Bonjour aujourd’hui.

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