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Le petit oiseau


Auteur : V9V

Style : Noires




Papa est pas rentré.
J’en ai marre d’attendre. Pas de télé. C’est défendu quand Papa est pas là. Alors je m’ennuie.
Pas envie de jouer. J’ai perdu Bibie, ma petite sœur. Je sais… Bibie n’est pas ma vraie petite sœur, tout le monde dit que c’est une poupée. C’est pas vrai ! Bibie est ma petite sœur ! Elle est toujours là quand je rentre de l’école. Elle s’habille comme moi. On se raconte nos histoires. On se sépare jamais. Sauf quand je suis à l’école mais je lui raconte tout.
Bibie a disparu. Pas longtemps après Maman. Maman est partie avec son gros ventre et Papa a dit qu’elle allait ramener une vraie petite sœur. J’ai jamais revu Maman. Et pas la petite sœur. Papa dit qu’elles ne reviendront pas.
Il dit qu’elles sont avec les anges. Alors je lui ai dit qu’on avait qu’à aller voir les anges. Il a pas voulu. Il veut pas m’emmener. Mais, lui, il irait bien. Il me l’a dit. Sauf qu’il veut pas me laisser toute seule. On laisse pas une princesse aussi pure toute seule, qu’il dit. Qu’il faut que quelqu’un me protège. Et il pleure. Des fois, quand il est fatigué, il sort son pistolet du tiroir et le regarde. Il le met dans sa bouche. Puis, quand il me voit, il range le pistolet. Il a la tête de quelqu’un qui a fait une bêtise. Ou qui voulait faire une bêtise…
Papa est parti acheter du pain. C’est juste en bas. D’habitude il descend et il remonte. Il est pas remonté. Je suis trop petite pour voir par la fenêtre. J’ai entendu des peneus qui hurlaient et un « pouf » comme quand je lance Grimy contre le mur. Grimy, c’est mon ours. Il est jamais sage. Alors je me fâche et je l’envoie contre le mur. Maman m’a dit d’arrêter, que je lui faisais mal. Je le fais plus. Je lui ai fait un bisou et il a plus mal.
Au bout d’un moment, j’ai approché une chaise contre la fenêtre et j’ai grimpé dessus. Dans la rue, il y avait des voitures qui clignotaient bleu. Un accident. Papa a dû s’arrêter pour voir. J’ai décidé d’attendre dans le salon. J’ai pris Grimy pour me tenir compagnie.
Papa est toujours pas rentré.
J’ai dormi sans faire exprès et, en me réveillant, toujours pas de Papa. Maintenant, j’ai vraiment faim. Je vais descendre. Papa va me disputer mais je veux savoir.
Je vois plus personne dans la rue. Les magasins sont fermés. Je serre Grimy. J’avance un peu.
Dans le square, il y a des gens. Ils ont allumé un feu dans un bidon. Je vais leur demander s’ils ont vu Papa.
– Hey ! On a de la visite !
– Qu’est-ce qu’elle fout là ? Elle s’est paumée ?
– Qu’est-ce qu’elle veut ?
Ils parlent fort. Je n’ose plus avancer. Il y en a un qui s’approche. Un gros. Il me fait peur.
– Qu’est-ce que tu veux ?
– Je cherche Bibie…
– Bibie ? C’est qui ça ?
– Bibie, c’est ma poupée.
– Tu cherches ta poupée ?
Ils rient. Fort. Il y a plein de bouteilles par terre. Maman dit toujours de ramasser et de mettre dans la poubelle. Elle est pourtant à côté, la poubelle.
Ils se moquent de moi. Je vais pleurer. J’ai pas osé dire que je cherchais mon Papa. Pour qu’ils croient que je suis grande.
Le gros se rapproche encore.
– Mais t’as déjà un ours, non ?
Je fais oui de la tête. Les autres rigolent.
– Un ours ? Tu sais ce que j’en fais, moi, des ours ? Un trou dedans et j’me branle !
Il y en a un qui m’appelle et me fait signe d’approcher.
– Hey, la p’tiote, tu me prêtes ton ours qu’on s’amuse ?
Je fais non de la tête. Je tiens bien fort Grimy contre moi.
– Allez viens plus près. On va pas te manger. Comment tu t’appelles ?
– Cléo
– Alors Cléo, comme ça, tu sors toute seule la nuit… Si tu es gentille, je te retrouve tout ce que tu veux. Tu veux être gentille ?
Je fais oui de la tête. Il me fait un grand sourire.
– Tu as déjà vu le petit oiseau ?
Je fais non.
– Alors regarde.
Il ouvre son pantalon et sort un drôle de truc. Ça ne ressemble pas un oiseau. Y’a pas de plumes. J’attends.
Les autres m’entourent et ne rient plus. Tout le monde regarde.
– Tu vois ça, c’est un petit oiseau, tu es d’accord ?
– Nan
– Parce qu’il est petit. Pour qu’il s’envole, il faut le caresser. Tu veux essayer ?
Je pose ma main dessus et je sens qu’il est chaud et doux.
– C’est ça. Si tu veux qu’il s’envole, continue de le caresser. Comme ça.
Il me prend la main et me montre. Je sens que l’oiseau se réveille. Il se redresse. Mais…
– I’ s’envole pas… C’est pas un oiseau.
Ça les fait tous rire.
– Mais si. Il faut que tu lui fasses des bisous. Plein de bisous ! Suce comme si c’était une glace. Tu le verras s’envoler. Vas-y. N’aie pas peur. Il faut l’apprivoiser.
Je fais comme il dit et l’oiseau devient plus dur. Je suce le bout mais c’est pas sucré. C’est pas bon. Le monsieur arrête pas de dire des gros mots. Puis ça gicle.
Je recule en m’essuyant sur ma manche. Je m’énerve.
– C’est pas vrai ! Y’a pas d’oiseau !
– Mais si. Il vient de s’envoler ! Tu l’as pas vu ?
Derrière moi, les autres ricanent.
– Eh ben, elle est précoce celle-là…
J’ai eu peur. Et Grimy aussi.
– J’veux mon Papa !
– Ton père, t’as qu’à lui faire envoler son oiseau et il te perdra plus ! Allez ouste ! Dégage !
J’ai couru.
J’ai retrouvé la maison. Quelqu’un avait renversé la poubelle. Bibie était toute sale. Vilaine Bibie ! Voilà ce qui arrive quand on sort sans permission. Vilaine. J’ai pris Bibie et Gramy et je suis montée. J’étais contente d’avoir retrouvé Bibie. Elle a dû avoir peur, toute seule, dans la poubelle. Pauvre Bibie…
Papa était assis dans la cuisine. Quand il m’a vue, il est venu sans rien dire et nous a serrés tous très fort dans ses bras. Tellement que j’en ai eu mal. Il répétait
– Ma puce, ma puce, j’ai eu si peur de t’avoir perdue !
Il s’est assis dans le salon. Il avait des pansements un peu partout. Il s’est mis à pleurer en me berçant. Comme il me mouillait, je me suis dégagée.
– Ma puce, je ne veux plus te perdre. Tu ne te sauveras plus, hein ma princesse ?
J’ai fait non. Et je me suis rappelée de ce qu’avait dit le monsieur.
– Papa, si je fais envoler ton oiseau, on se perdra plus…
Et j’ai ouvert le pantalon de Papa pour prendre son oiseau.
Il a bondit en me repoussant. Il est devenu presqu’aussi blanc que ses pansements. Il a crié.
– Mais qu’est-ce qu’il te prend ? Cléo, où as-tu…
– C’est un monsieur… Papa, il a dit…
– Tais-toi !
Je ne comprenais pas ce que j’avais fait de mal. Papa me faisait peur.
Il m’a regardée. Longtemps. Sans rien dire. Puis il s’est baissé et m’a embrassée. Il est allé au tiroir et a sorti le pistolet.
– Viens, on va aller voir Maman.





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