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Les mutants


Auteur : BERTORA Jean-Noël

Style : Fantastique




Cela faisait 6 mois que j’avais intégré définitivement les unités de défense. La période de formation fut longue et pénible. L’arbalète, les flèches dans le carquois aux couleurs du ghetto, le long poignard, le ceinturon de cuir et tout l’équipement, casque, jambières, chaussures de combat, me furent remis au cours de la cérémonie d’intronisation.
J’étais dorénavant un vrai défenseur, cela me donnait des privilèges mais aussi beaucoup d’obligations.
Ainsi j’étais chargé d’assurer la protection des ouvriers agricoles durant leurs travaux dans la journée en bordure du camp fortifié. Une nuit sur 3 j’étais de garde au mirador ouest où, en plus de mon armement individuel, je pouvais faire usage de la lance autopropulsée à longue distance.
Pour le reste du temps, en dehors des entrainements, j’étais libre pour mes loisirs, des repas améliorés par rapport à l’ordinaire du ghetto m’étaient servis tous les jours, le ménage de la chambrée était fait par les assistants ménagers, j’avais un accès prioritaire aux femmes sexuelles deux fois par semaine et une fois par mois aux femelles reproductrices.
Jusqu’à ce jour je n’avais encore pas eu à combattre les mutants. Mais un matin, peut être 6 ou 8 jours après mon intronisation, alors que j’accompagnais la première équipe de travailleurs agricoles avec Fred un défenseur chevronné, tout est arrivé très vite.
Le champ de blé numéro 3 est le plus éloigné du camp. Il n’est séparé de la forêt que d’un espace découvert d’une dizaine de mètres. Fred s’était positionné au nord du champ là où les risques avaient été jugés par le Connétable Supérieur les plus dangereux. Pour ma part je me trouvais à l’est, c'est-à-dire un peu plus près du camp. Nous étions positionnés de manière à ce que nous soyons en permanence en contact visuel.
Le premier de ces êtres difformes et horribles a jaillit juste devant Fred, il s’est arrêté, surpris dans sa course par la proximité d’un défenseur. Sans une seconde d’hésitation Fred le transperça d’une flèche en plein poitrail. Mais aussitôt deux autres surgirent et se précipitèrent vers Fred qui rechargeait son arbalète. En criant à plein poumons et tout en courant je tirai et atteignit dans le dos un des deux monstres. Entre temps Fred avait laissé tombé son arbalète et avec son poignard de sorti il luttait avec l’autre. Le monstre était lourd et fort, Fred était sur le point de tomber sous son poids quand, arrivé jusqu’à eux, je poignardai de plusieurs coups, le dos de l’espèce d’orque qui le dominait.
Son odeur épouvantable et le sang immonde qui maculait mes mains et jusqu’à mon visage me firent vomir courbé en deux sur lui alors qu’agonisant il se retournait vers moi. Je crus voir dans ses yeux comme une lueur d’incompréhension, presque humaine.
Pendant ce temps Fred s’était relevé et il achevait les deux autres en les égorgeant.
Ce petit exploit me valut les félicitations du Connétable Supérieur et la reconnaissance éternelle de Fred.
Peu de temps après on me proposa de rejoindre les explorateurs d’intervention, l’élite des défenseurs du ghetto. J’acceptai avec fierté.
A compter de ce jour, je ne fus plus soumis aux astreintes de garde et de surveillance mais je dû encore plus m’entrainer à la résistance physique, à l’emploi des armes, aux techniques de combat rapproché, à la topographie, à la survie, bref à tout ce qui peut faire un bon explorateur d’intervention.
Je suis resté pendant toute cette période concentré sur les entrainements et je n’avais pas repensé une seule fois à l’attaque du champ agricole. Mais un jour de dérèglement climatique, assez fréquent au mois de mars où la température peut grimper jusqu’à 45 voire 50°, alors que je peinai à m’endormir, soudainement j’eu devant moi les yeux du monstre agonisant. Dans mon demi-sommeil il me sembla les voir me demander pourquoi je le tuai, implorer une réponse. Mais le pire c’est qu’ils me semblaient intelligents, et inspirer de la compassion.
Un cauchemar, un vrai cauchemar.
J’ai repensé alors aux heures d’éducation de mon enfance, lorsque, assis en cercle devant le Maitre Religieux, nous écoutions sagement l’histoire de la fin du monde ancien.
Tout avait commencé il y a deux siècles. A ce moment, la civilisation humaine était à son apogée. Les hommes avaient conquis l’espace, avaient repoussé les frontières du possible dans toutes les sciences connues. La fusion nucléaire leur donnait une énergie inépuisable, le clonage des animaux, une nourriture facile, les OGM introduits dans les végétaux, une ressource maitrisée, la reproduction in vitro à partir de cellules souches humaines, des enfants sur commande, conformes au cahier des charges du demandeur.
Tous ces mots je les répétais sans les comprendre, sans savoir vraiment ce qu’ils pouvaient représenter. Même le Maitre Religieux peinait à répondre à nos questions.
Puis il nous a dit que tout s’est déréglé, comme cela, sans prévenir. Cela a commencé par les animaux, dont les clonages donnèrent naissance à des spécimens de plus en plus difformes puis non viables. Les plantes se mirent à muter, à devenir impropres à la consommation, certaines comme les laitues (une espèce de salade) mortelles. Puis vint le tour des humains. Petit à petit les bébés, comme les animaux, mutèrent sous des formes de plus en plus dénaturées. Le Maitre Religieux n’était pas sur, mais il croit que ces êtres furent tués dès leur naissance mais que certains furent abandonnés dans des lieux retirés. Ils se seraient alors accouplés avec des formes mutantes d’animaux pour donner les mutants actuels.
Je me souviens que nous étions horrifiés d’entendre de telles monstruosités.
Dans ce contexte de déliquescence, les mutations climatiques parachevèrent le scénario d’apocalypse.
Les milliards de tonnes de vapeur d’eau relâchées tous les jours dans l’atmosphère par les moteurs à hydrogène provoquèrent un gigantesque effet de serre. Les pluies devinrent continues, les glaces polaires et les glaciers fondirent, les océans recouvrirent les littoraux, les ressources naturelles déjà rares disparurent presque complètement. Confrontés à un tel cataclysme, les peuples se firent la guerre pour s’accaparer les rares ressources encore existantes. Des pays déjà en ruine apportèrent le point final en déchainant le feu nucléaire. Puis vint la période de déshérence de plus d’une centaine d’années où quelques groupes d’humains survécurent, dont le notre. Combien, nous ne le savons pas. Peut être sommes nous les derniers humains sur terre. Tout autour de nous les mutants et les animaux monstrueux prolifèrent. Mais nous ne désespérons pas de trouver d’autres survivants. C’est d’ailleurs une des raisons d’être des explorateurs d’interventions.
Nous devons faire des reconnaissances loin du camp, surveiller les mutants, en tuer le plus possible dans leur tanière et espérer et tenir, et espérer et encore tenir, toujours dans la foi du Guide Suprême.
Le Maître Religieux nous a aussi enseigné les règles de vie dans le ghetto. Tout homme doit avoir une utilité au service de la communauté, tout homme doit une stricte obéissance à son supérieur, les lois de la Religion sont incontournables, le Guide Suprême a droit de vie et de morts sur tous, il est le représentant de Dieu sur terre.
Depuis l’apocalypse, les naissances de filles se sont raréfiées. Aussi les femmes sont t elles devenues des êtres à part que l’on isole et qui ne peuvent avoir qu’un seul rôle, celui de la reproduction de l’espèce. Dans notre ghetto, actuellement nous sommes 150 hommes et il n’y a que 25 femmes. Seulement 10 d’entre elles sont fécondes, ce sont les femelles reproductrices, les autres sont les femmes sexuelles qui reçoivent les hommes à tour de rôle.
Les relations sexuelles entre hommes sont punies par la castration des deux coupables. Ils deviennent alors des esclaves soumis aux corvées les plus pénibles et les plus sales. Actuellement il y en 6. Tous les ans naissent environs 6 ou 7 enfants, qui remplacent les 5 ou 6 décès. Ainsi notre population n’augmente pas, ne périclite pas non plus, et survit tant bien que mal sans que son avenir soit évidemment définitivement assuré.

Parfois le découragement s’installe dans nos esprits, parfois la peur nous paralyse, quand nous nous voyons si peu nombreux, si isolé face à la multitude grouillante du dehors, quand la pénurie de tous nos moyens s’aggrave que des restrictions s’imposent à tous les moments de la journée, quand nous ne mangeons plus à notre faim. Alors le Guide suprême vient à notre rencontre et nous redonne de l’espoir. Il nous parle de jours meilleurs, des messages qu’il reçoit de Dieu, de l’assurance qu’ailleurs des humains sont en train de vaincre les monstres, qu’ils viendront bientôt à nous.
Les explorateurs d’intervention ont d’ailleurs un rôle très important pour apporter des informations dans ce sens. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé.
Peu de temps après une telle intervention du Guide Suprême, la deuxième équipe d’explorateurs d’intervention est revenu au camp avec une nouvelle fabuleuse.
Ils avaient aperçu des hommes à moins de 3 jours de marche du camp, mais ils n’ont pas réussi à les approcher, empêchés qu’ils furent par la présence hostile d’un grand nombre de mutants.
Le Guide suprême a aussitôt envoyé la première équipe (dont je faisais partie) en reconnaissance avec pour mission de retrouver les être humains aperçus.
Quand nous sommes partis du camp, l’optimisme était sur tous les visages souriants qui nous encourageaient de la voix et du geste.
Preuve de l’importance de cette mission, c’est un Connétable Supérieur qui avait pris le commandement de l’équipe.
C’était la première fois que je participais à une expédition, j’étais à la fois excité et anxieux, mais en tout état de cause fier d’être de ceux qui allaient peut être, sauver l’humanité.





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