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Particule


Auteur : CUSSET Christian

Style : Science-fiction




Loin, infiniment loin. Dans les profondeurs insondables du passé, là où le temps n’a plus de sens. Dans le bouillonnement silencieux des myriades d’atomes violemment brassés qui s’entrechoquent et s’échauffent à de folles températures, entraînés toujours plus vite dans le gigantesque malstrom. Longtemps, l’électron rapide, tombe parmi l’infinité des particules, vers l’insondable abîme du trou et, à chaque seconde, se charge de l’énergie happée au vide. L’horizon béant approche, l’éternité est là.
Mais soudain, invisible, surgit le réseau immense du puissant champ magnétique. Barrière invisible et impénétrable, elle freine violemment le grain de matière dans sa chute qui tournoie follement et s’évanouit. Il n’est plus, mais l’énergie concentrée de sa matière reste, comme son âme. Quasi instantanément elle est convertie en un photon, grain léger et véloce. La Particule est née…

Elle est déjà loin. Echappant pendant qu’il est encore temps à l’écrasante gravité toute proche, elle fuit à travers le chaos, manquant un million de fois d’être absorbée ou diffractée. Mais elle passe et file, imperturbable, franchissant trois cent mille kilomètres toutes les secondes, durant des jours et des semaines.
Alors l’incessant flot de matière torturée se dilue lentement puis disparaît. Ce n’est plus que le froid, presque absolu, où luisent, lointains, des centaines de soleils bleus. Et le temps s’étire presque indéfiniment sur des milliers, des millions de siècles, monotone.
Le vide a succédé à la fournaise et rien ne semble pouvoir changer un jour l’immuable trajectoire.
Une fois pourtant, rencontre fugitive, elle pénètre une ellipse vaporeuse de matière brillante et condensée qui pourrait l’arrêter. Mais elle franchit sans mal, loin de tout, en quelques millénaires l’évanescent nuage.

Et c’est de nouveau la lente et morne succession des années lumières. Imperturbable, discrète, éternelle, la Particule suit dans l’immensité l’espace qui s’étend, se dilate et l’isole encore plus.

La lueur est tout d’abord ténue, longtemps imperceptible, diluée dans l’obscur lointain. Mais doucement, patiemment, la tache laiteuse s’épaissit et se structure en un vaste amas changeant. Il y a dix, cent galaxies qui tournent et s’effleurent et près du centre une belle spirale étale nonchalamment ses larges volutes. C’est vers elle que la particule, indifférente, suit sa longue trajectoire qui l’emporte vers un bras massif chargé de soleils jaunes. Mais là aussi tout est si vide et ils sont si loin qu’elle passe, à peine déviée par les légers champs de gravité qui foisonnent. Les siècles succèdent aux siècles.
Devant, grossit une pâle étoile jaune.
Et là brusquement, aussi brève que le voyage fut long, aussi brutal que le temps fut serein, c’est la fin. Un grain de poussière venu d’on ne sait où, une matière soudain si étrangement dense, des atomes avides d’énergie qui s’accordent et l’absorbent. La Particule, vieille de milliards d’années n’est plus. Mais rien ne se perd. Le puissant quanta d’énergie s’est dilué dans la molécule massive qui frémit et se rompt en silence. Vigilants, de subtils mécanismes cellulaires ancestraux s’animent et réparent lentement la brèche.
Mais imparfaitement.

Un matin froid et brumeux de novembre, dans un petit hôpital de province, José Martin mourut. Il n’avait jamais fumé, ne buvait que très rarement et ne se souvenait pas avoir utilisé de produit toxique. Il faisait attention à son poids et pratiquait régulièrement un sport. Il avait quarante-trois ans. Aucune explication ne put être trouvée par les médecins sur l’origine de son cancer.
Le hasard sans doute.





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