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Essaouira


Auteur : Pok

Style : Scènes de vie




Bleue, Essaouira alors que l'aube pointe à peine et que la nuit rechigne à se retirer, s'accroche encore par filaments veloutés aux pointes des minarets et caresse avec ostentation les paupières faibles des marchands déjà levés.

Les hommes du souk à 5h du matin fument et boivent, et la fumée des chicha et la vapeur des théières encombrent encore un peu plus le ciel, survolent les remparts et vont se perdre dans la brume salée de l'océan.
Sans un signal, sans minuterie précise, le silence tranquille fait place à une machinerie étrange et bruyante. Les grincements, ahanements, grognements d'effort des hommes qui tirent, poussent, portent ; les sueurs et les grimaces d'effort… on dirait qu'ils tirent le soleil hors des vagues lourdes du port. Et inch'Allah, c'est sûrement ce qu'ils font car le bleu fuit soudain devant la course du soleil et les mille couleurs du souk qui se réveillent. Mille oui, mais pas toutes. Seulement les bruns, les rouge, les jaune, les orange ; les couleurs de la vie et du soleil…
Et puis ça n'est pas tout… De lanternes en miroirs, de chichas en dagues ouvragées et à travers les plateaux, les verres, les assiettes dorées, c'est un réseau de faisceaux lumineux éblouissant qui se crée, telle une immense toile d'araignée solaire faisant scintiller la moindre parcelle de ce village dans la ville, cet univers bruyant et miroitant du souk.
Cette toile - car c'en est une, soyez-en sûrs- c'est un piège, un labyrinthe d'étoffes et de breloques où tout est à vendre - ou à troquer, même parfois ce que les hommes à la peau ridée et burinée portent sur eux.

L'œil voguant de scintillement en étonnement, l'oreille flottant sur le brouhaha des marchandages, les doigts frôlant, caressant, estimant la valeur d'un cuir ou le tranchant d'une lame, les sens se bousculent et se contredisent et se perdent encore un peu plus.
Toutefois il est un guide qui dans ce capharnaüm étonnant vous tire et vous pousse plus violemment que tous les autres, de piquant en capiteux, de douceâtre en étourdissant, suivant le parfum des épices, le fumet des poissons grillés sur de vieilles broches rouillées qui accaparent l'odorat et étourdissent l'esprit.

Essaouira la belle, la fille oubliée d'un soldat portugais laissée là, sur les remparts de la ville sous le chien d'un canon. Elle a crié Essaouira, elle a tonné et versé des larmes de sang sur la crête des vagues, et aujourd'hui mère à son tour elle rit, danse et chante car elle a gagné finalement. Elle a pris sa revanche et elle jette son opulence bruyante à la figure des voyageurs au teint blême et blasé. Et elle hèle du haut des minarets ses enfants chahutant qui se cognent au soleil.

Rouge Essaouira, alors que les hommes n'ont plus de force et repoussent le soleil au creux des vagues légères du soir… Cet embrasement les fait fuir vers la fraîcheur des maisons de terre et de pierre où d'autres bras suent et travaillent pour eux. Alors le soir est le temps des femmes qui chez elles retirent leur masque de tissu et malaxent, frappent et roulent pour nourrir les hommes qui s'en reviennent, les mains plus rudes encore et le visage plus creusé qu'hier.
Fatiguée, piétinée, emplie de cette odeur de poisson grillé et d'épices qui glisse encore et encore entre les pierres des façades et les lanternes éteintes, Essaouira s'endort et le rouge fuit de nouveau, mais comme à regret, à pas feutrés devant ce bleu qui recouvre tout.

Bleue Essaouira, alors que le crépuscule cède à peine et que la nuit virevolte joyeusement au sommet des remparts comme pour se moquer des vagues mourantes sur le port.


Juillet 2006





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