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Manu


Auteur : Pok

Style : Scènes de vie







Seules… au monde elle et moi, soudain lorsqu'elle me dit bonjour et me sourit. Les rythmes sourds qui s'échappent de la boite de nuit, les groupes bruyants et étincelants qui s'extraient de leurs voitures, les potes qui se tapent dans le dos et s'offrent un dernier gobelet de vodka pomme qu'ils posent en équilibre sur le toit de la vieille R19 d'occaz ou de la dernière Ibiza prêtée par les parents, tout ça semble soudain aspiré derrière un rideau rose et flou, à peine mouvant. Un peu comme après 5 pétards ou alors comme dans les soaps américains, ceux où il est question de dynastie pétrolière ou de beauté et de gloire…

Bonjour… c'est con ce mot, ça veut rien dire, mais jamais un mot ne m'a fait autant d'effet… Je me retourne, et là je me retrouve nez à nez avec du bleu… Et c'est tout. Deux yeux bleus, immenses et magnifiques, tellement pétillants que je me demande sur le coup si on va pouvoir fêter le 15 juillet cette année vu que tous les feux d'artifices du monde se sont réfugiés ici. C'est con ce qu'on peut se dire dans ces moments là. Et puis je vois qu'elle a aussi une bouche, mais ça je finis par m'en rendre compte uniquement parce que ses lèvres bougent, ce qui attire mon attention. Manu. Hein, quoi ? Ah oui, Manu, salut, moi c'est Laure. Manu. C'est marrant, un nom de garçon ça. Va pas du tout avec ses yeux. Ni avec le reste d'ailleurs. De toute façon Manu ça peut aller à personne. Sûrement pour ça que ça lui va si bien. Finalement.

Même pas 5 min que je la connais, et déjà elle me fascine. Pourquoi ? Enfin, mes potes font la gueule, toujours pas fait la bise, voilà, hop, oui, 4 bises si tu veux, qu'est-ce que tu veux, je suis gourmand, ha ha ha, ça va, ma chérie, mon chou, la famille, les cours, ouais, c'est le week-end alors ça va, ha ha ha, on y va, on rentre ?
Queue, videurs, vestiaire, salle encore trop grande à cette heure-ci, traversée gênante et rapide de la piste vide, bar, champagne.
Attente. Ah ces mecs, ils diront ce qu'ils voudront, c'est eux les premiers aux toilettes, oui c'est bien vrai ça, ha ha ha.

On trinque ? qu'elle me fait. Prétexte ça, le coup du trinquage, pour me lancer son regard 14 juillet. Pourquoi d'ailleurs ? Ca l'amuse mon trouble soudain, mon rose aux joues, ma gorge sèche ? Aime rendre les filles jalouses de son charme, c'est ça. Normal, comprend, je ferai la même chose si j'avais son sex appeal.

Froide… sa main, qu'elle glisse dans la mienne pour que je l'accompagne aux toilettes. Les filles, ça va toujours par deux aux toilettes, c'est marrant, mais c'est une règle à laquelle peu d'entre nous osent déroger, on ne sait jamais ce qui pourrait arriver. (cette phrase doit toujours s'arrêter là, c'est traditionnel. Sûrement parce qu'il serait un exercice périlleux que de trouver des arguments valables justifiant la crainte d'aller seule aux chiottes…) Et puis il faut bien se tenir la porte. Au cas où on serait dans un établissement avec des chiottes à thème Moyen-Age, sans verrou aux portes. On sait jamais.

Bon voilà ; tiens, les autres sont au bar, ça y est.
Etonnés les potes, de nous voir nous entendre comme larrons en foire alors qu'on se connaît depuis 10 minutes seulement. Je proteste, m'insurge contre leur manque de foi en ma sociabilité, elle gueule pour nier leur vision étriquée de son caractère pourri, bref, encore plus étonnés les potes se retournent vers le bar en marmonnant des trucs qui ressemblent à « gonzesses, gnagnagna, tructruc, règles, blablabla, tous les mois pareil, hmhm, etc.. »
Je ne me suis jamais entendue avec les filles… Je ne sais pas, le courant ne passe pas. A part ma meilleure amie, qui me supporte depuis bientôt 7 ans, je suis le pote à nichons, toute la bande de copains me voit comme un presque mec, mis à part qu'ils coucheraient bien avec moi. Bon et là, en quelques minutes, je me suis fait une copine. C'est pas désagréable finalement. Et puis il y a quelque chose en elle.. quelque chose qui focalise la lumière sur elle, qui attire le regard et l'emprisonne, comme une plante carnivore, belle, fascinante et vénéneuse.

Très vite le premier verre est fini, alors comme d'hab. on va tous sur le podium s'agiter en riant sur des tubes du grenier, années 80 et autres. Mais on sait bien au fond qu'on attend qu'une chose : que la salle VIP ouvre, qu'on se pose avec un verre devant l'estrade des strip-teaseuses. Cris, hurlements, applaudissements, sifflets… Les mecs bavent, les filles cherchent les défauts cachés des danseuses, tout le monde s'amuse. A cette heure-ci, on est déjà bien avancés… Disons que tout ce qui est censé être droit paraît bizarrement courbe… Dont les grands escaliers qui redescendent vers la salle années 80. Descente de marches, quand on est dans un état un peu avancé on a presque l'impression d'être une vedette à Cannes. D'un côté c'est vrai que tout le monde regarde les gens qui descendent ces escaliers, va savoir pourquoi. Alors forcément, il faut tenir le rôle, garder la tête haute, et sourire aux beaux mecs.

Ce que je dis toujours c'est que dans la vie, rien n'est impossible, rien n'est vraiment un problème, tout est une question de compatibilité. Or descendre un escalier en jupe et talons, avec 2.5 g dans le sang et en suivant des yeux un homme en mouvement, ça pose un sérieux problème de compatibilité. Mais bon, j'ai enfin réussi à convaincre le videur de ne pas appeler les pompiers, mes potes de retourner danser, et j'essaie maintenant de persuader ma cheville de pondre ce putain d'œuf coincé là sur le côté.

Glaçons ! Ah, merci… Manu. Bon, en plus elle s'occupe de moi maintenant… et me masse tranquillement la cheville avec un glaçon. Tranquillement ! Non mais ça va pas, c'est mon talon d'Achille le coup du glaçon ! Ca me fait toujours un effet incroyable. Ma meilleure amie, c'est les oreilles, sucez un peu le lobe gauche et c'est parti pour l'orgasme, chacun son truc. Oh mon dieu, je crois qu'elle fait plus que me masser la cheville là… je sens ses doigts me caresser la jambe, remonter presque jusqu'au genou… plus aucun doute… mais quand même, je n'ose y croire… Alors je prend un glaçon moi aussi, et je fais mine de l'aider. Et nos mains se croisent, se frôlent, jouent à cache-cache autour de ma jambe, se découvrent, se caressent… Ca n'est que deux mains sur une cheville, mais c'est en même temps tellement érotique que mon souffle en est coupé. On ne se regarde pas, pour ne pas perdre la magie du moment. Mais nos deux têtes se touchent. Nous sommes collées l'une à l'autre, et je n'ose briser cette complicité tacite. Mais nous ne pouvons pas rester ainsi éternellement, il n'y a même plus de glaçon pour servir de prétexte à cette savoureuse caresse interdite. C'est qu'il fait une chaleur torride par ici… Et puis son mec commence à nous surveiller d'un peu trop près. Séparation, confirmation de ma copine : oui, ça se voit quand même que vous faites un peu plus que soigner cette cheville…
Ah. Mince. Gêne. Enfin, pas trop non plus, je suis bourrée, et en plus je m'en fous.

Salle Zouk. Pas facile de danser avec cette putain d'entorse, mais bon j'ai la pêche, je décide d'attendre le lendemain pour avoir mal.

Pressante… la main que je sens soudain autour de ma taille. Eh oui, encore elle. Elle veut danser le zouk. Avec moi. Je rêve. Comment je vais m'en sortir moi ? A cette heure-ci je ne suis même pas sûre que je ne me fasse pas des idées complètement abracadabrantes sur l'attitude de cette fille… Elle se rend compte ou pas ?

La réponse. Là, les doutes sont levés. Et pas qu'un peu. Frisson… quand elle se colle à moi, s'approche de mon oreille et souffle : « j'ai envie de toi ».
Que répondre ? Je ne sais pas, alors je l'embrasse. Ses lèvres sont douces et chaudes, et sa langue est curieuse. Elle n'y va pas de main morte. Je n'en peux plus. Et son copain qui est derrière, et qui penche la tête dans tous les sens entre les danseurs pour essayer de voir ce qu'on fait. Je lui glisse un « enfuyons-nous, vite ! » et nous voilà parties, slalomant entre les couples, de salle en salle en essayant de semer cet emmerdeur qui lui sert de godemiché.

La terrasse. Il fait chaud, dehors il n'y a personne, nous nous embrassons comme si notre vie en dépendait. Caresses, douceur, envie, hâte, peur, excitation… Les quelques personnes qui arrivent et nous fixent en appelant leurs potes ne nous dérangent même pas. Le mec qui s'assoie près de nous et nous demande s'il peut nous prendre en photo n'a comme réponse qu'un gémissement et des souffles rapides. Le pote qui arrive en catastrophe pour nous chuchoter que vite, le petit ami arrive, arrêtez ça, eh bien lui arrive à nous faire faire une pause. Et merde.

Il sait. Il a aperçu quelque chose. Il nous demande pourquoi des mecs veulent nous prendre en photo. On hausse les épaules genre aucune idée. Il faut avoir l'air de rien, mais impossible de nous empêcher de sourire comme deux idiotes. Si par mégarde nos regards se croisent, on rougit et on se mordille les lèvres avec une envie ostentatoire. Je les laisse, il y a une engueulade sur le feu. Et re-merde. Merde merde merde.

Et puis rien d'autre, fin de soirée tendue, tout le monde fait la gueule, elle, elle pleure de s'être fait pourrir par son copain, moi d'avoir foutu la merde, etc.
Jamais plus nous n'aurons entre nous cette explosion de désir. Mais je continue à rêver de cette soirée, et de ce qui aurait pu se passer si…

Je raconte ou pas ? J'hésite. Certaines choses doivent être gardées pour soi. Mais moi j'ai jamais trop su lesquelles…

Rêve…







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