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Le revenant


Auteur : Mathioveski

Style : Fantastique







Je n’en suis pas revenu, lorsque je l’ai vu. C’était par le temps gris d’un triste week-end de Toussaint que je suis venu le chercher à l’aéroport. Dix ans que l’on avait perdu contact, cette belle âme s’était évaporée de mon carnet d’adresse pour disparaitre outre-Atlantique.
La veille un coup de fil m’a réveillé en sursaut, à une heure indécente même pour un insomniaque. J’ai noté en bon somnambule ce que me dictait une voix caverneuse. Roissy Cherche De gaulle, Airbus 969. La tête dans l’endroit le plus sombre de mon corps, je n’ai pas vraiment compris ni qui ni pourquoi ni comment. Un avant-goût de néant qui m’a aspiré pour finir ma nuit au petit jour. Au réveil, ce n’était plus le matin, il fallait bien que j’y cours si je ne voulais pas lui posé un lapin. Lui qui n’était alors qu’un mystérieux inconnu que j’espérai reconnaitre au passage de la frontière.
 La provenance, la porte et le numéro de l’avion me suffirent amplement.
Même de loin je l’ai tout de suite reconnu, debout avec ses valises sur l’escalator. Ma première pensée fut qu’il avait mauvaise mine. Le visage pâle, les cheveux hirsutes et des vêtements plus que défraichis, même pour un type qui a passé la nuit dans un avion.
C’est à son approche, quand nous nous donnâmes l’accolade, que j’ai compris. Non il n’était pas porteur du virus Ébola ou d’une quelconque grippe aviaire, il était mort, ou plus exactement c’était un mort-vivant et il revenait d’outre-tombe par l’airbus de 19h34 en provenance de Chicago.
Sans doute vous demandez-vous à quoi reconnait-on un mort vivant ? Et comment peut-on le différencier d’un vivant en sursis ? C’est difficile à dire. En vérité c’est une impression d’ensemble. Bien sûre il y a le teint cadavérique, les vêtements déchirés et plein de terre, une odeur nauséabonde de chair en décompositions. Souvent aussi leur manquent- ils des organes, un œil en moins laissant une orbite vide, une lèvre inferieur déchirée nous offrant le désagréable spectacle d’une dentition imparfaite et de sa mâchoire déboitée au niveau de l’articulation. Mais ce  ne sont que des détails, qui aux final ne nous donnent pas là la certitude que nous n’avons pas à faire à un malade bel et bien vivant comme un lépreux par exemple. L’indice révélateur c’est leurs sens de l’humour douteux.
Tenez le mien par exemple, quand j’ai fini par lui donner cette accolade de bienvenue, après un moment d’hésitation je l’avoue, ma main c’est enfoncé dans ses côtes avec un bruit mou et gluant.  Non seulement cela ne l’a pas dérangé, mais il s’est mis à s’esclaffer d’un rire gras en se retournant vers ses comparses.
Eh oui ! En fait il n’était pas tout seul à revenir, ils étaient une bonne dizaine aux gueules décomposées, avec parfois une jambe ou un bras en pièces détachés, négligemment posées sur le chariot à bagage. Ceci aussi est un détail révélateur du mort-vivant, ils se déplacent généralement en bande et sans clochette (à l’inverse des lépreux). Mais sur le moment ma première pensée fut plus pragmatique : « Pourquoi ne m’a-t-il pas prévenu qu’il fallait que je loue un minibus, on ne rentrera jamais tous dans ma Renault cinq ?».
Alors j’ai pensé à la solution des pièces détachées. Et oui, les jambes ou les bras qui avait décidés de prendre leurs indépendances, avant une totale décomposition du reste du corps, pouvaient être entassés dans le coffre et encore permettre de caser sur le dessus un ou deux hommes troncs. Tout en faisant cela  j’ai décidé de baptisé ce petit jeu « Tetris zombie », je le ferais peut-être breveté un jour, car je suis persuadé qu’il a de l’avenir, notamment pour gagner de la place dans les hôpitaux. Pour en loger le plus possible sur la banquette arrière, j’ai intercalé le manchot avec le cul-de-jatte, l’unijambiste droit avec l’unijambiste gauche. Ainsi 4 individus réussissaient à tenir sur deux places réglementaires. Pour le reste, les rares mort vivants encore entier se tassèrent, laissant le siège avant, c'est-à-dire la place du mort, à mon ami invité privilégié, bénéficiant du confort d’étendre ses jambes décharnée tout en claquant de la mâchoire.
« Ah ah ! T’as vu où t’es assis ? »Lui dis-je en faisant un clin d’œil.
 « Tu sais quel nom on donne à cette place, rapport à ce qui arrive souvent au passager qui y sont assis, lors d’un accident ? » Ajoutais-je lourdement, tout en le poussant du coude, ce qui faillit lui casser une côte (c’est fragile ces petites choses-là), pour briser la glace et engager une conversation que nous n’avions pas eu depuis son débarquement.

« Aargh ! » me répondit-il, avant de refermer manuellement sa mâchoire, visiblement coincée.
« J’ai de l’huile dégrippante dans le coffre, à l’intérieur de la trousse à outil qui se trouve actuellement sous tes morceaux d’amis. »
« Si tu en as besoin surtout n’hésites pas… »
De peur de l’avoir vexé je changeais brusquement de conversation.
« Dis, tu ne m’avais pas prévenue que vous seriez aussi nombreux ? »
Face au silence gêné qui s’en suivi je préférais me concentrer sur la route et la question fatidique « Où allais-je les loger ? »
Déjà que ma femme n’aime pas quand je ramène des amis à l’improviste à la maison, mais là, dix, et avec quelle dégaine ? En même temps on ne peut pas dire qu’ils prennent de la place, rien que dans les placards du couloir, je suis sûre d’en caser la moitié.
D’ailleurs à peine sommes-nous arrivées à l’appartement, qu’elle a commencé à hurler. Le frigo était vide, je ne l’avais pas prévenue comme d’habitude…etc.

C’est là que je me suis posé une deuxième question fatidique, tout en les regardant claquer des mâchoires.
« Qu’est-ce que peut bien manger un zombie ? » A priori un mort-vivant ne devrait pas avoir à manger puisqu’il est mort, mais ce n’est pas ce qu’ils disent dans les films. A défaut de bonne cuisine, une cuisinière pourrait-elle faire l’affaire ? C’est vrai qu’elle est un peu chiant en ce moment…
Les enfants les ont par contre, tout de suite, très vite adoptés. Faut dire qu’entre la mode des « Monster High » et le come-back des artistes des années 70 ou 80, ils y étaient préparés. Tandis que la plus petite sautait sur les genoux de l’un d’entre eux, la plus grande jouait au docteur avec un autre, en tout bien tout honneur je tiens à le préciser. Elle se contentait de monter et démonter les bras, les jambes, en les repositionnant à volonté comme dans un jeu d’anatomie du docteur maboule.

Enfin peinard pour regarder le journal télé, cela faisait au moins 10 ans que ça ne m’était pas arrivé.
Il s’ouvrait d’ailleurs sur l’annonce d’une catastrophe. Un volcan au nom imprononçable venait d’entrer en éruption. Les fumées chargées de gaz et de poussières volatiles coupaient la circulation aérienne entre l’Europe et l’Amérique. Tous les vols étaient suspendues jusqu’à nouvel ordre un avion avait même disparu, un airbus en provenance de Chicago…

C’est le lendemain soir en rentrant du travail que j’ai réalisé que la cohabitation allait être difficile sur le long terme.
Primo ils n’ont pas été cherché mes filles à l’école ce que faisait ma femme habituellement. Bon, en même temps cela vaut peut-être mieux, je ne suis pas sûre qu’ils se soient fondus dans la masse des parents d’élèves sans dénoter un peu.
Secundo cela faisait au moins deux heures que les voisins cherchaient leur caniche « sushi ». Vous me direz pourquoi appeler son chien d’une telle façon ? Et je me demande bien quelle idée mes amis zombies ont-ils pu se faire de la cuisine japonaise ? Apparemment ils ont compris qu’il s’agissait de viande crue… et l’ont mangé à l’orientale, assis par terre à même le carrelage, sans nettoyé les restes par contre. Mon épouse était meilleur ménagère. Même si elle se plaignait elle aussi de ses rhumatismes, je la regretterais presque, si les zombies n’avaient pas l’énorme avantage d’être muet.

Je me suis donc décidé à faire un peu de ménage. J’ai rangé les quelques zombies qui trainaient au placard, puis j’ai attaché sagement mon ami, invité privilégié, sur une chaise. C’est qu’il commençait à m’agacer à me suivre tout en claquant de la mâchoire.  Là j’ai constaté qu’il m’en manquait quelques-uns, sans doute égayés dans la nature, puis je suis allé chercher mes filles à l’étude.
Sur le chemin  j’entends de nombreuses sirènes hurler dans le quartier, des hélicos survolaient la ville.
Les filles rentrent, prennent leurs douches, dinent et je m’installe tranquillement devant mon deuxième journal télévisé en 48h, ce qui constitue toujours mon record annuel, la télévision ayant cessé d’émettre depuis ce jour.
Il s’ouvrait sur un reportage évoquant les élections municipales, le FN caracole en tête, pas  moins de quinze villes tombent dans les mains de se vieux parti d’extrême droite. Comme quoi le retour de nos vieux démons, n’est pas seulement un scénario pour de mauvaise fiction américaine ou des nouvellistes en mal d’inspiration. Puis le présentateur vedette apparait sa moumoute légèrement de travers : «  un évènement exceptionnel nous conduit à interrompre le cours de ce journal, trois avions en provenance des Etats-Unis auraient réussis à franchir ce que l’on appelle désormais « la ligne de cendre » provoqué par ce fameux volcan au nom imprononçable. Ils viennent d’atterrir à Roissy. En direct de l’aéroport Charles de Gaulle notre correspondant.»
« Ici c’est la panique la plus complète, les pompiers, la gendarmerie et les services sanitaires sont sur le pied de guerre. Les nouveaux arrivants sont pour le moins peu orthodoxes, à peine débarqués, ils se sont attaqués au petit personnel de l’aéroport (les autres couraient plus vite) à grand coup de mâchoires, les victimes sont innombrables et immédiatement contaminés par ce qui semble être un virus comparable à la rage. Ils se mettent à mordre aussi sec leurs prochains, le teint blafard la bave aux lèvres… »
Le pauvre eu à peine le temps de finir sa phrase qu’il fut happé par trente-deux dents voraces dans un jaillissement d’hémoglobine…
Tout en me levant du canapé je criais « Les filles je crois qu’il est temps de partir en week-end à la montagne. »
« Mais papa ce n’est pas les vacances et il fait nuit… »
« Ne vous inquiétez pas, à mon avis l’académie scolaire ne nous en fera pas le reproche, avec l’épidémie de décérébration qui se prépare, l’excuse est toute trouvée. Et puis je connais un joli blockhaus perché sur un pic rocheux, entouré de barbelés. L’Idéale pour un weekend prolongé où l’on se détend les nerfs en butant des zombies à la kalachnikov. »







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