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Le noble plaisir de découvrir le monde


Auteur : BAKKAR Amel

Style : Réflexion







Je remorque ma plume pour transporter mon carnet de voyages dans les délices sublimes de mes dernières vacances. Toutes les images figées et mémorisées vont maintenant s’imprimer délicatement sur le papier.

Pékin, Moscou, Tan Tan : le désert. L’odeur de l’orient approche.
Mon corps inerte s’éveille à la chaleur du soleil majestueux.
Les danseuses shéraziennes me nourrissent abondamment, m’hypnotisent et me relient à la terre. Thé à la menthe, desserts fondants réveillent mes pulsions animales.
Le poids d’une goutte d’eau vient subitement réveiller le sol endormi et me rappeler la soif inassouvie qui m’a embarquée dans la sphère du délire.
Je me réveille. Un mirage.

Mongolie, Chamonix ; le déluge.
Les regards suspendus à la glace apprennent à se conjuguer aux bâtons de skis et montagnes enneigées. L’air glacial vient se congeler facilement sur mon visage.
La Tartiflette emmitouflée se blottit tendrement dans mon ventre affamé.
La chaleur des couvertures chauffantes, l’odeur légère de l’aligot et la saveur fumée du feu de bois m’emportent.
Des pas de souliers endormis viennent me guider au paradis des rêves. Yaks et brebis se préparent à dormir. Yourtes et chalets m’ouvrent leur cœur pour m’enfanter dans un sommeil plus que chaleureux.
Je m’endors.

Guangxi, Piana ; Viva la nature.
Un panaché de cascades géantes rafraîchit mon corps desséché. Les oiseaux aux voies enchanteresses chantonnent. Mes oreilles, conditionnées par les bruits pollués de la ville, se débrident.
Le paysage verdoyant anesthésie mon regard attristé pour offrir un regard enfantin. La forêt subtropicale m’oxygène, m’offre une deuxième naissance.
Les rochers déploient leurs ailes pour me livrer une beauté montagneuse.
On s’y aventure, on l’escalade. Arrivé au sommet, on en domine le monde.
L’air pur traverse chaque membre, chaque pore, chaque parcelle infime du corps et la nettoie.
Je me sens entièrement épuré.

Il fait beau. Il fait chaud. Un besoin immédiat d’enlacer, d’aimer m’envahit.
Je suis prêt. Je m’amuse alors à butiner chaque bouche désirée, et me laisse surprendre par l’amour de vacances.
Hier, rencontres chaudes dans le désert. Aujourd’hui, rencontres fraîches en promesse.
Le goût fruité du baiser se représente. On s’était perdu depuis un an.
Brunes, blondes dominant les plages de leurs poitrines plongeantes offrent leurs cuisses chaudes pour officialiser un contact possible.

Les rencontres se succèdent : Lina, brésilienne, aux seins bombés qui pourraient vous servir d’oreiller…, Sarah, Marocaine, me fait découvrir les plaisirs inassouvis du lit…Hélène, Française, me rassure et me révèle que je suis l’amant rêvé.
Je grave dans ma mémoire ses douceurs et moments partagés avec ses douces créatures connues pour une nuit dans un bar ou dans un lit.
Click !
Que de saveurs, d’émotions vécues. J’en garde un délicieux souvenir jusqu’à la prochaine découverte de sens et d’odeurs : le but de mes voyages.

Maintenant, il est temps que je redevienne un ours.
Mes paupières reposées s’éteignent progressivement. Corps posé, âme libérée vont demain s’éclipser pour un retour à la quotidienneté.

Lundi Matin.
Tic, Tac, Tic, Tac.
Je baille tout en jetant un œil furtif sur la pendule. Il est sept heures.
À moitié endormi, je me laisse guider par les pieds qui se souviennent du trajet à suivre pour découvrir la cuisine.
Elle m’attend. Deux longs mois qu’elle ne m’a pas vu. Hier soir, je lui ai rendu visite pour voir si elle étais toujours présente. Aujourd’hui immobile, elle n’attend qu’une chose : que je vienne l’embrasser, la caresser.
Efficace comme elle est, elle a déjà tout préparé. Je n’ai plus qu’à tendre les bras et saisir le café aromatisé. Ma cafetière, ma chère cafetière, je ne la remplacerais pour rien au monde. Je l’adore.

Assis, je déplie curieusement le journal du jour pour revenir à la vie urbaine, au monde sans espoir. Le silence s’est installé, ou presque.
Tic, Tac, Tic, Tac. Les aiguilles de l’horloge indiquent sept heures trente. Elles n’arrêtent pas de s’exciter dans un bruit finement programmé, sans comprendre.

Bon, il est l’heure que j’aille visiter ma salle de bains, et sortir un de ses costumes abandonnés. Il faut vite qu’on s’habitue, qu’on se familiarise.
Eh, oui ! Je suis contraint et forcé à porter des tenues officielles pour me préparer psychologiquement à devenir un Best Commercial.
Papa a insisté pour que je rentre dans le moule assez tôt. En échange, il paye le loyer de cet appartement qui donne vu sur la Tour Eiffel, depuis bientôt 3 ans.

Huit heures. Je me suis réhabitué à mon intimité, à mon chez moi. Il est temps de retourner au lycée, revoir mes amis et tomber dans la routine.
Le métro et ses odeurs puantes. J’avais oublié. La tête inanimée des passagers me rappelle que je suis déjà entrain de tremper dans le bain du stress parisien.

Tous lobotomisés : ils ne portent aucun sourire, aucun soupir. Pas une rencontre est possible, pas un seul pêt est autorisé à sortir. Tous ces gens s’empêchent de respirer. Mes yeux ne sont plus ouverts sur le monde mais sur un microcosme envahi d’esprits inhabités.
Je me suis nourri de belles images, de voyages. Eux, ce sont pourris de Loft Story : une branche du bouquet des débilités télévisées. Les médias les empêchent ainsi de penser pour mieux les manipuler.

La sonnerie retentit. Arrêt Station Châtelet. Il est huit heures trente. Je descends de la rame pour me diriger vers l’entrée du Lycée Rimbaud.
J’observe, puis je pense. Je vole chaque pensée désespérée des passants qui pressent le pas.

J’aimerais les éclairer. Si je pouvais m’adresser à l’un deux, je lui dirais :

Bonjour, Monsieur. J’aimerais partager une pensée avec vous, vous qui êtes télécommandé par la monotonie, vous qui travaillez pour alimenter l’état, qui engraissez la misère du désir en consommant des crédits mirobolants, vous qui travaillez pour vous médicaliser, vous psychanalyser : Profitez de votre temps libre, échangez et Voyagez.
Voyagez pour vous rajeunir et savourer la beauté pure du monde. Voyagez pour vivre l’euphorie perpétuelle et vibrer dans les obstacles surmontables de la vie.
Faites que chaque moment soit unique, pour qu’un jour en arrivant au ciel, vous puissiez vous retourner sans regret.

Lui, hébété, me regarderait surpris. De son regard réfléchi, il me dirait qu’il ne se rendra pas au travail aujourd’hui. Il décidera enfin de ne plus être esclave de la vie et d’en devenir acteur. Il aura enfin le courage d’appeler son patron, de lui dire non. Sa priorité deviendra vacances. Il évitera ainsi une dépression ou pire : un suicide. Et moi, j’aurai sauvé une vie.

La cloche sonne. Les portes s’ouvrent.
Mon esprit se ferme. J’entends une voix familière qui m’appelle : «Jules».
Kyoto, Chamonix, Guangxi, Kilimandjaro….Un jour, je ferais le tour du monde….
Je retrouve mes camarades. On partage une dernière fois nos souvenirs de vacances en attendant les premiers cours.
Les plus beaux voyages restent à venir.







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