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Calvitie


Auteur : BOUMAZA Abdelwahab

Style : Scènes de vie







« Tu perds tes tuiles, Azouz.
- Oui, j’ai un grand problème. J’ai vu plusieurs dermatologues, j’ai pris moult médicaments, potions, lotions et autres champoings, en vain. J’ai même été amené, comme beaucoup d’autres, à colorer mes cheveux avec du henné, peine perdue.
- Tout un programme…
- Et surtout toute une littérature… »
Rachid se met à parler à son ami Sadek de ce qu’il a lu sur Internet, du cycle de vie des cheveux, de la chute de cheveux classique chez l’homme, de celle pouvant aussi toucher les hommes plus jeunes et les femmes, du déclenchement de la calvitie dans la vie d'un homme ou d'une femme qui dépend de la sensibilité de son cuir chevelu aux hormones mâles circulant dans le sang, de cette sensibilité qui est déterminée génétiquement…
« Avec le crâne dégarni, on est foutus !
- Je ne vois pas la chose comme ça, moi. C’est dans l’ordre des choses.
- C’est vrai, mais quand on est coquet, on avalise difficilement la chose…
- Pourquoi, tu l’es, toi ? On perd le toupet, c’est rien. Tu peux faire comme certains, tu le remplaces avec des lunettes de soleil, enfin, tu mets des lunettes de soleil sur le sommet du crâne…Sinon, tu laisses s’allonger tes cheveux temporaux puis tu en ramènes des mèches sur l’autre côté, à la Bouteflika…
- On doit faire, dans ce cas, attention à la direction du vent…
- Oui, mais tu peux retenir ces mèches avec de la gomina, enfin du gel comme les jeunes ou à défaut carrément de la colle forte…
- C’est une idée…
- T’as qu’à faire une transplantation capillaire…
- Brrr, quelle horreur, comme une poupée, tu veux dire…
- Une transplantation à la Berlusconi, si tu as de l’argent.
- De l’argent…
- Drôle, tout ça est drôle. Vienne la chute de cheveux, et l’homme est dans tous ses états, perturbé, anxieux même. A mon avis, chacun a ou vit la calvitie qu’il mérite.
- Toi, tu parles ainsi, parce que tu n’es pas concerné, vieux loup !
- C’est pas vrai, regarde, j’ai les tempes dégarnies, un début de tonsure qui pointe du nez, mais, je ne m’y fais pas. Je préfère vivre en profondeur, et non effleurer la vie en m’occupant de choses oiseuses. »
Azouz, reluquant une jeune fille ayant la crinière au vent, dit :
« Les femmes chez nous ont de la chance, enfin, la plupart d’entre elles ou la quasi-totalité cachent leurs cheveux sous un foulard…
-  Oui, puisque côté femmes, il n’y a plus de cheveux au vent, alors, côté hommes, avec ou sans calotte, que celle-ci soit une tignasse ou une perruque ou de cuir ou de tissu, quelle différence il y a. Cependant, si on n’a pas perdu nos traditions vestimentaires en les délaissant pour faire comme les Occidentaux, il n’y aurait pas de problème quant à la perte de cheveux ; je voudrais dire que si on portait comme nos parents ou grands-parents, le turban, qu’on ait ou pas des cheveux, y aurait pas de complexe, puisque le couvre-chef fait office… de toiture ! Beaucoup de peuples en portent toujours, je pense aux Sikhs, et encore, ils cachent de très longs et beaux cheveux !... Mais bon, moi, je crois à la science, un jour viendra, et on empêchera les poils de mourir avant la personne…»
Un jour, Sadek lui parlera d’un marabout, qui passe pour un maître du traitement de la calvitie et qui fait des merveilles. Si El Hadj Hama, qui peut réciter le Coran en long, en large et même en diagonale, vous fait une amulette, que vous mettez sous l’oreiller, et, comme par enchantement, quelques jours plus tard, voilà le toupet qui refait surface comme les épines du figuier de Barbarie !
Azouz ne tarde pas à aller le voir. Et il en sera comme exactement Sadek lui a dit.
« Maintenant, écoute bien, lui dit le marabout, ce que je vais te dire, car c’est important, l’amulette ne pourra rien, si tu ne prends pas en considération ce que je vais te dire. Oui, voilà, il faut oublier ta calvitie, ne pense qu’au travail. Occupe-toi plus de ton travail que de ta calvitie, et au bout d’un certain temps, tu remarqueras que tes cheveux repousseront d’une manière prodigieuse. »
Azouz se fera violence de suivre ces recommandations à la lettre. Vrai, au début, de temps en temps, il pense un peu, malgré lui, à sa calvitie, puis, absorbé par son travail, il est arrivé à ne plus y faire attention, d’ailleurs, le matin avant de sortir, il ne se regarde plus dans la glace. Désormais son souci majeur, son unique préoccupation, c’est le travail ; il abat de la besogne comme pas un ; à peine relève-t-il la tête de la paperasse, qu’il s’y replonge avec passion, dirait-on. Il ne quitte plus son bureau comme avant pour aller aux toilettes et se regarder dans la glace tout en suivant l’inéluctable progression de sa calvitie. Tellement il travaille, il a bénéficié d’une promotion, et ses affaires marchent bien, très bien. Il en est tout heureux.
Un jour, en se lavant le visage, il passe sa main sur le front, et il sent quelque chose le piquer, fébrilement, il se tâte le sommet du crâne, Il le regarde, quoi ? Oh, des cheveux qui repoussent!...







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