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Les sources chaudes


Auteur : BOKAY Jean-Jacques

Style : Scènes de vie





Laure marchait d’un bon pas sur le petit chemin qui mène au lac. A droite, une large haie d’arbustes recouverts de ronces et de lierres servait de refuge à une multitude d’oiseaux. A gauche, une forêt de sapins épaisse et sombre dont les longues branches s’avançaient sur le chemin. Arrivée au lac, Laure chaussa ses patins et se dirigea vers l’unique îlot qui émergeait au centre du lac. Sur cette île, une vieille cabane laissée à l’abandon était le centre de ralliement des patineurs qui avaient coutume d’y déposer leurs affaires et venaient s’y abriter lorsque le vent devenait insupportable. Laure déposa son sac qui contenait divers objets dont une petite collation et une dose de jus de fruit. Elle vérifia une dernière fois la bonne fixation de ses patins, boutonna son anorak jusqu’en haut et s’élança sur le lac. Ses patins projetaient de fines particules gelées arrachées à la glace. Laure aimait plus que tout cet univers de glace, ce vent cinglant qui vous transperce le visage, ce silence si fort qu’il en devient inquiétant. C’était son univers.
C’était à chaque fois la même chose, après vingt minutes de patinage, Laure avait trop chaud. Elle s’arrêta pour desserrer son col et donner plus d’aisance à son cou. Elle descendit la fermeture éclair de son anorak, mais celle-ci se coinça dans son cache nez en remontant. Elle tira fortement, mais rien n’y fit, la fermeture restait bloquée. Laure décida de se rendre à la cabane, elle y serait au moins à l’abri du vent. Comme cette maudite fermeture résistait toujours, elle enleva son anorak à la façon d’un pull-over, le posa sur la table en bois et ainsi eut plus d’aisance pour la décoincer. Elle profita de cet arrêt pour manger une barre de céréales et ouvrir une boite de soda. Elle écarta la chaise de la table pour se relever et tourna instinctivement la tête en direction de l’unique petite fenêtre.
C’est alors qu’elle poussa un cri qui raisonna dans la cabane. Son corps se raidi de tous ses membres et les battements de cœur s’accélérèrent. Elle avait vu une tête par l’unique petite fenêtre, une tête d’homme ! Il la regardait, il l’épiait. Pris de panique, Laure se précipita vers la porte, l’ouvrit d’un geste vif et, ses patins aux pieds, elle franchit les quelques mètres de terre ferme et s’élança sur le lac. L’homme, surpris de ce départ précipité mit quelques instants à réagir puis cria dans la direction de Laure :
— Mais revient ! Pourquoi tu te sauves ainsi, je t’ai fait peur ?
Laure ne répondit pas, elle utilisait toutes ses forces pour mettre une distance entre cet homme et elle. Il n’avait peut-être pas de mauvaises intentions, mais ce comportement, cette façon d’épier avait quelque chose extrêmement désagréable et déplaisant, elle avait toujours en tête le soir où un inconnu l’avait importuné. Ce jour-là, il n’y avait aucun patineur sur le lac, elle était seule et elle avait eu très peur!
— Mais attend, dit l’homme, je veux te parler !
Et il se lança à la poursuite de Laure dans de larges mouvements, bien appliqués. L’homme était jeune, peut-être un jeune homme ? Il patinait de façon remarquable et semblait même plus rapide que Laure. Il réduisait la distance et criait d’un ton sec :
— Mais arrête-toi ! Je veux te parler !
Et l’homme gagnait toujours du terrain, la distance les séparant s’était réduite à une cinquantaine de mètres. Laure patinait de toutes ses forces, mais rien n’y faisait, l’homme se rapprochait.
C’est à ce moment que Laure eut l’idée des sources chaudes. Tous les habitants de la région savaient que ces sources sont un véritable piège mortel pour la personne qui ignore leur emplacement. A cet endroit, la couche de glace n’a que de quelques centimètres. Le risque est signalé par un cercle de pneus usagés et un poteau surmonté d’un drapeau rouge avertit du danger. En fait, il n’y avait jamais eu d’accident de personne et seules des noyades d’animaux étaient à déplorer. Laure fonça droit en direction des sources, l’homme la suivait. Elle passa le plus près possible de la zone dangereuse puis bifurqua brusquement à angle droit. Pour la rattraper, l’homme coupa au court en passant par le centre des sources, mais sous son poids la fine couche de glace céda et l’homme s’enfonça dans un bruit effrayant. Laure s’arrêta et se retourna brusquement.
— Laure ! Laure ! Au secours ! Au secours ! Me laisse pas, faut que je te dise que tu … L’homme ne put terminer sa phrase et s’enfonça dans l’eau glacée du lac.
Laure sentit une immense panique l’envahir, certes elle avait échappé à son poursuivant, mais les conséquences de sa décision prenaient une dimension tragique, monstrueuse. Pouvait-elle humainement regarder cet homme s’enfoncer dans l’eau glacée ! Le regarder se noyer sans réagir ? Représentait-il encore un danger pour elle ? Laure se saisit d’un des pneus et le lança en direction de l’homme qui se débattait dans l’eau. Le pneu termina sa course à deux mètres de lui et il tenta désespérément de s’en saisir. Laure se dirigea vers un autre pneu et le lança également dans la même direction. L’envoie fut plus précis, l’homme s’en saisir et réussit à maintenir sa tête hors de l’eau.
— Va chercher du secours ! Vite, je gèle ! Vite ! Dit l’homme en rassemblant ses forces. Laure courut jusqu’à la cabane où se trouvait son portable, elle composa le numéro des urgences. Batterie trop faible, presque à plat ! Laure ne voyait plus qu’une solution, courir jusqu’à la première maison. Elle ne prit même pas le temps de déchausser ses patins, elle se sentait capable de courir quelques centaines de mètres patins aux pieds. Epuisée, elle arriva à la première maison. Il y avait quelqu’un.
Laure retourna au lac, patina jusqu’aux sources chaudes. Tout semblait calme, presque serein ! Mais ce calme était une torture, il signifiait que l’homme n’avait pu survivre dans l’eau glacée. Pas une seule petite bulle d’air qui atteste de la présence d’un corps sous l’eau! C’est horrible qu’une vie s’achève ainsi, aussi calmement sans laisser la moindre trace ! Au loin, en entendit le bruit des sirènes. Enfin, les secours. Bien que la glace fût très épaisse, les véhicules de secours restèrent sur le bord du lac. Laure expliqua ce qui était arrivé, les hommes fixèrent le trou, une fine couche de glace se reformait déjà.
— Il n’y a plus grand chose à faire, mademoiselle, dit un des hommes. On va explorer le fond du lac, mais ce n’est même pas certain que l’on retrouve son corps. Ce lac est connu pour son épaisse couche de vase.
Deux plongeurs se relayèrent jusqu’à la nuit mais sans succès.
Les gendarmes venus sur place demandèrent à Laure de passer à la gendarmerie le lendemain. C’était logique, elle était la seule témoin de l’événement.





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