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La complainte de l'écume


Auteur : BENKIRANE Kamal

Style : Drame




La mère d'Abdallah vieillit, la misère l'a raidie, elle n'en peut plus de son travail de ménagère journalière. Elle attend de voir ses multiples sacrifices couronnés par le voyage de son fils et son prodigieux retour qui la fera délivrer de ses souffrances. Elle ne cesse d'attendre sa lettre et le facteur la rassure à chaque fois qu'il passe. Elle pleure souvent et s'épanche sur Rachid l'ami de son fils qui lui rend souvent visite. Son cœur n'est pas serein, elle s'inquiète que Abdallah ne sait pas nager. Elle sait que rien n'est évident au bord d'une patèra d'une vingtaine de personnes, elle sait aussi que même devant l'échiquier de la chance, la mer a toujours des mailles de ténèbres qui emprisonnent pour la vie.

Le temps passe, passe et Rachid attend aussi, lui, il est resté au pays parce qu'il doit continuer ses études, avoir sa licence, travailler ou attendre de travailler, probablement son tour viendra où il pensera lui aussi à l'Italie si ce n'est pas l'Amérique puisque c'est le contre-courant des choses qui fait penser aux obligations de la vie, il pense à son ami d'enfance comme il pense aux souvenirs de jeunesse qu'il ne retrouve plus, il espère voir leur amitié unissant d'un superbe élan leurs rêves au grand soleil du jour.
Abdallah est parti.il a pensé faire son temps en défiant l'usure du temps. Il s'est sacrifié pour tout le monde surtout pour sa mère et aussi pour Fatima la "midinette", son idylle à lui. Elle est prête à tout Fatima, elle n'a pas le choix, elle en a assez de travailler dans les usines de confection et de déjeuner chaque jour au "bocadillo" le plus proche. Elle attend la belle voiture que Abdallah va ramener de l'Italie, elle a le droit de rêver de mariage, d'argent et des fontaines de Venise.

Abdallah a voulu assumer son destin, vivre le jour du grand retour et de la félicité, là où l'illusion échangera ses hardes contre le velours capitonné de la patrie. Mais la mer a une écume qui ne décode pas le langage des rêves. L’écume a une fois de plus passementé les habits d'un naufragé d'une eau inodore et grandiloquente.
Dans la télévision, on parle d'un parti politique qui s'est rendu dans les lieux pour se recueillir sur les naufragés. Dans les cafés, on dénonce sur les côtes le commerce odieux des masses humaines par une horde de malfaiteurs que tout le monde continue d'ignorer, on discute sur la nécessité d'un partenariat avec les autorités européennes ou la dignité du pays doit être mise en exergue. Dans les quartiers populaires, tout le monde parle de sa verve à "brûler" en clandestin, brûler le désespoir pour la délivrance. Brûler l'amour patrie et la souffrance pour un peu de dignité. À force d'attendre, la mort est devenue dans la tête de chacun un pion qui joue avec le hasard partie d'échec.

Le facteur ne passe toujours pas et la mère d'Abdallah ne tient plus, elle a une hypertension artérielle, c'est un bienfaisant qui s'occupe des frais de l'hospitalisation. Rachid et Fatima décident d'aller à Tanger pour s'enquérir auprès du courtier qui a engagé Abdallah dans son bateau. Là-bas, les gens ne veulent ni reconnaître les noms ni les lieux. On ne veut plus parler des portés disparus dans la mer puisqu'ils sont légion et ont tendance à partir beaucoup ces derniers temps sans plus jamais revenir. Là-bas, on dit que la méditerranée a tellement d'interstices destinés à héberger les aventuriers de la mer et les passionnés du nouveau monde, et ne pas reconnaître le propriétaire du bateau de la traversée n'est rien vis à vis du fait d'aller se recueillir sur sa tombe.





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