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Fortune et illusions


Auteur : BOKAY Jean-Jacques

Style : Action





Ce jeudi matin, un jour comme les autres, il se rend à la plage. Le ciel est gris en cette fin septembre et un léger crachin donne une note automnale à l'immense plage. La mer est pratiquement absente, elle s'est reculée très loin, laissant une multitude de petites mares peu profondes dont le fond est tapissé de coquillages. Les yeux vissés sur le précieux butin, Appolinaire choisit et ramasse les plus belles. La position courbée lui fait mal au dos, il se redresse et balaie la plage d'un mouvement de tête. Soudain, une masse noire, posée sur le sable, attire son regard. Il s'en approche: "Bon sang, mais c'est une valise"! Se dit-il. Une valise noire! Pas une valise de voyage, non! Une petite valise comme celles qu’utilisent les hommes d'affaires et que l'on appelle "attaché case".

Il essaie de l'ouvrir, mais la petite serrure résiste! " Toi je t'aurai à la maison"! Dit-il, puis il regarde son seau:" Bah! Ca me suffit pour un repas, faut que je voie ce que cette valise renferme".

Il remonte la plage d'une traite, serrant bien la valise contre son corps, emprunte de petites rues pour éviter toute rencontre curieuse et rentre chez lui. Sa maison est située un peu à l'écart de la ville, c'est une vieille bâtisse au crépi blanc et écaillé avec un petit jardin sur le devant. Les fenêtres et volets sont peints de couleur bleu. Appolinaire referme la porte à clef, rapproche la table de la fenêtre et pose délicatement la valise dessus.

 

Il examine la fermeture et essaie de l'ouvrir à l'aide d'une petite clef passe partout, puis d'un ciseau pointu. Mais rien n'y fait, elle résiste, alors il emploie la manière forte; de grosses tenailles aux mâchoires coupantes qui sectionnent net la serrure récalcitrante. Anxieux et impatiens, Appolinaire soulève le dessus de la valise: "Bon dieu, des billets"! Ce qu'il voit dépasse l'imagination, son cœur s'emballe, sa respiration marque un temps d'arrêt et ses gros yeux globuleux s'arrondissent: La valise est pleine de billets de banque! Des dollars en plus! Jamais Appolinaire n'a vu autant d'argent.

Il jette un coup d’œil rapide par la fenêtre au cas où quelqu'un le regarderait; on ne sait jamais? Non, personne, mais par précaution, il décide de fermer ses volets, "compter tout cet argent va me prendre du temps et je ne veux pas être dérangé" se dit-il. Tant pis j'allumerai la lumière, pour une fois!

Il s'assoit à la table, d'un geste rapide et sec il pousse les divers objets qui l'encombrent et sort la première liasse de la valise. Il commence à compter. "Je vais faire des tas de dix", se dit-il. Il mouille bien ses doigts tous les deux ou trois billets, au cas où certains seraient collés. Mais bientôt la table est remplie de petits tas de dix, alors il va chercher une grande planche, la pose à cheval entre la table et l'évier, mais celle-ci est rapidement recouverte de billets à son tour. Il reste encore deux grosses liasses à compter, mais il ne sait où aligner tous ces paquets de dix? Il les mettrait bien à terre, mais cela ne se fait pas, mettre des billets à même le sol!

Une idée lui vient: il prend dix paquets de dix et en fait un paquet de cent. Cela revient au même pour tout le monde, mais pas pour Appolinaire, ainsi réunis en grosses piles de cent, il a l'impression d'avoir moins d'argent. Le bonheur qu'il ressent à la vue et surtout au touché de tous ces billets est d'une telle intensité qu'il en oubli même de manger. Le soir tombe et Appolinaire n'a pas encore compté tous ses billets, mais pas question de laisser tout cet argent ainsi sur la table, toute la nuit! Alors, il les remet tous dans la valise, la referme solidement à l'aide d'une grosse ficelle et la place dans son lit, juste sous son oreiller.


Le lendemain, Appolinaire se lève tôt. Il a de l'ouvrage! Il doit recompter tous ses billets, faire une évaluation de sa fortune et être certain de la somme. A midi, c'est chose faite, il a compté 99859 dollars. "Dommage que je n'atteigne pas les 100000," se dit-il, dommage!

Il a remis les billets dans la valise, a posé celle-ci sur la table, ouverte bien sûr, et contemple son trésor. Son imagination n'a jamais été aussi fertile qu'aujourd'hui, il imagine ce qu'il pourrait faire avec cette somme.

En premier, lui vient l'idée d'acheter de la terre. " Avec la terre, pas de risque, se dit-il, ça ne s’abîme pas, ça ne brûle pas et ça garde toujours sa valeur. Oui, mais j'aurai plus mon argent", et il tend sa main, soulève un billet d'une liasse et le froisse légèrement. Il jouit du doux contact de ses doigts avec le précieux papier. " Ou alors, je le mets à la banque", se dit-il. Mais il se ravise, Appolinaire n'a jamais eu confiance aux banques. "Tous des voleurs"! Avait-il coutume de dire. "Et si j'achetais une maison? Je pourrais la louer, ça me rapporterait". Mais le problème, c'est le notaire! " Je ne vais quand même pas donner une partie de mon argent à un notaire! Ah non! Ca pas question!

Appolinaire a choisi, il gardera son argent chez lui, avec lui. "Comme cela, dit-il si un jour j'en ai besoin, je l'aurai". A présent, il lui faut trouver une cachette, pensez donc une somme pareille, et si quelqu'un se doutait...Finalement, il se détermine pour le grenier. Il place la valise en dessous d'une pile de vieux vêtement de marin et quitte sa maison, le seau en plastic d'une main, une petite fourche de l'autre. Les coques sont belles et nombreuses, mais Appolinaire a son esprit ailleurs, à la maison dans son grenier.

Subitement, un sentiment de panique l'envahit: "et si sa maison brûlait? La valise ne résisterait pas et à dieu les dollars! Et si des rats ou des souris attaquaient la valise avec leurs dents! Non, se dit-il, je ne suis pas prudent, je dois garder ma valise avec moi! C'est plus sûr"!


Depuis plus d'un mois maintenant, Appolinaire emmène sa valise partout où il va. Pour ne pas éveiller les soupçons, il la met dans un sac de plastic aux poignées solides. Et même pour aller ramasser ses coques! "Il faut être prudent de nos jours", dit-il.


Ce vendredi, il fait froid, Appolinaire se rend sur la plage, il faut bien manger! La mer remonte, vite, mais son seau n'est pas plein. Comme il est seul à des centaines de mètres à la ronde, il a posé son sac plastique contenant la valise sur le sable. Soudain, il pousse un cri: "un porte-monnaie"! Il est ouvert et des pièces sont éparpillées sur le sable. Il se met à genoux et commence la précieuse récolte. Elles sont dispersées sur plusieurs mètres carrés et, pas question d'en laisser!

Tout son esprit accaparé par cette extraordinaire trouvaille, Appolinaire perd la notion du temps. Lorsqu'il se rend compte que l’eau lui arrive aux chevilles, il pense à sa valise et tourne la tête dans sa direction.

Diable! Elle n'y est plus! Le sac plastique nage à la surface de l'eau, mais la valise a disparu, emportée par le courant de la marée montante. Affolé, il court à droite, puis à gauche, puis devant, mais aucune trace de la valise. Pendant ce temps, la mer monte toujours et l'oblige à reculer. Il a de l'eau jusqu'à la ceinture, mais il ne renonce pas, ses yeux scrutent inlassablement le mouvement des vagues dans l'espoir de la voir flotter. La mer monte encore, mais Appolinaire ne renonce pas, il reste là, ses yeux balayant la mer sans cesse. Puis, la nuit tombe, on y voit plus rien, Appolinaire, se résigne et rentre.

Découragé et en colère contre lui-même, il ne dort pas de la nuit, il ne pense qu'à ses billets, il les imagine, il les voit, là, devant lui! Appolinaire va-t-il se résigner? Non, chaque jour il se lève tôt et arpente la plage de long en large jusqu'à la nuit tombée...à la recherche de sa valise.

Et il recommence le lendemain, et tous les jours suivants.


Appolinaire ne lit pas le journal, pensez? À ce prix. C'est pourtant dommage car il aurait pu lire ceci dans le journal local, trois jours après la disparition de sa valise:





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