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Au bout de nulle part


Auteur : DOUCET Danielle

Style : Vécu




Je tournais et retournais le livre que je venais de retrouver dans un placard, ce livre oublié dormait là, sagement depuis un peu plus de trois ans, en attendant d'être lu ; Ce n'est d'ailleurs qu'à cet instant que je pris connaissance du titre : il s'agissait d'un livre de Jim Harrison " LES JEUX DE LA NUIT" de la collection " j'ai lu ".

A l'instant même où je le pris dans mes mains, ma mémoire me transporta quelques années en arrière...

Je rentrais d'un séjour à Paris et en gare de Montpellier je remarquais cet homme immédiatement...

Comme à mon habitude, j'observais ce qui se passait autour de moi, car lire dans le train est pour moi impossible. Je préfère imaginer ce qu'est la vie des gens que je croise l'espace d'un voyage ...

Il était grand, la soixantaine, une distinction naturelle et plutôt bel homme, un pull rouge et ce qui me frappa particulièrement était son sac immense, tout en hauteur, il lui arrivait à la taille et était chargé à bloc, il devait être très lourd, car il eut du mal à le hisser dans le train et à le déposer dans le compartiment à bagages.

Il vint s'installer en face de moi et après m'avoir saluée, se plongea dans la lecture du livre de poche qu'il tenait à la main, il ne leva pas la tête et c'est à Narbonne qu'il referma son livre et posa ses yeux sur moi ...

Son regard reflétait une profonde tristesse ; il me tendit son livre :

"Je vous l'offre me dit-il, mais auparavant, permettez-moi de retirer cette page sur laquelle j'ai posé quelques notes personnelles "

Il arracha la page et me tendit le livre que j'acceptai, d'avantage par politesse que par intérêt.

Il continuait de me dévisager, je pressentais qu'il voulait engager une conversation. J'ébauchai un sourire en le remerciant.

Où allez-vous ? Me demanda-t-il et sans écouter ma réponse il me dit qu'il comptait s'arrêter à Canet-en-Roussillon quelques jours avant de partir pour les Etats-Unis.

Seriez-vous un grand voyageur ? lui demandai-je

Je ne sais pas ... je ne crois pas, je fuis ma vie, je ne sais pas réellement où je vais, sans doute au bout de nulle part... Je sais que je dois partir loin, tout le monde ignore à cette heure où je suis et j'espère qu'ils ne me retrouveront jamais si toutefois ils s'aperçoivent de mon absence, je suis tellement transparent à leurs yeux !

Je n'existe pas ici, j'existerai ailleurs ... J'ai besoin de renouveau, sinon je sombrerai à jamais dans ma petite mort... Je veux simplement être heureux.

Je n'osais pas le questionner mais je présumais que le " ILS " dont il parlait devait être sa famille.

" Si vous saviez comme à l'instant présent je me sens déjà différent ! J'ai fait ce que je n'ai jamais osé et pourtant combien de fois y ai-je pensé, rayer à jamais tout ce qui était ma vie ou mon semblant de vie.

Renaitre enfin !

 

Je le laissais parler sans l'interrompre, il avait visiblement un tel besoin de le faire, un tel besoin de déverser le trop plein de son coeur auprès d'une oreille inconnue...

Il me parla longuement de sa vie, il me semblait qu'il parlait sans même me voir, il revivait toutes ses années, sa vie professionnelle brillante mais qui le rendait imperméable à toute amitié - Je me dis qu'il était peut-être un peu responsable de cela, car sa vie professionnelle n'avait sans doute pas laissé de place à sa famille et à l'amitié - Mais je me gardai bien d'émettre la moindre opinion.

A l'heure de la retraite il s'aperçut du vide de sa vie et décida de partir sans rien dire à personne, s'évanouir, partir très loin...

Le train entra en gare de Perpignan, mon voyage se terminait, le sien continuait.

Nous nous fîmes un petit signe de la main en guise d'au revoir, je sentis de la reconnaissance dans ses yeux.

Je le regardai partir, son allure dégingandée, son pull rouge et son grand sac qu'il traînait et qui paraissait moins lourd maintenant, furent la dernière vision que j'eus de lui.

 

Cela se passait trois années en arrière, et ce livre retrouvé a réveillé ma mémoire.

"Je le lirai, me dis-je...

En l'ouvrant, une page arrachée s'échappa de l'endroit où elle avait été posée et tomba au sol dans un tourbillon.

Je la ramassais et lus :

" J'ignore encore à qui sont destinés ces quelques mots, mais sachez que votre présence et votre écoute m'ont fait le plus grand bien, je sais qu'à l'heure où vous lirez ces quelques lignes, je serai enfin un homme heureux, et que ce départ au bout de nulle part est ma seule planche de salut ... alors, merci "





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