nouvelles persos
nouvelles persos


Partagez cette nouvelle sur Facebook


Miroir


Auteur : LABALETTE Pierre

Style : Noires







Ce matin là Sidney se réveillât en sursaut. Cela lui arrivait de plus en plus fréquemment. Une heure environs avant la sonnerie du réveil, aux alentours de six heures du matin, il recevait comme un électrochoc.
Il passait brutalement d’un sommeil profond à un état d’éveil encore plus sûrement que si quelqu’un avait joué du clairon dans son minuscule studio situé au cœur du Vieux Lyon.
Son quartier était classé au patrimoine mondial de l’humanité. Pas son studio. D’ailleurs il lui semblait que ce triste endroit qui lui servait de nid était l’un des facteurs contribuant à l’éloigner de ladite « humanité ».
Pourtant, quatre ans plus tôt, Sidney avait vécu son installation dans le quartier historique de la ville comme un progrès dans sa vie. Il s’était arraché à la monotonie et à la grisaille de la banlieue lyonnaise. Le petit pavillon ouvrier de Saint-Fons dans lequel il avait grandi était loin derrière lui.
Sidney se redressa et quitta précipitamment son lit. Rien ne révélait la présence d’un éventuel joueur de clairon. Par contre le poids de l’angoisse pesait encore sur la poitrine du jeune homme. Il savait pertinemment que l’origine brutale de son réveil se trouvait là. Ce sentiment pesant le rattrapant au cœur même de son profond sommeil.     
Ce sentiment s’était la peur. La peur de raté sa vie. De passer à côté. Il le savait. Il ne pouvait plus nier l’évidence. Le whisky et les pétards ne permettaient plus d’y échapper. Au contraire, il lui semblait que ces produits augmentaient ce sentiment angoissant plutôt que de l’annihiler comme ils auraient du le faire normalement.

    Ce matin là Sydney se réveillât en sursaut. Cela lui arrivait de plus en plus fréquemment. Une heure avant la sonnerie du réveil, aux alentours de six heures du matin il recevait comme un électrochoc. Il passait brutalement du sommeil profond à un état d’éveil encore plus sûrement que si l’orchestre philharmonique de l’Opéra de Lyon avait joué la cinquième symphonie de Beethoven dans son immense appartement.
Ce dernier était situé dans un immeuble bourgeois, au cœur du triangle d’or, quartier huppé proche du parc de la Tête d’Or.
Il avait adoré son appartement ; au début. Après l’obtention de son diplôme d’avocat, acheter cet appartement avait été pour lui l’acte le plus important de sa vie. Il avait ainsi pu s’installer avec sa fiancée et entamer enfin la vraie vie après toutes ces années d’études faites d’obligations et de frustrations.
Sydney se leva prenant soin de ne pas réveiller sa moitié encore endormie. Il rejoignit le vaste salon. Pas d’orchestre. Et ce n’était pas le piano à queue trônant au milieu de la pièce parmi les meubles design qui avait provoqué son réveil brutal.
Non, c’était autre chose. Un sentiment lancinant, de plus en plus profond et présent. Une sensation proche de la peur. Pas la peur de l’épreuve, de l’examen ou des filles. Celle de rater son existence. La peur de passer à côté de sa vie. Il pensa à ses parents fortunés à qui il avait si souvent reprocher d’avoir raté la leur. Suivait-il leur chemin ?
La jolie jeune femme nichée sous la couette au chaud allait-elle finir par le détester comme la mère de Sydney semblait détester son propre père ?
Ses parents semblaient ne plus rien partager, à l’exception des multiples biens et avantages que leur prodiguait leur situation aisée. Les convenances sociales propres à la grande bourgeoisie les empêchaient de réagir et le couple formé par sa mère et son père était toujours apparu aux yeux de Sydney comme un petit théâtre quotidien s’apparentant plus à l’enfer qu’à l’amour.

    Sidney adressa un dernier regard à son intérieur avant de se rendre au travail.
La vision de ce minuscule espace lui serra le cœur. Il lui fallait réfléchir à l’avenir. Sinon, il risquait bien d’occuper son clapier encore de trop nombreuses années.
Il suivrait alors le même chemin que son collègue Alex qui servait des demis depuis vingt-cinq ans dans le même bar situé à proximité de la gare Saint-Paul. Vingt-cinq ans à briquer le même comptoir, vingt-cinq ans à faire le même trajet cinq fois par semaine, vingt-cinq ans à servir des habitués qui vieillissaient en même temps que lui. Il en avait enterré un certain nombre. Il avait du en voir passer des générations de lycéens venant casser la graine entre midi et deux. Cette pensée fit encore augmenter l’angoisse ressentit par Sidney.
    Il récupéra son vélo dans l’allée de son immeuble et rejoignit l’agitation de la rue.
Cette dernière lui permit d’échapper un moment à son sentiment de frustration confuse.
Il allait réagir. Il avait un projet.   
S’il s’en donnait les moyens il parviendrait à ouvrir son commerce de vente de bière en ligne.
Il avait déjà une piste pour son local ; pile entre son studio et le bar où il travaillait. C’était assez grand pour stocker ses produits. Il restait quelques détails comme le site internet mais ça irai. Il fallait aussi créer une société. Sidney évita de justesse une maman et sa poussette. Plongé dans ses pensées il n’entendit pas les insultes de la jeune mère en furie.
L’argent également était un souci. Il n’en avait pas. Mais il ne laissa pas son angoisse reconquérir son esprit. Il avait une solution. Un associé qui apporterait le capital nécessaire au démarrage de l’affaire. Il avait déjà plusieurs candidats en  tête.
    Oui, c’était écrit, il s’en sortirait. La vie lui sourirait s’il s’en donnait les moyens.
Impossible qu’il demeure dans cette situation.

    Sydney avait rejoint la salle de bains et se préparait en vu de se rendre à son footing quotidien au parc de la Tête D’Or. Comme tous les matins, il y retrouverait ses deux collègues de bureau, Bruno et Jérôme. Cette perspective l’angoissa encore plus. Son père, lui aussi, avait l’habitude de pratiquer ses loisirs avec ses relations de travail. Sydney rejoignit la rue songeant que décidément il était complètement à côté de la plaque. Il marcha un moment puis commença à trottiner en direction du parc. La mise en action de son corps libéra quelque peu son esprit. L’effort augmentant, il parvint à atténuer son angoisse. Il cessa de s’apitoyer.
Il lui fallait trouver une issue. Il pensa à sa tendre en train de dormir. Il pouvait la quitter. Que serait la vie sans elle, en célibataire ? Ils pouvaient aussi décider de changer de vie ensemble. Sydney avait rêvé d’ouvrir un bar. Étudiant, il se l’était promis. Où était passé ce projet ?
    Il accéléra encore un peu le rythme. L’entrée du parc était toute proche. Et s’il ne s’arrêtait pas ? S’il poursuivait sa route ? Sans tenir compte de personne pour une fois.
Il accéléra encore. A la hauteur du portail monumental marquant l’entrée du parc il sprintait presque. Il força encore l’allure poursuivant droit devant de lui. Il jeta un coup d’œil vers l’entrée mais n’aperçut pas ses collègues. Il le regretta presque et poursuivit sa route à toute allure laissant derrière lui les joggeurs sortant et entrant du parc. Il ne courait plus, il volait.
Il en serait ainsi de tout ce qu’il ferait désormais. Il s’était laissé berner, avait passé trop de temps à imiter ses parents en se persuadant qu’il traçait sa propre route.
    Il bifurqua à gauche, traversa le carrefour et longea les quais du Rhône.
De là, il rejoignit la presqu’île toujours à vive allure. Il avait réussi la prouesse de ne devoir s’arrêter à aucun feu. Il fonçait vers la place des Terreaux laissant derrière lui cette vie qui n’était plus la sienne.

    Sidney longeait toujours les quais de Saône en direction de Saint-Paul. Il se faufilait dans la circulation. Arrivé à hauteur de Saint-Paul il devait tourner à gauche. Le feu passa au rouge et pour une fois, Sidney posa pied à terre. Toujours plongé dans ses pensées, la proximité de son travail profita de nouveau à l’angoisse. Une journée de plus à briquer le zinc en attendant le client. Le feu passa soudain au vert. Sidney mit un méchant coup de pédale et pris à droite manquant de se faire renverser par les voitures qui démarraient.
    Il franchit le pont de la Feuillé en direction de la presqu’île. La sensation d’échapper enfin à son destin morose le submergea. Ne sentant plus ses jambes il pédala à toute vitesse et rejoignit rapidement la place des Terreaux. Il avait la tête en feu. Il avait pris la fuite, dépourvu de destination, il roulait le plus vite possible. Il déboucha sur la place des Terreaux bien décidé à poursuivre tout droit sa route. Il évitait les passants qui bondissaient sur son passage.

    Sydney était passé devant l’Opéra et avait longé l’Hôtel de ville.
Il arrivait à présent Place des Terreaux et l’espace ouvert devant lui l’incita à accélérer à nouveau. Il avait retrouvé ses ailes laissant derrière lui cette vie qui n’était plus la sienne. Il courait à s’en faire péter le cœur ; dépourvu de destination. Il y avait du monde mais il accélérait toujours lorsqu’il arriva au milieu de la place, au niveau de la statue de Bartholdi.
Il lui sembla ne plus pouvoir décider de son allure, comme si son corps effectuait lui aussi la reconquête d’une liberté dont on l’avait sevré.
    Il y eut soudain un mouvement de foule devant lui. Un groupe de passants sembla s’écarter brutalement et Sydney eut juste le temps d’apercevoir un homme hirsute juché sur un vélo fonçant droit sur lui.

    Sidney arrivait au milieu de la place à toute allure se frayant un chemin dans la foule labyrinthique. A la hauteur de la statue Bartholdi, un groupe plus compact, probablement des touristes, aurait du l’obliger à ralentir mais contre toute attente Sidney accéléra encore.
Le petit groupe se sépara en deux instantanément laissant juste l’espace nécessaire au passage de Sidney que rien n’aurait pu arrêter. Les gens bondissaient de part et d’autre juste à temps pour éviter l’impact. Puis soudain Sidney donna un formidable coup de guidon puis un autre à l’opposé. Dans un réflexe il venait d’éviter ce qui devait être un joggeur venant dans l’autre sens. Il n’avait pas identifié l’obstacle mais était sûr d’avoir évité une méchante chute.
Tout allait lui sourire à présent. Il avait pris les choses en main.

    Sydney n’avait même pas eut le temps de fermer les yeux ; son corps avait enregistré l’imminence de l’impact et son inéluctabilité. Mais non. Rien ne c’était passé et Sydney n’avait même pas eut à ralentir. Il poursuivait sa course au milieu des badauds qui formaient un agglomérat de taches grises et foncées en arrière plan.
Il quitta la place des Terreaux en direction du Vieux Lyon et rejoignit le pont de la Feuillé d’une foulée sûre et puissante. Fonçant toujours tout droit il aboutit à proximité de la gare Saint-Paul, la laissa sur sa droite et enfila la montée Saint Barthélemy bien décidé à gravir la colline de Fourvière. La côte était rude et il fut bien obligé de ralentir. L’effort violent imposé par le relief l’obligeait à ne se concentrer que sur sa foulée. La route menait à la basilique Notre Dame de Fourvière ; c’était son chemin de croix. Il en ressortirait grandi.
Il manqua de s’arrêter plusieurs fois mais tint bon. En arrivant au sommet ses jambes étaient en feu. Le relief redevenu favorable, il traversa le parvis de la cathédrale et fonça jusqu’au point de vu. Seulement deux ou trois touristes étaient déjà présents à cette heure matinale. Sydney déboula à toute vitesse et la vision de Lyon lui jaillit à la face.
La vue panoramique était époustouflante. Il s’arrêta net, haletant. Le soleil levant inondait les toits de la ville. Sydney pouvait distinguer chaque quartier, chaque monument ou bâtiment historique. Il identifia au loin le parc de la Tête d’Or où devaient courir ses collègues. Ainsi que la tour Equinoxe où se trouvaient ses bureaux. Il se sentait en pleine possession de ses moyens, libre, surpuissant. Son destin était entre ses mains.

Sidney avait quitté la place des Terreaux à vive allure et rejoint le pont Morand.
Il  roulait sur le trottoir provoquant l’incompréhension et la haine des passants lui désignant la piste cyclable toute proche. Arrivé au milieu du pont il perçut la présence du Rhône et toute sa puissance.
Au même moment le soleil levant embrasa la ville. Sidney en fut ébloui. Il mit pied à terre et s’approcha de la balustrade. Il laissa le soleil l’inonder de sa chaleur bienfaisante. C’était comme si sa course effrénée n’avait eu pour but que ce rendez-vous. C’était sa nouvelle vie. Sidney avait fait se lever le soleil. Il se sentait en pleine possession de ses moyens, libre, surpuissant. Son destin était entre ses mains.

    Sydney ferma les yeux et plongea avec délectation à l’intérieur de lui-même afin de s’imprégner de ce nouveau sentiment de plénitude qui l’habitait. Son téléphone portable sonna. C’était sa douce. Il décrocha.
-« Allô ? »
Il écouta un moment puis répondit.
-« Ah. Oui. Très bien, d’accord. »
Il raccrocha. Il était sidéré, ne pouvant décrocher son regard du téléphone. Celle qu’il avait envisagée de quitter une demi-heure plus tôt venait de raccrocher. Elle partait à l’instant au travail mais tenait à lui rappeler qu’ils dînaient ensemble ce soir avec ses beaux parents afin de discuter de la meilleure date pour leur mariage.
Sydney releva la tête et embrassa du regard le vaste panorama. Au-delà du point de vu qui surplombait la pente boisée vingt cinq mètres plus bas, la ville s’étalait à ses pieds.
Ne quittant pas le paysage des yeux il jeta son portable en direction de la ville sous l’œil ébahi des quelques touristes déjà présents. Il recula d’un pas. Ferma à nouveau les yeux un instant. Puis soudain en trois enjambées il rejoignit le parapet sur lequel il bondit, et, prenant appui sur celui-ci, fit un bon magnifique en direction de la ville, en direction du vide.

    Sidney ferma les yeux et plongea avec délectation à l’intérieur de lui-même afin de s’imprégner de ce nouveau sentiment de plénitude qui l’habitait. Son téléphone portable sonna. C’était Alex, son collègue. Il décrocha.
-« Allô ? »
Il écouta un moment puis répondit.
-« Ah. Oui. Très bien d’accord. »
Il raccrocha. Il était sidéré, ne pouvant décrocher son regard du téléphone. Celui qu’il avait fui une demi-heure plus tôt et pour toujours venait de raccrocher. Il arriverai plus tôt aujourd’hui afin qu’ils puissent discuter tous les deux comme convenu la semaine précédente des nouveaux horaires et de la façon dont Sidney aller procéder pour lui rembourser l’argent qu’il lui devait.
Sidney releva la tête et embrassa du regard la perspective sans fin qu’offrait le Rhône.
Ne quittant pas le paysage des yeux il jeta son portable en direction des eaux. Il recula d’un pas. Ferma à nouveau les yeux un instant. Puis soudain en trois enjambées il rejoignit le parapet sur lequel il bondit, et, prenant appui sur celui-ci, fit un bon magnifique en direction du soleil, en direction du fleuve en crue.   







nouvelles persos lecture aleatoire
lecture aléatoire




Multipanda - Infoquizz - Refina - Solution Piscines - Solutions Banque - Yaca-Sudoku -