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Presto


Auteur : CACHAU Henri

Style : Scènes de vie







Fallait-il que nous fussions accrocs de ce genre de filles pour entrer dans la carrière du transport international, avec pour unique obsession d’aller les débusquer sur les lieux mêmes de leurs exploits, ces racoleuses et autres fleurs du macadam ? Tels des marins, ces milliers de kilomètres nous amenèrent, non pas de port en port mais de bouges en lupanars, à y consacrer puis perdre pas mal de temps à ces sortes d’amours furtives ; cette fréquentation de chairs, pas toujours de première qualité ni fraîcheur, finissant par nous désillusionner, user nos pneus et souliers, ainsi qu’écoeurer les meilleurs tempéraments. Toutefois, parmi d’autres souvenirs, me demeure cette plongée dans les halles parisiennes, mon immersion dans ce monde confus de couleurs et de sonorités correspondant à cet étalage de cohortes de prostituées y exhibant les fruits vénéneux, y rançonnant les coursiers et camionneurs affairés, espérant, légères et court vêtues leur soutirer, outre leurs semences masculines, quelque menue monnaie…

Pour les accoster, une démarche d’approche était nécessaire, une séance d’allers retours du côté de leur troupeau, nos regards jetés à la dérobée vers ce rassemblement de femmes grimées, attifées, disposées en une sorte de parade à l’américaine à même la rue St Denis, au milieu d’un brouhaha provoqué par l’incessant passage de commis, de portefaix, de débardeurs et de forts des halles, auxquels elles dévoilaient leurs charmes, ainsi que leurs tarifs selon leurs spécialités ! Dénotant d’entre ses consoeurs, grâce à sa crinière d’un noir de jais lui descendant au-dessous de ses frêles épaules, disposée en vertigineux étagements, un château fragile soutenu par de nombreux peignes et pinces, que j’aurais aimé dénouer afin d’y plonger mes mains, c’est une espagnole qui m’avait tapé dans l’œil… S’y ajoutaient ses longs cils qui à la perfection soulignaient son regard noir et velouté, sa cambrure déjetée, fière, apparemment accentuée par des années de virevoltants zapateados, l’harmonieux fuselé de ses cuisses. « Bien que cette fausse impression ne soit, peut être, due qu’à la singulière hauteur de ses chaussures à hauts talons ! » m’avisa mon compagnon de chasse, ajoutant : « que l’illusion est trompeuse, en l’occurrence assurée par la vertigineuse profondeur de leurs décolletés, le raccourcissement de leurs minijupes, shorts et bustiers, moulant à la perfection, plutôt gommant leurs défauts de pétasses usagées par l’ouvrage ! » Cependant, malgré les dépréciatives saillies de mon camarade, ce furent l’aspect de son jeune et rebondi fessier, la fermeté de sa menue poitrine, l’orgueilleux port de sa tête hispanique qui me permirent d’envisager de tarabiscotées compromissions… Fit le reste, son apparence nerveuse, vive, digne de la sauvage plastique d’une jeune et rétive pouliche, assurément andalouse…

Ce soir-là, mon avisé compagnon avait décelé la faille : « cette mijaurée, avec ses peignes, ses volants et castagnettes, c’est du cinéma, de la quincaille ! Crois-en ma vieille expérience, ce genre de pute, je suis sûr qu’elle ne vaut pas un clou (un coup) ! Tu risques de demeurer sur ta faim, de terminer la nuit en te paluchant une fois regagné la couchette de notre bahut ! » Pourquoi n’ai-je point écouté ces conseils d’expert ? Pourquoi m’avait-elle emballé cette fausse danseuse de flamenco ? Sans doute d’anciennes réminiscences, des flashs d’images indécentes recueillies de-ci, de-là, lors de nos ferias locales : des jambes et cuisses brunes dansant et trépignant sur les tréteaux au son des guitares et tambourins ? Est-ce son aspect moins professionnel que ses dépoitraillées compagnes ou son apparence physique plus lisse et avenante qui m’attirèrent ? Elle, si svelte, avec de lourds anneaux brinquebalant tels des castagnettes, son regard de braise suggérant une future et chaude rencontre ? Immédiatement, je pensai qu’il me faudrait agir avec attention, maintenir fermement les rênes de l’action, éviter l’éjaculation précoce, tant l’émotion est intense dans ces instants-là ! …

Dès l’annonce de son prénom je pressentis la catastrophe ; elle se prénommait Arabelle ! Un prénom que je lui fis répéter à diverses reprises, avant de lui faire remarquer qu’il ne sonnait pas espagnol mais français, au même titre qu’Antoinette, Monique ou Simone ! Aussitôt je me sentis floué, comme victime de l’espèce d’étourdissement, d’aberration des sens, en principe vous précédant, alors que plein d’espoir et d’images alléchantes, avec le fessier de votre hôtesse se balançant à hauteur de vos yeux, vous grimpez ces sombres escaliers menant vers un hypothétique septième ciel ! Subitement ses attraits et enchantements se virent réviser à la baisse : adieu charmes et envoûtements prétendument hispaniques ; les sensations espérées au même titre qu’une rencontre avec une fille au tempérament de feu se trouvèrent entachés d’un sentiment négatif. Cette impression fut confirmée d’autant plus rapidement, puisque à peine souhaitais-je lui ôter ses peignes afin de dégager sa somptueuse chevelure, qu’un « pas touche ! » agressif vint m’en dissuader. « Tu ne te rends pas compte mon petit gars ! –toujours désarmante cette condescendance maternelle, quelles emploient envers les michetons, devenus comme de simples colifichets entre leurs mains -, tu n’as pas l’air de connaître le prix des permanentes ! » … N’avions nous pas à peu près le même âge, celui ou la sensualité, la chair, l’âme de deux êtres différemment sexués ne demande qu’à se fondre… « A quatre cents balles la séance, pas touche que je te dis ! » … Abandonnant sa fausse chevelure de gitane, je portai mes doigts sur sa bouche carminée, j’essayai d’en suivre les sinuosités, les mordre afin de goûter leurs saveurs… Entreprenant le dessein de prétendre à un long baiser, ce jeu de langues fut stoppé net par un fulminant : « pas touche ! Si tu connaissais le prix des produits de beauté, et s’il fallait que je retape mon maquillage après chaque client, ça me coûterait une fortune ! »… Ses violents propos ne m’empêchèrent pas d’attaquer plus bas, où j’eus affaire à ses menus seins ; allais-je pouvoir caresser leurs juvéniles rotondités ? A peine m’apprêtais-je à les flatter, croquer leurs pointes, qu’Arabelle de moins en moins andalouse mais de plus en plus revêche se récria : « je ne sais pas ce qu’ils ont, mais ils sont douloureux, hypersensibles, c’est pas la peine que tu t’y attardes, terminé l’allaitement ! Après tout, ce qui t’intéresse dans notre affaire, c’est le sexe, et je te signale que c’est plus bas que ça se passe ! Allez presto ! Cesses de lambiner, je perds des ronds avec un client comme toi ! » …

Selon ma petite théorie de la vie et des choses en général ne reposant sur rien de fondé, ni ne disposant d’aucune bases scientifique se rapportant aux excès amoureux, je pensai que ce devait être au contact de la nature féminine que nos sensations primaires pouvaient prendre leur essor. Sans doute s’agissait-il d’oiseuses considérations ruminées alors que j’effectuais ces milliers de kilomètres m’ayant permis de découvrir de diverses géographies et comportements humains… Ahuri et déstabilisé, je découvrais des tabous apparemment dépassés, à notre époque d’accessible commerce de la chair, d’échanges de moins en moins illicites d’un plaisir se voulant libre et autonome. Alors que selon le prix de la passe et l’inconfort de la situation, j’espérais quelques voluptés et jouissances particulières, je me trouvais assigné à seulement regarder sans y toucher, même pas goûter au fruit défendu, n’activer qu’une chimie dérisoire ; bien que l’érotisme, le vrai, possède un vaste menu, celui du jour ayant pu se décliner à l’espagnole, cet obscur objet de mon désir se dévêtant en un torride strip-tease, sur l’accompagnement de zapateados endiablés ! Hélas, sous sa robe à multiples volants et falbalas, elle ne possédait qu’une simple culotte de collégienne, même pas de soutien-gorge, inutile cet artefact vus les méplats offerts par son torse malingre, et en un tour de main, déjà déshabillée, s’offrant telle une crucifiée sur son vaste lit, elle m’intimait l’ordre d’aller plus bas et plus vite s’il te plaît, presto ! …

Dans ce dérisoire moment de frustration masculine, je me mis à penser à mon compagnon de route, qui dans une chambre voisine devait s’amuser à la petite bête qui monte, qui monte, alors que les réticences d’Arabelle m’obligeaient à me risquer dans de timides effleurements. J’imaginais sa jouissance procurée par cette blonde platinée, aux formes rebondies, qu’il avait choisi ; depuis que nous fréquentions bouges et lupanars, j’avais remarque sa préférence pour les filles enveloppées : « bien en chair, avec quelque chose à bouffer autour de leurs cons ! » Il faut dire que jamais je ne le vis embarrassé, encore moins emprunté au volant du trente tonnes dont nous nous partagions la conduite ; fallait voir comment il pressait les pauvres automobilistes, horrifiés, car sentant leurs morts prochaines par écrasement ! … Quant aux plaisirs charnels occupant nos heures d’oisiveté, durant cette chasse il demeurait pragmatique, se risquait dans de personnelles philosophies, arguant que puisque nous possédions un sexe, il fallait de temps en temps l’utiliser. Il m’incitait lors de mes manœuvres d’approche à me calmer, à investir un maximum de terrain, ne penser qu’à ma propre jouissance, et il est vrai qu’à ces tarifs-là, j’aurais aimé la triturer Arabelle, la dénuder, la forcer, la fracasser comme un vil seigneur rejetant son aiguière, la livrer aux chevaux, à leurs mâles écuyers. Hélas, je n’avais nul besoin de lui solliciter d’autres pratiques, étant donné son refus de se risquer dans d’autres considérations que celles : presto-pratiques ! disait-elle. Lui, qui dans une chambre contiguë poursuivait sa gymnastique avec sa protubérante hétaïre, à chacune de nos virées me répétait que : la pute, la vraie, ne se révèle que par sa façon de complaire à son compagnon de prix. Donc, ignominieuses les réticences d’Arabelle, son comportement n’ayant rien à voir avec celui de vraies professionnelles, celles qui ne font pas payer avant mais après, comme le chantait Brel ! …

J’allais flatter son ventre légèrement bombé, caresser sa chair lisse, titiller son charmant nombril, ce petit repli empreint de malicieuse sensualité… Lui tripoter ses fesses avant d’aboutir à son mont de Vénus à peine duveté d’un friselis noir, flatter son… Une marche d’approche idoine à celle recommandée par les opuscules de divulgation sexuelle. Je m’appliquai à ces séquences, lorsque elle me rejeta tout en s’écriant : « quel balourd tu fais ! C’est pas mon jour, voilà que je tombe sur un gars de la cambrousse ! Je t’ai dit que ça se passe plus bas, et plus vite ! Je perds mon temps avec des clients aussi empruntés ! C’est bien ma veine, je suis tombé sur un romantique ou un arriéré boutonneux d’école des bons pères ! Allez, presto que je te dis ! Et en cadence s’il te plaît ! J’ai horreur des changements de rythme ! » … Avant d’emprunter l’escalier de cette foutue auberge espagnole, j’aurais du m’assurer de la théorie amoureuse, potasser ce petit livre rouge décrivant les soixante neuf positions afin d’être à la hauteur. Quel besoin avais-je de revêtir de poésie cette énième passe, l’habiller d’un exotisme espagnol avec caraco, falbalas, castagnettes et tempérament de feu, alors que faisant suite aux atermoiements de la dénommée Arabelle, une détumescence accélérée me signalait la trop rapide conclusion d’un plaisir escompté… Elle possède ses propres arguments la vénalité ! aurait pu me dire mon compagnon routier, qui lui s’ébaudissait tout à son aise…

Il s’apitoya sur mon sort d’animal post-coïtum triste, me déclara que j’aurais pu tomber sur plus moche, un gros tas incapable de bouger son cul ni de t’émouvoir la moelle sinon de te couper tous tes effets ! « Quant à ton andalouse avec ses peignes et falbalas, j’avais pressenti qu’il y avait tromperie sur la qualité ! Sa façade était trop rutilante, ses menus et mesquins produits faussement mis en valeur, sa mise en scène trop parfaite ! Dès lors, une cruelle désillusion t’attendait, car tu demeures un incorrigible sentimental ! Vois-tu, je me serai payé en nature, je lui aurais imposé une bonne branlette espagnole, quoique selon tes dires, elle soit dépourvue d’adéquates mamelles ton Arabelle ! »…







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