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Le scopitone


Auteur : CACHAU Henri

Style : Scènes de vie







Dans ce « bar des Amis » il y avait de la nouveauté anglaise plein le juke-box, oh yeah ! et miracle, juste au-dessus du sélectionneur de disques –une sorte de clavier muni de chiffres et de lettres – trônait un écran sur lequel, en plus du son british et en couleurs, luxe suprême à l’époque, à l’instar des actuelles « spice-girls » y apparaissaient d’enthousiastes anglo-saxonnes harnachées et bottées de cuir rouge et noir. Avec entrain elles s’y trémoussaient, survoltées par l’adjonction de guitares électriques, des instruments malmenés par d’hirsutes chevelus proférant d’incompréhensibles onomatopées, parfois des mélodies plus réussies, « yellow submarine » par exemple ; sur cet appareil dénommé «Scopitone », comme pour la bataille navale il suffisait de taper A7 ou B11, afin d’obtenir un avant goût des modernes clips télévisuels. C’est fou combien ce défilé d’images trépidantes, qualifiées de libidineuses par nos mères, pouvaient ressembler en moins hard au virtuel érotisme, celui qu’en fin de siècle de haute technologie nous contactons par le biais de l’Internet, au tarif de 2,23 francs la minute, excusez du peu…

Une fois cet appareil installé au milieu de la grande salle du restaurant, c’et au grand dam de nos mères, que nous y avions établi notre QG. Elles semblaient jalouses des traînées et autres roulures qui s’y dépravaient entre les bras musculeux et tatoués de routiers sympas, ainsi que soucieuses de nos pères, qui à l’issue de leurs journées de travail, venaient s’encanailler dans cet établissement sis en bordure de la RN10. Ce qui par-dessus tout inquiétait ces soupçonneuses épouses, s’étaient à la fois, la présence du juke-box sur lequel apparaissaient les « twisteuses british », mais surtout celle de ces sémillantes serveuses dispensant leurs singuliers talents d’amoureuses. Il est vrai, que sous le faux prétexte de nous surveiller, nos géniteurs y passaient, attablés, de nombreuses heures, bavardant et refaisant le monde, s’avançant dans de hasardeuses géopolitiques. Puis leurs conversations devenaient insidieusement grivoises, au même titre que celle d’émoustillés chauffeurs, qui par l’intermédiaire d’une surenchère verbale essayaient de captiver l’attention du personnel féminin – l’ouïe étant leur point faible -, s’activant dans un impeccable duo d’artistes entre bar et appartements privés… Alors qu’en réalité, au-delà de leurs oiseuses palabres, ils n’avaient de regard que pour ces filles, qui entre les travées de consommateurs hilares, en hypnotisaient certains par les voluptueux balancements de leurs postérieurs, souvent à portée des mains larges, rudes, noires de cambouis, un court laps de temps comme suspendues, indécises… N’allez pas croire que j’étais le seul de mon âge, lorsque je me mis à fréquenter ce « bar des Amis », notre quotidienne présence s’y justifiait par cette incitation au voyage, que nous entreprenions par procuration en admirant ces hauturiers vaisseaux stationnés sur son parking. Si impressionnants ces camions, avec leurs plaques minéralogiques attestant de leurs lointaines provenances, l’inscription au pochoir sur leurs portières et bâches de noms patronymiques à consonances bizarres. Les allers et venues de ces poids lourds nous permettaient, selon qu’ils accéléraient, décéléraient ou ahanaient en première petite, dégazant d’épais nuages de particules de gas-oil en abordant la longue pente d’arrivée, de les reconnaître selon le bruit caractéristique, la musique singulière de leurs moteurs diesel. ; nous engagions des paris sur l’éventuelle apparition d’un Berliet, d’un Saviem, d’un Pegaso, d’un Bernard, etc. Le malheureux perdant devait redoubler sa participation financière, afin que réapparaissent sur l’écran les tressautantes « twisteuses » accompagnées du son électrique des guitares ! Physiologiquement parlant il est difficile de prétendre apprécier ce malsonnant amalgame, puisque nous sommes différemment programmés, l’ouïe étant leur truc, les cris et les chuchotements –les suçotements, avançaient, certains consommateurs goguenards- ainsi que les intonations de « la voix de son maître », les modulations amoureuses ! Concernant les mâles, nous serions plutôt réceptifs aux images, assujettis aux lascifs mouvements, ressemblerions à un appareil de prise de vue en perpétuel état d’observation ! Des singularités masculines qui au-delà de l’appareil nous permirent d’y déceler les tumultueux déplacements des fausses soubrettes vers des dépendances secrètes ; en réalité de véritables hôtesses montantes, selon les impitoyables propos de nos mères, envieuses de leurs capacités sexuelles…


La faute en incombait à cette nouvelle technologie ayant réussi à accoler l’image pornographique aux sonorités anglaises ! C’est ce que disait Maman d’une manière péremptoire, en ne laissant aucune alternative à quelque censée réplique. Sur sa lancée, elle aurait pu ajouter que : « si personne ne peut contrecarrer les démoniaques capacités de cet appareil, offrant un trouble divertissement pouvant atteindre les recoins les plus dissimulés de leurs territoires mentaux. Puisque se dénotent chez nos enfants de psychiques désordres, tôt ou tard, il nous faudra leur interdire leur incessante fréquentation de ce maudit Scopitone. Comme si avec leurs pères, et ces salopes venues perturber nos délicates conjugalités, nous n’avions pas suffisamment de soucis, n’est-ce pas mesdames ? »… Cependant, outre les trépidantes et dénudées saxonnes, nous bénéficions aussi des parodies et mimiques d’un Fernand Raynaud au summum de son art de comique troupier. Au passage je tiens à remercier cet excellent schowman pour les plus courus de ces sketches, qui une fois mémorisés, nous permettaient de nous justifier en les retransmettant à nos familiers ; bien que nos mères demeurent dubitatives quant à nos résultats scolaires, avec ce solde négatif d’heures d’oisiveté, passées à nous décérébrer face à ce diabolique engin. Elles s’y dévoilaient sous l’angle pervers d’audacieuses prises de vue, hélas, rarement en cadence ces anglaises, se trémoussant sur des airs de ya-ya twist, de hully-gully, sans pudeur elles agitaient leurs seins et popotins rebondis, ces protubérances remarquablement enserrées dans des shorts ultra sexy aux couleurs pastel… Il suffisait, pour obtenir ces émoustillantes images, dignes des grands music-halls londoniens, dans la fente prévue à cet effet, d’y glisser toutes les cinq minutes quelques francs, puis sur son clavier, d’un pression digitale indiquer le choix du microsillon. Des images aujourd’hui dépassées, puisque chacun, à son aise, ni crainte de la réprobation de son voisin de palier, depuis le confort douillet d’un salon, peut y faire défiler, s’y exhiber en totale impudeur, de semblables lubriques figurantes. Alors qu’à l’époque, pour la vision d’un coin de fesses, nous devions détourner l’attention de nos soupçonneuses mères, ne point les alerter par un étrange comportement, déjà rendu lisible par l’état congestionné de nos appareils reproducteurs de jeunes mâles échauffés par les chaloupées déambulations des barmaids. A la dérobée nous tachions d’intercepter leurs tonitruants et odoriférants sillages, essayions d’interpréter leurs étranges ballets, lorsque à tour de rôle elles s’esquivaient en riant haut et fort, précédées de leurs clients, en se dirigeant vers la porte du fond, donnant sur un dédale de concupiscences que nous subodorions infernales…


Si nos parents s’inquiétaient de notre fréquentation de ce pandémonium, à nos regards innocents étalant les pires des séductions libidineuses, avec ces souples et délurées twisteuses dansant sur des rythmes infernaux de rock’n’roll, ou circulant entre les travées, à merci des mains baladeuses et des regards torves des chauffeurs accrocs du comptoir. Si ce spectacle ne nous proposait que d’incomplètes réponses à nos quêtes d’entendement, ils furent tout de même époustouflés par nos réels et subits progrès en géographie, notre vision quasi adulte de la vie en général, en particulier calquée sur celle de solitaires commis-voyageurs… Nos aptitudes se révélèrent par d’incessants petits trafics que nous menions avec brio, une sorte d’atavisme régional résultant d’une acquisition ultra rapide d’un système « D », fort apprécié dans nos régions frontalières. « Papa ! je t’ai rapporté des cigares belges ! –un peu plus bas et à mots couverts – d’explicites revues danoises ! … Maman, de la fine dentelle d’Anvers ! de la verroterie de Soissons ! »… De menus cadeaux en échange de services rendus à quelques représentants de passage, certaines courses au tabac du coin ou à l’épicerie de notre village. Egalement étonnés nos géniteurs, par ces rudiments de langue anglaise, soi-disant récupérés auprès de chauffeurs insulaires, sinon issus de l’étrange et maléfique distributeur de décibels sauvages. Il est vrai, que grâce aux passages et brassages, où tout ce qui transitait d’un point à un autre du vieux continent empruntait la RN10, où routiers musculeux et sympas, VRP en peine de cœur, chauffeurs de maître ou du dimanche s’arrêtaient, comme soudainement mus par une envie de sexe., vu l’engouement suscité, le parking dut rapidement s’agrandir, du bar jusqu’au arrières salles l’animation redoublait, car elles semblaient posséder un savoir-faire hors du commun, une humanité souvent échancrée de haut en bas, les accortes serveuses ! Les camionneurs en ressortaient hilares, allégés, puis en titubant grimpaient dans la cabine de leurs énormes semi-remorques, empestant le tabac froid, le gas-oil et le vieux foutre… Grâce à notre entregent nous avions acquis le droit de fréquenter ce « bar des Amis » et nous ne nous sommes pas privés de profiter des avantages et des didactiques vertus du Scopitone, jusqu’à ce que malmené par nos coups de poings et de pieds il rendit l’âme… Sa mise au rencart redoubla notre inavouable intérêt pour les tentatrices assurant par leurs déambulatoires et chaloupés déplacements, la renommée de l’établissement. Ces diablesses eurent tôt fait de vérifier notre indiscret attachement, noter cette étrange attention que nous portions à leurs luxurieux manèges… Concernant la brune avec son corsage échancré, ses dessous rouge ou noir transparaissant sous sa minijupe tendue à ras son bonbon, j’en ai conservé l’exacte vision de seins entraperçus en plongée directe, laiteux et pigeonnants, lorsque elle me servait une limonade. Les bouleversants effets que me procuraient son ondulante croupe lorsque elle précédait certains routiers, en riant haut et fort tout en secouant ses longues boucles. J’en ai mémorisé son savant jeu d’enjôleuse, lorsque juchée sur l’un des tabourets du zinc, elle allumait successivement Gitanes et voyageurs de commerce, concourant par leur assiduité, à lui assurer sa promotion de fille facile…







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