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La porte


Auteur : BERTORA Jean-Noël

Style : Drame




« Voilà bientôt 10 ans que Charles est mort. Voilà déjà 10 ans que la porte du fond du couloir est fermée. Voilà au moins 10 ans que la clé fut perdue.
Depuis, chaque jour, ou presque, je passe devant la porte, je cherche où peut bien être cette clé et je me souviens de Charles mon mari tant aimé.
C’est lui qui occupait la pièce qui se trouve derrière cette porte. C’était son refuge, son espace intime. Celui dont je m’étais interdit l’accès.
J’avais mon association, il avait son réduit. Lorsque je sortais, une fois par semaine, de la maison pour mes activités associatives, il s’enfermait une fois par semaine dans la pièce au fonds du couloir.
Je n’ai jamais cherché à savoir ce qu’il y faisait. Il ne m’a jamais posé de question. Je rentrais à la maison et lorsque je refermais la porte d’entrée, j’entendais la clé tourner dans la serrure de la porte du fond du couloir.
Charles en émergeait, nous nous retrouvions, il m’embrassait toujours, parfois nous faisions l’amour, là comme ça, entre les deux portes fermées à clé.

Je n’ai eu qu’un amour, c’était lui. Je n’ai jamais eu d’enfant, c’était moi. Charles avait une fils qu’il ne voyait plus. Il avait décidé ça tout seul le jour où nous avons su que nous n’aurions jamais d’enfant à nous.
Dans une longue lettre il lui avait dit combien il l’aimait mais qu’il m’aimait encore plus et comme j’étais punie par la nature il se punissait lui de la même manière.
Charles était mon dieu, il était toute ma vie, j’étais toute la sienne. Sauf, une fois, un fois par semaine.

Et la vie s’est enfuie petit à petit, sans bruit. Les heures, les jours, les années se sont écoulées comme des grains de sable dans un sablier. Le débit parait si faible, le réservoir si grand que l’éternité semble un horizon possible.
Et puis, et puis Charles est mort. Il avait à peine 55 ans, j’en avais 5 de moins. Un soir nous nous sommes endormis, un matin je fus la seule à me réveiller. Mon Charles, mon amour, mon dieu avait fermé ses yeux pour ne plus les ouvrir.
Voila 10 ans que je vis seule et que mes pas m’entraînent au bout du couloir, que mes mains cherchent une clé, que mon cœur s’abandonne au seul souvenir de lui.
A présent je suis un duo à moi toute seule. J’ai passé ces dix années dans une sorte de bulle opaque où je n’ai porté sur l’extérieur qu’un regard troublé par l’image de Charles.
Je n’ai plus rien fait pendant toutes ces années, j’ai démissionné de mon poste d’enseignante, j’ai quitté mon association, je ne suis plus jamais sortie, à part pour les achats indispensables à ma survie.
J’ai passé mes journées à attendre le soir, mes soirées à attendre l’heure de me coucher, mes nuits à rechercher un sommeil qui ne venait jamais et tout ce temps à penser à Charles, à chercher son regard dans des photos anciennes, à sentir son odeur dans ses chemises, dans ses sous vêtements. Mon dieu comme il sentait bon.
Je me suis fermée petit à petit à toutes vies, je me préparais doucement à la mort, seul avenir possible.
Je n’ai jamais été croyante. Avec Charles nous étions des vrais libres penseurs. Notre amour était notre morale, tout ce qui ne s’y opposait pas était licite à nos yeux.
Alors je me suis surprise moi-même lorsque j’ai commencé à penser que la mort pourrait nous réunir. Je m’en suis défendue puis j’ai baissé la garde jusqu’à l‘espérer, jusqu’à y croire.
Biens sûr je ne suis pas dupe de cette évolution, bien sûr je sais qu’il s’agit d’un échappatoire. Mais après tout qui peut m’assurer du contraire. Charles ne pouvait pas me quitter ainsi sans qu’il puisse y avoir une suite et depuis mes nuits sans sommeil s’habillent de nos retrouvailles.

Dans la nuit du 18 au 19 août, alors que mon esprit enlaçait mon amour, que mon corps se tordait sous des caresses imaginaires, que mon sexe s’ouvrait de nouveau au plaisir, un bruit sourd, terrible surgit du plus profond de la nuit.
Je me suis dressée, les yeux écarquillés de terreur, le cœur en folie, pour entendre à nouveau des coups violents qui semblaient venir du fond du couloir.
La porte fermée depuis 10 ans vibrait dans le même temps que le bruit se faisait entendre. Epouvantée, assommée par ces coups répétitifs, comme rythmés par un appel d’outre tombe, au-delà de toute résistance, je m’effondrai, évanouie.

Voilà trois jours que cela dure, trois jours et deux nuits d’une incommensurable détresse. J’ai hurlé après Charles, j’ai frappé, griffé, cette maudite porte jusqu’à laisser mon sang sur son bois indifférent.
A présent je suis vidée, sans force, mais j’ai compris. Charles m’appelle. Cette porte fermée ne signifie qu’une chose, je ne pourrai jamais retrouver Charles dans cette vie.
Ses appels sont maintenant très clairs.
Je dois le rejoindre.
Je vais le rejoindre. »



Le commissaire Lecerf jeta un regard sur le corps de cette femme baignant dans l’eau rougie de son sang, un sourire sur les lèvres d’un visage apaisé. En la voyant ainsi et après avoir pris connaissance de son récit, il ne put s’empêcher de penser que tout était bien comme cela.
Le délire de ses derniers jours lui avait finalement permis d’avoir le courage de trouver la porte de sortie.
Accompagné de son adjoint, alors qu’il se préparait à sortir de la maison, en passant devant la porte du fond du couloir, le commissaire Lecerf sursauta, surpris, en entendant un bruit sourd, profond qui semblait sortir de la porte.
Médusés, les deux hommes se regardèrent et eurent simultanément le même mouvement instinctif de recul.
« Ecoutez chef, c’est pas des blagues, on entends encore. Tenez maintenant ! non d’un chien ! »
Le commissaire Lecerf se devait de réagir et de réagir rationnellement à la fois pour assurer sa crédibilité devant son subalterne mais aussi et surtout pour calmer les battements de son cœur.
« Allez me chercher un serrurier ! »





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