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Le Pont-Vieux


Auteur : VIENNE Thierry

Style : Drame







Un vieux peintre tient son pinceau, main gauche tendue, pour vérifier les perspectives du Pont-Vieux, enjambant l'Hérault dans son passage le plus étroit. Derrière le pinceau un peu tremblant, se dessine une barque où deux pêcheurs, le coeur gros et fatigués, s'en reviennent bredouilles.
Ce matin, ils sont partis de bonne heure, s'étant libéré la vessie sur le coté du Pont-Vieux, là où un chemin mène dessous cet ancêtre de monument. Il avait dû en voir, en subir des révolutions, des guerres, des séismes plus ou moins naturels ! Ses grosses pierres de taille le faisait ressembler à un gros puzzle, avec de la mousse dans les joints. La barque est loin sur l'eau, quand arrivent deux "joggers", s'appuyant sous sa voûte pour faire leurs assouplissements. Une heure de répit avant le défilé de piétons et de deux-roues qui se rend à l'usine, située à deux kilomètres de l'autre coté. La roue du vélo de Marcel bute, faisant chuter son propriétaire, sous les railleries de ses collègues.
- Bon sang, depuis vingt ans que j'emprunte ce chemin, c'est bien la première fois...
- T'as vu, ironise Pierre, tu roules juste sur la seule pierre la plus basse que les autres !
- Une cabriole, pas de blessure, fera pas vingt ans de plus ce vieux pont !
Depuis douze ans, deux énormes barrières en ciment interdisent son accès aux voitures et camions, par mesure de sécurité. Un pont tout neuf, en fer et filins d'acier, une "oeuvre d'art moderne" suspendue sur la rivière dix kilomètres plus bas, l'avait relayé pour le gros trafic.
Onze heures du matin et deux cars de touristes s'arrêtent pour une rapide visite commentée.
"... En 1788, soit trente ans après sa construction, ce pont vit passer le Comte d'Hérault et son collecteur d'impôts, pourchassés par les paysans excédés..."
L'inscription "1758" est taillée dans une des pierres, insensible au temps.
Les vapeurs de gasoil s'estompent enfin quand une bande d'adolescents arrive, délaissant leurs vêtements pour plonger du pont dans l'Hérault, occupant, un mercredi de plus, les lieux, jouant, faisant exploser joie et pétards. La faible hauteur, trois ou quatre mètres, ne présente aucun danger, la vitesse et la profondeur réduites de la rivière non plus. Certains parents, rentrant à midi, ramènent leurs enfants déjeuner à la maison, d'autres restent pique-niquer, profitant de cette belle journée de printemps. L'après-midi s'écoule paisiblement sur fond de sieste, d'amourettes, de farniente. Les autochtones, couleuvres, campagnoles, insectes, se chargent des miettes, dans une partie de cache-cache avec les humains. Pas de détritus, chacun aimant trop cet endroit magique.
Des pêcheurs à la ligne, des collectionneurs de papillons font des apparitions, tendant à se confondre avec les lieux, pour mieux débusquer leurs proies. Les occupants précédents sont partis vers 17 heures. Le flot des retours de l'usine s'espace entre 18 et 19 heures. Des amateurs de vélocross, VTT et moto trial s'entraînent sur l'arrondi du pont, dessus, dessous.
La nuit voit arriver quelques couples, seuls au monde. La barque est rentrée depuis deux heures déjà et le silence pèse.
Vers deux heures du matin, une voiture s'arrête dans un chemin attenant. Des cris fusent. Un homme descend de la voiture, entraînant une femme sous le pont, la menaçant d'un couteau. Il l'a agressée en ville et l'amène ici pour ne pas être dérangé pendant son forfait. Après, il la tuera, première d'une longue liste qui le rendra célèbre, pense-t-il.
Il s'est couché sous le pont et avec son couteau sous la gorge de la femme, il l'oblige à descendre son pantalon. Un peu de mousse lui tombe sur le visage qu'il enlève d'un revers de la main. La femme n'a pas commencé quand un bruit sourd se fait entendre.
Elle rentrait chez elle, revenant de son travail de serveuse, quand ce fou l'a obligée à le suivre. Personne dans la rue n'a entendu ses cris, ou n'a voulu réagir, bien confiné dans ses draps ! Elle a peur, honte, envie de vomir de ce qu'elle va devoir faire. Peut-être après, la laissera-t-il en paix, mais quel homme pourra la retoucher après ça ? Dans quelles angoisses va se dérouler son restant de vie ?
Toute à ses pensées, elle ne sent plus la lame froide contre sa gorge, ni l'autre main qui l'avait dirigée vers la ceinture de l'homme. Tremblante, elle lève la tête, doucement. Le spectacle offert à ses yeux la soulage comme un grand souffle parcourant son corps : l'homme est étendu sans vie, les bras écartés, le couteau dans l'herbe. Une énorme pierre s'est détachée du pont et lui a éclaté la tête.







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