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Le monde des bulles


Auteur : VIENNE Thierry

Style : Anticipation







"Encore une belle journée en perspective sur Biarritz-Nord : mer calme, peu agitée, profondeur: 200 mètres, Pau-Est à 80 kilomètres, Toulouse-Nord à 55 kms. Rapport A pour ces deux villes. Pollution atmosphérique: 97%. Fin du bulletin météorologique de 9 heures, et une heure de musique à votre radio urbaine unique et préférée." La main de Christophe baisse le volume de sa radio tandis que ses paupières adoptent la position haute avec difficulté. Son corps s'extrait du lit, faisant remuer le matelas d'eau et sa compagne d'une nuit par la même occasion. Il ne se rappelle pas son nom : Georgia, Lutecia, Cathy ? Tant pis, de toutes façons, elle est de passage !

La douche à l'eau de mer recyclée et dessalée finit de le réveiller, paré pour une autre journée de jardinier municipal. Il s'habille, tout en visionnant sur le mur-télé les dernières infos, se rue dehors, enfourche son vélo tous-terrains, et pédale jusqu'à son lieu de travail : la parcelle, dont il est responsable, s'étend sur six rues, avec un très beau potager, où se mêlent d'énormes légumes; pommes de terre, carottes, navets, haricots, des variétés étrangères, mais aussi des fruits exotiques et européens, tous d'une taille considérable. Le nombre de clients s'élevant à 20000, il vaut mieux avoir des stocks ; Christophe a un pote dans la viande, un "gardien de troupeaux" comme il l'appelle pour le chambrer, qui lui a assuré avoir les mêmes quantités, avec du bétail hors normes, pour de futurs bons plats cuisinés. Les urbains sont gâtés quand-même !! La journée se poursuit par le défrichage d'une chaussée supplémentaire, où Christophe met tout son art dans la composition de l'humus, mélange de nouveaux engrais naturels et très puissants avec du terreau ; bientôt d'autres légumes. La lumière naturelle s'atténue, les bancs de poissons, en haut, se regroupent pour passer la nuit, les halogènes commencent à éclairer certaines rues sombres de la ville, le régénérateur d'air refait l'atmosphère tout doucement.

"Deux jours passés dessous, on devrait remonter demain, si aucun danger à l'horizon," pense Christophe. "Ca tombe bien, étant en congés, j'irai faire de la plongée en combinaison. " Il range son vélo dans le couloir de son immeuble, quand Sonia arrive et lui rend ses livres.
" Tiens, Paris 5 s'est branché sur nous ? Salut beauté. Quoi de neuf dans le monde de l'air et des poissons ? , lui demande Christophe.
- Bonjour beau gosse, le contact a eu lieu voilà une heure, et je suis déjà près de toi. Merci pour tes livres, très intéressants, surtout celui d'histoire. Etonnante la vie d'avant !! Quand aux coussins d'air, ils se portent à merveille, heureusement pour nous !"
Tout en discutant, ils sont rentrés dans l'appartement, et continuent à deviser tout en se servant deux verres de whisky, assis sur le canapé d'eau.
"J'ai gardé ce livre parce qu'il est de l'année de ma naissance : 2063. Déjà trente deux ans de vie, le vieux Christophe ! Ce que j'aime le plus dedans, ce sont les automobiles, lointains ancêtres de nos autoscaphes, sauf que nos routes c'est la mer !", renchérit le jardinier urbain.
- Dans un recueil plus ancien, j'ai lu comment, suite aux explosions atomiques, la croûte terrestre avait été envahie par l'eau, les océans, alliés aux rivières et fleuves, avaient conquis vingt pour cent de plus sur la terre, passant de soixante-dix à quatre vingt dix pour cent de la surface. Des ingénieurs avaient conçu nos dômes de protection, chacun situé à dix kilomètres du sol, un par ville dans un matériau indestructible, faisant ressembler nos villes à des bulles. Les coussins d'air sous les villes, alimentés en gaz carbonique mélangé à de l'hélium, pour faire flotter nos villes, leur permettent de plonger également, le tout propulsé par des turbines fonctionnant à l'énergie hydromotrice.", continue, intarissable, Sonia. "Mais le plus terrible fut l'élimination des campagnes, et la scission des villes trop importantes en plusieurs cités de vingt mille habitants maximum."
"Qu'est-ce que tu délires, Sonia ? Ce n'est pas la version officielle apprise à l'école. L'espace n'ayant pas apporté de planète habitable, nos dirigeants ont utilisé la mer, par faute de place ! Les paysans, volontaires, sont partis en navettes spatiales, pour des explorations complémentaires. Tout ce que tu as lu, c'est du roman.", conclut Christophe. "Mon grand-père, âgé de quatre-vingts ans, n'a jamais connu les villes autrement !"
"Evidemment, pour faire oublier les traumatismes des guerres atomiques, et le stress suite à la nouvelle situation, ils ont ajouté un dé mémorisant à l'air respiré par les premiers habitants des nouvelles villes !", reprend Sonia, vexée, avant de se lever et de claquer la porte !!

Le lendemain, la ville a le ciel comme spectacle sur la bulle, au lieu des profondeurs marines, et Christophe, ayant mal dormi suite au départ précipité de son amie, est dans son autoscaphe, loin de sa ville, en pleine mer, plongeant, accélérateur coincé, pour une belle journée de plongée. Une fois son scaphandre enfilé, il stabilise son véhicule à moins de trois cents mètres de la surface de l'eau. Le sas passé, la dépressurisation effectuée, il parcourt un endroit paradisiaque, où des poissons aux mille couleurs dansent des ballets époustouflants de légèreté et de grâce. Il photographie ces moments privilégiés, ramasse quelques coraux qu'il dépose dans son sac accroché à sa ceinture de plomb. Christophe est heureux, caressant le ventre rebondi des poissons-lunes, faisant la course avec des dauphins. Les heures passent très vite quand on est bien, et vivent les longues réserves d'oxygène, spéciales journée dans la mer. Il s'aventure toujours dans les zones autorisées, trop d'accidents jonchent les zones interdites; aucune envie de chercher les problèmes ! Le retour s'effectue lentement, comme pour faire durer une telle sérénité. Christophe range son véhicule dans le parc, passe à la décontamination, et rentre chez lui.
"Je ne vois pas trop l'intérêt de cette chambre de décontamination, l'air pollué ne pouvant nous atteindre sous l'eau. Enfin, trop de précautions ne nuisent jamais !", intériorise-t-il sous la douche. "De plus, on rentre par des sas sous la surface de l'eau, sans aucun contact avec le monde du dessus. Un début de pollution sous-marine serait très fâcheux, voire dangereux, et à ce jour aucune information n'a filtré."

Nu sous son peignoir bleu en coton, assis sur son fauteuil il se prélasse en regardant un film d'action : "La vengeance des hommes-requins", qui se passe au plus profond de la mer, avec son acteur préféré : James Scartex. Deux bandes de colons se disputent une portion de mer, puis une île, alliant karaté, plongeons infernaux, sabotages, avec deux zestes d'érotisme et d'héroïsme. Le film en est à son dénouement quand la montre de Christophe lui envoie une légère décharge électrique.
"Oh non, merde, pas une attaque maintenant ! Saletés de pirates !", maugrée-t-il tout en s'habillant de sa combinaison de combat, aussi pratique pour l'eau que pour l'air. Il s'est précipité à son poste, à l'aile Nord de la ville, au milieu de ses congénères de lutte, prêt à activer les batteries de lance-missiles, situées à hauteur des coussins d'air, pour protéger ceux de leur ville et détruire les coussins ennemis afin d'envoyer par le fond cette ville-pirate. Les villes-pirates sont nombreuses, n'ayant pas su gérer leurs réserves et se trouvant sans rien pour troquer, elles doivent se servir sur d'autres; les places étant comptées dans chaque ville, aucun survivant n'est envisageable ! Déjà la bataille fait rage, Toulon-Sud a trois des cinq réservoirs d'air perforés, et elle commence à rejoindre le cimetière des villes-pirates, ayant osé aborder Biarritz-Nord !! La vérification immédiate est faite pour s'assurer de l'état de la ville, surtout des coussins, seule partie vulnérable de cette méga-citadelle. Le résultat étant négatif, les armes rangées, chacun rejoint son occupation : pas eu besoin d'un raid en autoscaphes blindées. Deux attaques par semaine, le rythme a baissé, depuis que la municipalité a décidé de rechercher un bout de terre pour poser la bulle. L'armement peut y être mieux installé, les coussins à l'abri d'un mur de protection, et éventuellement une récupération de terreau, après décontamination. Le terreau a une bonne côte pour le troc, et les échanges entre villes. A huit cents kilomètres près, la ville a fait, pendant dix ans, le tour du monde, et des îlots minuscules ou déjà occupés ont été la seule rançon d'un tel voyage !! Heureusement, Biarritz-Nord a assez d'autonomie pour vivre cent ans, et plus avec le troc. Biarritz-Sud, hélas avait péri lors d'un affrontement contre strasbourg-est. Des bons copains de Christophe étaient morts, certainement dans des circonstances atroces : les réservoirs d'oxygène servant à la respiration étant aussi sous la ville, ils sont les premiers à exploser en cas de chute de la bulle; l'autonomie d'air est alors de quatre heures, largement le temps de voir venir la mort !!

Pas de chance pour Stéphane, pourtant bien parti au début; voilà dix ans à ce jour qu'il avait été remarqué pour ses possibilités physiques et surtout pour ses capacités respiratoires. Il avait été enrôlé par des responsables municipaux, suite à des épreuves sportives et des tests d'endurance dont il était sorti grand vainqueur, laissant très loin les autres concurrents, et Christophe avec. Ils se connaissaient depuis l'enfance et leur amitié avait tenu jusqu'au départ de Steph; depuis, plus de nouvelles !! Muté sur Biarritz-Sud, cette nouvelle vie de privilégié lui était apparemment montée à la tête, ne daignant pas renouer, peut-être par honte, avec ses anciens amis ! Aujourd'hui, tout cela n'avait plus d'importance, car il avait perdu la vie pour une promotion en service d'élite et un mauvais choix de ville ! Le grand gagnant se trouvait être le moins bon des deux.

Une autre décharge au poignet sort Christophe de ses pensées, cette fois pour un renfort sur un contact. Le contact ou l'art de créer des pactes de non-agression, l'art du commerce entre villes, l'échange, à durée déterminée d'urbains. Chaque ville-bulle a quatre sas, un par point cardinal, qui servent aux sorties et entrées des habitants, et aux contacts. L'appel de renforts signifiait un troc important en quantité ou un risque d'invasion. Certaines bulles, en fin de ressources tentent un bluff sous-couvert d'intentions amicales, pour s'emparer d'une autre bulle mieux équipée. Cela demeurait quand-même rare, l'intensité des échanges et leur périodicité, référencées sur le tableau mondial des tractations, transmis par satellite, aidait à connaître l'état de ses associés. Tout nouveau contact mobilisait tous les guerriers, sur la défensive. Christophe avait assisté, une seule fois, à un tel massacre sur londres-ouest. Les siens avaient senti le piège, et la bulle ennemie, ses urbains exterminés, avait été pillée de ses restes, victuailles, oxygène, outils et meubles, puis envoyée par le fond. Il était trop jeune pour y participer, mais l'horreur des méfaits commis lui était gravée à jamais !!!
En arrivant au sas Nord, il sait, au vu des marchandises alignées de part et d'autre, que les renforts sont là pour la quantité; un soulagement lui parcourt l'échine sous la forme d'un frisson. Deux heures plus tard, tout est fini, les bulles s'étant séparées, il regarde Paris 5 s'éloigner, regrettant de n'avoir pas revu Sonia, malgré les vingt-quatre heures de présence de sa bulle si distrayante avec son parc d'attractions. C'était l'une des bulles de loisirs, où il fait bon vivre, surtout avec une hôtesse aussi sexy que Sonia. Une main vient se glisser sur sa taille, douce et familière : Sonia n'est pas repartie, constate-t-il en se retournant, aussitôt il l'enlace, l'embrasse avec fougue, qu'elle lui rend bien; la paix est prononcée ! La sérénité suit dans la chambre, une réconciliation exemplaire, une osmose sexuelle parfaite, se prolongeant une grande partie de la nuit, dans la fièvre de leurs corps emmêlés.
Le matin les retrouve lovés, sereins, harmonie que vient détruire la phrase assassine de Sonia :
"Puisque tu ne me crois pas, allons plonger et je te prouverai que j'ai raison ! ?"
- Oh non ! Elle recommence; quand elle baise, elle est bonne, dès qu'elle parle, quelle conne ! Christophe va lui répondre sèchement quand il se ravise, prêt à essayer pour prouver une fois pour toutes qu'elle a tort ! La douche et le petit déjeuner pris, ils se rendent au parc, prennent l'autoscaphe et sortent de la ville par le sas sud, Sonia au joystick, sorte de manche à balai ultra précis dont la sensibilité évite bon nombre d'accidents. Elle fonce sur la surface, presque cent milles marins, effectués en trente minutes grâce à l'option "turbo / conduite automatique»Les combinaisons enfilées, Sonia règle la descente du véhicule à mille cinq cents mètres, soit la limite, en pleine zone interdite. Christophe lui rappelle les dangers, mais poussé à bout par son côté têtu et "madame je sais tout", il ira jusqu'à braver la zone interdite ! Ils sortent et pénètrent dans l'univers aquatique; après avoir traversé des passages dangereux, entre des blocs de ciment en équilibre tangent, harponné un requin mangeur d'hommes, de femmes aussi peut-être ; ils nagent vers un cimetière d'épaves. Là, Sonia fouille avec une ardeur décuplée dans les décombres, découvrant un passage muré, insensible à toute tentative d'ouverture. Dépitée, elle fait signe à son compagnon de rebrousser chemin. Plusieurs autres essais dans d'autres passages, tous aussi clos, les font rentrer à l'autoscaphe, pour prendre des outils. Christophe en profite pour jubiler un peu, fier de sa victoire :
"C'est terrible ton refus d'admettre que tu t'es trompée, alors qu'il est évident que tu n'as pas pu déjà emprunter ces passages complètement fermés..."
- Tu es plus hermétique que ces passages, d'ailleurs nouvellement bouchés ! J'y suis passée la semaine dernière, et derrière, cela vaut le déplacement ! J'ai encore une flèche à mon arc. Viens..."
Glissant grâce à leurs ceintures hydroélectriques, Sonia marque l'arrêt à côté du cadavre du requin, sort son couteau, lui ouvre le crâne, laissant apparaître un amas de fils, de microprocesseurs : un robot ! Christophe reste hébété sous sa combinaison, se demandant ce que l'on peut vouloir protéger, et donc cacher à de telles profondeurs ??
Leurs outils s'avérant inopérants, les amoureux explorateurs rejoignent leur base en fin de journée, sans aucune allusion triomphante de Christophe, trop dubitatif sur le rôle du requin-robot, et puis les trappes doivent bien déboucher quelque part. Toutes ces questions trouveront certainement leurs réponses au prochain conseil municipal, programmé dans deux jours. Même l'ardeur sexuelle pâtit des efforts des complices, et le sommeil prend vite le pas sur l'amour, une nuit très agitée pour Christophe, dont l'inconscient ébranle les piliers de ses convictions. Les deux jours séparant du conseil sont passés très vite dans un abrutissement au travail. Le soir de la réunion, dans l'immense gymnase, attenant à la piscine et aux terrains de sports, tous les édiles municipaux, les représentants de quartiers, et les urbains intéressés s'activent sur les questions diverses, celle écrite sur le cahier des doléances par Christophe "Qu'y a-t-il sous les trappes dans les zones interdites ?" n'est même pas abordée, et la session se termine dans la banalité habituelle, par un pot offert par la municipalité ! Deux dizaines de gardes militaires sont là, guettant les urbains, vérifiant des identités, posant des questions sur le respect du règlement, interrogeant sur les lieux de déplacement des autoscaphes ces derniers jours. Certainement à cause du requin abattu, quant à la question, n'étant pas nominative, Christophe se sent serein, sauf à la question d'un garde:
"Bonjour Urbain Christophe MALLARD. Où vous êtes-vous rendu voilà deux jours ?
- Salut, Urbain-militaire, j'ai été dans une immense fosse faire de la plongée...
- En pleine zone interdite, après avoir tué un gardien ! Veuillez me suivre, je vous prie."
Là, bien joué, l'autoscaphe est donc un mouchard, enregistrant tous les déplacements, et lui, il est dans la merde ! Heureusement, Sonia a été chez sa tante, et rien ne prouve sa présence ce jour-là; son esprit va très vite, aussi vite que le bullex qui les amène à la Mairie, cette soucoupe volante sur coussin d'air réservée aux forces officielles. Il reconnaît sa "plantation" juste en dessous, et espère y faire un tour après ce contretemps pour vérifier la pousse des carottes plantées hier. La mairie ressemble à un palais, où les fils succèdent aux pères, choyés, élevés en son sein, faisant partie d'une élite, état naturel depuis la nuit des temps. Dans la cour, le bullex des municipaux est déjà garé, à croire qu'ils étaient pressés de rentrer. La façon musclée dont deux militaires le conduisent dans une pièce lui fait penser être la raison de tant d'urgence. Un édile le reçoit, affable, lui tendant la main, et le priant de s'asseoir tout en sermonnant les gardes pour leur manque de tact.
" Ne leur en veuillez pas, la délicatesse n'est pas dans leur programmation. Nous avons bien reçu votre interrogation, et je vais vous satisfaire en personne, uniquement par peur de brusquer tous les urbains trop sensibles. Mais avant, acceptez cette tasse de café.", lui dit la personnalité, la quarantaine, en smoking bleu, en lui tendant le divin breuvage.
Ses membres commençant à se décrisper, il ouvrit avec peine la mâchoire pour ingurgiter la boisson salvatrice; en quelques minutes, il était vraiment devenu inquiet pour sa liberté, voire sa vie. Méchant stress, l'adrénaline poussée plein pot, et une descente en douceur offerte par ce charmant personnage. Un énorme mal de tête le prend, juste en reposant sa tasse, suivi de sa vision qui devient floue, l'impression de s'évanouir, son corps qui le lâche, puis plus rien !
" Urbain Mallard, remettez-vous, respirez, ça va aller mieux ! Vous avez eu un étourdissement, certainement trop de travail ! Je vous prescris une semaine d'arrêt, confiné à la maison. Au revoir."

Allongé sur son lit, Christophe essaye de se rappeler son activité de ces derniers jours, sans le moindre succès. Anéanti, il tombe dans un sommeil réparateur, long d'une journée, dans une béatitude enfantine, traversant des périodes de son enfance, satinées d'ours en peluche, de dessins de soleils, d'étoiles, de soldats du renouveau, une vieille série télévisée, puis ses parents le cajolant, l'entourant de tout leur amour, leur disparition lors d'une sortie en mer, la protection et la confiance des municipaux qui lui ont fait faire des études, l'ont poussé dans la botanique...
"Christophe, debout, il fait très beau, nous sommes en surface, il est deux heures de l'après-midi, tu as assez dormi..."
Un tel débit sous une voix aussi sensuelle, cela ne pouvait être que sa chérie, Sonia.
"Bonjour, chérie. Ca fait un bail que je ne t'ai pas vue, presque quinze jours."
- Eh oui, mais maintenant je suis là, pour te soigner, suite à ton surmenage ! Tu as dormi un jour, et deux nuits. Bien remis ? "
Sonia joue bien la comédie, évitant toute allusion à leur sortie, persuadée qu'il n'a pas éventé sa présence pour la protéger, et sûre que le soi-disant surmenage n'est autre qu'un lavage de cerveau, un reste de dé mémorisant. Elle s'en veut d'être la responsable des problèmes de son amant et ami ! Deux mois passent sans autre problème, si ce n'est une petite surveillance dont fait l'objet Christophe, téléphone et appart sur écoute, filatures lors de ses déplacements, mise en panne grave de son autoscaphe . Ses sorties en mer, dessus et dessous se passent entouré de deux gardes, pour sa sécurité officiellement. Sonia a contacté son groupe de résistance, qui lui a mandaté Vincent pour l'aider à sortir Christophe de cette situation; c'était bien eux les responsables de sa prise de conscience. Vincent arrive un soir dans l'appart de Christophe, avec des photographies qui vont changer sa destinée : dans un niveau inférieur des villes-bulles, des mouroirs sont installés, où des hommes et des femmes, harnachés de tuyaux et d'appareillages, aident à la production d'oxygène, au détriment de leur santé et de leur vie, et là, au milieu d'un groupe de respirateurs, Christophe reconnaît Steph.
"Une opération leur a inversé le système de respiration, absorbant du gaz carbonique, rejetant de l'oxygène récupéré pour la bulle et l'intérêt de tous. Ce sont tous des gens ayant douté et lutté pour prévenir les autres. Il y en a même d'anciens des services d'élite, dégoûtés de certaines de leurs missions trop inhumaines, comme infiltrer des villes pour détruire leurs ressources et les forcer à devenir pirates... Notre organisation de résistance existe dans chaque ville, underground, bien structurée, indétectable car trop pyramidale; il leur est impossible de nous avoir tous ! Nous voulons en arriver à instaurer la démocratie, l'élection des maires et conseils municipaux par le vote de tous, et donc une meilleure transparence, ce qui évitera tout dérapage : plus de mouroirs, plus de dé mémorisant, plus de guerres !

Le lendemain, avec l'autoscaphe de Vincent, trafiqué pour donner de faux déplacements, les deux gardes de Christophe neutralisés au dé mémorisant, le trio fonce sur la grande plaque recouvrant le fond de la mer par endroits, éliminant deux gardiens-requins, détruisant une trappe pour s'engouffrer. Là, vision d'horreur, un éclairage permanent et violent, issu de tous les déchets nucléaires, centrales, stockés dans des containers barrés du symbole nucléaire, des produits chimiques, une vraie décharge scindée en plusieurs endroits de la mer !! Dans un autre stockage, ils trouvent des morceaux de métal, et des documents :
" Des restes d'un monument appelé Tour Eiffel, et des preuves de la guerre atomique en 2010, où les gagnants se sont donnés les directions des villes, puis transmises entre générations, sans opposition jusqu'à nous !", déclare Vincent, dès leur retour au véhicule.

Rentrés dans un silence de plomb, Christophe est abattu de tant de découvertes macabres, s'excusant au passage auprès de Sonia, relisant les documents relatant toute l'histoire de la Terre, une genèse pitoyable où l'homme s'est montré lamentable, gâchant un univers paradisiaque. Christophe lit aussi que la pollution ayant rendu les humains stériles, seules les fécondations in-vitro sont possibles, jusqu'à l'épuration des stocks, prévue pour 2063 !!!

Christophe avait toujours pensé que des bulles-écoles assuraient l'éducation des enfants jusqu'à leur majorité; il faisait partie de la dernière tranche de naissances ! Après tout, c'était peut-être mieux ainsi, évitant à d'autres générations le manque d'avenir qui était désormais son fardeau ! Depuis son appartement, Christophe contemple les plantations en train de brûler, imaginant ces avenues du temps où des automobiles roulaient sur le bitume, pas encore remplacé par les fosses de culture.

Rangeant le jerrican d'essence et la torche, Christophe allume le mur-télé pour connaître l'état de la révolution dans les autres villes-bulles, surtout celles de Sonia et de Vincent !







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