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La tour


Auteur : NICOLAYEV Nicolas

Style : Conte







Dans son élan vaniteux et téméraire qui transperçait le ciel, la tour dégageait un pouvoir fascinant. Son effort de grandir était pareil à celui que fournirait une aiguille dans l'intention de troubler la mer en la piquant. Par-dessus le paysage de bétons légers et téméraires qui se chevauchaient, s'entrecroisaient, faisaient le gros dos ou le col de cygne, en travers d'un ciel supporté à bout de doigts d'antennes, couché sur le hamac des fils, elle se dressait telle 1e chandelier d'une église planétaire, lançant des éclairs à queue rouge et verte, luminescents dans la lumière.
Subjugué par l'ordonnance de ce grand désordre, la majesté fabuleuse du monument libéré de toute pesanteur dans ses lignes droites et arquées, qui formaient un canevas étincelant de chrome et de verre, Nicolas Nikolayev s'arrêta, se retint d'une main à un poteau de signalisation comme s'il eut craint d'être aspiré et anéanti. Et il est vrai qu'elle écrasait la vue, cette tour gigantesque ancrée de tout son poids sur ses huit pattes de béton blanc dont les talons s'enfonçaient à l'angle que les avenues formaient deux à deux en se rencontrant.
Nicolas Nikolayev lâcha le poteau et, secouant la tête, se dirigea, suivi par son ombre, vers le pied d'une arche pour pénétrer dedans. L'arche était creuse. Un long tunnel éclairé au sodium ronronnait dans ses escaliers mécaniques dont l'un s'élevait et l'autre descendait, transportant avec lui des ombres stratifiées et falotes.
Il se laissa enlever vers les insondables hauteurs.
- Pardon, bien pardon, jeune homme ! S'excusa une voix chevrotante. Nous nous connaissons, n'est ce pas ?
Il se retourna pour dévisager la dame qui l'interpellait. C'était une petite vieille en deuil - elles sont toutes vieilles, et petites, et en deuil - elle s'agrippait des deux mains aux rampes et se tenait maladroitement, presque assise sur les marches, serrant à la hanche, telle une mitraillette, un parapluie dont pointait la tête, en forme de pointe de lance.
- Je ne pense pas, fit-il, après une brève hésitation.
- Jouez-vous parfois au cerceau ? reprit la vieille. Peut-être aux billes ? Oui, oui, je me souviens ! - Elle battit des mains - nous avons joué ensemble au cerceau.
- Ni au cerceau, ni aux billes, coupa Nicolas, en se renfrognant.
- Ah ! J'y suis. Vous écrivez des livres ?
Nicolas Nikolayev baissa la tête et surveilla, d'un oeil trop intéressé que pour l'être vraiment, la cheville de la jeune femme qui le précédait, et qui tenait, par la main, un enfant. Par-dessus le silence oppressant qui rayonnait alentour, on percevait plus distinctement le ronronnement tamisé d'un moteur, le glissement feutré des pas, les quintes de toux, les murmures, les soupirs, les plaintes.
- Prout ! Prout ! fit la vieille, expirant son mépris. Poète ! Il ne manquait plus que cela ! Et ajustant sa mitraillette sous son bras, elle haussa les épaules et se détourna.
Devant, la cheville de la nurse se souleva, signalant que le tapis roulant atteignait un palier. Nicolas Nikolayev constata que sa propre cheville faisait de même ainsi que, derrière lui, la cheville de la petite vieille. C'est ainsi, qu'ils débouchèrent ensemble sur une esplanade en plein vent. Surpris par le vent cinglant et froid, Nicolas Nikolayev boutonna son veston, en releva le col et s'avança derrière la nurse et l'enfant qui, les yeux au ciel, semblait hypnotisé par la beauté effilée de la flèche. Celle-ci se dressait au centre de l'esplanade telle un fusée interplanétaire sur sa rampe de lancement. Evasée à la base, elle montait contre le ciel, en se rétrécissant, défilant à perte de vue ses étages luisants, pointillés de hublots comme autant de soleils.
"Sur la tour il y a des corbeaux ô ô, des corbeaux verts, des corbeaux rouges..." chantonna-t-il pour lui-même, reprenant les paroles de la chanson que fredonnaient des écoliers qui tournaient en rond, main dans la main tandis que des vieillards caressaient le ventre dénudé d'une Vénus en cuivre repoussé scellé à front de mur. Les plus fervents l'embrassaient sur le nombril. Gravé dans le socle, on, pouvait lire : « Je donnerai du sucre aux pauvres, de l'Omega3 aux faibles, de la coke aux impuissants ; je donnerai fertilité aux femmes et à la terre, la foi à ceux qui doutent, la parole aux bègues, et ferai grandir les enfants. Je montre la voie à suivre à ceux qui la cherchent. A tous, j'apporte une seconde jeunesse, la certitude de vivre longtemps ".
Nicolas Nikolayev gagna la balustrade qui surplombait, à plus de huit cents pieds, le carrefour octopode et dominait les collines aux alentours. Déchirées par les balcons, les jetées de béton et les courants d'air, les rumeurs de la cité montaient jusqu'à lui en crachotant. L'appel aigu d'une sirène égratigna le murmure balancé de l'air. En bas, les véhicules, fourmis laborieuses, regagnaient leurs fourmilières ou s'en éloignaient, en un cheminement têtu, se séparant pour se rejoindre ensuite à quelque carrefour intermédiaire et descendre à nouveau, par rang de quatre, pour s'engouffrer sous les arches géantes, et disparaître à jamais.
- La maison de papa, où elle est ? demanda le garçonnet déguisé en mousse, et qui tentait pour mieux voir, de grimper, dans les haubans de sa nurse. Celle-ci le prit dans ses bras, et l'index pointé vers l'est, dit.
- Tu vois, là-bas, sur la colline ?
- Où ça ?
- Là-bas, voyons : tu vois ?
- Où ça ? reprit le gosse, observant tour à tour, la nurse, la flèche et Nicolas Nikolayev qui se trouvait à côté.
- Regarde et suis mon doigt, conseilla la nurse, très douce.
- Pourquoi tu ne l'essuies pas toi-même ?
- Je te dis de suivre mon doigt ! Là, tu vois maintenant ?
- Oui, dit le polisson résigné, examinant avec circonspection le doigt humide de sa nurse. Et après ?
- Après, c'est le jardin à papa, déclama la nurse.
- Et maman alors ?
- Maman ou papa, c'est tout pareil ; on t'aime.
- Qui t'aime ?
- Tout le monde, quoi ! C'est une façon de parler.
- Et après ?
- Après, c'est tout, trancha la nurse excédée, puis souriant à Nicolas Nikolayev qui, surpris, détourna les yeux et feignit de s'intéresser à ce que racontait un professeur à ses élèves." Les services d'astrologie et de météorologie, de cosmologie occupent les trois derniers étages, expliquait-il. Ensuite vous avez successivement le bureau des voyages interplanétaires, la radiotélévision spatiale, le sanatorium, la police de l'air et, au vingt cinquième étage, le comptoir de dégustation de bol d'air". Tout en discourant, il s'était confectionné, dans un prospectus, un avion qu'il lança par- dessus le parapet. Aspiré par les courants, l'avion prit vite de l'altitude et disparut derrière un mur de soutènement. " Plus léger que l'air, commenta-t-il. Attraction et pesanteur, vous entendez ? Attraction et pesanteur... De ceci à vous demander cela, il n'y a qu'un pas. D'où vient le vent ? Personne ne répond naturellement. Le vent vient de l'eau et du soleil ; c'est de l'eau ensoleillée ". Il marqua un temps d'arrêt et reprit, pointant le doigt vers un avion qui traversait le ciel : " Du plus lourd que l'air - Force de portance - et si vous vous penchez vers la terre, vous entendrez les rumeurs qui en parviennent, tenues, déformées, vitesse du son : 340 m à la seconde. Bang ! Le mur du son vient d'être défoncé ! Rien n'échappe, mes enfants, à l'appétit insatiable de l'homme. La tour n'en est qu'un petit exemple ". Il se lécha les lèvres d'un rapide coup de langue, se lissa la barbichette et prophétisa ceci : "Machine à traduction instantanée pour l'an 2005 .Pour l'an 2O10 : occupation de Mars, ordinateur intelligent, ville sous-marine - la vitesse de la lumière battue sur le fil par une fusée en dents de scie. L'immortalité sera sans doute acquise pour l'an 2050.Qu'en dites-vous, hein ! Qu'en dites-vous ?". Et comme un enfant ravi de revoir sa vieille tante, il se mit à sautiller sur place en battant des mains. " Bon, revenons-en à notre tour ! Le socle de la flèche compte à lui seul, vous disais-je, quatre-vingt huit étages... ". Il se déchaussa le nez de ses lunettes, s'appliqua à en faire reluire les verres, et se rechaussant, dit : " Alors monsieur... voyons ? Monsieur ... ". Il chercha parmi les élèves celui que le hasard lui désignerait… " Graindorge, c'est ça, Grain d'orge " épela-t-il," Combien d'étages fait donc la tour, socle et flèche compris ?". Et sans attendre la réponse, il croisa les mains derrière le dos et gagna l'autre côté de l'esplanade, toujours suivi par ses élèves qui semblaient lui vouer une adoration extrême.
Nicolas Nikolayev interrogea du regard la jeune femme qui, réfugiée dans ses pensées, tapotait le nez de l'enfant.
- Excusez-moi, fit-il, à son intention, je reviens dans un instant. Et il se précipita vers le professeur. "Monsieur ! Monsieur le professeur ! »
Accroupi sous ses verres, celui-ci rentra le cou dans les épaules, et lorsque Nicolas Nicolayev fut à sa hauteur, il récita d'un trait :
- Que puis-je pour vous, mon enfant ? Vous avez perdu vos parents ? Et oui ! On rêve et on s'égare. Le rêve est bien mauvais conducteur comme le caoutchouc, par ailleurs, le plomb et le bois d'orient.
Nicolas Nikolayev se fit tout petit.
- Je voulais vous dire…vous demander pourquoi avez-vous omis de parler de la corniche aux oiseaux... et du parc aux singes ?
Le professeur parut se troubler; ce fut bref et à peine sensible; il se ressaisit aussitôt et, se raidissant, toisa Nicolas de toute sa dignité et de sa science outragées.
- Il n'y a plus d'oiseaux, plus de singes ! Voilà bien des sujets futiles et néfastes. A part nous, il n'y a rien... Et que personne ne s'avise d'emboîter le pas à ce fou ! hurla-t-il, hors de lui, en toisant ses élèves. Je prétends qu'il n'y a pas d'oiseaux et pas de singes ! En parler serait une perte de temps, et notre temps est compté.
- Il y aura toujours des oiseaux, soutint Nicolas d'une voix sourde, des oiseaux rouges, verts, noirs et blancs, des oiseaux chantants. Entendez les pépier ! Quelle merveilleuse musique ils font !
- Vous délirez, lança le professeur, et sa voix aiguë traversa l'esplanade, en tous sens, portée et déportée par les vents. Fait-on le monde avec de la musique ?De la musique d'oiseau ou de la monnaie de singe, c'est du pareil au même. Fou que vous êtes, fou je vous dis !". Et son insulte fila, telle une balle traçante, dans la pénombre qui s'installait doucement au-dessus de la ville. On la vit traverser l'esplanade, prendre de la hauteur, puis perdre de la vitesse, décrire une courbe et tomber, fleur fanée, sur une terrasse au milieu des fleurs et des pots." Fou à lier ! " conclut-il définitivement en se détournant, pour s'éloigner d'un pas pressé, suivi, comme son ombre, de ses élèves silencieux et tremblants.
Comme Nicolas Nikolayev revenait, dépité vers la nurse, celle-ci croisant les mains en geste de supplication, tomba à genoux et dit : "Je suis pour vous. Ils ne peuvent mourir. Les oiseaux ne peuvent mourir, et les singes sont charmants !"
- Je vous en prie, fit Nicolas attendri, pas d'adoration vaine. Relevez-vous ,amie !
- Je le dirai à papa ! Je le dirai à maman ! hurla le mousse. A papa ! A maman ! Moi, je veux voir les singes avant. Il tapa des pieds et cracha dans les mains de sa nurse.
- Oh ! Oui, fit celle-ci, à l'intention de Nicolas... Et après, le gosse sera content, et nous pourrons nous aimer sur un banc.
- Je le dirai à papa ! À maman ! enchaîna le mousse. A papa, à maman ! Et il pinçait les cuisses de sa nurse.
Ils prirent donc l'ascenseur qui menait au parc aux singes.
-O la pesanteur ! O l'attraction ! Soupira Nicolas Nikolayev. se collant à la nurse. "L'attraction '" répéta celle-ci, en lui souriant tendrement...
Main dans la main, ils débouchèrent ainsi sur une plateforme fleurie envahie par des enfants turbulents et des nurses attentives.
Dans les fourrés, on entendait pépier les oiseaux bleus et caqueter les singes. A l'ombre des parasoliers, des autruches, fort plaisantes sous leur bonnet de dentelle rose et dans leur tablier blanc amidonné, desservaient des buffets de dégustation. Des kangourous tenaient la caisse, et les pièces d'argent tintaient comme des grelots dans leur grande poche ventrale. D'autres kangourous, colporteurs attitrés, sautaient de groupe en groupe, et vendaient des cacahuètes, des marrons, des amandes, des flacons de ciel bleu pour les oiseaux bleus.
Se frayant un passage à travers la colonie d'enfants qui piétinaient les plateformes, Nicolas Nikolayev, la nurse et le mousse gagnèrent le fond du jardin où, devant un portail en arc de triomphe, tressé de palmes, un singe en uniforme de portier, faisait les cents pas. Lorsqu'il les aperçut, il sauta au cou de la nurse très cérémonieusement.
- Bienvenue au quartier des singes ! Entrez et faites comme chez vous ! déclama-t-il, en hôte stylé.
Nicolas Nicolayev ne résista pas à l'envie de lui tapoter gentiment le museau, et ils pénétrèrent tous quatre dans le domaine, tandis que la grille se refermait sur eux.
Le portier avait les yeux ronds et brillants d'un enfant de génie, le nez petit, les lèvres minces, les moustaches assorties à son pelage doré. Assis à califourchon sur les épaules de la nurse, il ne cessait de se gratter la peau de ventre, avec la virtuosité et l'apparente indifférence d'un guitariste professionnel condamné à jouer de son instrument devant un micro non branché. De temps en temps il s'interrompait, observait quelque chose quelque, part, puis reprenait sa guitare. Fatigué, semble-t-il, il la laissa soudain tomber et, le nez bas, les sourcils froncés, se mit à fouiller avec une frénésie débordante, la chevelure de la nurse. Ne trouvant rien là à se mettre sous la dent, il la quitta et bondit sur l'épaule de Nicolas Nicolayev, puis s'installa définitivement dans les bras du mousse qui le réclamait à grands cris.
Devant la tribune imposante sur laquelle ils avaient été invités à prendre place, une compagnie des singes, rangés sur une longue file, au garde-à-vous, les attendaient.
- Présentez arme ! hurla un sergent-major qui portait les moustaches de son grade.
Parfaitement drillés, les ouistitis, dans un ensemble parfait empoignèrent à deux mains leur longue queue de soie, et la ramenant par devant eux, la dressèrent à la verticale, comme un fusil de parade.
Le portier expliqua
- Ils vous rendent les honneurs.
- A nous, et pourquoi donc ? s'enquit Nicolas.
Le sergent-major fit un demi-tour, s'avança à pas mesurés et posant sa queue successivement sur l'épaule de Nicolas, de la nurse et de l'enfant, déclama d'une voix émue et académique :
- Au nom de la compagnie, je vous nomme "Membre d'honneur de l'Association Sans But Lucratif des Ouistitis Hurleurs !"
Il fit demi-tour, leva la queue et lança un ban.
- Ouïs !
- Titi ! , répondirent les singes en choeur.
Le portier colla alors son museau à l'oreille de Nicolas :
- L'homme se distingue du singe par son goût prononcé des discours, souffla-t-il sentencieusement.
- Oui, oui un discours ! Un discours ! réclamèrent les singes. Et brisant les rangs, ils entourèrent Nicolas Nikolayev, et le pressèrent de s'exécuter. Comme il tardait, certains s'énervèrent, se mirent à grogner et l'un d'entre eux brisa à coups de queue la vaisselle en porcelaine destinée au cocktail.
- Faites gaffe, prévint le portier, ils sont très irritables.
Ahuri, Nicolas Nicolayev serra la main de la nurse, y cherchant réconfort et inspiration, se racla la gorge...
- Mes amis, mes amis, un peu de patience !soupira-t-il. Il me faut rassembler mes mots et les disposer un par un à la place qu'il convient !
Il ramassa un pétale de rose peint sur une porcelaine brisée, le caressa du bout des doigts, lui donna un baiser, et l'offrit à la nurse qui le pressa sur son coeur.
- Je le dirai à papa ! Je le dirai à maman ! miaula le garnement.
- Mes amis, mes chers amis, reprit Nicolas, la chaleur de votre accueil nous a émus jusqu'aux larmes. Nous vous aimons. Vous êtes nos frères, même si parfois la folie vous égare, et vous pousse à des galipettes pas toujours recommandables…-un murmure de désapprobation le fit hésiter-cependant je vous pardonne, car vous apportez tant de joie et de spontanéité dans votre démesure que vous vengez en quelque sorte la condition qui nous est faite, à nous, pauvres humains, qui nous distinguons de toutes les espèces animales par notre sérieux... -Il les entendit rire-.. Et il n'en est pas moins vrai que vu la constance que vous montrez à ...
- Continue sur ta lancée, petit ! tu es sur la bonne voie ! lança un singe.
- Vas-y, lança un autre, tu es dans le ton !
Le singe portier lui tira l'oreille.
- Alors quoi ? On s'endort ?
- Mes amis, mes bons amis, je disais donc que c'est un réel plaisir pour nous trois que de nous trouver ici, et un plaisir aussi grand pour vous que de nous trouver là …( La bande du magnétophone se cassa. Ce fut vite réparé)…d'autant plus que tout ceci n'a pas de sens, et en aurait-il, qu'il serait néanmoins ridicule d'y attacher de l'importance. On tient trop à ce qu'une histoire ait un commencement et une fin, mais c'est là, n'est-ce pas, une déformation et un préjugé inexcusables, car la vie elle-même a-t-elle queue et tête ? Quand nous sommes entrés dans ce, jardin, était-ce le commencement ? Je vous rencontre. : est-ce la fin ? Il est, voyez vous, très difficile de faire la part des choses et d'organiser ce qui ne demande pas de l'être. Peut-être l'événement est-il déjà terminé ?
- Oh ! Non ! fit la nurse, en se cachant les yeux dans les mains, non !
- De toute façon, aussi grotesque que soit ce problème, il mérite d'être posé, proposa Nicolas Nikolayev. Dès que j'aurai tout éclairci, Je vous promets solennellement de vous en rendre compte. Je suis venu expressément pour vous faire part de cette intention. Vous êtes les premiers concernés, et vous en serez les premiers avisés. D'ailleurs le temps et le bonheur sont étroitement liés !
Il caressa d'une main distraite la tête du mousse et donna une tape sur l'arrière-train de la nurse.
- En attendant, il faut s'armer de patience, soupira-t-il.
I1 les fixa dans les yeux.
- Mais je sais qu'envers et contre tout, je peux compter sur vous.
- Vous avez parfaitement raison en cela, approuva le sergent-major. Nous sommes avec vous de queue et de tête.
Il claqua dans ses doigts et les singes, à ce signal, se détendirent, aggripèrent les basses branches d'un parasolier et entamèrent une partie étourdissante de voltiges. Tandis que certains d'entre eux virevoltaient là-haut à donner le vertige, d'autres vinrent, tour à tour, faire aux pieds du trio, leur petit solo de contorsions et de pirouettes. Leurs tours étaient si imprévus, leurs esquives si promptes, leurs grimaces si bien venues, que Nicolas Nikolayev, perdant son sérieux sentit le rire lui chatouiller la gorge, lui remplir la bouche, et puis lui sortir par le nez. Ce fut "psitt", d'un rire retenu, 'mpêmpê" d'un rire qui s'échappe et "ha ! Ha ! Ha !" d'un rire aigu et nerveux. Pince-sans-rire, les singes multipliaient les trouvailles et les incongruités, faisaient la toupie sur la tête, imitaient la démarche du kangourou sauteur, liaient leur queue deux à deux tandis qu'un troisième y venait sauter à la corde ou s'en faisait une balançoire ou un hamac, le temps de rêvasser et de brûler un cigare, ou encore, jouant au fildefériste, empruntait ce pont de queues pour passer d'un singe à l'autre, ballerine académique en blanc tutu.
-Oh ! Que c'est bon ! reprirent en chœur Nicolas et la nurse, bien décidés à mettre au clou leur réserve. Jetant, au diable, l'un son melon, l'autre sa cornette, il se laissèrent tomber dans l'herbe." Que c'est bon ! Que c'est bon !",c'est là tout ce qu'il trouvait à dire, entre leurs rires et les larmes de leurs rires, entre les audaces de leurs doigts qui s'amusaient ,comme deux petits crabes,à se chatouiller l'un l,'autre ,en poussant des petits cri, des « kili kili », des. « Hihihi…haha ha», et ensuite des soupirs ressemblant à des râles d'amour.
Tandis que par--dessus, les singes continuaient de voltiger en tous sens, dans les acacias, à donner le vertige, Nicolas Nicolayev voyaient tourbillonner, dans les yeux de la nurse, des papillons orange et or, tachetés d'herbes et d'étoiles, et bientôt il se retrouva les mains remplies du corps duveteux de la nurse dont les seins roses, à force de tressauter, avaient déchiré le corsage et prenaient l'air et la liberté.
- Et moi, et moi, pour quoi je compte ? protestait le mousse dont ils avaient oublié l'existence
Aussi très en colère, il ouvrit sa braguette et, prenant la pose du "mannekenpis", agitant son zizi, en tous sens, il pissa sur les amoureux."Je le dirai à maman, je le dirai à papa ! hurlait-il, arrosant largement les deux complices qui ne sentaient et n'entendaient rien, tout accaparés par un frénétique plaisir.
"A mammanmanmanman ! A papa ! A mamannananan! A papapapapa, répétait sans fin le bambin, et ses cris se perdirent dans leur propre écho.







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