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Entre ciel et terre


Auteur : COVIN Grégory

Style : Science-fiction







Il avait les yeux levés vers le ciel, et était le plus beau des êtres, le cœur empli d'espoir, l'esprit filant auprès des nuages, aussi vite que le vent. Sans s'en rendre compte, il s'était mis sur la pointe des pieds, comme pour se rapprocher encore un peu plus de ce lac étincelant qui glissait au-dessus de nos têtes. Bien entendu, mon regard se posa sur la terre, cette terre que j'aimais tant et qui avait été toute ma vie. Cette terre qui m'avait toujours fasciné plus que tout autre chose, et qui était aujourd'hui dédaignée par celui que j'aimais le plus au monde.
Je rejoignis mon fils à pas lents.

Quand il sentit ma présence à ses côtés, il s'humecta les lèvres et sourit.
- Plus tard, je serai pilote, papa.
J'acquiesçai en silence. Qu'y avait-il d'autre à dire ? Je pensais à la ferme, au bétail. Je pensais à ce que j'avais construit de mes mains, au prix d'efforts qui souvent m'avaient paru surhumains. Un univers que j'avais façonné en sachant qu'il reviendrait à la chair de ma chair, qu'il prospérerait ainsi, une vie après l'autre, chaque génération y apportant son lot de souffrance et de joie. La terre était une enfant demandant une attention constante, une énergie se renouvelant avec les saisons et, sans doute, la sensation cruelle de donner sans rien recevoir en retour. Du moins pour ceux qui ne comprenaient pas un métier comme le nôtre. Tout simplement parce que ce n'était pas un métier mais une relation toute singulière avec la nature elle-même. Un échange constitué d’amour et de sueur, qui donnait naissance à des fruits d’une pureté inégalable, tout simplement parce qu’ils comportaient une part de nous-mêmes.

Aujourd’hui, la nouvelle génération soupirait d’ennui à l’idée d’un tel héritage. Nos enfants aspiraient à un savoir, à développer un intellect leur apportant un papier doré stipulant qu’ils n’étaient pas le dernier des imbéciles. Ils voulaient s’élever, jusqu’à désirer s’envoler vers les étoiles. Et la Terre était ainsi devenue un dépotoir, à force de regarder devant soi, vers cet avenir que l’on disait radieux et qui se montre toujours un peu plus terrifiant au fil des ans. Malgré cette réalité, malgré l’Histoire qui coulait devant leurs yeux comme une rivière gorgée de poissons à la chair empoisonnée, nos enfants buvaient et dévoraient d’envie ce futur façonné en conte de fées.

Je n’en voulais pas à mon fils. C’était sa vie, je ne pouvais au mieux que le conseiller, s’il avait l’envie de m’écouter. Il était loin d’être un imbécile, et il n’avait jamais eu besoin de me prouver ses facultés avec quelques morceaux de papier. Je n’avais jamais douté de lui. J’aurais été un imbécile de vouloir le détourner de ses rêves. Et je l’aurai perdu. Il n’y avait tout simplement rien à faire, rien à dire. Si sa vie à mes côtés, ses années à m’accompagner dans les champs et à travailler la terre, lui avaient appris qu’il fallait se battre et ne jamais renoncer pour obtenir les plus beaux fruits, alors mon univers lui avait enseigné sa plus importante leçon.

Tout ce que je savais, c’est qu’aujourd’hui je me tenais auprès de mon fils, sur mes terres, et que demain, dans une semaine, un mois, peut-être plus, ce ne serait plus le cas.
Tout ce que je savais, c’est que mon fils fixait le ciel tel un ange qui sait qu’il va bientôt rejoindre son paradis perdu, et que je pleurai, sans bruit, à ses côtés.







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