Connaitre je



Nouvelle écrite par Philippe BRAY dans le style Réflexion



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Assis sur mes water-closets en train de lire un article du national géographique sur l’Afrique, je tourne la tête en pensant à l’histoire de ce vêtement accroché derrière la porte ; c’est un adolescent qui me l’a donné, lorsque j’étais enfant et que j’habitais la rue des champs.
Chaque objet qu’il soit pratique ou décoratif à son histoire et est passé par plusieurs mains.
Ce vêtement est un vieux vêtement troué et usagé. Je ne sais pourquoi, je l’ai conservé, si ce n’est probablement pour son histoire qui me rattache à la mienne. En pensant à lui, vingt ans plus tôt ou vingt ans plus tard je me rappelle d’avoir été invité, par une tout autre circonstance à revoir celui qui me l’avait offert alors, pour éviter de la jeter à la poubelle.
C’était aux Antilles, cet adolescent qui est devenu un homme était en poste dans un emploi de mécanicien dans une compagnie aérienne, ici même, je me trouvais aussi. C’était dans une île sous le vent, celle où naquit Alexis Léger, le poète Saint-John Perse. Je ne le connaissais pas, alors. C’était pour d’autres raisons que je fréquentais cette géographie au milieu de l’océan. Je vivais ici comme les pauvres puisque pauvre j’étais moi-même. Ils étaient de peaux noires dans la grande majorité. En tant que blanc (béké ici), j’étais entre deux eaux. Pour eux, j’étais quelqu’un de suspect. Pour les blancs ; je devais être comme eux et être un des leurs et partager, à n’en point douter leurs valeurs.
Du moins, c’était l’impression que je ressentais. J’étais un jeune homme d’une vingtaine d’années en quête de curiosité, alors que je venais pour d’autres motifs. À mon invitation dans cette île (ma première et ma dernière), je retrouvais tout ce que j’avais quitté en m'éloignant de la métropole.
Reçu bourgeoisement, je n’avais jamais mangé et bu autant depuis plusieurs mois. La vue de la terrasse donnait sur un stade. Nous avons parlé de tourisme (la branche dans laquelle j’espérais trouver un emploi). Ils n’étaient pas cultivés et ne savaient rien de cette histoire de couleur de peaux aussi opposée que la blanche et la noire.
« Le livre de la Jamaïque » de Russel Banks que je lis en ce moment, me remet en mémoire mes fréquentations de jadis. Je me souviens d’avoir discuté avec plusieurs rastafaris. « Connaître je » était leur vision commune et entrait toujours dans leur considération ; elles étaient principalement religieuses en relations avec les « ancêtres ».



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