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La ballade de Garfield


Auteur : BAUWENS Jean-Paul

Style : Conte




Nono

Nono c'est mon meilleur copain, on s'est rencontrés au CP, depuis on ne s'est plus quittés.

Là, on est au super carrefour du coin en train de faire les courses de la journée, il n'a rien trouvé de mieux que de planquer une bouteille de whisky dans son parka (c'est son anniversaire), résultat, on s'est fait gauler par le vigile. Au lieu de s'écraser, Nono insulte le vigile, ce qui n'est pas fait pour lui plaire.
Ça tourne au vinaigre, je prends la défense de mon copain.
Le vigile appelle les flics, on nous colle en garde à vue, il y a déjà deux occupants, deux gars de la citée, des touche-à-tout, vols, drogue, bagarre. Ils sont issus de la même école que nous, mais n'ont pas retenu les mêmes leçons que nous.

On se reconnaît, on discute du bon vieux temps, celui du CP où l'on était gosse.
Ils sont sympas, ce petit voyage dans le temps nous fait du bien.

Mon père arrive pour nous récupérer, il est super mon père il ne nous engueule pas,
il ne m'engueule jamais en fait.
Leçon numéro un, je le dis et le répète : « ne jamais se faire prendre, c'est aussi la règle nº 1 des politiques, dit-il en riant ! »
On dit au revoir aux copains et l'on rentre chez nous.

Une fois chez moi, je vais directe dans ma chambre, j'adore lire surtout les contes de fées, je lis cela en cachette, je ne voudrais pas que l'on se moque de moi ! J'aime l'univers des contes avec les jolies princesses et les princes charmants sans oublier les dragons !
Une princesse j'en connais une, elle s'appelle Naïma.

Je ne sais pourquoi je pense à la bille magique de mon enfance, elle exauçait à sa manière certains de mes souhaits.

Naïma

Naïma c'est ma princesse, ce que l'on remarque tout de suite en elle, ce sont ses yeux, ils sont bleus comme la couleur d'un ciel sans nuage, c'est la sœur de Karim, l'un de mes compagnons de cellule touche-à-tout.
 
On sonne à la porte, c'est Nono avec sa bouteille de Whisky (il a fini par l'acheter) il tient vraiment à fêter son anniversaire. À voir le niveau de la bouteille, il a déjà commencé à le fêter en solitaire, sacré Nono !
Dans sa conversation que j'écoute d'une oreille, l'autre étant occupée à écouter une ballade de Renaud, il fait référence à un de ses copains qui lui a appris que Karim avait écopé de six mois fermes.

Le temps passe doucement entre mes petits boulots, mes journées de repos avec Naïma, sans oublier mes sorties rigolades avec Nono.
L'année touche à sa fin, j'ai eu mes dix-huit ans hier.
Naïma est inquiète, elle m'apprend que son frère est sorti de prison.

Je pense, je ne sais pourquoi à ma bille magique. Je l'ai retrouvé il y a longtemps, dans le bric-à-brac de mes souvenirs de gosse, elle était brisée en quatre morceaux.
J'ai rêvé de ma bille magique, comme dans tous les rêves, rien ne me surprenait. Ma bille était tantôt comme toutes les billes, mais de temps en temps une brume orangée l'enveloppait, elle était toujours bille tantôt avec un visage de fille ou de garçon, je ne saurais le dire, une grosse tête de chat roux et blanc se fondait dans leurs traits, je décidais de nommer ma bille « Garfield ».

C'était la première fois que je rêvais d'elle, jusque-là c'étaient de vagues souvenirs de mon enfance.
Rêve, réalité ? Elle était là, dans ma chambre.

Naima m'a foutu le blues en me parlant de Karim, il a tous les symptômes de la radicalisation religieuse (prison oblige). Je décide d'en parler à mon père, je lui fais part de mes craintes. Il me répond comme d'habitude, pas tout à fait comme d'habitude, il ne rit plus, il sourit avec amertume, « tu devrais parler à Karim, c'est un copain d'école un peu comme un frère ». Je regarde un truc crétin à la télé, je vais me coucher avant la fin (bisous à papa).

Dans ma chambre, allongé sur mon lit, je regarde la nuit par la fenêtre, le ciel est bien noir, plein d'étoiles. En voyant tous ces éclats de lumière, je me dis que jamais rien n'est perdu après tout, ce n'est pas difficile pour des fanatiques religieux de promettre comme à Karim une vie meilleure, pour un gamin des banlieues, elle ne peut être que meilleure. En regardant toujours les étoiles, je me dis que la violence, beaucoup d'entre nous y ont recours par réflexe d'auto-défense, mais pas lâchement comme cela se produit actuellement.

Ma bille magique recommence à faire des siennes. Je m'approche toujours la même brume orangée, les deux visages ont changé, je distingue celui de Naïma et de Karim et toujours le Garfield souriant.

J'en ai marre je dors.

Debout la vie est belle, il y a du soleil.
J'ai rendez-vous avec Naïma, elle se pointe avec un foulard sur la tête (un hijab, elle m'apprend).
Je le lui enlève, elle est bien plus jolie sans. Lueur de crainte dans les yeux, elle a peur de son frère. Commence à me gonfler le Karim, copain d'école ou pas.
On va au cinoche, La Belle et la Bête, beau conte de fées (mon miroir, similitude avec ma bille) on va au resto, globalement bonne, même très bonne journée, du moment que nous sommes ensemble.
Retour chez moi

Karim

Mon père n'est pas là. Il y a que des trucs nuls à la télé. Je décide d'aller dans ma chambre.
Une lueur orangée désormais familière ondule dans le bas de ma porte. J'ouvre, c'est mon Garfield, pareil que dans le miroir ou mur du film La Belle et la Bête, des images apparaissent.
J'ouvre la porte de ma chambre, Garfield est furax, il envoie des myriades d'éclairs et d'étincelles orangées dans les coins de la pièce, des visages défilent à toute vitesse. En m'approchant ça se stabilise, l'image de trois visages revient le plus souvent, celui de Naïma , Karim, Nono, puis tout redevient noir.

J'ai le souvenir du sourire doux amer de mon père, je dois voir Karim, comprendre ce qu'il lui passe par la tête.

Avec Nono, on décide d'aller chez lui. Sa sœur, ses parents sont là, il y a une drôle d'atmosphère, quelque chose a changé.

Karim est dans sa chambre.
Nono et moi demandons la permission d'aller le voir.

Karim est assis sur son lit, il fait la gueule.
Nono avec tact lui dit d'arrêter ses conneries.
Soudain, on dirait qu'il se réveille. Il nous explique son passage en prison.
C'est plein de gens différents, beaucoup de violence aveugle, la seule lumière vient des fous de Dieu comme ils se nomment, les intégristes. Ils sont puissants, ils vous protègent, en prison c'est pas mal. « Après quand on sort, on voit la vie de façon différente, tout est confus, je ne sais plus où j'en suis. »
« T'arrêtes tes conneries » répète Nono avec une lueur méchante dans les yeux.
 Les yeux de Karim lancent aussi des éclairs.
Ils vont se castagner !!!
« Ils t'ont promis quoi en prison ? » lui demande Nono « une vie meilleure ? Devenir un soldat de Dieu ? C'est du vent. Dieu, dans la Bible comme dans le Coran, c'est quelqu'un qui a plusieurs facettes, tantôt plein d'amour, tantôt égoïste et jaloux. On peut interpréter de mille façons ces deux bouquins. Choisis bien avant de semer la mort et la souffrance ! Ils t'ont promis, mais rien donné. Nous on t'a rien promis, mais on t'a donné notre amitié depuis longtemps et toi tu as fait de même ! »

Brusquement, c'est con, un souvenir, une image me revient en mémoire, c'était au patronage,
Nono faisait semblant de bouffer une grenouille. Il disait qu'elle pouvait respirer dans sa bouche et qu'elle ne risquait rien. Karim n'était pas d'accord, il a toujours adoré les animaux. À cette pensée, je rigole,  
ils me regardent comme deux cons et au bout d'un court instant ils se marrent.
C'est pas pour rien qu'on est copains depuis une éternité

Karim redevient sombre. « Barrez-vous », nous dit-il sans colère, « j'ai envie d'être seul ».
On fait ce qu'il nous demande, on le laisse seul avec sa tête pleine de doutes et de colère envers lui-même (du moins je l'espère).
On va boire une petite mousse, avant de rentrer, on discute de nos souvenirs de gosses, et chacun repart chez soi.

Chez moi, j'ai retrouvé ma bille en quatre morceaux (plus de Garfield !).

Un copain de CP (encore un) m'invite avec Naima (qui n'a plus son truc nul sur la tête) chez lui enfin, chez ses parents. C'est au bord de la mer, on y va avec notre tente, ils ont un grand jardin.

Grande balade le matin de bonne heure, en regardant le ciel, de rares personnes avec leur chien, le calme, la paix je me dis que c'est beau la vie (et mort aux cons).
C'est magnifique que les parents de Naima nous aient donné la permission d’être ensemble. La cerise c'est que Karim a l'air de se remettre la tête en place, il guérit tout doucement, le traitement de Nono a fait effet.

C'est gagné  (oui, non ?), Garfield m'a montré le bon chemin

Avec Naïma on est fiancés, on va bientôt se marier.
Tant pis si on n'a pas de boulot et pas d'argent.
Karim va nous aider.
C'est pas magique, ça ?

FIN
P.S : le dragon, c'est l'intolérance, enfin je crois.





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