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Betsy Party


Auteur : LORIS Gilles

Style : Humour




Ça ne m’disait rien du tout d’aller à cette Bringue, j’ai bien fait de me débiner. Je n’ai qu’une envie : commander un Speed Burger et le déguster peinard devant un épisode de Dexter. En plus je suis sur les rotules. Trafiquer ma mob n’a pas été une mince affaire : montage d’un kit spécial 47 mm, d’un vilebrequin à masses pleines, d’un carburateur Dellorto et d’un allumage électronique Moryama. Une paille quoi ! Je vais tous les griller sur ma bleue. Verts qu’ils vont être les mecs !
 
En attendant le livreur, j’allume mon PC pour voir ce qui se passe dans mon autre vie. Pas sur Facebook, non ; ça fait longtemps que j’ai résilié mon compte. Je trouve ce truc abrutissant et créateur de dépendance. Même pour les gonzesses ça craint. En revanche Badoo, c’est discret, gratuit et même si les filles sont rarement des canons on finit toujours par emballer. La preuve, j’ai encore deux messages aujourd’hui ; « Grassouillette 83 » a semble-t-il été séduite par mon profil et « Girly » me demande carrément si j’ai un compte Skype. Je réponds aux deux en espérant une réponse rapide de Grassouillette.
 
« Ding dong ! » Mon Dieu, j’adore la sonnerie de la porte d’entrée quand j’attends mon repas. J’ouvre avec deux billets de 20 euros à la main, histoire de ne pas perdre de temps.
 
Ghislaine et Mamba, putain mais qu’est-ce qu’elles viennent foutre là ?
 -        Coucou, Lulu ! Surprise !
 -        Salut… mais que…
 -        Ben quoi t’as l’air surpris de nous voir, t’as quand même pas oublié la soirée chez Betsy ?
 -        La soirée ? Mais j’ai laissé un message à Mamba pour lui dire que j’avais un empêchement.
 -        Ha ouais ? Et c’est quoi ton empêchement ?
 -        Ben, j’suis pas très bien. Je dois couver quelque chose. D’ailleurs j’allais justement me coucher.
 
A ce moment-là, un connard habillé en orange déboule et m’annonce avec son plus beau sourire :
 -        Voilà votre commande Monsieur Lucien : 1 triple Cheese, un double Texas, deux Coca zéro, une grande frite, un assortiment de neuf beignets et une dessert box. Ça fera 28 euros.
 
Je règle en lançant un regard noir à l’affreux livreur qui croit malin d’ajouter :
 -        Quel appétit, m’sieur Lucien, vous tenez une de ces formes. Ça fait plaisir.
 
Les filles sont écroulées de rire.
 -        Bon tu nous fais entrer ou tu comptes nous faire poireauter sur le palier ?
 
J’installe ces emmerdeuses dans mon salon et les regarde, dégouté, entamer la boite de beignets.
 -        Allez, fais pas la gueule. On te laissera des frites, dit Mamba.
 
Autant d’habitude je la trouve craquante, autant là j’ai envie de la décapiter et d’empailler sa tête. Ce ferait un trophée génial sur ma télé.
 
La mort dans l’âme je m’enferme dans la salle de bain, histoire de me préparer. Je brosse mes dents, m’asperge de déodorants et confectionne la plus jolie des bananes. Un peu de Vétiver de Guerlain et je devrais faire un rocker à peu près présentable. J’enfile mon 501. J’ai ma chemise bucheron rouge et mes santiags sont cirées, tout va bien.
 -        Bon, c’est où votre teuf ?
 -        Mon Dieu Lulu, mais tu sais qu’il n’y a plus que toi au monde qui s’habille encore comme ça.
 -        Je peux me remettre en pyjama si vous voulez !
 -        C’est bon fait pas la gueule. Allez viens. Tu verras, tu vas craquer !
 -        Ok, mais j’viens en mob, comme ça si ça craint, j’me tire en douce. Elle habite où cette Betsy ? J’sais même pas à quoi elle ressemble.
 -        T’inquiète ! Suis nous, on dépassera pas les 60 km.
 -        N’ais pas peur d’appuyer sur le champignon, va ! Sur du plat j’arrive à 70 km / heure sans problème.
 
La maison de Betsy se trouve dans un quartier bourgeois sur les hauteurs de la ville. Dans une montée mal éclairée, je souffre un peu. Je dois même pédaler pour y arriver.
 
Tandis que les filles cherchent une place pour se garer, Mamba désigne la maison du doigt.
 
De puissantes et rutilantes voitures stationnent devant la villa. Je m’approche du portail, mets ma bleue sur béquille et l’accroche avec mon U en métal. J’allume une clope près de l’entrée et regarde la jeunesse provinciale entrer et sortir. J’entends de la musique. Un morceau étrange avec du piano et des violons. Deux filles passent devant moi. Elles se regardent en souriant et tirent une dernière taf en se dandinant sur la musique. Elles fredonnent en même temps :
 
 
You take me down
 
Spin me around
 
You got me running all the lights…
 
David Gueta… tant pis pour ma gueule, je n’aurais pas dû venir.
 
Mes copines me rejoignent enfin. Elles semblent très excitées. Elles me prennent par les épaules et m’entrainent à l’intérieur. Là, j’avoue : le choc ! Je n’avais jamais vu une maison comme ça, un vrai décor de cinéma : une salle immense, des dizaines de personnes qui dansent, des sofas, des poufs, des divans, des chandeliers et au milieu de tout ça, une fille ! Une fille souriante, avec de longs cheveux roux détachés et de grands yeux bleus maquillés de noir. Elle porte une robe fluide de couleur miel. Je n’avais jamais vu ça moi, une fille comme ça. Elle saute littéralement au cou de mes copines, avec de délicieux petits cris de joies. Les filles c’est comme ça. Et c’est à cet instant, au moment crucial  où elles allaient me la présenter, que j’entends mon nom, hurlé dans la sono :
 
« Nous avons l’honneur d’accueillir ce soir, le dernier rockeur de notre ville, Luluuuu !!! »Putain, mais où suis-je ? Je balaye la salle du regard à la recherche du DJ que j’envisage d’assassiner. Et là, vois les « Frères Vaudoo », hilares, qui semblent se foutre de ma gueule. Les « Frères Vaudoo », ce sont de vieux potes qui ont mal tourné. Jusqu’en troisième, ils écoutaient vraiment du bon rock. Et puis un jour, alors qu’on était tous les trois dans ma chambre à écouter tranquillos « Look Sharp » de Joe Jackson, l’un d’eux, balance comme ça « Et si pour changer on s’écoutait un peu du Madness ? »  Sur le coup, j’ai rien dit. J’me suis tapé tout One Step Beyond, mais j’ai senti qu’ils filaient du mauvais coton les frangins. Il fallait que je m’éloigne d’eux. Mais ce soir-là, les Frères Vaudoo voulaient assurer pour leur vieux poto.
 
Gêné, je m’éloigne de mes copines et de la créature de rêve qui rit avec elles. De loin, je jette un coup d’œil vers elles. La rousse me regarde un peu comme si j’étais d’Elvis. Les frangins hurlent encore mon nom au micro. Je suis au bord du malaise. Enfin, David Guetta finit par se la fermer et il me semble entendre les premières notes de « Got the Time »  du bon vieux Joe Jackson ! Pas de doute, les « Fréres Vaudoo » veulent payer leur dette d’honneur, me dire c’est bon, on s’excuse pour la troisième, regarde ce qu’on fait pour toi, plus personne n’écoute ce genre de truc dans les soirées, et nous on te l’offre au risque de se faire virer.
 
Je me faufile au milieu des danseurs, ajuste ma banane d’un geste répété cent fois dans ma salle de bain et jette un regard sombre mais tendre à la jolie rousse. Je prends le tempo en tapant le talon biseauté de ma santiag sur le carrelage noir et blanc et c’est parti Simone. Voilà le Lulu qui s’envole et croyez-moi, faut de la place quand Lulu se met à danser. C’est sur que ça change des mecs d’aujourd’hui qui dansent les pieds collés au sol en se dandinant et levant les bras au ciel, souriant comme s’ils voyaient la vierge Marie. Non, là c’est du Rock, du lourd. C’est violent, on ne sourit pas. La jeunesse dorée s’écarte et frappe des mains au rythme de rock’n roll. La jolie rousse est là et si les « Fréres Vaudoo » ne me laissent pas tomber, je l’invite sur la prochain chanson. Le morceau touche à sa fin et il me semble entendre, sur la voix de Joe qui s’estompe, les premières notes du King. Les frangins m’ouvrent la porte dorée du Rock’n roll Paradise avec « Mystery Train ». Ils assurent les frérots. Je leur balance un clin d’œil et ils se mettent à danser le rock ensemble en s’marrant. Lulu n’a qu’une parole. Ce morceau ne dure pas longtemps, je dois faire vite. Je croise le regard de la rousse et lui tends la main pour l’inviter. Elle ne se fait pas prier et balance ses shoes derrière un Voltaire à quelques centimètres de moi. Elle prend mes deux mains et les pose sur ses hanches qu’elle balance comme une déesse. On s’accorde et c’est parti. J’attrape sa main droite et ma main gauche fait mine de la pousser en arrière. Elle s’éloigne. Je la tire vers moi, la fait tourner avant que nos corps ne se touchent. Mon regard plonge dans ses yeux bleus. Je passe ma main derrière son cou, elle s’éloigne, on se rattrape et nous nous étreignons. Deux minutes vingt-sept de communion et de pur bonheur. Les « Frères Vaudoo » ont rempli leur contrat mais déjà le King s’en va, horrifié, dès les premières notes des Daft Punk et de l’électronique de notre époque. La rousse remet ses talons et s’éloigne vers la terrasse. Avant de disparaitre derrière les rideaux rouges, elle me jette un dernier regard en souriant. Hypnotisé par tant de grâce, je la suis. J’n’ai jamais vu ça moi, une fille comme ça.
 
L’immense terrasse domine la ville qui étincelle dans un halo de brume. Elle est accoudée à la balustrade en pierre. Il n’y a que dans les films d’Humphrey Bogart que j’avais vu ce genre de scène. Elle est ma Lauren Bacall. Je m’approche, genre cool et clope au bec. Mais que qui lui dire ? Je sue des pieds à la tête et ma coiffure doit ressembler à une banane flambée. Betsy tient une coupe dans sa main. Je m’approche d’elle, mais rien ne me vient. Je ne sais pas comment l’aborder. Soudain elle se retourne, juste au moment où j’allais poser ma main sur son épaule ; geste fou et désespéré ! Surprise, elle pousse un petit crie de frayeur et laisse tomber sa coupe de champagne.
 
Que ferait Elvis dans cette putain de situation ? Je tente un truc.
 -        Ne bougez pas je vais vous chercher un autre coupe.
 
Elle tente de retenir la manche de mon perfecto, mais on n’arrête pas un rockeur au galop. Dans mon empressement je la bouscule et elle tombe dans mes bras en me disant :
 - Salut, j’m’appelle Betsy.
 
Elle éclate de rire. Là, j’ai l’impression que les étoiles vont tomber en pluie fine sur nous. Je trouve enfin les mots :
 -        T’es déjà montée sur une bleue ? Tu as déjà posé tes fesses sur une selle TT ?
 -        Je ne sais pas de quoi tu parles !
 -        Viens, suis-moi.
 
Devant le portail, j’enlève le U et le cale sous le guidon. J’appuie sur les deux décompresseurs et cours en poussant la mobylette : Teuf, teuf, teuf… j’enfourche ma mob comme un vrai cowboy et fais un virage à 180° pour aller chercher ma belle. Excitée, elle saute sur les cales pieds et c’est partie pour un midnight summer run !Teuf, teuf, teuf…
 -        Dommage qu’il n’y ait pas de radio sur ta « bleue ». Dis-moi Lulu, tu me chantes une chanson ?
 -        Je pourrais chanter la plus belle, la plus tendre des chansons d’amour « love me Tender », mais pour toi, je vais en créer une spéciale.
 -        Oh oui Lulu ! Juste pour moi.
 
Teuf, teuf, teuf…
 -        Alors écoute Betsy, j’ai un air qui me trotte dans la tête depuis cet après-midi. Et c’est toi qui viens de m’inspirer le texte :
 
Ca m’disait rien du tout
 
D’aller avec des copines
 
Danser comme un fou
 
Comme ça pendant toute la nuit
 
J’nai pas résisté
 
Elles m’ont dit, tu vas craquer
 
Une fois arrivé
 
Elles ne s’étaient pas trompées
 
J' n'ai jamais vu ça, moi
 
Une villa comme ça
 
J' n'ai jamais vu ça, moi
 
Une fille comme ça
 
Et j'ai dancé
 
Je m'suis défoncé
 
Comme un rockeur endiablé
 
Oui mais sans arrêt
 
Je regardais cette beauté…
 
2,3, 4 Betsy
 
Yeah yeah yeah
 
Party
 
Yeah yeah yeah
 
Ha, ha haaa…
 
Teuf,teuf,teufteuf,teufteuf…





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