nouvelles persos
nouvelles persos


Partagez cette nouvelle sur Facebook


L'enfant qui claquait des doigts


Auteur : BOUMAZA Abdelwahab

Style : Fantastique




Orphelin de père, Farid était un petit enfant qui vivait avec sa mère dans un gros bourg d’Algérie. Il avait peut-être entre 10 et 12 ans, mais, ce qui était sûr, c’est qu’il avait des yeux noirs, des cheveux noirs et crépus et un joli petit nez. On le voyait souvent en train de pleurer, il avait toujours les yeux rouges et embus de larmes, si bien qu’on oubliait cet enfant si doux et si jovial qu’il devrait être, les rares fois qu’il vous arrivait de le surprendre. Parce qu’il n’est nul besoin de montrer à un orphelin comment pleurer, comme dit le proverbe, Farid, justement, n’était pas le genre pleurnichard ou larmoyeur pour un oui pour non. Non. Il était, fait grave, le souffre-douleur des autres enfants du quartier. Presque chaque jour, il recevait des coups, aussi était-il tout le temps blessé, ayant des bleus sur le corps. Il ne pouvait pas jouer avec eux sans que l’un d’eux ou deux ou même plusieurs le frappent en même temps, à coups de pied et à coups de poing. S’il y avait un coupable à désigner parmi ces chérubins, il ne fallait pas chercher loin, c’était lui. Quelqu’un avait jeté une pierre dans une maison ayant causé des dégâts, c’était lui. Un autre avait volé des grappes de raisins de la voisine, c’était lui. Un jour, on avait un trouvé un chaton mort dans la rue, un fil de fer autour de son cou, tous avaient accusé Farid de l’avoir étranglé.
Il avait essayé plusieurs attitudes vis-à-vis de ses amis, en vain. Avec toute l’innocence dont il était pétri, comme tous les anges de son âge, d’enfant tranquille qu’il était, il devenait tantôt espiègle comme certains, tantôt bagarreur, et même méchant comme d’autres grands garçons, mais on le frappait toujours, et, bien entendu, parfois plus durement.
Excédée de le voir tout le temps maltraité par les autres enfants, et ne pouvant se quereller avec leurs parents à qui elle s’était plainte maintes et maintes fois pour rien, sa mère lui dit un jour de ne plus les fréquenter, de rester seul, sinon, de ne plus bouger de la maison.

Cependant Farid, après deux jours, en avait assez de la maison. Il voulait sortir, il voulait jouer avec les autres enfants. Mais comment allait-il être reçu par ces derniers ? Il convainquit sa mère de le laisser jouer seul près de la porte.
Il sortit et s’assit sur le pas de la porte. Arrivent les autres et se mettent à le huer.
« Oh, petite femme !... Petite femme !... Elle reste à la maison ! ... »
Il les regardait sans rien dire. Et eux n’arrêtaient pas de le railler, puis, l’un d’eux, furieux, sortit un bâton de derrière son dos et le brandit pour le frapper.
 Farid, sans le savoir, fit claquer les doigts de sa main droite, en bougeant sa tête du même côté, comme pour éviter le coup. Hé, quoi ! L’autre tomba !
Les autres enfants l’entourèrent.
« Il t’a frappé le salaud !... Mais avec quoi ? » criait l’un d’eux.
Celui qui était tombé se releva, encore étourdi.

Ayant repris ses esprits, il s’élança encore vers Farid, en brandissant le bâton.
Farid claque des doigts tout en penchant sa tête du côté droit, et l’autre de choir derechef.
« Oh, qu’a-t-il lancé ? fit un autre.
« Comment il a fait ? demanda une autre voix gracile.
Farid se leva, et, comme pris par ce jeu, se mit à faire des pas de danse, tout en claquant des doigts, et les enfants de tomber de part et d’autre. Ils ne trébuchaient ni ne vacillaient, ils tombaient lourdement, comme une masse. A peine l’un d’eux se relevait, qu’il le faisait culbuter.
Le lendemain, ils étaient couverts de contusions et, même, certains de blessures et de plaies.
Les parents de quelques-uns vraiment amochés vinrent chercher Farid, voulant comprendre comment et pourquoi il avait frappé leurs enfants. Selon ces derniers, il claquait des doigts, et on était à terre. Incroyable !
Sa mère ouvrit à peine la porte d’entrée, et leur dit :
« Laissez mon enfant tranquille, il n’a rien fait aux vôtres, au contraire, ce sont toujours eux qui le maltraitent, et à ce jour, vous ne vous en êtes jamais rendu compte, je m’en suis plaint vainement… »
On lui montrait les plaies et les ecchymoses de leurs enfants, en lui disant que ces derniers étaient unanimes quant à la culpabilité de son enfant.
« Allons, allons, vous croyez les mensonges de vos enfants, alors que vous ne vous êtes pas posé la question de savoir comment un petit enfant malingre comme mon fils pourrait, à lui tout seul, faire tout ce massacre ! »
Ce disant, elle ferma la porte, en s’excusant, car elle avait du travail.
Les parents durent s’en retourner chez eux, certains réprimandant leurs enfants, d’autres même frappant les leurs, en les traitant de menteurs, et de lâches.

Quelques heures plus tard, Farid sortit et s’assit sur le pas de la porte. Les enfants étaient de l’autre côté de la rue, en face de lui. Quelques-uns étaient enturbannés de pansements. Ils étaient calmes, tout gentils.
Un moment, Farid leur dit :
Ça fait mal, hein ! »
Personne ne broncha. Deux ou trois d’entre eux lui sourirent même.
Un moment après, l’un d’entre eux traversa la chaussée, et vint près de Farid.
« Farid, moi, peut-être je ne t’ai frappé qu’une fois, mais rappelle-toi, tu m’avais énervé, vrai ou pas ?
- Oui, mais oublions cela. »
Un autre enfant les rejoignit, puis un troisième, puis un quatrième… Enfin, tous étaient maintenant autour de lui, et on était tous frères et amis. Ils se confondaient en excuses. Ils regrettaient de l’avoir malmené. Puis, une vive curiosité les travaillant, ils voulaient savoir comment il s’y prenait pour les faire tomber ainsi, sans coup férir.
Farid claqua des doigts, en disant :
« Comme ceci ! »
- Oui, cela, on le sait, mais, nous autres, on a beau essayé, ça ne marche pas ! dit un enfant tout en claquant des doigts.
- Oui », répétèrent les autres.
Et l’on entendait des claquements de doigts à n’en plus finir.
« Allez, Farid, dis-le nous !
- Vous dire quoi ?
- Comment tu fais ?
- Comme je vous l’ai dit. »
Un enfant, un peu gaillard, se mit bien droit devant Farid, et lui dit :
« Je suis prêt, fais-moi tomber !
- Oh, lancèrent d’autres.
- Est-il courageux !
- Vas-y, Farid, fais-moi tomber !
- Fais-le tomber, répétèrent d’autres.
- Fais-moi tomber, fais-le !
- Non, arrête, je ne joue pas, dit Farid.
- Claque des doigts, Farid !
- Oui, claque des doigts, Farid !
- Vous voulez que je claque des doigts…Voilà ! »
Et Farid claqua des doigts, et il ne se passa rien. L’enfant gaillard était toujours debout. S’ensuivit d’un coup un silence total, écrasant d’autant qu’il y avait eu une cacophonie auparavant.
Un moment, les enfants se regardèrent les uns les autres, puis, presque d’un seul mouvement, se ruent sur Farid.
« Le salaud, il nous a eus ! »
Il y eut une pluie de coups de pied, et de coups de poing. De cette mêlée, on ne sut comment Farid s’était tiré, mais le voici derrière eux, faisant des pas de danse, la tête balançant d’un côté et de l’autre au rythme des claquements des doigts. Il leur faisait mordre la poussière.





nouvelles persos lecture aleatoire
lecture aléatoire




Multipanda - Infoquizz - Refina - Solution Piscines - Solutions Banque - Yaca-Sudoku -