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La poule aux oeufs d'or


Auteur : LORIDON Gérard

Style : Conte




Gratoune.
Il s’agissait d’une poule de race peu définie affichant un plumage très coloré.
Cette représentante de la famille des gallinacées avait ceci de particulier qu’elle présentait des signes d’une nature particulière et très indépendante. So s’en occupait le matin leur portant une soupe chaude à base d’épluchures, du vieux pain et de quelques châtaignes écrasées. Ce qui favorisait ainsi la ponte d’œufs frais destinés à la cuisine familiale.
Elle allait vite se rendre compte que cette brave bestiole, alors qu’elle était lâchée dans le pré devant le mas, s’éloignait de la troupe et préférait aller picorer seule en bord de rivière.
Là, elle grattait le sol humide avec une vigueur peut commune. Ce qui lui avait vite valu le surnom de Gratoune.
Elle affectionnait le sable mélangé à la terre apportée par la montée de l’eau lors des pluies orageuses communes dans notre région. Phénomènes bien connus sous l’appellation d’effets cévenols par les distingués météorologues médiatiques parisiens. Ces prophètes de malheur usaient largement de ce terme pour la moindre averse, se disant ainsi être à l’abri de toute responsabilité si cela empirait sans prévenir.
Mais pour Gratoune c’était pain bénit cet apport d’humidité où elle trouvait à se nourrir amplement.
Toujours un brin rebelle, elle refusait aussi le pondoir collectif sis dans le poulailler. Elle avait trainé quelques fougères sèches dans un coin où solitaire elle pondait avec une régularité horlogère, son œuf d’une taille supérieure à la moyenne possédant en plus une coquille très solide.
Ce qui faisait dire à Bart lorsqu’il passait au ramassage :
-    Gratoune a bien travaillé !
Et les produits de la belle se retrouvaient toujours être choisi en premier car  apprécié à la coque.
Surtout au printemps, où dans ce cas les mouillettes de pain était remplacées par de belles asperges du jardin, une recette de So, qui sans la savoir pratiquait là un forme de cuisine diététique qui aurait plus aux présentatrices de régimes dont nos écrans étaient continuellement saturés.
Les asperges aux œufs coque de So ravissaient tout les amis et voisins qui s’étaient mis à ce plat simple et combien agréable.
Mais comme le soulignait Bart :
-    Bien sûr que tout le monde aime ça, mais eux ils n’ont pas le œufs de Gratoune
Inutile de vous dire que cette brave auxiliaire gastronomique était sous surveillance constante.
Quelques renards mal intentionnés sortant le museau de la châtaigneraie situées de l’autre bord de la rivière, n’avait pas pu connaître les joies d’une baignade et surtout la dégustation d’une poularde demi deuil.
Ces audacieux s’étaient vu saluer de quelques volées de plomb administrées par le fusil de chasse de Bart.
Gratoune était un animal sacré.
Personne ne se doutait à quel point, cela n’allait pas tarder à le devenir encore plus.


Les œufs de Gratoune
Ainsi, se déroulait une vie bien simple, ponctuée des plaisirs que donnait un environnement fait de simplicité.
Gratoune elle, fidèle à sa production presque journalière, continuait à retourner sa part de prairie allant quelquefois jusqu’à se trouver les pattes dans l’eau. Elle trouvait dans le sable ce dont elle avait besoin, de ces petits cailloux dont elle remplissait son gésier lui facilitant ainsi une parfaite digestion. Ce qu’elle était en droit d’attendre de sa récolte épuisante. Le soir, elle retrouvait ses copines sur le perchoir collectif du poulailler
Là aussi, elle se diversifiait en se tenant éloignée des autres pondeuses. Dans la matinée, sa ponte était régulière mais tardive. Par contre son « Cot codec » de victoire était le plus sonore de la basse cour. So s’en rejouissait :
-    Bart, tu peux aller au poulailler Gratoune as pondue.
Sauf qu’un jour, justement de retour de sa récolte, il lui fit une réflexion curieuse :
-    Dis donc So, cette bestiole n’a pas finie de nous étonner. Elle est indépendante, s’éloigne de sa tribu, ne se nourrit que de produits semi aquatiques et voilà que maintenant elle nous pond des œufs d’artiste. Regarde donc, la coquille de ses œufs est maintenant ornée de points jaune doré.
So avait beau attarder son regard sur l’œuf ainsi incriminé, rien ne lui apparaissait, se disant que son Bart couvait peut-être le début de l’une de ses crises de palu qu’il avait rapporté de ses voyages en orient. Le voyant inquiet, elle avait donc été cherché ses lunettes de lecture. Et là :
-    Dis donc, c’est bien vrai, ce sont des points minuscules, on les devine à peine, mais bien jaunes et brillants en plus.
Sur un éclat de rire commun, ils en restèrent là, car après tout si la poule voulait devenir une artiste moderne, libre à elle. L’essentiel ce n’était pas le contenant, c’est-à-dire la coquille, mais bien son contenu. Ils n’allaient pas tarder à changer d’avis.
Les jours suivant Bart continua à voir ce phénomène se répéter, et en fin de semaine :
-    Dis moi So, tu regardes bien les points jaunes, ils y en a plus et maintenant on les voit facilement car ils sont plus gros.
Cette nouvelle forme de peinture rurale ne cessant de se reproduire, ils décidèrent tous les deux d’en garder les coquilles mêmes étant brisées en deux.
Jusqu’au jour ou cela croissant, Gratoune leur pondit un  bel œuf totalement doré. Et là Bart :
-    So, je ne sais pas ce qui se passe mais nous avons une poule aux œufs d’or !
-    Bart, tu es fou, la poule aux œufs d’or, cela n’existe pas ou seulement dans les fables de La Fontaine, celles que l’on nous faisait apprendre à l’école communale, au temps du certificat d’études primaires.
Si tu veux, je peux la chercher dans mes vieux livres et te la relire. Rien n’y correspond à la propension de ce que nous fabrique notre Gratoune.
Bart ne voulait pas en rester là et décida de se rendre à Alès chez un bijoutier.


De l’or !
-    Mais oui, bien sur que c’est de l’or et de bonne qualité en plus, du 24 carats c’est certain. Ton œuf, ce ne serait pas encore l’une de ces bizarreries que tu as rapporté de tes voyages ? Même brisé en deux, je veux bien te l’acheter. Sur le certificat, vu la faible quantité, nous dirons qu’il s’agit d’un bijou de famille détérioré. Et je le garde pour ma propre collection.
Bart se trouvait chez un bijoutier à Alès où il avait déjà vendu effectivement quelques bijoux, alors qu’il avait besoin de financer la remise en état du mas. Il connaissait bien l’acheteur qui rigolard lui répond :
-    Écoutes Bart ton histoire de poule pondeuse, c’est vieux et peu crédible.
Et de revenir sur la célèbre fable.
-    Je te le dis nous nous en tiendrons là. Cependant, si tu ne me racontes pas l’une de ces histoires de tes escales exotiques et que ta bestiole continue à te fournir, je suis toujours acquéreur. Tiens, je te règle celui là en liquide vu la faible somme.
Le bijoutier changea vite d’avis quand Bart se présenta avec un panier de coquilles en or. Avec So, ils les avaient gobés les rendant ainsi plus présentables. Il y en avait bien une cinquantaine, ainsi présentés à l’orfèvre ébahi :
-    Cela devient sérieux, je ne sais comment tu t’y prends, mais là il va falloir réfléchir. Je te les achète, mais je t’en donnerai le prix quand je les aurais fait examiner par un expert, car l’or il faut le séparer de la coquille même si visiblement il y en a une bonne
épaisseur. Du coup, tu peux continuer, mais tu devrais quand même regarder ce qu’elle bouffe ta volaille.
Ce qu’ils firent tous les deux de retour au mas. Et c’est la que So découvrit le secret de cette singulière énigme. En se penchant et en regardant de très près les lieux de grattage des pattes vigoureuses de Gratoune, elle distingua des paillettes dorées :
-    Bart, viens vite, j’ai trouvé, il y a de l’or dans la rivière !
Ce qui en fait n’avait rien d’étonnant quand on sait que les gardons et rivières des Cévennes charrient de l’or en très faible quantité certes, mais présent dans de nombreux endroits. Souvenons nous qu’il y a eu pendant longtemps une mine à Salsigne d’où était extrait le précieux métal.
-    C’est donc cela lui dit Bart après avoir consulté quelques ouvrages en faisant état.
Il y a même, toujours dans un gardon plus bas, un camping avec des stages d’orpailleurs. So, restons discrets sinon on va se voir arriver une bande de fadas pour chercher un trésor.
À compter de ce jour, on vide les œufs, non pas en les gobant comme nous venons de le faire, mais en y faisant deux trous et en y envoyant de l’air avec la pompe de mon vélo. On gardera le tout comme bien de famille.
So faisait grise mine, car elle rêvait déjà à de futurs achats et des cadeaux pour les enfants. Bart insistant cependant :
-    Si cela s’apprends,  tu va voir le fisc venir demander sa part, tu sais bien que ces voraces ne manquent pas une occasion pour nous tondre


Adieu Gratoune
Ces sur ces sages résolutions que les œufs dorés, ou plus précisément orés de Gratoune continuèrent à s’empiler dans un coffre en bois de châtaigner que Bart avait réalisé avec soin, le baptisant avec son contenu «  Le trésor de Gratoune »
Pendant encore un mois le coffre se remplit et soudainement la cadence de ponte commença à s’atténuer de plus en plus.
Jusqu’au jour où la brave poule cessa de pondre et devint mélancolique. Elle retournait bien, tous les matins, sur le lieu de ses exploits, pas vaillante donnant quelques coups de pattes, deux ou trois coups de bec et  se nichant dans l’herbe devant le poulailler. So, en femme de campagne  avertie,  se mit en devoir de rassurer Bart de plus en plus inquiet :
-    Ne te tracasse pas, elle veut sans doute couver et elle cherche ses œufs.
Bart n’était nullement rassuré lui. Et il avait raison quand un matin ouvrant le poulailler il y trouva sa brave pondeuse morte en boule, tombée du perchoir.
Il se dépêcha de creuser un trou conséquent et y déposa Gratoune quand même enveloppée dans un linge blanc :
-    On lui devait bien ça lui dit So le soir alors qu’ils pleuraient presque cette cruelle et brutale disparition.
-    Oui bien sur So, mais dis-moi pourquoi est t-elle morte comme cela ?
Le lendemain ouvrant son ordinateur, il y trouva la réponse dans une page d’histoire.
Il y était écrit que la sulfureuse Diane de Poitiers, maîtresse du roi François 1er était décédée pour avoir absorbé tous les matins de sa vie de courtisane un élixir à base de poudre d’or. Voulant conserver ses charmes pour son royal amant, il lui avait été dit par un apothicaire de l’époque que le contenu de cette décoction la garderai jeune et belle longtemps.
Ainsi donc, Gratoune absorbant à longueur de journée les paillettes d’or de la rivière où elle picorait sans arrêt, venait de crée une collection d’œufs en or. Ce qui lui occasionna le même type de maladie mortelle que celle de cette célèbre dame souvent citée pour ses ardentes et nombreuses relations amoureuses.
Mais, ce qu’elle Gratoune n’avait même pas connue.
Si un jour vous passez au Mas des cabres chez Bart et So, peut-être vous feront-ils voir leurs œufs d’or, mais ce n’est pas sur du tout, car comme ils l’ont dit à leurs enfants :
-    C’est un trésor certes, mais pour que cela le reste, il faut se dire que c’est avant tout un secret de famille.

Voilà ce que m’a inspiré la poule de la galerie à Ludo. J’y ai vu sur ses toiles, beaucoup d’autres sujets possibles et je risque fort, grâce à lui, de continuer à vous écrire, d’autres contes cévenols.
Mais comme disait si bien Rudyard Kipling
« Ceci est une autre histoire »





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