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Sniper...


Auteur : CACHAU Henri

Style : Scènes de vie




...« Il est des nôtres, il est meilleur tireur que tous les autres ! »... pas de la poésie mais d’un cru réalisme leur ritournelle, d’où la provocation n’était pas exempte... Dans la chambrée ça chambrait fort, les officiers en prenaient pour leur grade, il est vrai, se faire moucher par un premier jus, il y avait de quoi faire la gueule, leur autorité en prenait un vilain coup ! Aussi, dorénavant s’attendaient-ils à voir l’arbitraire régner ; jusqu’au prochain numéro de leur camarade Martial, les corvées pleuvraient, en veux-tu en voilà, sans compter avec les marches forcées –« Ben quoi les gars c’est ça l’infanterie, du crapahutage en première ligne, vous auriez dû opter pour l’artillerie ou alors le train, bande de fainéants ! » avancerait le maréchal des logis – et autres gracieusetés !... Merci Martial, tu nous fous dans la merde !... Si ses camarades le félicitaient pour ses récurrents exploits, ils se seraient passés de sa réussite au tir, car embarrassantes les retombées... Un gars d’aspect indéfini, loin d’être martial, car s’il existe des poids lourds harmonieux ce n’était pas son type, avec ses épaules tombantes, son cul plombé, sa bedaine naissante et un teint hâlé, des traits le faisant surnommer ‘le morse’ ! D’allure nonchalante et gaffeur, mais qui fusil ou toute autre arme de poing en mains tapait dans le mille ! Si vous lui demandiez la recette de son succès, il vous répondait évasivement, qu’il était né comme ça, que déjà tout petit... il tirait... le diable par la queue !, ce qui au final, comme bon nombre de ses copains de chambrée l’avait mené à s’engager... Comme si nous étions tous nés comme-ci ou comme-ça !, comme si  l’environnement, l’éducation, etc., pas le Far-West tout de même cette banlieue lyonnaise d’où il se prétendait !... En réalité Martial était un enfant de la balle, ses parents, forains, tenaient un stand de tir, une plausible explication à son adresse diabolique, dont il s’était gardé de faire état lors de son passage devant la commission... une situation qu’il dût éclaircir une fois que contre toute attente il fut nommé caporal-chef...


-     Alors ça y est Martial, tu nous quittes, te voilà ‘caporal-chef ‘! Mais dis-moi, c’est du favoritisme ou je ne m’y connais pas ?
-    Moi les gars, j’ai rien demandé, ce sont eux qui... pour leur équipe de tir, le championnat interarmes du  mois prochain.
-    Pour ça on peut te faire confiance, mais tu aurais pu la refuser cette promo, non ?
-    Je vous le répète, j’ai rien demandé.
-    Vrai ‘le morse’ ?, mais tu aurais pu lors des dernières séances de tir, par exemple rater ta cible ?
-    Impensable, il a de l’amour propre le gars, il les avait à portée de tir et maintenant ils lui lèchent le cul !
-    Tirer ailleurs (ah ! ah ! rires dans la chambrée : tirailleur !) qu’en son centre... je sais pas moi, te faire porter pâle.
-    Difficile avec son teint hâlé.
-    Dis-donc qu’est-ce qu’il a mon teint, il ne te plaît pas, jusqu’à aujourd’hui... mais rassure-toi il ne déteint pas au lavage !
-    De cerveaux !... Tu as raison ‘le morse’, défends-toi, jusqu’à maintenant c’est toi qui assure, car nous ne tirons pas dans la même catégorie.
-    Lourd-léger, pas vrai Martial que tu tires... maintenant ?
-    Mieux que nos gradés, on le sait, mais de là à se laisser soudoyer.
-    Vrai ça, car tu vas le payer ‘le morse’, ton adresse, naturelle ou non, elle ne t’évitera pas de te faire embringuer.
-    D’ailleurs, tu ne nous as jamais dévoilé ton secret, car ne nous dit pas que ton adresse elle... elle...
-    Relève du diable !
-    Tu as du en culbuter des bouteilles de bière, il y a de l’entraînement derrière, ça se voit.
-    Tu arrives, tu poses ta clope et ta bière quand c’est ton tour, tu allonges ta graisse et pan dans le mille, les autres en sont verts de jalousie...
-    Comme nous ils voudraient bien savoir d’où te vient ton adresse, car excuse ma franchise mais question d’allure.
-    Arrête mec, nous ne sommes pas dans la cavalerie.
-    OK, mais alors dis-nous le, maintenant que tu nous abandonnes, pour aller fricoter avec ces enflures.
-    D’ailleurs tu le regretteras, une fois leur championnat gagné, les médailles et trophées remis, sûr qu’ils sauront te remercier à leur façon.
-    On les connaît ces putes, ils vont t’avoir, ‘le morse’ : « Vous nous avez rendu un grand service, aussi allons nous continuer à exploiter vos talents, vous êtes bon pour les Balkans, vous allez pouvoir sniper à votre aise ! »
-    Mes parents étaient forains, ils tenaient un stand de tir, ça vous va ?
                                                 
Un mess d’officiers où après chaque séance de tir sont remises les récompenses, depuis plusieurs mois obtenues, au grand dam du quarteron de gradés participant à l’épreuve, par un soldat de première classe, un nommé Martial Boulin –encore enveloppé malgré ses premiers mois de classe, lors de son arrivée ayant mis dans l’embarras le préposé à l’habillement, ayant eu du mal à lui dénicher un équipement à sa taille. Plusieurs semaines durant resté en survêtement, jusqu’à qu’il perde quelques kilos et puisse enfiler une tenue réglementaire… Félicité du bout des lèvres ce tireur, détonnant par son allure indéfinissable et son teint hâlé au milieu des fringants officiers, la travaillant eux, leur allure ! Après des semaines d’humiliation, d’abstinence concernant les trophées, condamnés à participer à cette cérémonie, en principe effectuée entre soi, aucun subalterne n’ayant jamais obtenu l’honneur de figurer au palmarès jusqu’à l’arrivée du prénommé ‘le morse’, alors qu’auprès de leur colonel, sous prétexte d’économie, humiliés, lui avaient-ils proposé sa suppression. Car depuis plusieurs semaines supplantés par ce ‘gros lard’, et leur honte s’en trouve décuplée, qui sans se glorifier auprès de ses camarades, s’autorisant eux d’en tirer matière à dérision à l’encontre de ces supérieurs qu’ils abhorrent, une fois son tir effectué et sans en attendre son résultat –ah le salaud, n’était-ce pas un signe de maîtrise ? – se retire en direction de la roulante... où sous les regards admiratifs des autres participants il se goinfre ! Il est vrai, il ressort groggy de ces séances de tir, tant s’y dénote une réelle implication, tant parait-il absorbé qu’à ses côtés les autres tireurs interrompent leurs manœuvres, impressionnés par ce qui leur paraît ressembler à une absence ; ‘le morse’ toute sa graisse étalée, son fusil en mains et son œil droit fixé au-delà de l’œilleton sur la cible...  Ce soir-là, les officiers font grise mine, et le récipiendaire disparu, c’est le colonel qui malicieusement enfonce le clou...


-    Alors messieurs toujours aussi mazettes, surclassés par ce servant de première classe, un dénommé... comment... déjà ?
-    Martial Boulin, mon colonel.
-    Que vous allez immédiatement intégrer dans notre équipe de tir en vu du prochain tournoi interarmes.
-    C'est-à-dire, mon colonel, que... que concernant son allure...
-    Comment son allure ? Ah, sans doute vous référez-vous à notre devise : ‘de l’allure au combat !’ Mais pensez-vous vraiment qu’en pleine bagarre l’esthétisme... à la rigueur en tant que stratèges si nous référant au jeu d’échec... avec un certain recul.
-    Pas exactement, mais avec un tel physique... désavantageux... plutôt lourdaud, si vous voyez...
-    N’empêche messieurs que la commission médicale l’a jugé apte et qu’il vous dame le pion... Que la pilule soit amère j’en conviens, car je suis certain que ce n’est pas le cœur léger que vous vous laissez humilier... D’ailleurs, moi-même je ne me risquerai pas à le défier ! Aucun d’entre vous n’ayant été capable, lors des dernières séances de tir, de le battre.
-    Exact mon colonel, et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Mais chez ce servant son adresse est d’autant plus diabolique, que ce n’est pas un foudre-de-guerre... Une question de génétique sans doute, il a du naître avec un fusil entre ses mains... nous n’en savons pas plus à son sujet
-    Je le regrette, mais son indiscutable talent, et qu’importe l’esthétique, doit être seul pris en compte, même s’il doit détonner sur les photos officielles, mais… nous l’y placerons sur la seconde rangée ! Pour une fois que nous pouvons enlever le titre, un honneur pour notre régiment ! À compter de ce jour je veux que vous l’incluiez dans notre équipe de tireurs d’élite !
-    A vos ordres mon colonel, mais... car il y a un mais, notre homme s’il est doté d’une adresse démoniaque, sur le plan mental... un type désarmant !
-    Vous dites… désarmant mon capitaine, l’on pourrait en rire, tous les gars que j’ai mené au feu, bons ou mauvais, n’avaient rien de désarmant, plutôt de pathétique.
-    Bien sûr... mais nous avons du mal à nous expliquer sa brutale transformation, lorsque passant de son état normal, disons d’aboulique, à une espèce de transcendance face à la cible, comme si derrière celles qu’on lui présente, mouvantes ou non, il y repérait un individu dont il voudrait la peau...
-    La votre lieutenant !
-     Et sa détermination est impressionnante... gratuite au demeurant...
-    L’éthique après l’esthétique, n’avez-vous que ces arguments pour alimenter votre défausse, car vous paraissez vouloir vous dispenser de ses services. Cependant, même si notre ami n’a fait, ni St Cyr, ni Coëtquidan, même s’il sort d’une cambrouse, il en possède d’irréfutables, qui en l’occurrence me conviennent...
-    L’on comprend mon colonel, mais il vous suffira d’assister à ses futures séances d’entraînement avec l’équipe officielle, pour constater cette espèce de fixation, relevant à mon avis... d’un trouble...
-    Foin de psychologie, utilisons ses capacités, d’une part nous arriverons au résultat qui nous intéresse, de l’autre améliorerons son comportement, et qui vous dit que nous n’en ferons pas, un... par exemple... un excellent sniper !
-    OK mon colonel, nous le soustrayons de la plonge, le plaçons à l’armement, au nettoyage des armes... par exemple ?
-    Belle promotion !... Non ! vous le libérez de toutes contraintes, de toutes corvées, je le nomme caporal... euh... caporal-chef ! Comment, vous riez messieurs... jaune,  il me semble ! Mais ce type nous est indispensable et dans l’actualité et dans un futur proche, pensez à notre prochain départ pour les Balkans !... où justement nous y attend un combat réservé à des tireurs d’élite, auquel nous devons nous préparer, et notre ami, comment déjà ?
-    Martial Boulin.
-    Saura lui, tirer... son... son...
-     Sans vous offusquer, pensez-vous vraiment, mon colonel, que d’un tireur fort exercé sans doute, l’on puisse en faire... un...
-    Un combattant aguerri ? Mes amis, cette transformation vous concerne !... Par ailleurs, avez-vous songé à son aura ? Ses camarades vont le suivre, d’où votre, notre intérêt à le circonvenir en évitant toute flatterie inutile, ce gars nous est indispensable !
-    Hélas mon colonel, derrière la cible, Martial Boulin n’y vise aucun être concret, seulement se satisfait d’un résultat immédiat... Dès lors nous devons nous attacher à lui figurer un ennemi, mais n’en a-t-il jamais eu  un de précis ?
-    Exactement ça, évitons toute psychologie, amenons-le à s’immiscer dans le groupe, à prendre goût à une autre sorte de  compétition... puisque selon vous le dilettantisme semble le caractériser.
-    S’il ne le sait déjà, nous devons l’aider à identifier celui ou ceux sur qui dorénavant, volontairement ou involontairement, il s’acharnera...  une préparation aux futurs duels...
-    Messieurs, je vous le répète ce tireur nous est indispensable, hic et nunc ! Une fois sur place, nous le mettrons en position, et croyez-moi, rira bien qui rira le dernier ! Ils ont des snipers, nous avons le nôtre !
-    Que le Dieu de la guerre vous entende mon colonel, mais je crains fort que votre déception soit à l’aune de vos espérances, ou alors êtes-vous plus fin psychologue que nous ne le sommes, et pourtant nous connaissons le bonhomme... pas un foudre-de-guerre !


Aucun des officiers présents n’osa relever les propos du chef de bataillon, mais ils connaissaient leur subalterne, l’avaient jugé, hormis sa désarmante adresse, inapte au combat, sauf –ils n’y avaient pas pensé – sous l’aspect d’un sniper ? Encore fallait-il l’aguerrir, lui faire prendre le baptême du feu, mais dans l’immédiat d’autres préoccupations occupaient leurs esprits : ce championnat interarmes qui serait brillamment remporté par l’équipe représentant leur régiment d’infanterie… Lors du triomphal retour, ‘le morse’ ayant pris goût à ces hommages, avec le meilleur résultat de tous les participants à son actif, bénéficia des honneurs et congratulations, (apparemment une bonne entente s’était établie entre les membres de l’équipe, composée de quatre officiers, trois sous-officiers et du caporal-chef, nécessaire pour l’obtention d’un résultat ; le père du régiment avait demandé à ses officiers d’éviter toute contrainte concernant ‘le morse’, ni horaire, ni alimentaire, ni vestimentaire !, un survêtement porté par toute l’équipe permettant d’unifier leur allure ! ), puis des éloges du colonel, avant qu’il ne vienne gâcher une fête s’annonçant fraternelle, les militaires du régiment confondus dans une même liesse, en annonçant qu’une compagnie, pas encore désignée, dans les jours prochains gagnerait les Balkans... Dès cette annonce, tout autant perturbé que ses camarades engagés susceptibles d’être dépêchés sur ce théâtre d’opérations, le caporal-chef pensa à un privilège correspondant à son indispensable présence dans l’équipe de tir, pouvant lui octroyer un sauf-conduit renouvelable au gré des compétitions futures et donc, croyait-il, le soustrayant à ce départ imminent...  Aussi fut-il surpris, lorsque désigné en tant que tireur d’élite à participer à ce futur déplacement, avec une fois sur place une position privilégiée à occuper, celle de sniper officiel... A compter de ce jour Martial Boulin, lui si calme, si nonchalant, perdit son allure de morse ainsi que d’autres kilos superflus, un changement qui n’échappa pas à ses supérieurs, les amusa d’autant que lors de l’ultime séance de tir avant leur envol, ‘le morse’ piteusement rata sa cible, pour explications argua de sa perte de poids, de ce matelas graisseux ayant joué un rôle d’amortisseur ! Si les officiers se désopilèrent, leur colonel, surpris de ne pas le voir fêté, s’agaça, leur demanda de renflouer le tireur jusqu’à ce qu’il retrouve ses sensations, leur départ se conditionnant à sa reprise de poids... et de moral… Une reprise qui s’éternisa, obligea le colonel à faire à engager une autre compagnie à la place de celle prévue, jusqu’à ce que las d’attendre il fit venir le  caporal-chef et vertement l’admonesta :
-    Alors mon gaillard, on se débine, je pensais avoir affaire à un vrai soldat, un tireur de votre trempe à d’autres obligations que celle de se vautrer sur un pas de tir ! Refuseriez-vous tout engagement ou justement se sont vos capacités qui sont requises ? Je pensais caporal-chef Boulin, que comme un honneur vous accepteriez ma proposition. Serai-ce ce changement de cible passant de mouvante à émouvante, puisque n’ayant plus de rapport avec une cible, disons artificielle, qui vous perturbe ?... L’on pourrait reprendre par le commencement, les canards en plastique, les pigeons d’argile, les ballons, les pipes... ça vous étonne mon ami ! J’ai mené ma petite enquête, dorénavant connais vos origines, vos parents forains, propriétaires d’un stand de tir, ceci expliquant votre adresse puisque dès votre plus jeune âge... Mais dîtes-moi, vous n’allez pas vous satisfaire d’humilier mes officiers, ils sont las de votre réussite, mais portent plus haut l’honneur de notre régiment, dont je pense vous connaissez sa devise : « de l’allure au combat ! », à laquelle vous devriez réfléchir, car si sous quinzaine vous ne vous reprenez pas, amaigri ou replet, vous ferez partie du prochain voyage ! Alors mon ami, qu’avez-vous à me proposer ?
-    Euh... justement mon colonel... euh... les pigeons d’argiles, les canards en plastique, les ballons... euh... je n’ai jamais tiré sur une cible... euh... vivante... vous comprenez ?
-    Effectivement, mais à quoi vous attendiez d’autre en vous engageant, si ce n’est un jour combattre, et je me proposais à la mesure de vos talents, vous éviter une montée en première ligne, vous faire bénéficier d’un relatif confort, celui de tireur embusqué ! Mais à l’inverse de ces lâches tirant à l’aveuglette sur d’inoffensifs passants, et allez savoir sur quels critères, ethniques ou religieux, désignés à une mort certaine. J’espère que vous en percevez le confondant cynisme ? Aussi, l’un après l’autre vous allez les descendre, faire cesser un carnage qui a trop duré ! Ne voilà-t-il pas un emploi, plutôt un service à rendre à la démocratie en général ?
-    Pour sûr mon colonel... mais pour cela il faudrait que je puisse m’entraîner, et je ne sais pas sur qui... euh... tirer.
-    Caporal-chef Boulin, l’on m’a parlé de votre friable mental, j’opterai plutôt pour la couardise, seriez-vous froussard ? Dans ce cas précis je vous renvoie à la plonge... Car vous ne pouvez pas indéfiniment vous défausser, des cibles vivantes je vais vous en procurer... Vous préparez votre paquetage, j’avance le départ de votre compagnie... Exécution !
                                         

‘Le morse’ exécuta un périlleux demi-tour, se prit les pieds dans le tapis, s’affala dans ce même temps ou incapable de s’empêcher d’en rire le colonel partait d’un : « Quelle mazette faites-vous,  mais croyez-moi Boulin, une fois que des balles ennemies vous auront sifflé aux oreilles, rapidement vous retrouverez votre adresse, naturelle ou non, et que vous allez me les descendre ces fils de pute, n’oubliez pas que je, que nous comptons sur vous, demeurez la fierté de notre régiment ! »...

Depuis une quinzaine de jours la compagnie placée sous commandement onusien s’est installée en banlieue de Sarajevo, les différentes sections ont effectué leurs premières reconnaissances, à diverses reprises ont essuyé le feu. ‘Le morse’ a subi ce baptême, sans casse, mais ce premier affrontement avec la mort, divers cadavres jonchant la chaussée de  la tristement nommée ‘avenue de la mort’, l’ont rappelé à la dure réalité d’un combat de rue... où souvent prédominent les duels... d’homme à homme...
-    ah ! (suit une interruption, le haut gradé ne peut masquer hochement de tête et moue dépréciative, de pied-en-cap observant le militaire, au garde-à-vous lui faisant face, apparemment liquéfié, au sens propre comme au figuré)... c’est vous le fameux tireur d’élite, le dénommé Martial Boulin ?
-    Je crois… car à la vérité je ne me reconnais plus... depuis notre arrivée... il me semble vivre comme un dédoublement de ma personnalité.
-    Expliquez-vous caporal-chef.
-    On a dû vous aviser mon général, mais jusqu’à cette mission je n’ai jamais tiré sur... sur...
-    Exact, vous êtes un tireur de foire (à  nouveau le général observe le soldat, ne peut cacher son désappointement : comment peut-on faire confiance à un type aussi mal foutu, atone ?), mais croyez-moi, une fois que vous aurez compris que ce jeu de cache-cache auquel vous allez participer peut se révéler mortel, rapidement et avec précision saurez leur retourner leurs tirs. Vous n’allez pas leur offrir votre dépouille en guise de trophée,  puisque l’espionnage ayant produit son effet, c’est à celui qui le premier aura votre peau, et des paris courent, si vous voyez...
-    Le tir c’est comme la bicyclette mon général, mais j’aimerai connaître les conditions dans lesquelles.
-    Je comprends mon ami, et votre demande me rassure. De nuit vous serez conduit dans des appartements abandonnés donnant sur la triste avenue, d’où, en vous y déplaçant vous pourrez, après les avoir repérés, tirer sur ces embusqués qui flinguent sur tout ce qui bouge. Votre accompagnateur est un habitué des lieux, il vous indiquera leurs positions tout en s’occupant des munitions et de l’intendance... vous n’aurez qu’à viser et faire mouche, et ça vous savez le faire, non ?
-    Sans doute, mais depuis notre arrivée je suis... je suis malade... la courante...
-    La frousse caporal-chef, la frousse !
-    Non mon général... c’est, c’est la bière... imbuvable... acide.
-    S’il ne s’agit que de cela, le problème sera vitre réglé, j’avertis notre mess des officiers, mais en attendant préparez-vous à entrer en action, votre première intervention est prévue sous quarante-huit heures, exécution !

Un appartement délabré, tant intérieurement qu’extérieurement, situé au dernier étage d’un bâtiment donnant sur la mortelle avenue, son occupation s’est effectuée de nuit, ‘le morse’ est accompagné par un soldat bardé de munitions et de vivres... Profitant de l’aurore l’homme lui indique des façades opposées où déjà, précédemment postés il y a repéré des snipers changeant d’étages après avoir lâché leurs salves ; tout en bas, dès le petit jour un semblant de circulation prend forme, des passants frôlent les murs, à la hâte traversent la chaussée –mais que vont-ils chercher au risque d’y laisser leur peau ? –, bientôt des véhicules, la plupart militaires y circulent, puis apparaissent des femmes et des enfants, l’heure de l’école ?, et aussitôt de premiers tirs et des silhouettes qui s’effondrent... Equipé de jumelles, furtivement son accompagnateur se déplace d’une fenêtre à l’autre, alors qu’allongé, déjà en position de tir et sirotant sa première bière ‘le morse’ suit ses mouvements... Le temps passe... s’est-il endormi, un premier tir dont l’impact fait éclater l’embase de la fenêtre derrière laquelle ils sont retranchés, suivi d’un second projectile leur passant au-dessus avant de s’écraser sur le mur intérieur... le font sursauter et s’exclamer : « Ah le salaud !, je vais le lui retourner, moi, son cadeau de bienvenu ! »... Dans son dos, jusque là demeuré silencieux et ne s’exprimant que par gestes –un moment ‘le morse’ avait pensé à un muet – son pilote sourit, il sait que la bagarre est lancée, qu’il peut en aviser le haut commandement : il y aura du sport !... ‘Le morse’ redemanda une bière, après l’avoir éclusée, rectifia sa position puis tira ; de toute la journée il n’y eut plus de coup-de-feu provenant de l’endroit d’où le sniper adverse avait tiré, Martial Boulin avait fait mouche !... En un mois, si la maudite avenue fut débarrassée de ces snipers, si un semblant de vie y réapparut, bientôt Martial s’ennuya, malgré leurs changements de planque avec son acolyte ils jouaient aux échecs, entre deux périodes de réflexion tirait sur des antennes de télévision, des rétroviseurs, de vrais pigeons et tous deux ricanaient, sans doute l’effet des bières belges ! ‘Le morse’ s’en défendait, déclarait qu’il fallait de temps en temps rappeler sa présence à d’éventuels risque-tout ! Cela jusqu’au jour, où sur l’un des rebords d’une des fenêtres d’un bâtiment leur faisant face, apparurent alignées des boîtes de bières, intentionnellement disposées afin que ‘le morse’ les décanille dans ce même temps où il se découvrirait…

Evidemment, ce qui devait arriver... lors d’une absence de l’observateur pour cause de ravitaillement obligé de quitter son poste, Martial Boulin découvrit cet alignement et avant d’en percevoir le danger sous-jacent, se prit au jeu –toute une enfance à décaniller des canards en plastique, des ballons, des cibles cartonnées, des pipes, etc., –  se proposa de l’une après l’autre descendre ces douze cannettes, et c’est à son douzième coup lorsque relevant sa tête pour évaluer son résultat qu’une balle l’atteignit en plein front... Une erreur de jeunesse ?, outre les réminiscences la tentation était grande de faire gratuitement étalage de son adresse, comme si la razzia de snipers ne suffisait pas à sa gloire, mais il lui semblait n’atteindre que des ombres localisées parmi d’autres ombres plus contrastées ou mouvantes, jamais un individu précis, bien qu’on lui eût présenté des photos des plus célèbres, alors que des propositions de grade, de médailles, de citations, couraient sur son compte... Nous demeurons des êtres incorrigibles, et si nous ne devons pas être tenus pour responsable de nos erreurs de jeunesse, il en va autrement de nos volontaires descentes aux enfers !
   





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