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Le provocateur curatif


Auteur : JUNO Kazimierz

Style : Historique




Le Provocateur curatif de Kazimierz Juno fait référence à la tragédie de Smolensk.

Le 10 avril 2010,  le gouvernement polonais se rendait en Russie pour la première fois depuis la chute du communisme, afin de rendre hommage aux victimes du massacre de Katyn, commis par la Russie Soviétique en 1940, où environ 21 780 citoyens polonais, dont 10 000 officiers, furent assassinés.

La visite du 10 avril 2010, n’a pu avoir lieu, l’avion ayant explosé juste avant l’atterrissage à Smolensk : 96 personnes tuées dont le président de Pologne, Lech Kaczynski ainsi que sa femme.

La polémique, d’abord avec la Russie, laquelle refusa de restituer la carcasse de l’avion à la Pologne, puis en Pologne elle-même – attentat ou accident – se poursuit.

(Présentation de la traductrice, le 22/11/16)

 

Par Kazimierz Juno, dans le rôle du consommateur de substitution
des repas servis au sanatorium

(Ou comment, durant les derniers jours de septembre, j’ai failli, sans le faire exprès, tuer ma belle-sœur – tout cela à cause du conflit polono-polonais)

 

J’ai plombé l’ambiance à ma belle-sœur et j’ai failli, à l’occasion, contribuer à démolir sa cure thermale pour le cœur. Elle aurait pu, en plus, contracter une thrombose veineuse et mourir. Je serais resté un assassin. Peut-être que mon frère m’aurait traité moins sévèrement – comme un coupable d’homicide involontaire. En attendant, le tribunal aurait débouté l’affaire, faute de preuves, pour le crime commis.

   – S’il te plaît – m’a dit dernièrement ma belle-sœur. – Je pars en excursion à Prague, j’aimerais qu’en mon absence, pendant une journée, tu t’occupes de Gingerka − c’est sa chienne noire, d’après ma belle-sœur, de cette race de cockers Cavaliers King Charles Spaniels, – et, pour me le démontrer, elle sortit une oléographie de piètre qualité, rapportée des États–Unis, représentant pas loin de 50 petits chiens noirs en compagnie de quelques cavaliers vêtus de vestes rouges.

   – D’accord. J’emporterai ma tablette, et sur un banc, dans ton jardin, autour d’une tasse de café, je pourrai peut-être écrire un peu.

   – En échange – dit-elle sur un ton comme s’il s’agissait d’une grande faveur – tu pourras prendre ton déjeuner et ton dîner au sanatorium Azalia (Szczawno Zdroj). Les repas y sont très bons, tâche d’y arriver à l’heure :

à 13h et à 18 h, à la table numéro 3.

   – Bonjour mesdames, bon appétit – dis-je en m’installant sur une chaise libre.

   Accoutrées comme pour un dîner de fête de tata, elles m’observaient d’un air méfiant. Tout en mangeant, elles parlaient entre elles des soins curatifs. Du contenu de ces échanges, on pouvait conclure qu’au lieu d’aller mieux, elles se sentaient de moins en moins bien. L’une d’elles affirma qu’elle manquait de forces pour marcher.

   Je me taisais, concentré sur le repas, j’ai rapidement vidé l’assiette du potage au concombre. C’est un fait, le poisson pané avec des épinards, crudités et pommes de terre, n’était pas mauvais, quant à la compote – couci–couça, de l’eau sucrée avec, au fond du verre, deux petites cerises déteintes ou bien étaient-ce des griottes ?

   Le dîner, pas mauvais : du bœuf-Stroganov, du beurre, de la charcuterie, une petite tomate, des saucissons, du thé Lipton, n’est-ce pas, ainsi que, et il doit s’agir d’un grand malentendu : deux galettes de pommes de terre froides au gratin de citrouille (!). J’en ai ingurgité une seule, ça m’a suffi amplement.

   Plus rapide que mes compagnes de table – qui en étaient encore à la moitié du stroganov – content de moi, j’arrosais le tout en dégustant l’arôme du Lipton en sachet. Quant à elles, elles se dépassaient l’une l’autre dans l’emploi de leurs formules médicinales. Je crois que chacune d’elles aurait pu écrire un livre sur ses propres affections, seulement, qui le lirait…

   Tandis que là, pilepoil – elles représentaient deux auditrices potentielles. Peu leur importait qu’il ne s’agissait que d’un simulacre de soirée, elles étaient tout ouïe. Le seul détail qui aurait pu ôter toute satisfaction à une conférencière eût été l’obligation de prêter l’oreille à ses deux assistantes.

 

   « Regarde ce mec, un type bizarre, il ne doit avoir aucune idée sur la médecine, il ne fait que bouffer » – peut–être pensaient-elles à mon sujet.

Quelque chose en moi se révolta – passer pour un primitif, qui ne fait que dévorer ce qu’il a dans son assiette ? Il serait bon que je parle, que je dise quelque chose – mais quoi ? Que parfois j’ai du mal à m’endormir ? Mort de rire. Elles vont aussitôt m’inonder de marques de toutes sortes de gélules et je passerai pour un pitre. 

  

   – Avez-vous vu le film « Smolensk » ? – lançai-je avant d’avoir vraiment réfléchi.

   Ce fut le silence, les deux dames se regardèrent, visiblement agacées, puis jetèrent sur moi un regard comme à un intrus indécent qui aurait déversé soudain sur la table du dîner venant de commencer, des déchets nauséabonds.

   – Je voulais parler de l’aspect médical… ou plutôt de son absence dans ce film renommé.

   Ce n’est que maintenant, tandis qu’un silence gênant s’installa à notre table, que je pus entendre le brouhaha de la salle à manger. Je me rendis compte que j’avais touché un sujet inadéquat mais je ne leur avais rien fait à ces femmes tandis qu’elles me regardaient comme on regarde un bandit. Touché par leur comportement, néanmoins je poursuivis.

   – Savez-vous ce que signifie la force 100G ?

   À ce moment–là je vis la peur dans leur regard.

   – Nous ne voyons pas de quoi vous parlez – dit celle assise à ma gauche.

   – Par exemple vous, vous pesez un G – j’expliquais. – G c’est la force de gravitation que, par exemple, vous ressentez dans un ascenseur lorsqu’il monte. Alors, durant un moment, on a l’impression que l’on pèse plus, par exemple un G et demi.

   – D’accord, et quel rapport avec le film « Smolensk », ce navet illustrant la thèse de l’attentat ?

   – Avez-vous vu le film, madame ?

   – J’ai lu une chronique dans Gazeta Wyborcza, elle me semble crédible.

   – Je ne pense pas que ce film soit un navet – ai-je protesté. – Bien au contraire, je trouve qu’il est très bon.

   – Alors terminez votre démonstration – grogna celle de droite. – Quel rapport avec le domaine médical, svp.

   – Me laisserez-vous terminer ? – demandai-je parce que la rondelette assise en face de moi commençait à perdre l’appétit et s’apprêtait à sortir.      Son triple menton frémissait de colère. Mais quand elle jeta un œil sur les galettes de pommes de terre au gratin de citrouille, quelque chose la freina.

   – Seulement, soyez bref – grommela-t-elle, et attaqua les galettes froides avec son couteau.

   – Bien, durant les manœuvres difficiles, un pilote de chasse correctement entraîné, qui reçoit jusqu’à 10 G de force de gravitation, ne perd pas conscience pour autant. Un passager de l’avion normal, lui, peut ne pas survivre à un tel appesantissement. Mais il est déjà arrivé que des passagers aient survécu à une pesanteur atteignant les 20 G. Figurez-vous qu’aussi bien la commission russe Anodina (1), que celle menée par le Premier ministre Tusko, affirmèrent que les victimes de Smolensk avaient subi une pesanteur de 100 G.

   – Vous voulez nous suggérer que la commission d’enquête gouvernementale a menti ? – expectora non sans haine la rondelette.

   – Mais pas du tout. Sur des victimes morcelées, à découvert, a fort bien pu agir une force même supérieure à celle-ci. C’est juste dans l’explication que se trouve l’écueil. Au-dessus de l’avion tombant d’une de hauteur de vingt mètres sur un terrain marécageux, c’est une pesanteur d’au maximum 6 G qui a pu agir. Par conséquent la plupart des passagers auraient survécu à la chute. C’est ce qu’affirment les experts qui se sont exprimés lors des quatre conférences de l’équipe parlementaire.

   – Sûrement ces idiots qui font de la politique en dansant sur les cercueils des victimes de la catastrophe et qui comparent l’avion aux merguez fissurées (1) – s’exclama la rondelette.

– C’est sûrement le sujet du film – ajouta-t-elle avec sarcasme et, nerveusement, fourra presqu’une demi-galette au gratin de citrouille dans sa bouche.

   – Eh bien, le film n’aborde nullement ce thème justement et je trouve que Krauze – le réalisateur – qui, comme moi, est convaincu qu’il s’agissait d’un attentat, en omettant cet aspect, a appauvri son film.

 

   Durant un moment, je me trouvai seul à table. Je terminais mon thé quand une jeune serveuse s’approcha.

   – D’habitude ces dames ont de l’appétit, et là, elles n’ont pas terminé leur dîner ? Curieux…

   – Je leur parlais de l’attentat de Smolensk, elles ont dû faire une indigestion – lui dis-je en me levant.

 

***

   Je sortis la chienne noire, Gingerka, nous fîmes une longue promenade après quoi je la laissai à la maison de ma belle-sœur, je montai dans ma voiture, c’est ainsi que j’arrivai en retard aux infos.

 

   Au bout de deux jours, je reçois un appel téléphonique de ma belle-sœur.

   – Espère de salaud – j’entendis – les dames avec lesquelles tu avais dîné, ne me laissent plus tranquille, elles racontent que mon beau-frère est un imbécile. Je n’arrive pas à dormir, je renonce à la cure que j’attendais depuis si longtemps…

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Traduction du polonais Irena Elster

 

(1) En réponse à la demande des Polonais, il y a six ans, d’exhumer les corps, Moscou avait répondu qu’il fallait garder les corps dans des cercueils plombés. Dernièrement certains tournent en dérision la demande des Polonais en parlant de danse sur les cercueils des victimes.

À l’une des conférences, pour démontrer la façon dont la coque de l’avion avait explosé, un scientifique compara celle-ci à la façon dont les merguez se fendillent en longueur. Sur ce, les journalistes de Gazeta Wyborcza, ont tenté de ridiculiser le scientifique en l’appelant - l’auteur de la théorie de l’attentat merguez.

 

 





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