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L'orthodoxie


Auteur : FRENKEL David

Style : Réflexion




Il était une fois un petit garçon qui s’appelait David. Dès son plus jeune âge, il attrapa une maladie qui atrophia la musculature de ses membres inférieurs. Ce n'était que vers l’âge de cinq ans qu’il fit ses premiers pas. Une boiterie, séquelle de sa maladie, le gênait. Il avait honte de se déshabiller en public. De plus, un bégaiement, dont les médecins ne connaissaient pas la cause, affligeait le pauvre enfant et le marginalisait. Voué à lui-même dès sa première enfance, il avait le temps de penser. Confronté à une triste réalité, le petit se posait cette grande question : « mais qu’ai-je donc fait pour mériter une telle punition ? » L’éducation juive poussait les parents à mettre les garçons dès l’âge de trois ans, après leur avoir rasé la tête tout en préservant leurs papillotes, dans une école où l’on apprenait à lire l’hébreu, afin qu’ils se familiarisent au plus vite avec le Pentateuque. L'enfant avait la fibre religieuse, aussi trouvait-il dans l’observation des prescriptions de la Thora la promesse d’un paradis qui le consolait de ses jambes maudites. Son inconscient emmagasinait pourtant une révolte qui allait remettre en question sa religiosité à l’âge adulte. Son indignation se nourrissait des préceptes édictés par Moïse, qu’il trouvait iniques. L’enfant ne pouvait s’empêcher de s’interroger : « pourquoi les prêtres qui boitaient n’avaient-ils pas le droit de servir Dieu dans le sanctuaire ? Pourquoi les animaux souffrant de tares ne pouvaient-ils pas être offerts en holocauste ? » On lui apprenait qu’il fallait faire confiance à Dieu, que l’humain fait de chair et d’os ne pouvait comprendre les desseins du Créateur. Mais quand il regardait ses camarades, une jalousie sournoise s’emparait de sa personne. Il avait l’impression qu’il faisait partie des réprouvés. Il ne pouvait se résoudre à blasphémer contre le Ciel, ses parents lui ayant inculqué la crainte du Très-Haut. Alors il se plongeait dans les livres de morale juive qui vantaient l’acceptation des peines. Il se forçait à admettre leur doctrine qui faisait valoir qu’une souffrance terrestre était gage de récompense dans l’au-delà et qu’une jouissance au jardin d’Éden valait mille plaisirs d’ici-bas.

David avait un esprit lent. Il ne comprenait pas toujours les amphigouris talmudiques. Doté d’une faible mémoire, il assimilait avec peine les preuves et les arguments contradictoires des docteurs de la loi, lorsqu’ils cherchaient à légitimer leurs préceptes par des textes bibliques, et surtout lorsqu’on lui demandait de comprendre des textes qui abondaient en interprétations. Le pauvre n’arrivait pas non plus à suivre l’enseignement profane. Au lieu d’apprendre par cœur certaines formules mathématiques, il passait des heures à essayer d’en faire la démonstration chez lui. Ce travail intellectuel l’absorbait tellement qu’il négligeait ses devoirs d’école. Il restait ainsi en arrière et n’était plus au niveau de sa classe. Il s’ennuyait donc souvent pendant les cours. Pour passer le temps, il se faisait son cinéma en imaginant la vie de ses professeurs. Ses piètres performances ne portaient pas à conséquence. Les instituteurs, embarrassés par la difficile élocution de l’enfant, ne le questionnaient jamais. Comme il n’était pas d’usage de faire passer des examens aux étudiants talmudiques, il pouvait, malgré ses lacunes, voyager dans le même wagon que ses camarades. L’élève ne doublait jamais une classe. Sa mère savait mettre en avant la fragilité morale de son fils. La direction de l’établissement scolaire se montrait compréhensive et ne le marginalisait pas davantage.

Lorsqu’il le pouvait, David s’adonnait à la prière. Durant ses nuits blanches, il récitait des psaumes. Mais la piété de l’enfant avait des hauts et des bas. Ses parents, quoique très religieux, abhorraient les bigots. Ils disaient à leur progéniture : « un bon juif ne verse pas dans l’exagération ». En outre, il y avait une discordance entre la perception religieuse de la mère et celle du père qui s’appelait Jacob. Bien que n’arborant pas l’habillement des ultra-orthodoxes, ce dernier suivait leur courant de pensée. Il ne goûtait jamais les plaisirs de la société et avait un maître, un grand rabbin dont il était un chaud partisan. Ce guide spirituel était d’origine roumaine et s’était exilé aux États-Unis durant la guerre. Une fois par année, le père levait des fonds pour le compte d’une institution dont s’occupait le saint homme. Rachel, la mère de David, tout en suivant scrupuleusement les préceptes des sages d’Israël, faisait partie de ces femmes qui suivaient la mode à la lettre, et contrairement aux autres épouses, mariées à des ultra-orthodoxes, elle s'adonnait aux loisirs impies. Cette dissonance dans la conduite de ses parents était la cause du tiraillement de l'enfant. Quand celui-ci entendait son père conter la ferveur qui s’emparait des fidèles pendant l’office des fêtes juives, célébrées par celui qui, aux yeux de Jacob, portait le flambeau d’un certain judaïsme, ou, lorsque celui-ci s’extasiait sur le miracle dont il avait été témoin lorsqu’il lui avait émis ses souhaits, David était gagné par la dévotion. Mais lorsqu'il voyait sa mère suivre la vogue des jupes courtes ou discourir du dernier film ou du dernier opéra qu’elle avait vu dernièrement, le fils aspirait aux choses de la vie. Cependant, côtoyant le plus souvent le milieu religieux, il finissait par succomber aux sirènes de la spiritualité et ambitionnait de devenir rabbin. Pour cela, il désirait à tout prix entrer dans la haute école talmudique que le maître à penser de Jacob dirigeait aux États-Unis. Mais ses parents, Jacob et Rachel, s’y opposaient. Dans leur esprit, le handicap de leur fils le rattachait encore à la maison.

      – Tu peux très bien devenir un grand savant en fréquentant les écoles ici, en Suisse, lui répétaient-ils.

      – Non, je veux partir, pourquoi mes copains peuvent-ils partir ? Insistait-il en trépignant du pied. Les discussions entre lui et ses parents n’en finissaient pas.

Un jour, le guide spirituel de Jacob chercha à venir en Suisse pour s’y reposer. L’homme de confiance du rabbin, qui était aussi son domestique, s’adressa à Jacob sur recommandation. Celui-ci était tout fier d’avoir été choisi et se consacra à cette tâche corps et âme. Il dénicha un hôtel dans les Grisons et se rendit dans la station bien avant que le grand rabbin fût sur place afin d’organiser l’intendance. Lorsque le grand jour arriva, Jacob y fit venir toute sa famille qui habitait à Genève. Il était d’usage chez les disciples du rabbin que l’on écrivît sur un papier les vœux que l’on aurait aimé voir exaucés. Mais avant, on s’adressait à l’homme de confiance du rabbin pour fixer un rendez-vous. Ce n’était pas facile d’entrer dans l’antre de l’illustre homme. Il fallait être, soit riche, soit de sa famille, soit avoir des relations privilégiées avec l’individu, par qui tout passait, en le soudoyant parfois de quelques menus cadeaux. La famille de David faisait partie de la deuxième catégorie.

Le vestibule grouillait de fidèles attendant leur tour en dissertant sur les miracles ou les bons mots du rabbin. Le saint homme avait un humour subtil et maniait le verbe avec dextérité. Dehors, le soleil n’avait que faire de la solennité du moment, il balayait le ciel comme à l’accoutumée ; la nature suivait le cours des choses et les autres gens vaquaient à leurs occupations. David s'écria en son for intérieur : « Mais pourquoi chacun sur cette terre ne pourrait-il faire partie du peuple élu ? Je sais, nos sages racontent qu’un jour Dieu a demandé à tous les peuples de la terre s’ils voulaient accepter la Thora, seul le peuple juif a répondu oui, mais l’a-t-il demandé après, et le demande-t-il aujourd’hui à chaque bébé qui n’est pas né dans une famille juive ? »

Soudain, une voix de ténor retentit dans le hall où régnait une atmosphère moite : « Jacob et son fils sont priés de se présenter. » Le papa tressaillit. Avec des gestes saccadés, ses mains cherchèrent son fils. Après un court moment d’affolement, il remarqua enfin sa présence. Il le saisit par les épaules et le poussa devant lui. Un poussah, barbe et cheveux en bataille, aux joues roses et joufflues, à l’air gourmé, psalmodia un « laissez passer » qui gêna les deux appelés. Le domestique s’arrêta devant une porte, frappa trois coups secs et l’ouvrit. Jacob entra dans la chambre en tenant son rejeton par la main. Puis, il s’éclipsa en refermant soigneusement la porte derrière lui. Les deux s'avancèrent humblement devant le grand rabbin. David était troublé. Le saint homme était coiffé d’un chapeau de feutre à bords très larges. La couleur noire du couvre-chef contrastait vivement avec la blancheur de sa barbe peu dense et de ses longs favoris bouclés. Ses yeux de hibou sortaient des orbites que surmontaient d’épais sourcils. Ils soulignaient une personnalité austère. Le père s’approcha de son maître et lui baisa la main. Lorsque le garçon en fit de même, le visage du rabbin s’illumina d’un large sourire qui tranchait avec son allure austère. Son front fortement plissé semblait porter la marque d’un esprit soucieux. Aussi, Jacob s’empressa de lui demander s’il avait des problèmes. Le rabbin lui rétorqua que ses institutions étaient à court d’argent, tout en se lançant dans une diatribe contre le monde actuel en prenant à témoin certains passages du Talmud ; l'enfant n’était pas assez érudit pour en saisir complètement le sens.

    – Et toi, Jacob, comment ça va ?  demanda le rabbin au bout d’un moment.
    – Justement, j’aimerais parler d’un problème que j’ai avec David. Mon fils aimerait fréquenter une de vos écoles aux États-Unis. Mon épouse et moi, nous nous y opposons car nous pensons qu’il est encore bien jeune pour partir si loin.  

     – Mais oui, ton papa a raison, dit le rabbin en s’adressant au gamin.

Il lui tapota la joue et poursuivit :

     – Maintenant, tu es trop faible. Attends que tu grandisses.

 
David ne fut pas dupe ; il comprit ce que le mot « faible » sous-entendait. Un torrent de sentiments longtemps refoulés commença de nouveau à submerger son esprit. Ils noyèrent les illusions d’un avenir empreint de religiosité. Les dernières paroles du rabbin tintèrent dans les oreilles de l'enfant comme la sentence de Dieu accompagnée de tonnerres et d’éclairs. Elles lui martelaient le verbe froid sur une âme chauffée à blanc. Tant de textes sacrés vantaient la dévotion au Tout-Puissant. Ils avaient allumé une mèche de spiritualité qui avait fini par embraser la tête du jeunot. Les paroles que l'homme juste venait de prononcer s’adressaient à un petit être boiteux, bègue, chassé du royaume des Cieux. « Ah oui, se dit le petit, j’avais oublié que, même au Ciel, il faut être normal. » il éclata en sanglots et, à la grande surprise de Jacob, s’avança vers le rabbin. Il n’eut pas le courage de dire à cet homme, apôtre d’un courant religieux juif inspiré par la kabbale :

      – En quoi ai-je pêché pour être comme cela ? Devrais-je faire ami avec Satan ? Il m’accepte comme je suis, lui !

      En lieu et place, il eut ses mots :

      – Rabbin, faites que je guérisse ! J’aimerais aussi ne plus bégayer.

      Il avait pourtant prononcé ses mots d'un trait. Le rabbin interrogea le père du regard. Puis se tournant vers l'enfant il lui dit d’une voix douce :

      – Mais tu parles très bien !

David fut surpris que ce saint homme, auquel les tenants attribuaient un esprit divinateur, ignorât la vraie nature de son bégaiement. En effet, le handicap se révélait surtout quand l’enfant se disait : « il ne faut pas que je bégaye ». Lorsqu'il s’oubliait, il parlait normalement. Jacob, qui fut gêné par l’initiative de son fils, le prit par la main et lui ordonna :

      – Attends-moi dehors, je dois encore discuter de certaines choses.

David était abasourdi. Il n’avait pas envie d’attendre son père ; de plus, la cohorte des fidèles l’énervait. Il sortit de l’hôtel. Dehors, des nuages gris s’en allaient se cacher derrière les sapins afin de laisser l’azur déployer le faste d’une voûte céleste. Un papillon manifestait sa joie par le battement vif de ses ailes noires tachetées de rouge et de gris. Un bourdonnement de guêpe se rappelait à un midi pas comme les autres. En ce jour, l’enfant sut qu’il ne deviendrait jamais l’homme pieux, vénérable, auquel il avait rêvé. « Mais alors, » se dit-il, « que vais-je devenir ? » Il ne se voyait pas se fondre dans cette masse qui se rend à la synagogue trois fois par jour pour psalmodier les prières de manière mécanique et par habitude. Lui, il aspirait à entrer dans la spiritualité que véhiculaient les prières. Les livres de morale juive ne lui avaient-ils pas enseigné que l’on devait prier comme si on s’adressait à un seigneur en chair et en os ? Serait-il venu à l’idée de quelqu’un de formuler sa demande au roi en toute hâte, sans penser au sens que chaque phrase pouvait avoir ? Lui, au mépris de ses parents qui le prenait pour un bondieusard éphémère, et de ses camarades qui se gaussaient de lui, passait trois à quatre heures quotidiennes à invoquer le Très-Haut. Malgré la brillance de cette mi-journée, il était d’humeur triste. Il se rendait à présent compte que, à mesure qu’il grandirait, la matérialité réclamerait son dû avec de plus en plus d’insistance et prendrait dans sa vie toujours plus de place. Il n’avait pas eu cette chance d’être né dans un environnement où l’on cultive la piété. Ses parents attachaient une grande importance aux rites ainsi qu’aux traditions transmises de père en fils qu'ils observaient machinalement, par habitude. Lui, pourtant, aurait tant aimé aussi pouvoir se fondre dans une religion qui effacerait les injustices, qui éclipserait son infirmité. Le ronronnement du moteur d’une voiture avançant dans un chemin cahoteux le sortit de ses réflexions. Il aperçut sa mère accompagnée de sa belle-sœur, Ruth, qui rentraient d’une promenade.

      – Alors, que fais-tu tout seul ? questionnèrent-elles David presque en chœur.

      – Rien de spécial, j’attends papa.

      – Ah oui, j’avais oublié, vous deviez voir le grand rabbin. Alors, raconte !

      – Mais papa, où est-il ?

      – Il est encore dedans.

      – Es-tu content de la réponse du saint homme ?

David ne répondit pas. Sa gorge était nouée.

      – Tu sais, intervint Ruth qui avait été mise au parfum par sa belle-sœur, quand tu grandiras, tu te rendras compte que nous, adultes, avions raison.

Le visage de David pâlit. La voix sentencieuse de Ruth l’avait encore plus enfoncé dans le désarroi. Dieu semblait l'ignorer, lui, le claudiquant, le bégayeur, et sa tante, l’incarnation de la beauté, ne le comprenait pas. C’était l’une des rares fois où elle s’adressait à lui. Elle faisait partie des femmes dont le charme et l’élégance enrobaient leurs balivernes d’une touche de sérieux. Sa présence le troublait toujours. Lorsqu’elle le regardait, il avait l’impression que ses yeux, ardents de fierté, balayaient de manière condescendante le peu d’amour-propre qu’il lui restait. Pourtant, il était content lorsqu’il apprenait de manière directe ou indirecte la venue prochaine de cette tante. Car la beauté de celle-ci faisait diversion à une réalité qui avait tendance, malgré ses rêveries mystiques, à s’encroûter dans une monotonie morne. Plongé dans un état second, il se hasarda à demander à la belle :

      – Pppppourquoi ffffaut-il aaaaatttendre qqqque je ssssois ggggrand ?

David avait perdu ses moyens devant sa tante. Le bégaiement honteux qui venait de se manifester l'accabla. Il allait faire partie de ceux que la divinité, incarnée dans la beauté féminine mépriserait, se dit-il.

Il prit ses jambes à son cou. C’est à peine s’il entendit :

     – David, reste ici, c’est l’heure d’aller manger !

Rachel et Ruth tentèrent de le rattraper, mais David se dissimula derrière un gros chêne en se couchant en chien de fusil. Les deux femmes fouillèrent le coin un bon moment et crièrent à tue-tête : « David, David ! », mais en vain. Se disant qu'il faisait un caprice et qu'il allait revenir, elles rentrèrent à la maison. Quand il ne les entendit plus, il se releva, enlaça le vieux chêne et pleura à chaudes larmes.

Il sanglota à en perdre haleine. Puis il enfonça sa tête dans la mousse épaisse du tronc d’arbre. Il frotta son visage contre cette mousse douillette. Cela le calma. Fatigué, il se laissa choir sur le sol et s’enivra du parfum que la nature dégageait en ce milieu de journée. La forêt odorante le pénétra et le réconforta tel un élixir de sagesse. Sa profonde déception finit par se dissiper. Car le langage de la forêt, qui s’était adressée à lui en des termes que sa cervelle ne comprenait qu’à moitié, se transforma par la magie du lieu en une douce mélodie qui le toucha profondément. Il fut soudain gagné par une béatitude qu’il n’avait encore jamais connue. Voici ce que la forêt lui fredonna :

– Observe les arbres. Quelle est leur ambition ? Ils s’élèvent vers le ciel. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il gèle, ils tendent leurs branches afin que les feuilles éclosent, pour que les fruits poussent. A la fureur du vent, ils restent debout. Ils offrent au soleil les larmes des nuages et accueillent à bras ouverts les flocons de neige. Même au plus froid de l’hiver, les arbres ne tremblent pas. Ils attendent de s’écrouler de vieillesse ou qu’on les abatte. Le lien étroit qui les rattache au Très-Haut ne leur laisse aucune liberté. Petit, n’as-tu pas la chance de pouvoir tirer sur la laisse du Bon Dieu et de gambader au hasard de la vie ? Les feuilles que les arbres portent sont parfois belles, laides, mais, à l’automne, elles vont toutes mourir ! A quoi sert-il de se lamenter sur son sort ? La seule chose qui perdure c’est d’avoir existé un jour. Les plantes ne savent pas qu'elles vont se faner, elles sont dans l’ignorance comme toi, gamin. Et connais-tu le dessein de celui qui t’a fait naître, ton cerveau peut-il imaginer la fin des temps ? Non. Alors écoute le chant des oiseaux. Ils n’ont que faire des révoltes et des ambitions. Leur gazouillement célèbre la générosité des fleurs offrant aux abeilles, aux papillons, leurs étamines, leurs pistils, afin que la terre fleurisse à jamais. Allez David, tu veux devenir rabbin et tu te lamentes sur ton corps débile, mais fais déjà ce qui est dans tes cordes. Les oiseaux chantent lorsque les rayons d’un jour naissant caressent leur nid, ils ne savent pas encore s’ils trouveront la nourriture, mais ils se réjouissent de ce que l’aube leur offre. Ouvre donc ton cœur à la misère d'autrui ! Les sourires que tu prodigues aux assoiffés de joie éclaireront pour toujours une parcelle d’éternité.

Le doux babil de la forêt endormit David. Le soleil était beaucoup plus bas lorsque l’enfant se réveilla. Il lui vint brusquement à l’esprit que ses proches devaient être mort d’inquiétude. Il courut rejoindre les siens. C’est sa tante Ruth qui l’aperçut en premier.

      – Mon David, viens ici que je t’embrasse ; je me suis tellement inquiétée ! Rachel, Jacob, on l’a retrouvé ! cria-t-elle en serrant David contre elle.

      Elle voulut reprendre la conversation de tout à l’heure mais, à peine eut-elle prononcée : « David, je voulais te dire… », que l’enfant s’écria :

      – Je ne veux plus en parler.

La forêt lui avait si bien chanté qu’il était heureux d’exister. Sa sensibilité avait compris que le bonheur n’était pas tributaire d’une ambition, que la félicité se riait des croyances, que les règnes dits inférieurs étaient heureux parce qu’ils accomplissaient sans broncher ce que la nature leur avait imparti. Ils ne connaissaient pas la révolte, la non-acceptation de soi. Sans s’en rendre compte, son âme lui avait dicté : « Accepte ta judaïcité ainsi que ton infirmité. Pose les jalons de ton avenir en accomplissant au mieux ce que le futur te demande. Ainsi, ton destin s’accomplira naturellement. »

David grandit, termina tant bien que mal ses études, travailla, se maria et eut des enfants.

Il se défit de l’orthodoxie juive peu après son mariage. L’hymne à la liberté avait séduit un être réconcilié avec sa condition.





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