nouvelles persos
nouvelles persos


Partagez cette nouvelle sur Facebook


Retour de chimio


Auteur : HESSE Rémi

Style : Scènes de vie




Peu après quinze heures, sur les hauteurs de Ménilmontant, une ambulance s’immobilisa en double file devant un immeuble en pierres de style haussmannien. Le temps était frais, depuis le matin un crachin tenace enrobait Paris.

L’un des ambulanciers, aida une dame coiffée d’un foulard, à sortir de la voiture. L’autre homme tenait un sac de voyage à la main. Tous trois franchirent la lourde porte noire en fer forgé et s’engouffrèrent dans l’immeuble. Une odeur d’encaustique les accueillit. Au bras de l’homme en blanc, la dame gravit lentement les degrés de l’escalier de chêne. Au deuxième étage elle s’arrêta.

- C’est ici ? dit un des infirmiers ?

- Non… il reste un étage… je souffle un peu.

- Vous voulez qu’on vous porte ?

- Non, non, ça va aller.

- Vous voulez vous asseoir ?

La dame ne répondit pas et reprit l’ascension du dernier étage.

Une fois chez elle, les ambulanciers partis, elle se laissa tomber dans un canapé et resta un bon quart d’heure à méditer, sans bouger. Elle se rendit dans la salle de bain, se regarda dans le miroir.

- J’ai l’air d’une femme de ménage ! murmura-t-elle.

Elle arracha le foulard avec humeur, laissant apparaître un crâne entièrement chauve aussi blanc que le lavabo. Grande, mince, assez jeune - moins de quarante ans-, les traits fins, le nez droit, le menton volontaire, ce devait être en temps normal, une très jolie femme. Le cou assez long, le port de tête altier, les mains fines, tout en elle transpirait l’élégance naturelle. Son teint était un peu blafard, les yeux verts cernés, étaient soulignés de petites rides en pattes d’oie, qu’elle massa longuement du bout des doigts.

Son regard semblait perdu dans le lointain bien au-delà du miroir qu’elle fixait. Son visage était empreint de lassitude, de tristesse, de gravité. Elle revoyait ses cheveux, ses beaux longs cheveux châtains, naturellement ondulés, partir par poignées. Elle revivait sa surprise à découvrir ce crâne, étrange, blanc, si blanc. Elle revoyait sa stupeur lorsqu’elle constata qu’elle n’avait plus de sourcils plus de cils plus de poils sur le pubis. Elle se remémorait l’arrivée dans son miroir d’une femme à la physionomie étrange, une femme inconnue, qui était-elle. Bien sûr après quelques jours, elle avait en partie accepté cette apparence. Mais elle était blessée, se sentait amputée d’une part de sa féminité. Dépouillée d’un de ses atouts, d’une partie de sa séduction. Cruellement privée du plus féminin des gestes : de la main qui passe dans les cheveux. Ses yeux étaient emplis de larmes, mais elle se contint et déclara à voix haute :

- Personne ne me verra comme ça !

Elle erra un peu dans l’appartement, tenta de lire un magazine, mais n’arriva pas à se concentrer. Elle se prépara une tasse de thé. Puis, installée devant son ordinateur, elle fit ses courses en ligne, afin de ne pas avoir à sortir et à affronter le regard des autres. La sonnerie du téléphone retentit, elle ne broncha pas.

Un peu plus tard, elle retourna devant le miroir.

- Je suis verte, dit-elle à voix haute.

Elle se mit un peu de crème sur le visage, sur le front mais ne savait pas trop où s’arrêter. Le crâne blanc jurait de plus en plus. Elle rajouta un peu de fond de teint sur ses joues. Soudain elle se lava le visage à grande eau, le frottant vigoureusement avec un gant de toilette, avant de l’essuyer avec rage et d’expédier la serviette à l’autre bout de la salle de bain. Elle fit quelques pas dans l’appartement pour se calmer un peu. Elle se campa devant une grande fenêtre, Paris était gris, les toits de zinc gris, le ciel gris, le temps gris.  Elle but un grand verre d’eau, mit un peu de musique, la deuxième symphonie de Beethoven. Elle écouta l’adagio pendant quelques minutes. Retourna à la salle de bain.

- C’est malin maintenant je suis toute rouge, murmura-t-elle.

Le téléphone sonna à nouveau, elle l’ignora. Elle se passa une crème hydratante, déposa un peu de blush pour accentuer le saillant de ses pommettes. D’un trait de crayon habile elle marqua ses sourcils. Elle compléta son maquillage par un léger trait noir sur ses paupières et un rouge tendre sur ses lèvres. Scrutant la glace, elle parut presque satisfaite. Après avoir mis une goutte de parfum derrière chaque oreille, elle essaya plusieurs foulards. Au bout de maintes tentatives, elle arrêta son choix sur un foulard de soie gris perle, qu’elle arrangea en un savant turban. L’après-midi tirait à sa fin, le timbre du téléphone avait retentit une troisième fois. Elle se regarda dans le miroir de face, un profil, l’autre, se fit une moue dans la glace. La femme revenait en elle.

Elle s’installa devant le journal télévisé un paquet de petits beurres sur les genoux. Alors qu’elle croquait le premier biscuit, on sonna. Elle se leva d’un bond, mais n’ouvrit pas. Une deuxième sonnerie retentit, elle ne broncha pas. On frappa, elle s’avança, anxieuse jusqu’à l’entrée du couloir, bien décidée à ne pas répondre. Elle retenait instinctivement sa respiration, mais le son de la télévision trahissait sa présence. La poignée de la porte s’inclina lentement. Tout aussi lentement la porte tourna sur ses gonds avec un léger grincement. Comme pétrifiée, elle restait debout immobile, le regard rivé à la porte qui n’en finissait pas de s’ouvrir. Un homme grand brun, apparut.

- Comme tu es belle !

Ce furent ses premiers mots. Elle se précipita, l’enlaça, blottit sa tête contre la poitrine de l’intrus.

Belle, il a dit belle, belle, se répéta-elle, tandis qu’une larme roulait sur sa joue et que sur ses lèvres se dessinait un pauvre petit sourire. Le premier sourire depuis trois semaines





nouvelles persos lecture aleatoire
lecture aléatoire




Multipanda - Infoquizz - Refina - Solution Piscines - Solutions Banque - Yaca-Sudoku -