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Un don tardif


Auteur : PATTYN Fred

Style : Fantastique




Mardi

Ça fait aujourd’hui trois mois que je suis dans cette chambre. Trois mois relié à cette machine qui fait un bruit pas possible, avec ses fils qui pendouillent de partout et ses témoins d’alarme qui sonnent sans arrêt, nuit et jour. J’en ai marre ici. Je m’ennuie. Je dors mal. Toujours du bruit et du mouvement. Je n’ai rien à faire. A la télé, c’est nul. Des trucs qui m’intéressent pas, ou alors que j’ai déjà vus une dizaine de fois. Les repas sont dégueulasses. Froids, et sans goût. Ou les deux. Et j’ai pas de visite. Le peu de famille qu’il me reste, ils ne veulent plus me voir. Je suis un vieux con, comme ils disent. Le vieux con vous le rend bien. Restez où vous êtes, j’ai pas envie de vous voir. En plus, on me lave et on me fait aller aux toilettes comme un bébé. Le bassin, l’urinoir, la toilette intégrale une fois par jour, génial…

Mais je pense que le pire, c’est mon voisin de lit. Un gros con. Un vieux con. Comme on veut. Il ne fait que parler de sa vie, je m’en fous. Il me soule. Il voit très bien que je ne l’écoute pas, mais il parle quand même. Dommage qu’il ait un cancer du poumon et pas un cancer de la langue. Et en plus, quand il dort, il ronfle. Je le déteste à un point, il n’imagine même pas. Si au moins il pouvait crever, de toute façon, il n’a aucun espoir de guérison. Moi non plus d’ailleurs, mais au moins, je finirais mes jours sans lui à mes côtés.

 

Mercredi

Il y a eu du raffut dans la chambre cette nuit. Médecins et infirmières ont déboulé vers 4h car les organes de mon cher voisin ne faisaient plus bouger ses écrans de contrôle. Il est mort. A priori, son cœur ne le supportait plus non plus et a décidé d’arrêter de battre. Du coup, il est parti avec son lit je ne sais où. Je me suis toujours demandé ce qu’on faisait des morts dans un hôpital. On les fait traverser tous les couloirs recouverts par un drap, aux yeux de tout le monde ? Ils vont dans des chambres spéciales pour y attendre je ne sais pas quoi ? Directement à la morgue ? J’en sais rien, mais je m’en fous maintenant.

Au moins, je suis débarrassé de ce parasite qui polluait mes dernières journées et mes dernières nuits. On verra bien qui le remplace. Car il sera remplacé rapidement, j’en doute pas, mais au moins, je suis un peu peinard pour le moment.

La petite infirmière brune est encore passée me voir ce matin. Quelle conne celle-là. Elle me parle comme à un bébé : « Vous avez envie de faire caca ? », « Vous voulez que j’ouvre un peu plus les rideaux ? », « Il faut manger, monsieur, sinon votre estomac va vous faire mal ! », « Il faudrait mettre la télé moins fort, vous gênez la dame dans la chambre d’à côté »… Elle me soule, elle peut pas me laisser tranquille ? J’ai envie de faire ce que je veux, et quand je veux. En plus, elle parle super fort, elle me donne mal au crâne. Et avec une dose de vulgarité dans ses expressions qui me débecte. On dirait un langage de poissonnière sur les marchés du moyen-âge. Déjà sa tronche, je ne peux pas la blairer. C’est physique. Un air d’imbécilité totalement assumé. Et quand elle est de service, comme par hasard, elle est affectée à ma chambre. J’ai toujours eu du bol. On dirait que c’est voulu pour me pousser à bout. Je la déteste. Elle aussi je voudrais qu’elle crève, si c’est la seule solution pour ne plus la voir.

 

Jeudi

Ce matin, une nouvelle infirmière est venue dans la chambre. Une jolie blonde, ma foi, ça change de l’autre idiote. Elle avait l’air triste, comme si elle venait de pleurer. Puis une aide-soignante habituelle est venue également la rejoindre pour faire mes soins. Quand elles sont parties, je les ai entendues discuter, avant qu’elles ne referment définitivement ma porte. L’infirmière brune est morte. C’est dingue ! Renversée par un bus ce matin, en venant au boulot. Tiens, ça fait deux personnes qui ne viendront plus m’emmerder, ma vie s’éclaircit d’un seul coup ! Un esprit tordu dirait que ça vient de moi, et de ma façon de les détester à un point… Mais bon, c’est juste le hasard, la loi des séries, comme on veut.

Cet après-midi, j’ai eu la visite de mon médecin. Un sacré connard aussi celui-là. Depuis le début j’ai eu des doutes. Il n’a jamais voulu me faire les examens appropriés. « Les bilans sanguins sont bons, ne vous inquiétez pas ». « Vous n’avez pas eu de variation de poids ces derniers temps et votre appétit est bon ». « Statistiquement, vous n’aviez aucune chance de l’avoir ». « Cela se soigne très bien maintenant, ne vous inquiétez pas ». On voit le résultat. Un an de perdu dans le diagnostic, et je fais partie des 2-3 % pour qui ça ne se soigne pas, finalement, youpi ! Ça ne l’empêche pas de pavaner dans les couloirs, avec sa cohorte d’étudiantes qui l’appellent « professeur » et qui écoutent religieusement ses saintes paroles quand il apporte des commentaires sur une radio ou sur des résultats de laboratoire. Je ne supporte plus son ton mielleux, son bronzage parfait et son air condescendant. Tiens, lui aussi, si c’était possible, je voudrais qu’il crève.

 

Vendredi

C’est dingue ! Mon médecin est mort ! Je le crois pas… Ce bellâtre s’est électrocuté ce matin dans sa salle de bains ! C’est en tout cas ce que j’ai cru comprendre des conversations des infirmières. Peut-être était-il fan de Claude François… Pas une grosse perte, ni pour moi, ni pour la médecine, ni pour tout le monde en général. Toutes n’ont pas l’air attristées d’ailleurs… Peut-être que finalement il tapait sur le système de beaucoup de monde également.

Par contre, c’est assez affolant ce qu’il se passe avec moi… Je ne supporte plus mon voisin de chambre, il crève dans la nuit. Je ne peux plus blairer la grosse brune, elle se fait choper par un bus. Je ne peux plus voir en peinture ce gros con de médecin, pouf, grillé. Et si j’avais un don ? Si le fait de détester quelqu’un à un point paroxysmique le faisait clamser comme ça, simplement ? Ce qui serait encore plus con, ce serait de découvrir ce don du ciel que maintenant… Cela aurait été tellement utile dans ma vie…

Peut-être qu’au début je m’en serais servi pour tuer de façon anonyme des gens néfastes à l’humanité. Un dictateur, un psychopathe, un ministre des finances qui souhaite encore augmenter les impôts, un connard qui me fait un doigt d’honneur en voiture, des petits branleurs qui passent devant chez moi avec leurs mobylettes trafiquées… Y’en aurait eu de quoi faire !

Faut que je vérifie… Une loi des séries aussi forte ne peut durer éternellement. Tiens, ma voisine, cette triple buse, pas très nette sur elle avec sa clope au bec, qui m’a pourri la vie pendant plus de 10 ans, avec son aspirateur à toute heure de la nuit, sa radio à fond, son air « je m’en fous vous savez ? » si j’avais le malheur de lui dire quelque chose… Je pense que je l’ai toujours détestée, au fond de moi-même. Qu’est-ce que j’aurais été bien si elle n’avait pas été là… Si elle pouvait y passer…

 

Samedi

Bon, j’ai vraiment un don… J’ai demandé ce matin à la jolie infirmière blonde de m’apporter le journal. Le scoop ! Hier, en fin d’après-midi, ma voisine a glissé dans l’escalier, et elle s’est fracassée le crâne 2 étages plus bas ! Elle est morte sur le coup, d’après l’article. C’est encore le concierge de l’immeuble qui va prendre…

La démonstration est faite : j’ai un super pouvoir, je suis un super héros ! Tremblez, les gens !

Mais de toute façon, à quoi bon… J’ai raté ma vie… J’aimais ma femme, et j’ai pas su la garder. Du coup, j’ai pas eu d’enfants. Ça m’a au moins évité d’avoir des petits cons à la maison. J’ai jamais eu un boulot que j’aime, ni un boulot qui me permette de vivre financièrement de façon sereine. J’ai pas d’amis. Enfin j’en ai plus. Ils m’ont tous lâché, soit-disant que j’ai un caractère de merde. Et je suis là comme un con sur ce lit d’hôpital, à attendre que ça se passe, et que ça s’arrête. Une vie pleine de vide. Je me déteste. Moi aussi je voudrais crever.





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