En attendant l'orage



Nouvelle écrite par Pierre-Alain GASSE dans le style Policier



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I Chaude soirée

Hôtel de police, vendredi 1er juillet, 22 heures.

La "Cité gentille" s'endort sous juillet. À l'Hôtel de Police, portes ouvertes et ventilateurs en marche, aucun courant d'air ne parvient à soulager de la chaleur épaisse qui s'est abattue sur la ville, comme sur la majeure partie du pays. La "petite chienne" a encore frappé ! L'O.P.J. Bénédicte Plassard, Béné pour les intimes, sourit intérieurement à cette évocation de l'étymologie latine de la canicule*. Il est vingt-deux heures et la température n'a pas baissé d'un iota depuis le début de l'après-midi. Encore une nuit difficile en perspective. Toutes les demi-heures, les agents de permanence comme elle vont se rafraîchir la nuque et les avant-bras aux lavabos. Encore faut-il laisser couler l'eau trois ou quatre bonnes minutes, sinon, elle sort des robinets à 28°C. Cela fait quatre jours maintenant qu'il en est ainsi. Faudra-t-il sacrifier un chien roux à l'astre courroucé, comme s'y résolvaient les Romains, pour écarter les malheurs de ces "jours caniculaires" de plus en plus fréquents ?

Le service des Urgences de l'hôpital de la ville a déjà connu deux décès par hyperthermie et déshydratation. Deux personnes âgées isolées dont l'entourage s'est préoccupé trop tard. Dans les rues, les habitants rasent les murs à l'ombre depuis le début de la semaine ; les limonadiers et glaciers se frottent les mains d'aise tandis que les restaurateurs comptent et recomptent leurs rares clients en s'épongeant le front.  Les piscines ne désemplissent pas et un temps de baignade maximum d'une heure a été fixé par arrêté préfectoral. Les bassins des fontaines sont pris d'assaut et la police municipale a renoncé à verbaliser les bains de pieds et les jeux des enfants, pour tenter d'interdire les ébats des adultes. L'asphalte du macadam des rues remonte en surface, se liquéfie au soleil et colle encore aux semelles la nuit venue. Dans les églises, assiégées elles aussi en raison de leur fraîcheur, les provisions de cierges et de bougies sont épuisées, car tous les moyens sont bons pour invoquer la pluie libératrice que la ville entière appelle de ses vœux.

Bénédicte se lève pour aller consulter la main-courante. Depuis dix-neuf heures, néant : ni appel, ni visite. Le brigadier marine dans son jus, lui aussi. C'est infernal. La langue colle au palais ; les mots refusent de sortir de la bouche ; le menu peuple du commissariat cherche des goulées d'air plus frais auprès des ventilos qui brassent l'espace immédiat des bureaux.

Soudain, une diode s'allume au tableau des véhicules en patrouille et le haut-parleur crachote :

— Dauphine à Central : sommes dans la ZUP sud. Une lueur orangée vient d'envahir le ciel devant nous.  Ça sent le cramé grave. Nous rendons sur les lieux.

Bénédicte sourit malgré elle au mélange des registres dans le langage du sous-brigadier. Chassez le naturel...

— Central à Dauphine : bien reçu. Indiquez position dès arrivée. Attendons votre rapport.

Au milieu d'un terrain vague, parmi des gravats épars, une torche humaine flambe haut et fort.  Simon Le Lagadec, surnommé Sim pour son physique gracieux, jaillit du patrouilleur, l'extincteur du véhicule en main, tandis que le chauffeur indique aux pompiers les coordonnées du sinistre. Avec le jet réduit de cet appareil, impossible d'approcher sans combinaison ignifuge. La chaleur est trop intense. L'air encore échauffé de la journée brûle les poumons à présent. Bon dieu, il va être trop tard ! Le corps gît à terre, déjà carbonisé par endroits. Vision d'horreur en rouge et noir de chairs à demi-consumées, dans une puanteur d'équarrissage. Un haut-le-cœur le saisit. Une gerbe violente s'échappe de son gosier.

Une sonnerie deux-tons retentit. Des pneus crissent. Un équipage de pompiers met une lance en batterie pour noyer le foyer et ses alentours. Simon, son mouchoir sur le nez, les yeux piqués par la fumée âcre et l'estomac toujours au bord des lèvres, leur signifie d'éviter de trop arroser le corps. Le capitaine hoche de la tête, après reconnaissance. À ce stade, il n'y a plus rien à faire.

La victime a dû être copieusement arrosée d'essence ou embrasée au lance-flammes. Seules des flammèches la parcourent à présent. Aucune trace de vêtements. Sexe féminin. Peau noire, dirait-on. La vue se détourne instinctivement du cadavre qu'on ne pourra couvrir avant de longues minutes, lorsque les gars du Labo auront accompli leur macabre besogne.

La nuit retombe sur le terrain vague ; dans le halo des phares et des projecteurs, c'est l'heure des premières constatations. Bénédicte est en route. Elle vient de réveiller le procureur, qui a réveillé le maire, qui s'est déchargé de la corvée sur son adjoint à la Sécurité. Simon distribue des pastilles de menthe. Les pompiers des masques Giffard.

 Demain, la presse titrera : "Une femme périt carbonisée dans un terrain vague des quartiers Sud". Ce sera la version officielle pour le moment, a dit le Procureur, à l'issue de la réunion qu'il vient de tenir sur place avec Bénédicte, Simon, son équipier, le capitaine des Pompiers, les deux techniciens de l'Identité Judiciaire et Monsieur le Maire, qui s'est finalement déplacé. Mais déjà, tous en sont convaincus : c'est un horrible meurtre, pas une immolation volontaire, car, vu l'état des parties du corps non consumées, la victime était décédée AVANT de prendre feu. Depuis un jour ou deux, sans doute. Les gaz de son corps en décomposition ont accéléré la combustion. Pour le reste, il faudra attendre le rapport du Docteur Lacordaire, le médecin-légiste.

 

II Célia et les blogs

Centre-ville, 1er juillet, 22 heures.

Au même moment, quelque part en centre-ville, Célia Mathis, une jeune élève de l'école de Police, insomniaque ou trop incommodée elle aussi par la chaleur étouffante, est assise devant l'écran de son ordinateur. Elle s'intéresse aux blogs, ces journaux personnels en ligne qui ont remplacé les carnets secrets et autres journaux intimes d'autrefois. Depuis quelque temps, ils prolifèrent et, de l'ado en mal d'amour à la vedette en manque d'admirateurs en passant par l'homme politique en quête d'électeurs, toute la France branchée Internet débloque à pleins tubes ! Alors, Célia surfe de blog en blog, pour tromper l'ennui, à la recherche d'une phrase accrocheuse, d'une personnalité hors du commun, d'une situation inédite. Sans cacher son espoir secret : la rencontre qui fera battre son c½ur plus fort. Mais ça...

Hélas, parmi tous ces brouillons d'écriture, peu de phrases méritent de passer à quelque postérité que ce soit. Leur immédiateté est leur seule légitimité. Et le voyeurisme ambiant leur principal motif de succès. Elle a presque honte, parfois, de lire tous ces délires, mais c'est un peu devenu comme une drogue pour elle. Elle remplit le vide de sa vie personnelle en épiant celle des autres. Soudain, un pseudo retient son attention : Le Prédateur. Avec deux majuscules. Dans un coin de son cerveau, un souvenir s'est activé : c'est le terme que ses professeurs de l'École de Police appliquent aux tueurs en série. Elle l'a noté lors d'un cours récent donné par un profileur. Une espèce de curiosité professionnelle l'a saisie, à présent.

Elle entre dans l'espace réservé du Prédateur. Premier choc : les couleurs : une symphonie en rouge et noir, d'inspiration gothique. Elle a déjà vu ça. Mais l'essentiel n'est pas là ! Le billet du jour est effarant !

Fébrile, le souffle coupé, Célia lit et relit les phrases sèches. Elle sait que tous les phantasmes ont libre cours sur Internet. Elle sait aussi que raconter un crime n'est pas le commettre. Mais il y a de tels accents de vérité qu'elle s'interroge. Il lui faut en apprendre davantage. Elle consulte le calendrier. À la date du 29 juin, elle trouve le billet précédent.

Célia remonte encore dans le calendrier :

Lundi 27 juin.

Célia a le souffle coupé. C'est dingue. On a beau savoir que ça existe, toucher la réalité du doigt, c'est autre chose. Et là, si elle n'a pas affaire à un pervers criminel, elle veut bien être transformée en bonne s½ur ! Il faut faire quelque chose, mais quoi ? Et comment se fait-il que le contenu de ces messages n'ait pas été détecté par les robots traqueurs de contenus illicites ? L'hébergeur se trouve probablement à l'étranger, dans un pays encore peu regardant de ce point de vue ! Et puis, c'est comme les rondes de police. Entre deux passages d'inspection, des sites ou des pages au contenu illégal peuvent être mis en ligne, vus et répandus impunément.

Célia réfléchit : ce gars-là ne tape sûrement pas ces trucs-là depuis son ordinateur perso. Trop risqué. Même en essayant de naviguer en mode furtif. Il doit faire ça depuis un cybercafé et s'arranger pour effacer les traces de son passage. Ou alors, il a trouvé une porte d'entrée mal fermée dans l'ordinateur d'un pékin qui ignore qu'on utilise sa machine pour se défouler sur le net et qui va tomber des nues lorsque les flics vont débarquer chez lui.

Célia vient de prendre conscience que sa décision est prise : elle pense qu'il y a matière à intervention. Pour incitation au meurtre. Il lui semble bien qu'il y a un article du Code Pénal là-dessus. Peut-être n'est-ce que de la littérature, mais dans ce cas, un minimum d'indications devrait le préciser. Dès demain, elle va consulter ses supérieurs.

Elle met le blog dans ses favoris, non sans vérifier auparavant que rien n'y a été ajouté et se décide à se mettre au lit. Là-bas, dans la ZUP Sud, on dirait que le ciel luit d'étranges lueurs orangées.

 

III Hôtel de Police, samedi 2 juillet, 10 heures.

Questions sans réponse

Le "commissariat", comme il ne faut plus l'appeler, était toutes fenêtres ouvertes alors que dix heures n'avaient pas encore sonné au clocher de la cathédrale. Du premier au dernier, ses occupants s'apprêtaient à vivre une nouvelle journée de canicule, la cinquième déjà, sans s'y habituer le moins du monde. Le divisionnaire était sorti en bras de chemise et bretelles à pingouins pour convoquer à la cantonade Bénédicte et Simon dans son bureau. Sur les bureaux des enquêteurs, des bouteilles d'eau minérale avaient remplacé les traditionnels cafés. Ce n'était plus l'horloge que chacun surveillait, mais le mercure du thermomètre et il affichait déjà 25 °C.

— Alors, Plassard, Le Lagadec, on y vient, au rapport ?

— On arrive, patron, répondirent Simon et Bénédicte d'une seule voix, tout en se dirigeant d'un pas faussement alerte vers le bureau du Commissaire.

— De quels éléments disposez-vous dans cette affaire de femme carbonisée, Plassard ?

— Le rapport du légiste vient de tomber : femme noire de 15-20 ans, morte par strangulation quarante-huit heures environ avant la carbonisation du corps. Viol probable. Corps déplacé post mortem.

— Ça nous met à mercredi, ça. Des disparitions correspondent à ces éléments ?

— Travail en cours, patron. Ça n'a rien donné pour l'instant.

— Bon. Faites passer un appel à signalement dans les journaux télévisés. Ouvrez plusieurs lignes. Et vérifiez tout ce qui concorde partiellement. 

— Le Lagadec, c'est vous qui êtes arrivé le premier sur les lieux. Quelque chose à signaler ?

— Je n'ai pas pu approcher du corps ni arrêter sa combustion, malgré mon extincteur de voiture. C'était horrible. Désolé, patron.

— C'est bon. Vous me tenez au courant. J'ai le Préfet sur le dos.

Bénédicte et Simon sortirent du bureau en se regardant. Ils n'en revenaient pas. Aucune impatience. Pas le moindre coup de gueule. La chaleur avait presque rendu le patron amorphe ! De ce point de vue, il devrait faire chaud plus souvent, pensa Bénédicte.

C'était le moment de descendre au deuxième sous-sol rendre une petite visite à Cyprien Lacordaire, pour obtenir quelques précisions sur son rapport.

Les locaux climatisés du Laboratoire étaient une vraie bénédiction et, depuis cinq jours, jamais le Docteur Lacordaire n'avait eu autant de visiteurs.

— Ah, c'est vous ? Si on me dérange toutes les cinq minutes, il ne faut pas s'étonner ensuite de quelques retards !

— Merci pour le rapport, Cyprien, fit Simon, mais nous aimerions avoir deux ou trois précisions.

— Dis toujours.

— Comment le corps a-t-il pu carboniser aussi vite ?

— Il y a plusieurs éléments de réponse : primo, nous ne savons pas depuis combien de temps le corps brûlait lorsque tu es arrivé sur les lieux. Segundo : les gaz de décomposition ont fourni un appoint d'énergie non négligeable. Tertio : Tout le carbone du corps humain est combustible en présence d'oxygène et à partir de 900 °C, voire moins, une auto-combustion peut se déclarer et s'entretenir. Quarto : le corps a été aspergé d'un produit hautement inflammable.  

— De l'essence ? demanda Bénédicte.

— Selon toute vraisemblance.

— Pourquoi le violeur présumé a-t-il mis le feu à sa victime ? C'est un mode opératoire très rare, non, docteur ?

— Assez. Quelques cas signalés depuis l'informatisation des fichiers. Il l'aura fait davantage pour tenter d'éliminer tout indice le concernant que pour faire disparaître sa victime, car la consumation totale du corps est illusoire, dans ces conditions. 

— Merci beaucoup, Docteur Lacordaire, dit Bénédicte en posant un léger baiser sur la joue de l'homme de science qui en rougit jusqu'aux oreilles. 

Bénédicte n'a jamais aucune difficulté à obtenir ce qu'elle veut des hommes, quels qu'ils soient !

 

IV Samedi 2 juillet, 9 heures

Célia joue avec le feu

        Ce samedi matin, dès son arrivée à l'École de Police, Célia demande à voir le Directeur. Impressionnant par sa taille, lorsqu'il est debout, le Commandant Garçon il l'est aussi par la rudesse avec laquelle il mène ses subordonnés, professeurs comme élèves, sans distinction aucune. Enhardie par l'enthousiasme de ses vingt-deux ans, Célia lui fait part sans ambages de sa découverte et s'attend à quelque félicitation pour avoir donné l'alerte, mais la réponse qu'elle reçoit lui fait l'effet d'une douche froide :

—  Il n'entre, Élève Mathis, ni dans vos attributions ni dans les miennes de faire la police de l'Internet. Il y a pour cela des services spécialisés. Laissez-les remplir leur tâche. Et retournez à vos études. Qui vous dit que ce site n'est pas sous surveillance ? Vous pouvez disposer.

— Mais...

— Rompez, j'ai dit.

Célia esquisse un salut pas très réglementaire et se retire, tandis que le Directeur de l'École replonge déjà le nez dans ses dossiers.

Mais elle n'entend pas en rester là.

Toute la journée, elle rumine cette rebuffade. Elle pourrait sans doute trouver seule les coordonnées de la cellule de la gendarmerie chargée de la surveillance Internet pour la zone ouest. Et même s'adresser directement au Procureur de la République. Mais, en tant que fonctionnaire stagiaire, elle est astreinte à un certain nombre de règles et présume que cette démarche, es qualités, est soumise à l'autorisation de ses supérieurs. Mieux vaut qu'elle s'abstienne de passer par la voie officielle.

Le soir venu, rentrée dans son studio, c'est donc avec une certaine hâte qu'elle clique sur l'adresse enregistrée la veille dans les signets de son navigateur Internet. 

Mauvaise surprise : message d'erreur 404 : la page demandée n'existe plus. Le blog du Prédateur n'est plus en ligne ou, du moins, plus à cette adresse.

Elle remonte l'arborescence d'un niveau pour se trouver confrontée à un accès restreint. Évidemment.

Les quelques identifiants et mots de passe qui lui viennent à l'esprit sont infructueux. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.

Soudain, elle se souvient d'un CD d'outils informatiques qu'un petit génie de sa classe de Terminale lui avait dupliqué. Avec un générateur de mots de passe. Et un décrypteur très puissant. C'était grâce à ces programmes qu'il avait réussi à pénétrer les serveurs de l'Académie et à récupérer les résultats du baccalauréat deux jours avant leur publication ! Non sans quelques déboires ultérieurs.

Mais où a-t-elle fourré ce CD ? Elle fouille avec fébrilité les diverses piles qui s'entassent sur son bureau et sur le sol du studio. Euréka ! Le voilà.

Une demi-heure plus tard, Célia force l'entrée du site du Prédateur. Mais le ménage a été fait. Seul reste un fichier index anodin. Serait-ce cependant le signe que ce déménagement n'est que temporaire ?

Elle lance une recherche sur Xoogle. "Le Prédateur" avec les majuscules et entre guillemets. Vingt-deux mille trois cents réponses. À cause de ce film américain homonyme. Elle n'est pas sortie de l'auberge ! Peut-être a-t-il laissé à sa page son ancien titre, en la déménageant. C'est fréquent. Ses doigts courent sur le clavier pour taper : "Le blog du Prédateur". Résultat : Néant. Deux possibilités : un, il a abandonné Internet comme moyen de communication, la piste est brûlée ; deux : il a changé de titre et/ou de lieu, mais le robot de Xoogle n'a pas eu le temps d'enregistrer ces changements. Il faudra vérifier plus tard.

Pas la peine d'essayer avec un autre moteur de recherche. Ils indexent tous moins de pages que celui qu'elle vient d'utiliser. Si près du but ! Le découragement la prend, soudain. De quoi se mêle-t-elle aussi ? Elle ferait mieux de se chercher un petit ami par les moyens classiques, au lieu de passer ses nuits sur Internet en quête d'une improbable âme sœur ou d'un criminel en puissance.

Mais, au moment d'abandonner, une idée lui vient : ce type de gus cherche à se faire reconnaître, d'une manière ou d'une autre. Donc, s'il a choisi Internet pour communiquer, il cherchera à savoir s'il est lu. Et pour cela, il utilisera un service de statistiques. Maintenant qu'elle possède un identifiant et un mot de passe, elle pourrait essayer de consulter les statistiques détaillées de fréquentation du site : peut-être y trouvera-t-elle quelque indication sur la nouvelle adresse des pages qu'elle recherche ? 

Aussitôt dit, aussitôt fait. Et cela marche ! À sa grande surprise, en une seule journée, plusieurs centaines de personnes ont accédé à ces pages. Elle retrouve son IP fixe sur la liste des derniers utilisateurs. Et dans celle des liens suivis, une adresse retient son attention : celle d'un hébergeur gratuit, spécialisé dans les blogs. Elle s'y rend. Tape "Prédateur" dans le moteur de recherche du site : c'est gagné ! La balise-titre a trahi son auteur.

Les anciens billets ont disparu, mais un nouveau retient son attention. 

Sur un fond bleu roi, un message d'un dénommé Pete Duraler s'inscrit en capitales d'un jaune vif. À la recherche de quelqu'un pour "passer" la nuit. En tout bien tout honneur, semble-t-il, et tromper la moiteur ambiante.

Trois éléments confirment Célia dans l'idée qu'elle est bien sur la piste de son homme : il est question dans le message d'une certaine "Mad Lullaby" ; la police de caractères utilisée est la même que dans les précédents messages et, surtout, Pete Duraler, vérifie-t-elle mentalement, c'est une anagramme de prédateur, ou plus exactement de "Le Prédateur". Monsieur s'amuse. Joue les Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Très bien.

Sans plus réfléchir, la voilà en train de répondre à Pete Duraler. Elle s'identifie comme nouveau rédacteur sous le pseudo de Candice. C'est celui de sa boîte pour courrier indésirable. C'est un peu cucul mais peut-être pas si bête, cela peut renforcer le côté "oie blanche" qu'elle veut se donner.

"Salut Pete,

Non, tu n'es pas seul devant ton écran dans cette fournaise. Moi non plus, je ne peux pas dormir. Et comme toi, je cherche quelqu'un qui me comprenne. Parle-moi un peu de toi. Moi, j'ai..."

Elle hésite un instant et tape : "... 19 ans bientôt. Je suis entrée à l'Université l'an dernier, en psycho. Pendant les vacances, je travaille comme serveuse dans un take-away, à la sortie de la ville."

Seconde pause : elle songe à ce qu'il convient qu'elle dise et ne dise pas. Assez pour l'appâter, mais pas plus. Il doit être méfiant, quand même. Se décrire un peu. Espérons qu'il aime les brunes.

"Je suis une brune élancée aux yeux clairs. Et toi, tu es comment ? À tout de suite.

Candice"

Envoi.

Une drôle d'excitation l'a saisie. La fièvre du chasseur. Elle commence à comprendre ce qu'il peut ressentir lorsqu'il "fait une touche" comme il disait dans un de ses messages. C'est bizarre qu'il utilise cette expression, c'est un peu démodé, non ? 

Elle va prendre une nouvelle bouteille d'eau dans le réfrigérateur. Elle l'applique sur sa nuque et ses avant-bras avec des soupirs d'aise. Puis, elle boit, au goulot, longuement. Ça glougloute dans son estomac.

Lorsqu'elle revient s'asseoir devant son ordinateur, le petit valet de pied de sa messagerie l'attend au bas de son écran avec une enveloppe sur son plateau. Elle l'ouvre : sur un joli papier, personnalisé avec une photo-miniature de l'expéditeur, elle lit :

"Salut Candice,

C'est presque le désert sur Internet en ce moment. À croire que tout le monde est sur les plages. Je hais les plages. Heureusement que tu es là.  J'ai quelques années de plus que toi. En ce moment, je ne travaille pas. Avant, j'étais bibliothécaire. Moi aussi, je suis brun, mais j'ai les yeux "brown and green". Tu te demandes sans doute comment j'ai eu tout seul ton e-mail perso ? Rien d'extraordinaire. Un peu de flair. Ton prénom est plutôt rare en France. Je l'ai essayé, suivi du nom de l'un des trois principaux fournisseurs d'accès français. Les deux premiers messages m'ont été retournés par le mailer. Le troisième était le bon. J'espère que tu ne m'en veux pas et que tu vas me répondre en privé. 

Pete."

Merde ! dit Célia. Quelle conne ! Heureusement que je n'ai pas utilisé mon adresse principale. Enfin, je l'ai accroché, c'est l'essentiel. Et en plus, il a pas l'air mal de sa personne ! Bon, c'est pas le tout, je fais comment ? J'ai un peu les boules, quand même. Tu ne vas pas te dégonfler maintenant, hein, ma vieille ? Non, non, mais je vais prendre une ou deux précautions. Primo : rendez-vous dans un lieu public. Et, deuxio, appeler quelqu'un pour lui dire que si je ne donne pas trace de vie avant telle heure, il prévienne les flics.

 

V Le Prédateur s'amuse

(Extraits de son journal off-line)

Samedi 2 juillet - 22 heures

Une certaine Candice vient de mordre à l'hameçon. C'est tellement facile que ça en devient presque inintéressant. Un petit message sur un forum et hop, elles se précipitent. Mais, qu'est-ce qu'elles ont toutes, ces filles, à courir après les mecs comme ça ? Parce que, moi ou un autre, ce serait pareil. Au fond, elles me dégoûtent. Enfin, après. 

Parce que justement, avec moi, c'est pas pareil. J'espère que celle-ci va moins faire sa mijaurée que la précédente. Au début, elle voulait bien et ensuite, elle voulait plus. Il faut savoir. J'aime pas les allumeuses. J'aime mieux les allumettes, hi, hi, hi ! Elle aurait pas dû changer d'avis comme ça. Il ne se serait rien passé que ce qui devait se passer. Merci et au revoir. Tandis que là, elle m'a mis en rogne. Et il faut pas me mettre en rogne ! Surtout pour si peu de chose. Enfin, c'est bien ça qu'elle voulait, non ?

Mais revenons à la nouvelle. Dix-neuf ans, barmaid. J'espère qu'elle va m'envoyer une photo. Une vraie. Parce que je me suis déjà fait avoir une fois comme ça. En fait de pin-up, c'était un vrai thon. Il ne faut pas me mentir, non plus. C'est risqué. Celle-ci, j'ai déjà son e-mail perso. Si elle répond en privé, qu'elle est potable et n'habite pas trop loin, ça devrait être bon. Si elle prétend me faire lanterner cent-sept ans sur le forum, je lui refile un bon petit virus pour commencer, ça lui apprendra.

Dimanche 3 juillet, 9 heures.

Ça a marché !  Elle m'a répondu. Je viens de trouver son message dans ma boîte. Pas de photo. Mon incitation indirecte n'a pas fonctionné, mais, coup de chance, elle habite ici et propose qu'on se voie dès ce soir dans un pub du centre-ville, ça compense. Au moins, elle n'y va pas par quatre chemins, celle-là. Signe de ralliement : une brune élancée, un foulard bleu à la main. Je connais l'endroit : je vais m'arranger pour la voir sans qu'elle me voie ; si elle est trop moche, je me casse par la sortie de secours. Mais j'ai un bon pressentiment. Tout devrait bien se passer.

Dimanche 3 juillet, 19 heures

(Je retranscris ici le billet que j'ai tapé tout à l'heure dans mon organiseur, caché derrière une colonne du Madison). Wouah !  Elle est carrément canon. Grande, brune, cheveux courts, ce qu'il faut là où il faut, jolie gueule et yeux clairs. C'est un peu bizarre qu'une fille comme ça passe son temps à courir les mecs sur Internet. Ça devrait plutôt se bousculer à sa porte. Enfin, bon, je ne vais pas m'en plaindre, hein ? Avec son job, elle en a sans doute marre des dragueurs de comptoir, ça peut se comprendre. Bon, il faut que j'y aille. Ça fait bientôt dix minutes que je la fais poireauter. Elle vient de vérifier son maquillage. Ses doigts tapotent sur la table. Ce ne doit pas être une patiente. Ça tombe bien, moi non plus. Allez jacter à l'est ! hi, hi, hi !

 

VI Dans la gueule du loup

Pub Le Madison, dimanche 3 juillet, 19 heures

(Grace au miroir de mon poudrier, je viens de balayer du regard la portion de salle qui se trouve dans mon dos : je ne vois personne qui corresponde à sa photo. Il n'est pas là. Ni à aucune des tables qui se trouvent devant moi, non plus. Peut-être s'est-il embusqué pour me voir arriver. À sa place, c'est ce que j'aurais fait. Mais, là, c'est bon, ça fait plus de cinq minutes que je bats du pied sous la table. J'ai un petit n½ud à l'estomac, tout de même. Qu'est-ce que je dois avoir l'air conne avec ce foulard bleu à la main ! Oh, merde, le voilà ! Ouistiti, cheese...)

— Salut, tu es Candice, n'est-ce pas ?

— Ou...i. Alors, tu es Pete ?

— Eh oui, c'est moi ; on se fait la bise ?

— Bon... oui, d'accord.

— Tu as commandé quelque chose ?

— Euh, non, j'ai dit que je t'attendais.

— Bon, tu veux quoi ?

— Je sais pas, tu prends quoi, toi ?

— Une vodka-orange. Tu en veux une aussi ?

— J'ai pas l'habitude. C'est pas trop fort ?

— Mais non, tu verras. Et puis, je te ramènerai, de toute façon. Je suis venu en voiture.

— Oui, mais bon...

— Allez, tu ne vas pas refuser ma première invitation. Je suis si content que tu sois venue. Je te trouve super.

— Merci. Moi aussi.

— Garçon !

— Monsieur ?

— Deux vodkas-orange, s'il vous plaît.

— Certainement, Monsieur.

— Tu veux faire quoi, ce soir ?

— Tu as prévu quoi ?

— Un petit resto, pour faire connaissance, un tour en boîte, pour bouger un peu, et après on verra. Qu'est-ce que t'en dis ?

— Oui, c'est bien, tu choisis le resto, je choisis la boîte et on partage, d'accord ?

— OK, d'accord, ça marche...

(Bon, ça ne se présente pas trop mal ; il m'a l'air très bien ce garçon ; j'ai des doutes, subitement ; est-ce qu'on se serait fait un mauvais film ? En tout cas, je reste sur mes gardes ; discrétos, j'ai déjà donné la moitié de ma vodka-orange à la plante verte d'à côté. Ça me fait tout bizarre de draguer en service commandé. J'espère que ça ne se voit pas. Je ne voudrais pas tout foirer maintenant.)

 

VII Le point de non-retour 

Le dîner s'est déroulé sans anicroche apparente. J'ai recueilli plusieurs infos excellentes : elle n'a pas de petit ami depuis trois mois. Pas de famille dans les parages. Etudes de psycho sans problèmes, elle entre en deuxième année à la rentrée. Pas de copines en ville : elles sont en vacances ou parties travailler ailleurs.

Cette fille est canon et elle a l'air de me trouver à son goût, pourtant je ne la sens pas franche du collier. Il y a quelque chose qui ne va pas. Je pressens une embrouille. Je n'aurais pas dû recommencer aussi vite. Mais une occasion pareille... Et quand le vin est tiré... Je ne peux pas la laisser partir comme ça. Je lui en ai trop dit déjà...

On est allé au "Macadamia". Chaleur étouffante, musique à hurler et foule en délire sur des airs des seventies. À l'heure des slows, elle s'est laissé embrasser sans problème. Finalement, je crois que ça va être plus facile que prévu. Je la sens plus détendue à présent. Avec une vodka bien tassée, une demi-bouteille de Tavel, et deux mojitos, ça doit le faire aussi.

Vers deux heures, on a quitté la boîte, bras dessus bras dessous, et j'ai attaqué :

— On marche jusqu'à ma voiture et puis je te ramène chez toi, d'accord, tu habites où ?

— C'est pas bien loin, rue de la Faisanderie, 4e gauche. 

Elle est descendue composer le digicode. Je l'ai suivie. Elle a voulu m'expédier avec un petit baiser et son numéro de téléphone, mais j'ai dit :

— On ne va pas se quitter comme ça, tu ne m'invites pas à prendre un dernier verre ?

Je l'ai serrée de près et finalement, sans rien dire, elle a ouvert la grille. Je l'ai suivie.

C'est un studio d'étudiante, fonctionnel et plutôt encombré. Livres, disques, CD, jonchent la moquette. Le rangement, ça ne doit pas être son truc. Mauvais point. Je n'aime pas le désordre. Mais ce n'est pas le moment. Elle met le dernier Pink Martini et nous sert deux 1664.

— Tu m'excuseras, c'est tout ce que j'ai. Le frigo est presque vide.

C'est bizarre, parce que j'aperçois une bouteille de J & B, derrière une pile de livres. Je ne dis rien, mais je suis sur mes gardes. Je ferais mieux de partir, mais je ne peux pas, c'est l'heure de passer à la casserole, mademoiselle, je ne vais quand même pas avoir fait tout ça pour rien. 

Nous sommes assis côte à côte sur le lit, parce qu'il n'y a que la chaise du bureau et deux ou trois poufs. Nous trinquons. Je la regarde. En moi, le mélange de désir et de répulsion est à son climax, je vais exploser. 

D'une main, je l'allonge brusquement sur le lit, pendant que de l'autre, j'arrache sa culotte, sous sa jupe. Je suis sur elle, je m'étais débraguetté depuis longtemps, j'ai bandé instantanément. Sa bière roule sur le tapis. Mais c'est qu'elle résiste, voyez-vous ça. Mademoiselle voudrait plus de douceur, sans doute. On vous aguiche, on vous électrise, et après on s'étonne du cataclysme que l'on déclenche. C'est trop tard !

Aïe ! Elle vient de me donner un coup de genou dans les joyeuses, tout en me faisant basculer d'un mouvement de judoka. Nous voilà par terre, moi-dessous, elle dessus. Non mais, qu'est-ce qu'elle croit, moi aussi, j'ai fait des arts martiaux ! Qu'est-ce que je fais ? Je l'étrangle tout de suite et je la baise après, ou on fait mumuse encore un peu ? Elle me porte une attaque aux yeux, qui m'oblige à lâcher prise. Une de mes mains accroche l'échancrure de son corsage. Putain, qu'est-ce que je vois ? Un microémetteur miniature scotché sur la peau. Je me suis fait avoir depuis le début. Cette fille est une keuf ou elle marche avec eux. Elle va le regretter. J'arrache l'engin. Je lui gueule des insanités. Ah ! Tu crois que je vais bander mou pour si peu ? Tu te trompes, ma vieille, moi, c'est tout le contraire. Plus on me résiste, plus j'ai la trique. Attends un peu ! Je lui porte un violent coup à la tempe au moment où elle tente de m'expédier dans le décor de ses deux jambes repliées sous son menton. La voilà groggy. Et en position. Je vais te la ramoner vite fait et après, adieu Berthe ! J'ai pas intérêt à moisir ici. 

 

VIII L'heure de vérité

Ce lundi matin, le Commissaire Le Puil s'évente avec le couvercle d'une boîte à chaussures dans son bureau surchauffé. Ce n'est ni très glorieux ni très orthodoxe, mais au moins un semblant d'air circule autour de son visage. L'interphone crépite :

— Vos visiteurs sont arrivés, Commissaire, dit le planton.

— Enfin ! Faites-les entrer. Et dites à Plassard et Le Lagadec de venir aussi.

Le Commandant Garçon, l'élève Célia Mathis entrent dans la pièce en faisant un salut réglementaire, suivis de Bénédicte et de Simon, qui se contentent d'un hochement de tête. Le Commissaire fait asseoir tout son monde :

— Voilà une affaire comme je les aime, rondement menée. Commandant, je vous remercie de vous être libéré à l'improviste de vos obligations et surtout de votre collaboration à la résolution de cette affaire, en ce qui concerne la Police, du moins.

— Je vous en prie, Commissaire. Lorsque l'élève Célia Mathis est venue me faire part de ses soupçons, à la suite d'un passage sur le site Internet de ce "Prédateur", après quelques vérifications, j’ai tout de suite établi un rapprochement avec votre macabre découverte de la ZUP Sud. Mais j'ignorais que, faisant fi de mes conseils, cette demoiselle allait réussir à entrer en contact aussi rapidement avec l'individu en question, au péril de sa vie.

— Mais elle a su faire preuve d'une belle conscience professionnelle en mettant l'un de mes hommes au courant de son plan avant de le mettre à exécution.

— Comment cela ? Expliquez-vous, élève Mathis !

— Euh... Affirmatif, Commandant, j'ai appelé une de mes amies ici présentes, le capitaine Bénédicte Plassard, avec qui j'ai sympathisé au stand de tir et sur les tatamis du dojo.

— Mais j'ai eu beaucoup de mal à la dissuader d'aller elle-même au rendez-vous et à la convaincre de me laisser prendre sa place, précise Bénédicte en souriant à Célia. Elle est tenace. 

— Tout comme j'ai eu un mal de chien à vous faire accepter la pose d'un microémetteur, Plassard, sans lequel je n'ose imaginer ce qui aurait pu se passer.

— Ouais, il était moins une, quand j'ai ouvert la porte du studio, euh... je veux dire, Commissaire, que le capitaine Plassard était dans une posture délicate, mais on n'avait pas pu garer le sous-marin dans la rue, alors le temps qu'on fasse le tour de pâté de maison, qu'on monte les quatre étages.... Pourtant, on est parti dès que la liaison a été coupée. Et puis, il était bien question d'un flag, hein, alors, c'était pas possible d'intervenir trop tôt, non plus.

— Le Lagadec, on voit bien que c'était pas vous qui étiez là-haut ! 

— Commissaire, je me permets de vous faire remarquer que j'avais émis des doutes sur la faisabilité de ce plan, étant donné qu'on n'avait pas le temps d'assurer nos arrières.

— Oui, bon, la question n'est plus là. Le gaillard est en garde-à-vue. Le juge d'instruction chargé de l'affaire de la ZUP Sud va l'entendre cet après-midi. Avec les éléments que nous avons recueillis, son compte est bon. Peut-être même allons-nous élucider quelques affaires plus anciennes, car ce jeune homme de bonne famille n'a pas l'air d'en être à son coup d'essai. D'après son premier interrogatoire, en présence de notre psychiatre, il ne regrette rien, souffre à l'évidence d'une hypertrophie monstrueuse du moi et exerce à l'encontre des femmes qu'il convoite une violence égale aux pulsions sexuelles qu'elles déclenchent en lui, comme pour les punir de ce désir exacerbé qu'il ne sait pas contrôler. Mais c'est un calculateur, pas un improvisateur et il se peut que ses premiers méfaits soient beaucoup plus anciens que nous le pensons...

Subitement, toutes les lumières s'éteignent. Un immense éclair zèbre le ciel alourdi et, aussitôt, des cataractes se mettent à tomber, tambourinant comme autant de tam-tams affolés les toits en zinc de l'Hôtel de Police. La pluie, enfin, soulagement, délivrance ! Pour un peu, faisant fi du danger de l'orage, tout le commissariat sortirait bien danser sa joie. Les plus téméraires l'osent déjà ; des casquettes de sous-brigadiers volent ; Le Commandant Garçon, Célia, Bénédicte et Simon se retrouvent au milieu d'une petite troupe bon enfant, qui ouvre les bras à l'eau libératrice et se congratule. Le Commissaire Le Puil lui-même ne peut y résister et rejoint ses hommes sur le parvis.

Le dernier mot revient à Bénédicte, libérée par l'averse régénératrice. Elle regarde son patron, trempé comme une soupe, et crie à la cantonade :

— À l'eau, la Police !

Et le commissaire Le Puil d'éclater d'un rire aussi tonitruant que rare, amplifié aussitôt par le reste de l'assistance.

* du latin canicula : petite chienne : chien légendaire dont on donna le nom à l'étoile la plus brillante de la constellation du Grand Chien, appelée actuellement Sirius et dont le lever héliaque (époque où il était visible à l'aube dans la partie de l'horizon où le soleil allait apparaître) coïncidait, dans l'Antiquité, avec le solstice d'été et les premières grosses chaleurs.

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