Comment j'ai épousé ma Professeure



Nouvelle écrite par Jack ATAL dans le style Scènes de vie



Vous aimez cette nouvelle ? Partagez-là !
image3

Un de nos partenaires

MULTI PANDA
Création de sites internet
Site vitrine ou site sur mesure

J’étais ce qu'on appelle un bon élève mais discret, timide et effacé. Mais j’étais toujours été plus à l’aise avec les personnes plus âgées que moi. J’aimais notamment beaucoup parler avec mes enseignants.

Je n'aurais jamais imaginé que j'aurais pu avoir une relation avec une professeure de mon lycée.

Celle-ci a commencé il y a vingt ans. J’étais en classe de première, un peu perdu, et je n’avais rien trouvé de mieux à faire que de m'inscrire à un cours de théâtre organisé par ma professeure de Français, Mme Astier de son prénom Béatrice ce que j'appris plus tard.

C'était une belle femme aux formes élancées avec une voix qui me sécurisait et lors des cours de théâtre je découvrais une autre personne que celle que je connaissais en tant que professeure de Français

Nous formions un petit groupe d'une dizaine d’élèves, garçons et filles et un collègue M. Gérard Masclet professeur lui-même assurait la direction du groupe.

Très vite, nous devinrent familiers les uns les autres, nous nous appelions par nos prénoms mais nous hésitions à tutoyer les deux professeurs.

Ils avaient décidé de jouer « Les Mains Sales » de JP Sartre, Béatrice devant jouer le rôle de Olga, Édouard le rôle de Louis et on cherchait quelqu'un pour jouer le rôle de Hugo.

C'était le personnage clé de la pièce, il devait le temps d'une nuit convaincre Olga qu'il n'avait pas trahi et qu'il était récupérable pour le Parti sans quoi Louis devait l’exécuter.

On me trouva une ressemblance avec François Perrier qui avait créé le rôle en 1945 et on me proposa de jouer le personnage d'Hugo ; « Édouard veux-tu jouer Hugo ? ».

Je réservais ma réponse en disant que j'allais relire la partition de Hugo et sentir si je pouvais être à l'aise dans le personnage.

Un passage m'avait marqué ; dans cet extrait, deux personnages appartenant au Parti Communiste débattaient de la façon dont il faut mener le Parti au pouvoir, dans un pays dirigé par les fascistes.

Hoederer, un des dirigeants du Parti, veut faire une alliance avec les fascistes : de cette façon, il obtiendra plus de pouvoir. Une fois qu’il sera bien installé, il a donc l’intention de trahir ses alliés les fascistes pour que le Parti soit le seul à diriger, ce qui lui permettra d’instaurer la société idéale dont le communisme est l’expression.

Au contraire, Hugo, l'autre membre du Parti Communiste, refuse catégoriquement toute alliance avec un régime qui est à l’opposé de leurs idéaux : faire cette alliance, même pour obtenir le pouvoir, est contraire à toutes les valeurs qu’ils s’efforcent de promettre à la société. Ne désirant pas trahir ses propres convictions, même pour la bonne cause, Hugo s’oppose à Hoederer.

Je découvrais la problématique du pouvoir et de sa conquête me demandant si Hugo n’est-il pas un idéaliste qui n’a rien à faire dans la politique ? Est-il possible de rester pleinement moral, pleinement fidèle à nos idéaux, dans ce qui est de la conduite d’un pays ? Ce qu’Hoederer va lui reprocher, c’est de croire qu’il est possible de faire de la politique sans « se salir les mains. »

Je décidais d’accepter. J’annonçais ma décision à Béatrice, elle était ravie, nous nous mîmes à parler de choses et d’autres, elle était mariée et avait deux enfants dont un garçon un peu plus âgé que moi et une fille un peu plus jeune.

Au fil des répétitions, nous nous sentions plus proches, la pièce en était pour beaucoup, Béatrice devint ma protectrice comme Olga vis à vis de Hugo.

Pourtant ce n'était pas une protection maternelle mais davantage, de fil en aiguille arriva ce qui devait arriver, un baiser amical qui dérape en une étreinte brève mais passionnée.

La fin de l'année arriva, notre groupe décida de produire la pièce à l'Espace Culturel d'Alfortville, ce n’était certes pas Avignon mais nous approchions de la gloire, l’unique représentations était prévue début septembre.

J'en parlais à mes parents tous deux médecins fort occupés comme le sont les spécialistes en province.

Mon père décréta : « Tu végètes dans ce lycée, du reste tes notes sont bien au-dessus du lot, tu devrais faire ta Terminale dans un grand Lycée, je t'inscris à Louis le Grand ainsi tu pourras préparer ensuite une Grande école : Polytechnique ou Normale sup »

Les relations avec mon père étaient cordiales, sans plus et me voir faire du théâtre en plus avec une de mes profs, mère de famille le rendait glacial. Je n'étais donc pas en mesure de contester ce choix.

J'en parlais à Béatrice, elle semblait approuver ce choix ; « oui ton père a mille fois raison de te placer avec les meilleurs ... »

« Et nous ? Nous ne pourrons plus jamais nous voir ? »

« Pour l’heure, c’est les vacances et nous avons une représentation à assurer, à la rentrée nous verrons bien, Tiens si tu veux, nous avons une maison au Tréport, nous y passons nos vacances, tu pourrais te joindre à nous »

L'idée me plut : « à quoi bon penser au futur, profitons de l'instant présent et des moments de bonheur que nous offre le destin »

Mes parents ne s’opposèrent pas à cette proposition sachant que pour eux, tout serait terminé à la rentrée.

Ce fut des vacances merveilleuses, je me liais avec le fils de Béatrice, nous allions nager ensemble, sa sœur aussi m'adopta comme un frère de plus.

Le gens que nous croisions me prenait pour le fils de la famille, pour éviter toute polémique, Béatrice me présentait comme le fils de sa sœur …

Seule ombre au tableau, M Astier qui nous épiait quand nous nous isolions pour nos répétitions.

Il faut dire que nous isolions aussi pour faire l'amour, nous choisissions des moments inédits et en toute discrétion.

Une fois, étant rentré plus tôt de la plage, je l'entendis crier : « Nymphomane ! Tu avais pourtant promis d’arrêter, un gosse plus jeune que ton fils... »  « Non disait-elle, il n'y a rien entre nous... »

J'étais atterré, elle aurait eu d'autres liaisons ? La jalousie me serrait la gorge.

Quand je la revis, je décidai de lui parler franchement : « je viens d'entendre ton mari, c'est vrai tout ce qu'il dit ? »

Elle se mit à sangloter, elle m'expliquait que c’était un malade qu'elle avait épousé, étant très jeune qui lui rendait la vie odieuse, qu’elle avait mille fois voulu divorcer mais elle ne voulait pas se séparer de ses enfants dont il se faisait fort d'obtenir la garde même partielle, elle attendait donc que ses enfants aient atteint leur majorité pour demander le divorce ;

Alors, elle avoua avoir eu quelques aventures pour être en état de supporter la vie.

Je m'agenouillais et lui prenais la main : « C'est toi que j'épouserai, tôt ou tard et nous vivrons une vie tellement extraordinaire que tu oublieras les souffrances que tu as endurées.

Les jours passaient, nous connaissions nos rôles de mieux en mieux, je m'incarnais complètement dans le personnage de Hugo, j’y voyais un adolescent intellectuel en proie au conflit entre pragmatisme et réalisme, et les contradictions à surmonter pour une prise du pouvoir politique sans compromission.

Je conservais une certaine idée de la politique d'agir de manière pragmatique tout en respectant les valeurs humanistes.

A la fin du mois d’Août, après que nous ayons mêlé nos corps, Béatrice m'annonça qu'elle avait pris la décision de divorcer, elle chercherait par la suite un poste d'enseignante en région parisienne et nous pourrions vivre ensemble durant mes études.

Je ne peux pas dire que j'étais surpris, c’était la seule issue pour elle de sortir des complications vis-à-vis de son mari, quant à moi je ne me voyais pas poursuivre mes études sans celle qui devenait ma maîtresse dans tous les sens du mot.

Septembre arriva, la représentation rencontra un vif succès, la renommée de Sartre y était pour beaucoup, ce fut aussi l'occasion de rencontrer beaucoup de jeunes auteurs et acteurs qui cherchaient leur envol dans le théâtre parisien.

Béatrice me présenta Simon Traoré, un jeune d'à peu près mon âge, bien de sa personne à la recherche d'un rôle correspondant à son physique, et qui en attendant se produisait dans un café-théâtre avec un répertoire plein d'humour et de dérision.

Béatrice lui parla de l’aide que pourrait lui apporter notre groupe et il en fut enchanté, elle lui proposa de relire ses textes et de se voir régulièrement.

Je quittais ainsi mes parents pour une résidence étudiante laissant Béatrice construire son divorce ne changeant ni de poste ni de domicile, son mari ayant décidé pour l'instant de le quitter.

Le travail dans mon nouveau lycée était conséquent, il s'agissait bien de l’élite, j’avais peu de tempe de libre je retournais cependant pratiquement chaque semaine chez mes parents ;

De là, j'allai rendre visite à Béatrice avec qui je passais la majeure partie du week-end.

L'année se termina, j'eus mon Baccalauréat avec Mention et je n'eus aucune difficulté pour intégrer Hypokhâgne pour l'année suivante.

Notre vie de couple s'organisait doucement, nous nous voyions régulièrement.

Je menais une vie d'étudiant difficile, heureusement que je me détendais en jouant au tennis, en suivant les matches de foot du PSG et j'avais pris un abonnement à la Maison de la Radio de concerts de musique classique.

De son coté, Béatrice continuait à enseigner, à animer son cours de théâtre et à veiller aux études de ses enfants.

C'est surtout elle qui se déplaçait, au début je trouvais cette situation pratique, n’ayant aucune envie de croiser mes parents qui malgré mes bons résultats scolaires projetaient sur moi leur solide inimitié vis-à-vis de Béatrice.

Au fil des semaines, ses visites se rapprochèrent « tu sais quand je viens, j’aide Simon à préparer ses sketches » cette annonce me stupéfia et je me souvins des paroles de son mari.

Pressée de questions, elle finit par avouer « avec lui, c’est seulement physique mais avec toi c'est bien plus important, je ne me vois pas finir ma vie sans toi »

Elle finit par mettre fin à cette liaison : mais y en aurait-il d'autres ?

Pour me rassurer, elle demanda et obtint sa mutation dans un lycée parisien.

Nous finîmes par trouver un appartement correct rue Saint Jacques par trop loin de mon lycée.

Béatrice finissait toujours par trouver une solution à tous nos problèmes, elle arrivait à concilier sa vie de mère, d’enseignante, d’animatrice de comédiens et notre vie de couple.

Je passai le concours d'entrée de l’École Normale de la rue d’Ulm, sans succès mais sans doute sans trop de motivation, Être moi-même Professeur de Lettres ne m’enthousiasmait pas, le rôle d'Hugo me revenait en tête, Fallait-il sacrifier les idéaux humains au pragmatisme politique ?

Je décidai donc de passer l'année suivante le concours d'entrée de l'Institut des Études Politiques

En parallèle j'étudiais Hegel et Machiavel dans le cadre d'un DEA de philosophie.

Cinq ans plus tard, après avoir fait l’ENA j’entrais dans la Fonction Publique et j’épousais à la Mairie du Tréport, Béatrice qui venait enfin d'obtenir son divorce.

Une vie extraordinaire s'ouvrait devant nous….

image1

Lecture aléatoire

Envie de flâner au fil des pages et de découvrir des récits, des histoires et des personnages au hasard, c'est par ici.



Merci à nos partenaires

Les partenaires qui soutiennent Nouvelles-Persos nous permettent d'y consacrer du temps, et donc de gérer le site dans l'intérêt des auteurs et des lecteurs.
Merci à eux.

Actualités

Mises en ligne, news, infos...


Statistiques

Nouvelle-Persos

Une nouvelle est une oeuvre littéraire proche du roman, mais qui s'en distingue par sa brièveté, le petit nombre de personnages, la concentration et l'intensité de l'action, le caractère insolite des évènements contés.