La fille de l'Ankou



Nouvelle écrite par Pierre-Alain GASSE dans le style Fantastique



Vous aimez cette nouvelle ? Partagez-là !
image3

Un de nos partenaires

SOLUTION - TRADUCTION
Traduction professionnelle
Pour tout type de projet

J'ai toujours aimé les buffets de gare à l'ancienne. Leur décor Arts déco, leur atmosphère changeante, de ruche en effervescence aux heures de départ et d'arrivée des trains, et de chapelle recueillie dans l'intervalle, leurs serveurs ou serveuses en uniforme, tantôt nonchalants, tantôt débordants d'activité, leurs clients de passage en instance et leurs habitués perdus dans le fond d'un verre ou les ronds de fumée d'une énième cigarette...

Ce jour-là, c'est le désœuvrement qui m'avait fait pousser la porte vitrée. Quelques heures à tuer avant de rendre une visite de politesse à une personne malade. Et pas assez de courage pour entreprendre autre chose qu'une observation désabusée du monde devant un café ou un ballon de bière. Les définitions des mots croisés du quotidien dansaient devant mes yeux et les détours de pensée du verbicruciste m'échappaient comme tanches effarouchées par le brochet d'un étang.

J'ai levé les yeux. Elle était là, devant moi, assise dans l'autre coin de la salle à demi enfumée. Le juke-box ou ce qui en tenait lieu dévidait le fil musical d'une radio à la mode. Ses jambes, haut croisées sur une minijupe droite, disaient: "J'aime qu'on me regarde et qu'on me trouve jolie".

J'étais tout à fait d'accord. De jolies jambes, gainées de nylon clair. Une silhouette élancée. Des yeux clairs, encadrés de cheveux bruns, coupés court. Un pull, échancré en V sur une poitrine aguicheuse. Le garçon lui apporta le café qu'elle avait commandé, avec une courbette cérémonieuse, histoire de se rincer l'œil un peu plus, pensai-je, frustré.

L'instant d'après, son regard bleu-vert croisa le mien, quêtant, pensai-je, la confirmation que je l'observais. Je détournai ostensiblement les yeux. Je n'allais quand même pas répondre à la première sollicitation venue ! Attendre vingt, trente secondes. Observer d'un œil détaché le reste de la salle, puis revenir se poser sans insistance sur sa table. Et sur ses jambes. Pour qu'elle les décroise. Ce sera un premier test. Elle peut le faire par gêne et timidité et tirer sur sa jupe en signe de malaise, ou les recroiser de l'autre côté en cherchant à accrocher mon regard. Et alors, les vieux instincts du chasseur et de la proie seront de sortie. Mais qui sera la proie et qui sera le chasseur ?

Au bout de quelques instants, elle décroisa effectivement les jambes et j'aperçus la naissance d'un bas, l'espace d'un éclair. C'était un bon point. J'ai horreur des collants, briseurs de rêve et fossoyeurs du désir. Mais elle regarda ostensiblement ailleurs, elle aussi. Le jeu se compliquait. M'avait-elle déjà percé à jour ?

A l'horloge du buffet, l'aiguille des minutes rejoignait celles des heures sur le chiffre dix. Et le prochain départ était à dix heures treize. Quai A. Paris direct. C'est ce qu'affichait l'écran suspendu aux quatre coins de la salle. C'est alors que je remarquai qu'elle n'avait pas d'autre bagage que son sac à main, suffisamment vaste, il est vrai, pour une escapade d'une journée. Mais peut-être ses valises étaient-elles enregistrées et partait-elle pour un voyage au long cours ? Comment savoir ? Ou peut-être était-ce un de ces petits tapins de comptoir que l'on trouve parfois en province et que si je la suivais tout à l'heure aux toilettes... Mais cela cadrait mal avec son maintien, distingué sans affectation, et naturel sans une once de vulgarité.

D'un air désabusé, elle tourna sa petite cuillère dans sa tasse, souffla sur le breuvage brûlant avant de le porter à ses lèvres en un geste élégant, le petit doigt écarté, mais pas trop.

J'aimai cela. J'en fis autant, (le petit doigt en moins) et je sus qu'elle m'observait à son tour. Apparemment, il y avait concordance d'intérêt entre nous, ou concordance de désœuvrement. La pendule indiquait dix heures moins cinq.

La balle était dans mon camp. Et je ne savais trop quelle initiative prendre. Et devant mon indécision, la pendule indiquait dix heures à présent ! L'inconnue ne fumait pas et moi non plus. Inutile de chercher de ce côté-là. Quant à l'heure, nous l'avions sous le nez. J'eus l'impression soudaine que les minutes défilaient à la vitesse des secondes et que le haut-parleur allait annoncer l'entrée en gare du TGV Brest-Paris avant que j'aie réussi à entrer en contact. J'avais beau essayer de passer en revue tous les plans éculés des dragueurs professionnels, aucun ne me venait à l'esprit. J'étais pétrifié, incapable de penser, les yeux fixés sur ses yeux maintenant baissés.

Un bellâtre de dix ans mon cadet venait d'entrer et promenait son regard de prédateur sur l'assistance. Aussi prévisible qu'une abeille au-dessus d'un pot de confiture, je sus à l'instant qu'il allait me couper l'herbe sous le pied et je jurai en mon for intérieur tous les jurons de mon répertoire devant ma consternante bêtise. Comme prévu, il se dirigea droit vers la table attenante à celle de la demoiselle aux yeux bleu-vert, s'inséra derrière la banquette à côté d'elle et avant même de héler le garçon, se pencha vers l'inconnue en lui susurrant : "Est-ce indiscret de vous demander si vous prenez vous aussi le rapide pour Paris ?"

Les yeux bleu-vert se relevèrent, brillant soudain d'un éclat métallique et une voix au timbre glacé jeta à la face du goujat : "Occupez-vous de vos affaires, espèce de malotru".

La réponse me ravissait tout autant que le vocable me surprenait dans la bouche d'une si jeune femme. Mais elle s'était levée, et pour mettre de la distance entre elle et cet importun, traversait la salle dans ma direction.

- Vous permettez ?

Incrédule, je jetai un regard sur ma droite et ma gauche. C'était bien à moi qu'elle s'adressait et ses yeux bleu-vert me souriaient. Je dus lui paraître complètement demeuré, mais enfin, au bout de quelques interminables secondes de confusion mentale, je réussis à articuler un banal : "Je vous en prie" déjà inutile, car elle occupait maintenant la banquette à mes côtés.

- Vous me délivrez de ce fâcheux. Merci.

Ce terme, dans sa bouche, me surprit à nouveau, mais, surpris, je l'étais déjà tellement qu'un peu plus ou un peu moins... La pendule indiquait dix heures sept.

- Vous allez sur Paris, vous aussi ?

Non, ce n'est pas moi qui venais de parler, mais elle. J'étais au pied du mur. Et deux réponses croisèrent mon esprit. La première était la vérité assaisonnée d'un grossier compliment : "Hélas, non". La seconde, une fable cousue de fil blanc : "Oui, rendez-vous professionnel". Mais c'est une troisième qui sortit de ma bouche je ne sais comment, mensonge encore quelques secondes auparavant devenu vérité incontournable, instantanément : "Maintenant, oui !"

Elle ne releva pas le "maintenant", se contentant de ce "oui", franc, net et décidé :

- Alors nous pourrons voyager de conserve, si cela ne vous dérange pas ?

Tout à la réponse que je fis, convenue à souhait : "Mais pas du tout, au contraire", je ne remarquai pas tout de suite cette troisième expression saugrenue chez une fille de vingt ans ou pas beaucoup plus. La pendule indiquait dix heures dix et le haut-parleur grésilla que notre train entrait en gare.

Voyageurs sans bagages, nous nous levâmes avec ensemble et cet accord imprévu nous fit sourire. De l'autre côté de la salle, le bellâtre évincé nous fusillait du regard et lorsque, pour gagner le quai, nous dûmes passer près de sa table, je crus entendre mon inconnue marmonner entre ses dents : "Ne t'en fais pas, mon joli, ton tour viendra".

- Pardon ?

- Non, ce n'est rien. Je me faisais la réflexion que ce buffet de gare est assez joli, avec son décor ancien et ses paravents à jours.

Je poussai la porte du quai devant elle. Son parfum boisé, légèrement musqué, me suivait et il me fallut un moment pour l'identifier. Mais, quand je l'eus reconnu, ma surprise fut totale : c'était... mais oui c'était celui de ma grand-mère, celui de ses bras qui m'entouraient quand elle me racontait une histoire pour m'endormir, là-bas à Valdauge, le pays béni de mon enfance.

- J'aime beaucoup votre parfum et il me semble le reconnaître. Puis-je vous demander son nom ?

- C'est un parfum ancien de chez Fragonard, un parfumeur de Grasse.

- Je me disais bien... Il n'est pas de votre époque, mais il vous va bien.

- Merci. C'est sans doute parce qu'il est de toutes les époques.

Nous étions peu nombreux à prendre le TGV de dix heures treize, ce jour-là et comme ma compagne voyageait en première, je n'eus aucune peine à trouver une place, face à elle, bien que je sois sans billet. Si ce n'était pas mon jour de chance....

Le convoi s'ébranlait, et mon inconnue croisait et décroisait ses jambes devant moi, tandis que le chef de train récitait sa litanie d'informations... Je crois bien qu'on me donnait le feu vert. Si ce n'est plus. De chasseur, j'eus comme l'impression fugace d'être devenu le gibier. Et un sentiment étrange m'envahit : derrière l'attirance se déployait comme un voile d'appréhension.

Ridicule, dites-vous. Sans doute, mais il faut me comprendre aussi : c'était la première fois qu'on me "draguait" aussi ouvertement. Une si jeune femme. Et moi, un homme de cinquante ans, ni beau, ni grand, ni riche. Alors quoi ?

Mais je fis comme vous. Je balayai d'un revers de main ces scrupules d'un autre âge. Après tout, j'étais libre comme l'air et n'étais-je pas entré dans ce buffet de gare à l'aventure ? Alors, puisque les circonstances étaient de mon côté, ce n'était plus le moment de reculer. J'entrai en conversation :

- Comment vous appelez-vous ?

Les yeux bleu-vert me sourirent et j'étais déjà totalement sous le charme de ses yeux rieurs, de sa bouche gourmande, de son corps fluide, de ses jambes élancées :

- Anastasie.

Je tombai des nues. De tous les prénoms de la terre, c'était bien le dernier que je m'attendais à entendre.

- Vraiment ? Comme l'épouse d'Ivan le Terrible ?

- Ou comme la sœur de l'empereur Constantin. Oui.

La civilisation latine, apparemment, n'avait pas de mystères pour elle. Moi, qui avais essayé de l'éblouir de ma maigre culture... Mieux valait revenir à des références plus récentes :

- Mais vous savez que c'est aussi un des surnoms que l'on a donné à la censure dans le monde des arts et des lettres.

- Oui, je sais. Et aussi à la machine de Monsieur Guillotin.

C'est curieux comme sa voix pouvait devenir froide et cassante par moments. Un frisson incontrôlé me parcourut l'échine.

- Et ce prénom chargé d'histoire ne vous pèse pas ?

- C'est le mien. Je n'y peux rien. Et vous, comment vous appelez-vous ?

- Pierre-Alain.

- C'est plus classique, en effet, avec un petit côté distingué, qui vous va bien.

- Merci.

Nous nous donnâmes une poignée de main plutôt cérémonieuse. A ses manières, j'avais l'impression d'essayer de séduire une femme plus âgée que moi. Mais l'ivoire de son front démentait cela.

Le bocage breton ou plutôt ce qu'il en reste, des champs trop grands, des talus trop rares, et des chemins trop plats, venait vers moi qui étais assis dans le sens de la marche tandis qu'elle le voyait s'éloigner au rythme des poteaux électriques ou téléphoniques qui longent les voies. Des nuages noirs couraient dans un ciel de traîne, laissant passer, de loin en loin, les rayons d'un soleil pâle qui doraient alors sa peau et la faisaient cligner des yeux.

Tandis que nous échangions les propos précédents, j'avais identifié un bruit connu et redouté : celui de la pince à composter du contrôleur annonçant son approche en frappant les tubes de l'armature des sièges. Et je m'apprêtais déjà à lui réciter une fable à ma façon pour expliquer mon absence de billet, quand ma voisine, en lui tendant le sien qu'elle venait d'extraire de son sac, dit avec son plus beau sourire :

- Monsieur n'avait pas pris son billet à l'avance et nous n'avons pas eu le temps à la gare...

J'acquiesçai en silence. Le contrôleur, souriant au sourire d'Anastasie, ouvrit son volumineux portfolio :

- Aucun problème. Je vais vous en établir un maintenant. Mais vous allez devoir me régler une taxe forfaitaire de 39 F.

Moi qui ai horreur de l'illégalité, paye mes impôts toujours avant l'heure, et mets deux francs dans le parcmètre pour aller acheter mon journal, je respirai, soulagé de m'en tirer à si bon compte.

Mais ma charmante voisine ne l'entendait pas ainsi. Elle minauda :

- Oh, s'il vous plaît, Monsieur le contrôleur, c'est à cause de moi si Monsieur n'a pas eu le temps de prendre son billet, je vous en prie, ne lui faites pas payer l'amende.

Le contrôleur, en train de rédiger mon billet, se gratta l'oreille. Il hésitait. On lui faisait souvent le coup. Mais il était trop jeune encore pour résister à Anastasie et son sourire enjôleur.

- Bon ça va, mais n'y revenez pas. Ça vous fera 267 F alors.

- Merci beaucoup, Monsieur le contrôleur.

Je lui tendis mon chèque. Il déchira d'un coup sec le premier exemplaire de la liasse de son carnet à souche et me le tendit :

- Bon voyage, Messieurs-dames.

Et il eut un petit geste mécanique, consistant à porter légèrement sa pince vers le côté gauche de sa casquette, comme pour esquisser un salut militaire, avant de s'éloigner plus avant dans le couloir.

- Merci de m'avoir évité la pénalité.

- Oh, ce n'est rien, croyez-moi.

J'étais fasciné par ses jambes. Ses pieds menus dans ses sandales à talons hauts aux brides argentées, ses chevilles fines, ses mollets galbés mais sans que saillent les différents muscles, ses genoux ronds et ses cuisses fuselées que le siège déformait un peu. Sa jupe les découvrait raisonnablement, laissant imaginer ce que j'avais déjà entrevu : la région délicieuse où s'achève le bas et se laisse toucher la chair palpitante et nue.

Bientôt mon trouble fut si visible que mon sexe ne m'obéit plus et que si nous n'avions pas été assis, on aurait vu une indécente érection gonfler mon pantalon. Je croisai les jambes à mon tour pour essayer de dissimuler un tant soit peu l'évidence. Jamais je n'avais été dans une situation aussi gênante.

Enfin, je repris suffisamment de contrôle sur le bas de mon individu pour me lever sans trop de honte, balbutier un "Excusez-moi" et fuir vers les toilettes, où j'entrai précipitamment, m'adossant à la porte pour reprendre mes esprits.

Au moment où je me retournais pour en tirer le loquet, celle-ci s'ouvrit et un visage aux yeux bleu-vert m'apparut, un doigt sur la bouche. Anastasie se glissa dans le réduit et c'est elle qui referma le loquet.

Point n'était plus besoin de paroles. Tout était évident et nos langues avaient mieux à faire que de parler. Les murs de l'endroit s'effacèrent. Ses odeurs fortes disparurent. Étroitement serrés entre le lavabo et la cuvette, souffles mélangés et mains fébriles, nous perdîmes toute pudeur pour nous enfoncer l'un dans l'autre avant l'explosion finale qui nous laissa souffle court et corps toujours tendu pour un second assaut, plus lent, mais toujours muet. Je sentais mon cœur de barbon cogner dans ma poitrine et mes tempes sur le point d'éclater. Anastasie me tenait enserré entre ses jambes de faon. Ses seins durcis me caressaient la poitrine et son sexe m'appelait plus profond. Ma vue se brouilla et je sentis que son plaisir allait être aussi ma perte. Je lui dis à l’oreille :"Attends, attends, Anastasie, pas si vite". Mais elle me retenait en elle et déjà je me sentais partir...

Et ce fut le choc. Un crissement infernal de boggies. Une odeur de métal chauffé à blanc. Des tôles qui s'entrechoquent. Des cris. Puis l'inconscience... Les secouristes relevèrent un cinquantenaire, trouvé pantalon sur les chevilles dans les toilettes de ce wagon, le visage ensanglanté et avec un gros hématome à la tête. On le reculotta, on le ranima puis on l'évacua jusqu'à l'hôpital de campagne, installé à la hâte près de là, dans la campagne mayennaise. C'est sur sa civière, dans le halo bleu des sirènes d'urgence, qu'il se souvint du choc et put articuler :

- Anastasie ? Où est Anastasie ?

- Vous vous sentez bien, Monsieur ? Il y avait quelqu'un avec vous dans le wagon ? Une femme, c'est cela ? Nous allons vérifier. Ne bougez pas. Restez allongé. Un médecin va vous examiner. Tout va bien, maintenant. Calmez-vous.

On l'examina. On pansa ses plaies, bénignes, une fois le sang étanché. Et la police vint l'interroger. Il décrivit la jeune femme qui l'accompagnait, relatant fidèlement leur rencontre, hormis le dernier épisode, bien entendu.

Mais on ne trouva aucune trace d'Anastasie, ni ce soir-là ni le lendemain ni jamais. Le billet correspondant à la place qu'elle occupait n'avait pas été vendu et le contrôleur de service reconnut lui avoir délivré un billet à lui, mais nia qu'aucune jeune femme ait accompagné ce monsieur, monté en gare de Saint-Brieuc dans le TGV 80268 de 10 h 13. Comme aucun incendie ne s'était déclaré, il était exclu qu'elle eût brûlé. Le scepticisme des enquêteurs devant ses déclarations s'accrut au fil des heures puis des jours. On le crut d'abord en état de choc, puis mythomane et il ne fut pas autorisé à rentrer chez lui, mais mis en observation dans une clinique.

Mais les examens et les tests pratiqués conclurent à sa bonne santé mentale. Car on le fit parler sous hypnose. Et il révéla le pot aux roses. Son ardent corps à corps avec Anastasie dans les toilettes du train. La dernière phrase qu'il avait prononcée avant le choc lui revint, avec la conscience de l'imminence de sa mort par crise cardiaque. Mais il en livra une autre, l'unique prononcée par Anastasie au cours de leur étreinte, qu'il n'avait pas eu le temps de mémoriser et que seules détenaient les arcanes de son inconscient : "On m'appelle tout près d'ici, Pierre-Alain, et je dois te quitter."

Le déraillement du train, un attentat de l'A.R.B. provoqué par un talon de rail, jeté en travers de la voie, fit deux morts et vingt blessés. Et dans les dossiers de la Brigade Antiterroriste, à la rubrique complicités, dans l'affaire du TGV de 10 h 13 figurait ceci : "jeune femme brune d'une vingtaine d'années - aurait été vue en compagnie d'un voyageur - n'a pu être localisée".

L'affaire fut classée trois ans plus tard, après qu'un contrôle de routine sur une départementale ait amené l'arrestation de deux étudiants dans la voiture desquels, sous un siège, traînait un tract de l'A.R.B. que le vent, la négligence, bref, le destin avaient caché là tout ce temps. Ils avouèrent. Furent jugés et condamnés durement, pour l'exemple, car le traumatisme de l'attentat du Mac Do de Quévert n'était pas encore levé. Et la police referma son dossier sur la mystérieuse jeune femme brune qui avait disparu au moment de l'accident.

Je vais encore dans les buffets de gare, mais plus à l'aventure. Maintenant, j'y attends une jeune femme brune aux yeux bleu-vert et aux jambes idéales, qui viendra fatalement me retrouver un jour. Non, l'Ankou n'est pas tout seul, il a une fille, je le sais bien, moi qui l'ai tenue dans mes bras. Et à présent, je suis prêt.

 

* personnification bretonne de la Mort, sous la forme d'un être masculin dont le rôle essentiel est d'emmener dans l'au-delà ceux dont la dernière heure est arrivée. (Gwenc'hlan Le Scouëzec - Guide de la Bretagne mystérieuse).

image1

Lecture aléatoire

Envie de flâner au fil des pages et de découvrir des récits, des histoires et des personnages au hasard, c'est par ici.



Merci à nos partenaires

Les partenaires qui soutiennent Nouvelles-Persos nous permettent d'y consacrer du temps, et donc de gérer le site dans l'intérêt des auteurs et des lecteurs.
Merci à eux.

Actualités

Mises en ligne, news, infos...


Statistiques

Nouvelle-Persos

Une nouvelle est une oeuvre littéraire proche du roman, mais qui s'en distingue par sa brièveté, le petit nombre de personnages, la concentration et l'intensité de l'action, le caractère insolite des évènements contés.